‹ Guide du forestierChapitre 6 sur 76 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Forme. — Dimensions. — Refroidissement. — Soulèvements. — Premières couches sëdiraentaires. — Fossiles. Chaînes de montagnes. — Leur altitude. — Vallëes. — Lacs.

La terre paraît avoir été primitivement à l'état de fusion. Elle a pris, en se refroidissant, la forme sphéroïdale qu'elle conserve aujourd'hui, forme due au mouvement de rotation dont elle est animée. On sait, en effet, qu'elle tourne sur elle-même comme une toupie, en faisant un tour entier toutes les vingt-quatre heures. Le globe terrestre a 40 millions

de mètres de tour : mais comme il est légèrement aplati, la distance du centre à la surface, c'est-à-dire le rayon, n'est pas la même pour tous les points. Le rayon le plus grand, celui de l'èquateur, a 6^378,233 mètres ; le plus petit, celui du pôle, a 6^356,5o8 mètres.

Au moment du passage de l'état fluide à l'état solide, les eaux qui se trouvaient réduites en vapeurs se sont condensées et se sont répandues également sur toute la surface du globe. A cette époque > la terre présentait l'aspect d'une boule aplatie dans le sens de l'axe de rotation, et composée de matières lourdes à l'état de pâte solidifiée à la surface. Les eaux enveloppaient cette bo^le de toute part, en faisant autour d'elle une mer continue de 4000 à 5000 mètres de profondeur. Au-dessus de ces eaux^ uniformément répandues, s'étendait une atmosphère immense, formée des gaz et des vapeurs non encore condensés.

Plus tard, il s'est produit dans la masse centrale des mouvements de retrait dûs au refroidissement de sa surface. Sur certains points, la croûte solide a été soulevée au-dessus du niveau de la couche liquide. Il s'est formé là des îles et des continents dont la surface s'est ainsi trouvée en contact immédiat avec l'atmosphère.

Cette surface, ainsi découverte, avait l'aspect

tourmenté des pays de montagnes ; elle était formée de roches violemment soulevées et par conséquent disloquées dans tous les sens. Ces roches, brisées par les secousses puissantes qui avaient déterminé leur soulèvement, s'écroulèrent des hauts sommets dans les crevasses, qui furent les premières vallées. Les pluies qui commencèrent à tomber aussitôt après l'apparition des montagnes primitives en hâtèrent la désagrégation. Les eaux s'écoulant sur leurs pentes escarpées, entraînèrent dans les vallées et de là dans les mers leurs débris réduits à Tétat de sables et de limons. Ce fut là l'origine des premières couches sédimentaires. Pendant une longue période de siècles, des soulèvements et des affaissements successifs ont, tour à tour, ramené à la lumière les couches qui se formaientau fond des mers, et plongé sous les eaux celles qui avaient d'abord été soulevées. Ces modifications, antérieures de bien des milliers de siècles à l'apparition de l'homme sur la terre, ne nous sont connues que parles traces qu'elles ont laissées.

Les coquillages fossiles, qui se trouvent dans des roches aujourd'hui situées à de grandes hauteurs au milieu des. continents^ prouvent^ d'une manière certaine, que les terrains dans lesquels ils ont été déposés étaient autrefois couverts par les mers. On sait d'ailleurs que le niveau des mers est inva-

riable, parce que la quantité d'eau qui existe sur le globe reste toujours la môme. Puisque la mer n'a pu couvrir les montagnes et que celles-ci présentent cependant des traces de submersion, il faut bien admettre qu'à une époque quelconque les masses rocbeuses qui forment ces montagnes étaient sous les eaux et qu'elles ont été soulevées, après avoir englobé dans leur épaisseur les dépouilles des animaux marins dont on y 'retrouve aujourd'hui les vestiges.

Depuis l'époque où les premiers îlots ont paru à la surface des mers jusqu'à celle où nous vivons, le globe terrestre a subi de nombreux bouleversements. Chacun d'eux s'est manifesté par la formation de nouvelles chaînes de montagnes^ qui, venant s'intercaler dans celles précédemment soulevées, en ont singulièrement modifié la structure. Malgré la confusion résultant de cet enchevêtrement des chaînes d'époques différentes, on est arrivé à déterminer à peu près l'ordre dans lequel ces divers soulèvements se sont produits.

Ces bouleversements successifs ont donné à nos continents leur configuration actuelle; mais cette configuration a été profondément modifiée par les influences de l'atmosphère et des eaux.

Les plus hautes montagnes du globe s'élèvent à près de 9000 mètres au-dessus du niveau des mers.

C'est dans l'Asie centrale que se trouvent ces monts gigantesques. En Europe, le sommet le plus élevé est celui du Mont-Blanc (Alpes), dont l'altitude est de 4815 mètres; le Mont-Pelvoux, cime la plus élevée de la chaîne des Alpes dauphinoises, ne dépasse pas 3938 mètres.

Quand on arrive au sommet de ces montagnes, l'atmosphère se raréfie tellement que l'homme peut à peine y respirer. Aussi ne peut-il habiter ces régions élevées. Il n'y a, sur tout le globe, que quelques points où l'on trouve des habitations situées à une altitude supérieure à 4000 mètres. Ces habitations sont des maisons de poste et des villages construits dans la chaîne des Andes (Amérique méridionale). En Europe, l'altitude des lieux habités ne dépasse pas 2075 mètres. Le couvent du Saint-Gothard, dans les Alpes, est le seul établissement fixe construit à une pareille altitude. Les villages de Saint- Veran (Hautes- Alpes) et le Breuil (Mont-Gervin) sont bâtis à 2040 et 2007 mètres.

Ces hauteurs qui paraissent si considérables sont en réalité fort petites quand on les compare aux dimensions de la terre. La plus grande profondeur des mers est d'environ 6 kilomètres ; la plus grande altitude des montagnes est de 9 kilomètres ; il y a donc depuis les points les plus bas du globe jusqu'aux plus élevés une différence de 15 kilomètres.

Le diamètre moyen de la terre étant de 12,732 kilomètres, les plus grandes différences de niveau ne représentent que les 11 dix-millièmes de ce chiffre. Si l'on voulait figurer sur une boule de 12 mètres de diamètre ou de 37™, 70 de circonférence, les cavités et les éminences que produisent à la surface du globe terrestre les montagnes et les mers, on ne devrait pas donner aux cavités les plus profondes plus de 5 millimètres et les éminences qui représenteraient les hauts pics de THimalaya n'auraient pas 1 centimètre.

La gelée qui désagrège les roches les plus dures, les glaciers et les avalanches qui entraînent les blocs, diminuent peu à peu les hauteurs des montagnes en formant sur leurs versants de vastes talus d'éboulement composés des débris des crêtes supérieures.

Les pluies qui tombent toujours en plus grande abondance sur les hautes montagnes que dans les plaines, à raison du froid qui règne dans les régions élevées, creusent dans les versants des ravins d'autant plus profonds que la cohésion des terrains est moins grande. Ces ravins forment des vallées, dans lesquelles d'autres ravins déversent avec les eaux les sables et les galets qu'elles entraînent. Il s'établit ainsi, suivant la disposition des arêtes principales, des canaux d'écoulement qui, se reliant les

uns aux autres, ramènent jusqu^à la mer les eaux provenant des montagnes.

Quand ces canaux, qui sont les ruisseaux, les rivières et les fleuves, trouvent sur leur trajet des vallées fermées par des barrages naturels, il se forme des lacs. On retrouve en France les traces de l'existence d'un grand nombre de ces lacs aujourd'hui disparus. On voit, à l'aspect de la vallée dont le fond horizontal est formé de dépôts d'eau douce et traversé par un cours d'eau, qu'à une certaine époque elle a dû être fermée sur un point qu'un examen attentif permet presque toujours de reconnaître

Les plaines de la Limagne d'Auvergne et du Foj*ez sont les bassins des anciens lacs que formaient l'Allier et la Loire. La plaine d'Alsace a dû être recouverte par les eaux du Rhin. Si le lit du Rhône s'abaissait de quelques mètres à Genève, le niveau du lac s'abaisserait d'autant et l'on verrait des parties aujourd'hui couvertes par les eaux paraître au jour, comme on voit apparaître le fond d'un étang quand on a fait écouler les eaux par la bonde. La plupart de nos plaines sont les fonds des immenses étangs dans lesquels se déversaient les fleuves. Quand le niveau de l'eau a atteint la hauteur de la digue naturelle qui fermait ces étangs, elle a formé sur le point le plus bas de cette digue un déversoir par où le trop plein s'est écoulé. Mais peu à peu

ce déversoir a été corrodé, et, à un moment donné, la digue a été emportée par les eaux ; alors le lac s'est vidé et le fleuve s'est frayé un lit au milieu des limons, des sables et des galets laissés à découvert.

Ce travail constant de Teau, qui a déjà adouci des pentes autrefois abruptes, et nivelé des dépressions considérables, se continue de nos jours. Les eaux modifient incessamment la forme de nos continents en entraînant dans les vallées et de là dans les mers les matériaux qu'elles arrachent aux flancs des montagnes.

Les eaux resteraient confinées dans les dépressions, qui sont les bassins des mers, si l'évaporation ne les ramenait constamment, sous forme de pluies, sur les continents.

Gomme les phénomènes de la vie végétale que nous avons à étudier s'accomplissent tous dans ces portions du globe où la croûte terrestre est en con-. tact immédiat avec l'atmosphère et les eaux, il est indispensable de donner quelques notions sommaires sur l'air, l'eau et le sol, milieux dans lesquels naissent, vivent et meurent tous les corps organisés.

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