‹ Guide du libraire-antiquaire et du bibliophileChapitre 22 sur 75 · RÉFLEXIONS \\ SUR \\ LA MISÉRICORDE || DE DIEU · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS \\ SUR \\ LA MISÉRICORDE || DE DIEU

Par une Dame pénitente. [| (Fleuron) Il A Paris, chei Antoine De\allier, riië\\ S. Jacques, à la Couronne d'or. Il M. DC. LXXX. || Avec approbation et privilège. || i vol. petiï in-i2 de 8 feuillets prélim. (contenant le Titre, l'Avertissement, la Table et l'Approbation des Docteurs). 139 pages, plus I page pour le Privilège.

Edition originale, fort rare, du beau livre mystique de M'ie de La Vallière, qui était alors devenue religieuse carmélite, sous le nom de sœur Louise de la iMiséricorde.

Cette édition est anonyme, comme toutes celles qui furent publiées ensuite jusqu'à la mort de M"e de La Vallière. La première édition, dont le titre porte

le nom de la célèbre pénitente, est celle de 17 12, publiée <t à Bnisselle , che:^^ François Foppens. » La duchesse de La Vallière était morte en /710; on trouve, dans l'édition de 17 12, un Récit abrège de sa vie et de sa mort.

L'édition originale de 1680, que nous décrivons ici, fut suivie immédiatement d'une seconde, pareille page pour page et ligne pour ligne. Elle n'en diffère qu'à un seul endroit, à la page 138, qui dans la première commence par les mots «... fant, vous ave^^^ compassion de... » tandis que dans la seconde, la première ligne est : «... son propre enfant, vous ave^^... »

Dans l'une et l'autre le Privilège, placé au dernier feuillet, est daté du 13 may 1680, et il est suivi de Y Achevé d'imprimer pour la première fois., le

20 jnin 1680. Le fleuron du titre (le grand chiffre très joli de Antoine Dezallier) et les autres fleurons typographiques sont les mêmes dans ces deux éditions.

Prix de la première édition : 600 fr., Catalogue Fontaine, 1882, bel exemplaire relié en maroquin, par Cape. — Vente Sinéty (juin 1880), superbe exemplaire, orné d'une bonne reliure ancienne en maroquin, probablement de Padeloup, 1,120 francs.

On trouvait dans le Catalogue Fontaine, 1875, une curieuse série de

21 des principales éditions de cet ouvrage, depuis la première jusqu'à celle de 1860, publiée cliez J. Techener. Cette réunion avait été formée par M. Jules Taschere.iu, ancien administrateur de la Bibliothèque nationale.

75. — LE LORGNON. (Par M™^ ' Emile de Girardin). Paris, Alploonse Levavasseitr, éditeur, Palais- Royal. Charles Gosseîin,, rue Saint-

HT DU BIBLIOPHILE

Germain-des-Prés, n° 9. — 1852. —

I vol. in-8, avec vignette sur le titre.

Ce joli roman, plein d'esprit et d'humour, est un des premiers ouvrages de M™= Delphine Gay de Girardin.

II est écrit avec simplicité, avec naturel, et reste l'un des meilleurs livres du charmant écrivain, qui a donné au théâtre, entre autres ouvrages intéressants, ce petit chef-d'œuvre de sentiment qu'on appelle La Joie fait peur.

Le volume est bien imprimé; en face du titre, au verso du faux titre, se trouve la mention suivante : Imprivurie de Auguste Auffray, passage du Caire, ^4. Sur le titre on voit une jolie vignette, gravée sur bois, d'après Gavarni.

Viennent ensuite 3 feuillets (pages V à X) contenant la Préface, et 363 pages de texte, qui terminent le volume.

Cette édition originale est peu commune et on la recherche beaucoup. Les exemplaires brochés, en bon état, avec les couvertures bien conservées, valent 50 à 60 francs. — Exemplaire en demirel. veau rose, rogné, vendu 26 francs à la vente Barras (mai 1882).

76. — L'HOMME GLORIEUX, ou la dernière perfection de l'homme , achevée par la gloire éternelle. Par M. Pierre RouUé, docteur de Sorbonne et curé de Saint-Barthelem)'. A Paris., chei Gilles GouraiiU, sous V Horloge du Palais, à r Espérance. M. DC. LXIV.

— LE ROY GLORIEUX AU MONDE, ou Louis XIV, le plus glorieux de tous les rois du monde.

Sans titre, ni lieu, ni date. — En I vol. in-i2.

Volume fort rare et très peu connu, dont nous allons essayer de faire res-

sortir tout l'intérêt. La première partie, composée de 12 feuillets prélim. et 691 pages, est tout simplement un ouvrage de théologie mystique, écrit dans un style très banal et sans aucune portée. Mais la seconde partie. Le Roy glorieux an Monde, etc.. qui est une flatterie continuelle et interminable à l'adresse de Louis XIV, renferme des passages très agressifs contre Molière et contre le maréchal de Turenne, qui causèrent à l'époque la destruction de presque tous les exemplaires. C'est ce qui explique son insigne rareté. Elle se compose de 91 pages sans titre séparé.

On voit, en tête de deux des exemplaires connus, un beau portrait de Louis XIV, gravé par Moncornet, qui n'appartient pas au volume ; car il est beaucoup plus grand et on a dû le plier pour l'y faire entrer.

Voici le passage relatif à Molière et au Tartufe, qui commence à la page 48 et se termine à la page 5 1 :

« Un homme, ou plutost un

« Démon vestu de chair et habillé en « homme et le plus signalé impie et « Hbertin qui fut jamais dans les siècles te passez, auoit eu assez d'impiété et « d'abomination pour faire sortir de a son esprit diabolique une pièce toute « preste d'estre rendue pubUque, en la « faisant monter sur le Théâtre, à la « dérision de toute l'Eglise, et au a mépris du caractère le plus sacré et « de la fonction la plus divine, et au « mépris de ce qu'il y a de plus saint « dans l'Eglise, ordonné du Sauveur « pour la sanctification des âmes à « dessein d'en rendre l'usage ridicule, « comemptible, odieux. Il meritoit par a cet attentat sacrilège et impie un « dernier supphce exemplaire et public, « et le feu mesme auancoureur de « celuy de l'Enfer, pour expier un « crime si grief de leze-Majesté divine, « qui va à ruiner la Religion caihou lique, en blànunt et jouant sa plus

« religieuse et sainte pratique, qui est « la conduite et direction des âmes et (( des familles par de sages Guides et « Conducteurs pieux. Mais Sa Majesté « après lu3^auoirfaitunseuere reproche, « anime d'une juste colère, par un trait Œ de sa clémence ordinaire, en laquelle Œ il imite la douceur essentielle à Dieu, » luy a par abolition remis son inso- « lence, et pardonné sa hardiesse « démoniaque, pour luy donner le « temps d'en faire pénitence publique « et solennelle toute sa vie. Et afin « d'arrester auez succez la veuë et le « débit de sa production impie et irreli- « gieuse, et de sa poésie licentieuse et « libertine , Elle luy a ordonné sur « peine de la vie d'en supprimer et « déchirer, étouffer et brûler tout ce « qui en estoit fait, et de ne plus rien « faire à l'aduenir de si indigne et « infamant, ny rien produire au jour « de si injurieux à Dieu et outrageant « l'Eglise, la Religion, les Sacrements « et les Officiers les plus nécessaires au « salut, luy déclarant publiquement et a à toute la terre, qu'on ne sçauroit « rien faire ny dire qui luy soit plus a désagréable et odieux, et qui le touche « plus au cœur, que ce qui fait atteinte « à l'honneur de Dieu, au respect de « l'Eglise, au bien de la Religion, à la « révérence deuë aux Sacrements, qui « sont les canaux de la grâce que « Jesus-Christ a méritée aux hommes « par sa mort en la Croix, à la faveur « desquels elle s'est transfuse et répandue « dans les Ames des Fidèles, qui sont « saintement dirigez et conduits. Sa « Majesté pouuoit-elle mieux faire « contre l'impiété et cet impie, que de « luy témoigner un zèle si sage et si « pieux, et une exécration d'un crime « si infernal?... »

Ces curieuses et violentes invectives donnent un spécimen fidèle du style prétentieux et ampoulé de l'ouvrage.

Mohère en cita une partie dans le pre-

mier placet ail Roi, qu'il fît imprimer en 1669, en tête de la seconde édition de Tarliife, publiée presque aussitôt après la première. Le grand poète s'indigne d'abord contre les expressions violentes que le curé RouUé a employées, et après avoir plaisanté à propos des anathèmes de ce saint homme, il fait observer à Louis XIV, avec une certaine indépendance de style, qu'il lui serait fort désagréable de se voir ridicuHser à l'avenir par les passages du livre en question. On dit que Molière obtint du Roi la suppression de la plupart des exemplaires du pamphlet, comme il avait obtenu l'autorisation de faire représenter les trois premiers actes de sa pièce, devant le Roi, à Versailles, le 12 mai 1664. Mais la pièce entière ne fut jouée qu'eu 1669, le 5 février, de même que la i^e édition de Tartufe ne parut aussi qu'à cette époque (6 juin 1669).

On ne connaît jusqu'ici que cinq exemplaires du Roy glorieux. Nous pouvons les citer : celui de M. le comte de LigneroUes et celui de M. le comte de Sauvage, ceux de la Bibliothèque nationale, du regretté M. le baron James de Rothschild et de la librairie Fontaine. Les deux premiers sont conformes à notre description et renferment la ire partie, qui n'a d'ailleurs aucun intérêt. Les deux autres, qui ont été trouvés l'un et l'autre dans leur première reliure du temps, en parchemin, l'un par M. L, Potier, l'autre par M. Richard de la Bibliothèque nationale, ne contiennent que le second ouvrage intitulé : Le Roy glorieux, etc.. Comme cette dernière partie a une pagination séparée, elle est suffisamment complète par elle-même.

L'exemplaire de la Bibliothèque nationale (L. 6. 37 — 3 5 22. Réserve), composé comme ces derniers, est très bien relié, en maroquin rouge, avec dentelle et semis ; de fleurs de lys sur les plats, et porte

au milieu les armes de Louis XIV. C'est évidemment l'exemplaire du Roi. Il est curieux de remarquer que la première partie ne s'y trouve pas.

Prix : catal. Fontaine : 1500 francs.

77. —SCÈNES DE LA BOHÈME, par Henri Murger. Paris, Michel Lévy frères, iSji. i vol. in-12 de 2 feuillets prélim. (faux titre et titre), xiii pages de préface et 406 pages de texte, y compris la Table des matières, à la fin.

Édition originale de ce petit chefd'œuvre d'esprit et de sentiment, unique dans son genre II faut remarquer d'abord que cette édition seule porte le titre : Scènes de la Bohème. Toutes les suivantes sont intitulées : Scènes de la vie de Bohème.

L'auteur, dans une intéressante préface, fait connaître au lecteur cette Bohème artistique et intelligente, dont il fait remonter l'origine jusqu'à Homère, qu'il appelle « un bohème célèbre ».

Après avoir fait succinctement l'historique de cette classe aussi gaie qu'insouciante, vivant au jour le jour, sans penser au lendemain, il cite un grand nombre de noms célèbres, aimés et admirés dans les lettres et dans les arts, qui ont été, aux divers siècles, les plus beaux ornements de la Bohème que Joseph Prudhomme ne citait jamais qu'avec un suprême dédain.

Cette préface était datée de mai 1850, et l'ouvrage est le premier de Henri Murger.

Plus tard l'auteur intercala un nouveau chapitre, les amusantes scènes qui ont pour titre : La Toilette des Grâces (chapitre XVII de toutes les éditions postérieures), mais il supprima le chapitre XXI de la première

édition, intitulé : Son Excellence Gustave Colline.

L'édition, qui coûtait 3 francs seulement, est assez bien imprimée, en caractères très lisibles surtout, mais le papier en est mauvais. Elle n'en est pas moins fort recherchée des délicats, et comme on la rencontre très rarement, elle vaut un assez grand prix. Il parut dans l'année 1^51, au moins quatre éditions, dont les trois autres portent un numéro d'ordre sur le titre; elles n'ont que le prix ordinaire, tandis que la première vaut environ 50 francs et même davantage, quand l'exemplaire est broché, avec la couverture conservée. Vendu dans cet état 57 francs, vente Lessore (février 1882).

La Société des Amis des livres, qui s'est donné pour but de choisir dans les chefs d'œuvre modernes des ouvrages à faire éditer avec luxe, a publié, en 1879, une édition illustrée des Scènes de la Bohème. Elle est de format in-S", et ornée d'un joli frontispice contenant le portrait de Henri Murger, et de douze figures dessinées et gravées à l'eau-forte par Adolphe Bichard.

Chaque exemplaire contient des épreuves doubles de toutes les gravures, savoir : une épreuve avant la lettre, sur papier du Japon, et une épreuve avec la lettre, sur papier vergé qui est celui de l'édition. L'impression en fut faite par D. Jouaust. On la publia par souscription, à 115 exemplaires, qui coûtaient 100 francs chacun. Cette édition vaut maintenant plus du double de ce prix. Nous en avons vu acheter en librairie un exemplaire pour 250 francs. Un autre exemplaire, broché, fut vendu 3)1 francs, en mars 1882, à la vente Ed. Maas.

78. — HEURES A L' USAIGE DE ROME sans riens reqrir. Imprimées à Paris le xv iour doctobre mil quatre

GUIDE DU LIBRAIRE-ANTIQ.UAIRE

cens quatre vinti dix huit. In-8°, avec encadrements gravés et figures sur bois.

Cette édit'on rare tut imprimée par Jehan Poite . in, dont on voit la marque sur le titre. Nous en donnons le facsimilé (planche 7). Le volume contient 92 feuillets non chiffrés, signés des lettres a à 7?i, par cahiers de 8 feuillets. Le texte est en caractères gothiques; il est entouré de belles et curieuses bordures renfermant de nombreux sujets variés, maiscependantrépétés plusieurs fois chacun. On y trouve également 14 grandes gravures sur bois remplissant chacune trois quarts de page; ces gravures sont d'un beau st3-le. De plus il faut compter les gravures du tiire, de la seconde page (l'homme anatomique) , celle qui précède le calendrier, et enfin la gravure de la sainte Trinité, qui toutes quatre sont à mi-page En outre, on y voit beaucoup de petites gravures sur bois dans le texte, pour la Vie des Saints, le commencement de plusieurs chapitres, etc..

Nous n'avons pas trouvé ce livre dans le Manuel du libraire de Brunet, et d'ailleurs à notre connaissance il n'en est pas passé en vente d'autre exemplaire que celui qui est coté au Catal. Rouveyre et Blond (en avril 1882), au prix de 800 francs. Cet exemplaire curieux est imprimé sur vélin, grand de marges, et le petit écusson du milieu de la marque du titre, porte comme armoiries, peintes à la main, un lion hissant sur champ d'azur. Il provenait de la vente du Dr Desbarreaux-Bernard, de Toulouse, faite à Paris, en 1879. La reliure est de Thibaron, en maroquin brun janséniste, doublé de vélin blanc, avec un simple filet.

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