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PROCES POSSIBLE DÉFENSE

'homme qui défend son honneur Tépée au poing est bien vu dans le monde, au tribunal c'est le contraire ; par contre le monde méprise un homme qui se laisse enlever le.., respect, et au tribunal, on ne s'en occupe pas.

L'homme bien né a vivement fait son choix.

Mais qu'arrive-t-il, c'est que la police vexée fait toutes sortes de misères à l'Iiomme qui se respecte.

Oui, elle le poursuit, lui mange son argent, lui fait des procès, le met à l'amende, et parfois même en prison.

Que la police poursuive, soit, c'est sa manie, chacun les siennes, mais se laisser condamner, ce serait trop naïf.

Pour éviter cette calamité, il faut avoir un bon avocat et surtout l'inviter à méditer la plaidoirie suivante, que je n'hésite pas à recommander comme modèle du genre aux jeunes stagiaires, et même aux soi-disanlijnaîtres du barreau :

La p; "^u^ant la manie de se mêler touj-i \,des affaires des

autres, il arrive fréquemment que le duel est suivi d'un procès.

Les prévenus y gagnent non moins fréquemment des peines variables, selon les cas particuliers de la rencontre. Pourquoi ces condamnations iniques?

Parce que les duellistes ont le tort de s'adresser à des avocats de carton, des mazettes.

Le duel serait si facile à défendre devant des juges, si les défenseurs avaient un peu de bon sens!

Tenez, par exemple, imaginons une affaire quelconque; supposons une affaire entre journalistes, la suivante : M. Bocottret du Cloporte émollient a inséré dans son journal les lignes que voici :

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« ha Norwège n'a jamais eu à 1) subir un pareil hiver; le froid y B est tellement rigoureux, que les » cultivateurs se sont mis forcés de •SI mettre des gilets de flanelle aux » naveîs pour les empêcher de ge- « 1er. «

M. Failanoce àw Riflard moderne a démenti le fait en écrivant :

« En Nonvège, on ne met pas de » gilets de flanelle aux navets, ainsi

r> qu'un de nos stupides confrères a 1 cherché à l'insinuer, mais on les y> frictionne toutes les deux heures » avec de r alcool camphré. »

M. Bocottret a naturellement giflflé M. Failanoce, et on s'est battu à l'épée pour réparer l'injure.

Nier le fait, c'est impossible.

S'excuser, dire que c'était pour rire ou qu'on ne l'a pas fait exprès, il n'y faut pas songer.

Le plus simple, c'est d'avouer franchement, et de se cramponner à la défense.

Ce ne serait pas faire preuve d'éloquence, de dire :

a Ces messieurs ne se sont fendus y> Vun sur l'autre^ que pour s'assuy> rer si leurs pantalons étaient solide- » ment cousus dans rentre- jambes. y>

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Non, ce serait témoigner d'une certaine méfiance envers messieurs les tailleurs, et les froisser inutilement.

Il vaut mieux se draper dans son mérinos, et s'écrier :

Messieurs de la cour,

Messieurs les jurés,

11 faut réellement que votre hanneton ait eu les pattes en l'air, pour que vous nous ayiez mis dans l'obli-

gation de venir étaler sur vos prétentieuses tartines, le beurre mi-sel du ridicule.

{Surpris par ce débuts le président sera capable d'en renifler sa sonnette.)

Vous n'avez pas de loi relative au duel; en vertu de laquelle voudriezvous nous condamner?

C'est absolument comme si vous aviez la prétention de faire remettre un fond de culotte à une paire de guêtres !

{Les jurés commenceront à être très perplexes.)

Si jamais vous aviez le toupet de nous condamner, qu'en résulterait-il ?

Vous laisse riez supposer que vous blâmez les adversaires de ne pas

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s'être tués tout à fait, et que vousi les fourrez en prison, pour les pu- 1 nir de s'être ratés. Car, il faut bien. J

en convenir, s'ils étaient morts, vous n'auriez pas la cruauté de faire

mettre leurs cercueils à Mazas, n'est-ce pas ? Condamner des duellistes survivants, ce serait pousser à Tassassinat.

Permettez-moi, Messieurs de la cour, de m 'écrier avec Cicéron :

Cenetibus pasum trechicus; ce n'est pas très chic.

{Les magistrats se sentant dans leur tort feront une fameuse gri*^ mace.)

On n'est pas diffamé, on n'est pas battu, on n'est pas volé^ mais on est ridiculisé, — ce qui est pire, car vous le savez. Messieurs, le ridicule tue en France — et la loi qui prévoit les autres cas n'accorde aucun recours contre TindiVidu qui vous fait passer pour une huître; que faire alors ?

fisant de les autoriser à ne payer 1 que trois sous au lieu de six dans "] les omnibus !

{Les jurés ns manqueront pas de 1 se dire entre eux : Voilà un gaillard qui est joliment malin.)

Me parlerez-vous religion?

Oh! comme je vais alors vous administrer le coup de brosse de la défense sur la redingote de l'ac-* Cusation! !!

Le Créateur n'est-il pas le Dieu dea armées?

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Que font les armées? Elles s'entre-tuent dans de vastes duels, où cent mille hommes se rencontrent en face de cent mille autres.

Pourquoi ces immenses duels?

Pour satisfaire deux monarques, dont l'un a dit de Tautre : Il a un nez comme une saucisse plate, ou bien : Il a des pieds comme des boîtes à violon.

Ces duels ont ce côté curieux, que ceux que cela regardent restent tranquillement chez eux, et que ceux qui se battent, sont justement les gens que cela ne regarde pas.

Eh! bien, ces organisateurs de duels, avez-vous jamais eu seulement l'intention de les mettre à l'amende, quand ça ne serait que de :

GCIDE DO DUELLISTE INDtÎLICAT

Vingt cinq francs.

De vingt-cinq francs.

De vingt-cinq francs cinquante ?

Non. Pourquoi? Parce que vous I n'y avez d'abord pas s-ongé, et que >; si vous y aviez songé, vous vous \ Seriez dit : C'est de la part du Dieu ] des armées si la chose a eu lieu.

Eh! bien, sachez-le : qui peut l plus peut le moins; si vous permettez à deux cent mille hommes^ de s'éventrer, à plus forte raison ^ devez-vous le permettre à deux seulement.

{Très embêtés, les jurés se contenteront de se gratter ferme le dessus de la tête.)

Un mot encore en finissant : si le duel est défendu, pourquoi ne l'empéchez-vous pas?

Nous nous sommes battus à Ba-

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gatelle, les gardes ne nous ont rien dit.

Oh! je sais bien que vous allez

me répondre : c'est parce qu'ils ne TOUS ont pas vu.

Mais c'est justement là leur tort!

Si les gardes nous avaient vus, ils nous auraient empêchés.

Pourquoi ne nousont-ils pas vus ?

Parce qu'ils n'étaient pas là.

Pourquoi n'étaient-ils pas là?

Parce qu'ils faisaient mal leur service.

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Or, que représEntent les gardes?!

La loi, qui, elle-même est repré- i sentée par le commissaire, qui représente le ministre, qui, lui, représente le chef de l'État.

Dans le principe, ce sont donc les gardes que vous devriez punir ' si vous vouiez absolument des victimes, mais je vous préviens que le chef de l'État ne sera pas content, il sera même vexé de se voir condamné dans la personne de ceux qui le représentent.

(Les jurés perplexes, tout le temps de cette magnifique plaidoirie^ ne trouveront rien à répondre, car au moment d'ouvrir la bouche, le président lui-même s'apercevra qu'il s'est complètement usé la tète aperce de se la gratter.)

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