ECZÉMA. — CAUSES
sente la plupart de ces formes diverses confondues autrefois sons le nom de dartres.
Dans la description de l'eczéma, nous suivrons l'exemple de Biett (1), qui divise cette affection en aiguë et en chronique, et à ces deux formes nous rattacherons quelques variétés bien tranchées, ainsi que les espèces établies d'après le siège que peut affecter l'éruption.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
L'eczéma est une affection delà peau, caractérisée par une éruption de vésicules ordinairement aplaties, très nombreuses, agglomérées, se développant sur des surfaces irrégulières, éruption qui est suivie quelquefois d'un suintement plus ou moins abondant de sérosité, et accompagnée d'excoriations, de squames; dans quelques cas même, de croûtes légères.
La dénomination & eczéma, donnée par Willan au groupe d'affections vésiculeuses que nous allons décrire, a été conservée par les auteurs modernes : Bateman, Biett, MM. Rayer, Cazenave, ont adopté l'expression du pathologiste anglais. L'eczéma est la dartre squameuse, la dermatose eczémateuse d'Alibert, la dartre vive humide de Sauvages, etc. A l'occasion du siège de l'eczéma, nous ferons connaître les autres dénominations que lui ont données les auteurs.
La fréquence de cette maladie est très grande. Dans un relevé fait par M. le docteur Marcel, qui nous l'a communiqué, sur un total de 460 malades entrés, dans une période de neuf mois, à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Devergie, l'eczéma compte pour un tiers. Ce résultat peut donner une idée de la fréquence de cette affection.
§ II. — Causes.
1* Causes prédisposantes.
L'eczéma se montre à tout âge. C'est à l'époque de la première et de la deuxième dentition, dit M. Rayer (2) , que les enfants en sont spécialement atteints. L'âge critique chez les femmes paraît prédisposer a cette affection. Les adultes en sont plus souvent affectés que les vieillards, et les individus à peau fine et délicate y sont particulièrement sujets.
Il se développe plus fréquemment dans les saisons chaudes de l'année. Nulle constitution, nul tempérament n'en paraît exempt.
2° Causes occasionnelles.
L'eczéma peut survenir à la suite de toutes les influences irritantes, agissant extérieurement. Quand il se développe sous l'action des rayons solaires, il constitue Y eczéma solare de Willan.
L'emploi des pommades irritantes, des frictions alcalines, des frictions avec l'huile de laurier ou de croton liglium, en est une cause fréquente. La maladie
(1) Dictionnaire de médecine, t. XI, art. Eczéma.
(2) Traité des maladies de la peau. Paris, 1835, 2° édit., t. I, p. 400.
admise sous Je nom à'hydrargyrie n?est, selon M. Cazenave (1), qu'une éruption vésiculeuse simple, développée sous l'influence des frictions mercurielles. Cette opinion nous paraît devoir être partagée, et c'est pourquoi nous n'avons pas assigné à cette affection une place à part dans ce chapitre.
On rencontre fréquemment l'eczéma chez les individus qui, par état, manient habituellement des substances acres, pulvérulentes; il est commun chez les affineurs de métaux, les broyeurs de couleurs, les épiciers, les boulangers, les individus qui ont fréquemment les mains dans l'eau chargée de matières irritantes.
L'eczéma peut naître sous l'influence d'une émotion morale vive : à la suite d'un accès de frayeur, de colère. Cet effet est produit surtout chez les femmes à l'époque des couches, de l'allaitement et de l'âge critique.
On a vu, dans un certain nombre de cas, l'eczéma apparaître exclusivement pendant la grossesse, et disparaître après l'accouchement; d'autres fois l'éruption cutanée était évidemment sous la dépendance de troubles fonctionnels, ayant leur siège soit dans les voies digeslives, soit dans le système nerveux. L'eczéma nest pas contagieux.
Tel est l'exposé sommaire des causes de cette affection, et il faut ajouter que bien souvent elle apparaît sans qu'il soit possible de lui en reconnaître aucune.
§ III. — Symptômes.
Comme nous l'avons dit plus haut, nous diviserons l'eczéma en aigu et en chronique.
1° Eczéma aigu. — L'eczéma aigu présente lui-même trois variétés principales, qui sont : Y eczéma simple , Y eczéma rubrum et X eczéma impetiginodes : nous allons les étudier successivement.
a. Eczéma simple. — A son état le plus simple, il n'est ni précédé ni accompagné de symptômes généraux un peu marqués. Dans une étendue peu considérable de la peau, un léger sentiment de fourmillement annonce le développement de vésicules; celles-ci apparaissent très petites, le plus souvent visibles seulement à la loupe, sans aréole inflammatoire, répandues sur des surfaces qui ont conservé leur couleur naturelle ; elles sont pleines d'une sérosité limpide , d'un aspect brillant.
Après un jour ou deux, le liquide se trouble, prend une teinte laiteuse ; alors, ou il est résorbé, ou il s'épanche par la rupture de la vésicule. Dans le premier cas, la vésicule se flétrit et disparaît en donnant lieu à une légère desquamation; dans le second, le liquide se concrète en un petit disque squameux qui tombe très rapidement.
Un léger prurit accompagne cette éruption, qui dure sept ou huit jours et se dissipe sans laisser de traces. Elle peut durer un peu plus longtemps, et alors elle consiste en de petites éruptions partielles et successives, qui toutes présentent les mêmes caractères de bénignité.
L'éruption occupe généralement un siège limité; quelquefois elle est très étendue, et peut alors, surtout quand l'affection atteint des enfants en bas âge , constituer une maladie qui n'est pas sans gravité.
(1) Chausit, Traité des maladies de la peau, p. 75.
b. Eczéma rubrum. — Dans cette espèce, il existe des prodromes. La surface qui va être le siège de l'éruption est chaude, tendue, douloureuse, quelquefois sensiblement tuméfiée.
Peu de temps après, elle se couvre d'une rougeur vive, et, en examinant avec attention la partie affectée, on y découvre une foule de petites vésicules qui la hérissent comme autant de points brillants. Bientôt ces vésicules deviennent grosses comme des têtes d'épingles; elles ne tardent pas à se flétrir, et la peau, enflammée et érythémateuse, reste parsemée de points arrondis, entourés d'un petit liséré blanchâtre.
Mais le plus souvent, au lieu de se résorber, le liquide, devenu lactescent, s'épanche par suite de la rupture des vésicules ; la surface enflammée s'excorie et devient le siège d'une irritation vive, à mesure qu'elle est baignée par le suintement qui s'y établit. La matière de ce suintement se concrète en lames minces, molles, peu adhérentes, qui, en se détachant, laissent à découvert des surfaces enflammées et suintantes qui se recouvrent bientôt des mêmes sécrétions épidernioïdes. C'est là ce qu'Alibcrt appelait la dartre squameuse humide.
La maladie, qui peut être entretenue par des éruptions successives, se termine ordinairement au bout de deux ou trois semaines; après ce temps, il ne reste à la peau qu'une teinte rouge qui brunit et disparait peu à peu.
c. Eczéma impetiginodes. — U peut naître spontanément, mais ordinairement il succède à Y eczéma rubrum.
Dans cette variété, l'éruption se manifeste avec une acuité remarquable : la peau est rouge, tendue, tuméfiée; sa chaleur est brûlante; les vésicules primitives se déchirent promptement, pour faire place à d'autres qui contiennent déprime abord un liquide moins transparent, puis bientôt trouble, puriforme. A ce moment, la vésicule est véritablement devenue une pustule. Cette transformation remarquable de la vésicule primitive en pustule forme le caractère distinctif de l'eczéma impétigineux. MM. Rayer et Copland (1), comme l'a démontré M. Cazenave, se sont trompés en ne voyant là qu'un eczéma compliqué de pustules d'impétigo. Il arrive souvent, en effet, que chez le même individu on constate , sur différents points, les divers degrés de la transformation que nous venons d'indiquer.
Une fois rompues, les vésicules pustuleuses laissent échapper un liquide qui se durcit en squames épaisses, jaunâtres, molles, semblables à des feuillets superposés; à leur chute, on trouve des surfaces rouges d'où suinte une sérosité roussâtre. Après un certain nombre d'éruptions successives, les croûtes ne se reforment que difficilement; ce ne sont plus que les lamelles minces, grises, un peu sèches de 1 eczéma. Tout peut être terminé ainsi en deux ou trois semaines.
^ Dans ces trois variétés, l'eczéma aigu est rarement accompagné de symptômes généraux graves. Cependant, quand il occupe une grande surface, chez des individus affaiblis par l'âge, cher ceux qui ont la peau brune et sèche, il peut acquérir une grande intensité, et déterminer une inflammation qui s'étend jusqu'aux couches sous-jacentes du derme. Alors les éruptions sont plus fréquentes, plus aiguës; des exulcérations douloureuses sillonnent la peau; elles se recouvrent de squames humides, etc., etc. Après la résolution, la peau conserve une teinte brune qui parfois persiste indéfiniment.
(I) Dictionary of pvaclical medicine, nrt. Eczéma.
àJi> MALADIES DE LA PEAU.
2° Eczéma chronique. — Pouvant succéder aux trois variétés que nous venons de décrire, l'eczéma chronique se développe le plus souvent à la suite de l'eczéma impétigineux. Il est constitué soit par une suite indéfinie d'éruptions successives, soit par un état permanent, n'offrant pas d'exacerbations bien sensibles. Mais,' quelle que soit sa marche, il se présente sous deux aspects assez tranchés, qui sont les suivants :
a. Dans le premier cas, une sécrétion abondante forme le caractère principal : la peau est baignée sans cesse par un liquide séreux, quelquefois fétide, dont le suintement salit rapidement les linges qui recouvrent les parties malades, et oblige de les changer à chaque instant. En les enlevant, on trouve les surfaces rouges, tuméfiées , ramollies , portant les empreintes de la toile qui les recouvrait. Dans les points où la peau est comme macérée, on peut distinguer une foule d'orifices béants d'où s'échappe une gouttelette de sérosité : ces points, selon M. Caz'enave, sont les orifices des canaux sudorifères.
Quelquefois la sécrétion, moins abondante, esl pur i forme : la peau s'excorie, se gerce douloureusement En enlevant les linges, une foule de points sont arrachés, et il s'écoule une certaine quanlilé de sang. D'autres fois les surfaces malades se recouvrent de squames molles, jaunâtres, minces et peu adhérentes; celles-ci, à la suite de sécrétions multipliées, forment des couches de squames humides, recouvrant les parties enflammées.
b. Dans le second cas, au contraire, la sécrétion est à peine sensible; les squames sont sèches, adhérentes. En tombant, elles laissent à découvert des surfaces peu enflammées. Tantôt la peau est blanche, comme farineuse, s'écaillant au moindre frottement, et en même temps elle est sèche et épaisse; tantôt elle est d'un rouge vif, mais sans aucune espèce de suintement. Elle est comme fendillée, recouverte de squames adhérentes.
c. D'après M. Chausit (1), il existe une troisième espèce, dans laquelle il n'y a plus de traces ni de la sécrétion séreuse, ni de la sécrétion épidermique. Cet eczéma, qui siège de préférence aux jambes, se présente avec une physionomie remarquahle. La peau, tendue, lisse, luisante, amincie, semble constituer un tissu cicatriciel, et l'on pourrait croire à la guérison sans quelques poussées rares, mais caractéristiques.
L'eczéma chronique, quelle que soit sa forme, est toujours accompagné d'un prurit remarquable : ce symptôme, qu'il est important de se rappeler, n'est, au début, qu'un léger fourmillement qui augmente à mesure que les éruptions se multiplient. Les démangeaisons finissent quelquefois par devenir brûlantes : c'est un supplice pour les malades, qui, ne pouvant résister au besoin de se gratter, se déchirent avec les ongles et les corps les plus durs. Dans quelques cas , le prurit est peu marqué pendant toute la durée de la maladie. En général, il s'exaspère sous diverses influences, telles que l'usage des excitants, des spiritueux, la chaleur du lit, le contact des vêtements de laine, etc. , etc.
§. IV — Siège de la maladie.
L'eczéma chronique peut affecter tous les points du corps; cependant quelques
(1) Loc. cit., p. 71.
ECZÉMA. — LÉSIONS ANATOMIQUES. 3fQ
parties de l'enveloppe cutanée en sont plus fréquemment le siège : l'affection vésiculeuse présente alors certaines particularités qu'il est bon de signaler.
Au cuir chevelu, il constitue ce qu'on a appelé la teigne amiantacée, la teigne furfuracée; il a été confondu par certains auteurs avec la teigne muqueuse, qui, selon la remarque de Bateman, n'est qu'un impétigo. On le reconnaîtra auxsigues suivants : il se présente, non avec des croûtes, mais avec des squames jaunâtres, molles, irregulières, accompagnées d'un léger suintement dans quelques points. Les cheveux sont libres et peu altérés, où enveloppés dans une partie de leur étendue d'une sorte de gaîne squameuse. L'éruption est toujours accompagnée de prurit et n'est pas contagieuse. Quelquefois il détermine une alopécie incomplète.
Aux oreilles, il est très fréquent chez la femme , et constitue une maladie très rebelle. Il peut envahir toute la conque et déterminer son hypertrophie; à l'intérieur du conduit auditif, le gonflement peut être tel qu'il entraîne une surdité accidentelle.
Aux mamelons chez les jeunes filles, mais surtout chez les nourrices, il occasionne des gerçures souvent très douloureuses, et provoque l'engorgement des ganglions axillaires.
Aux organes génitaux, aux cuisses, à l'anus, il est caractérisé par des démangeaisons insupportables; ce prurit, qui entraîne les malades à se gratter irrésistiblement, est de la dernière incommodité et porte les malades à des idées de tristesse et même de suicide.
Aux mains, l'eczéma est fréquent et difficile à guérir; on l'observe surtout chez les épiciers : les pathologistes anglais l'ont appelé gale des épiciers.
L'eczéma peut devenir général, mais c'est presque exclusivement à l'état aigu, et surtout à l'état simple.
§ V. — Marche, durée, terminaison de (a maladie.
.A Y état aigu, l'eczéma aune marche assez rapide; à Y état chronique, il offre ordinairement une succession de rémissions et d'exacerbaiions qui font souvent croire à sa terminaison prochaine. Quand il touche à sa lin, ou voit d'abord diminuer la sécrétion; les squames, moins larges, plus minces, se reforment plus lentement; la guérison marche de . la circonférence au centre. Enfin, lorsque tout a disparu, il reste une empreinte brune qui quelquefois persiste toute la vie.
La durée de l'eczéma est impossible à préciser : cette affection peut résister à tous les traitements et avoir une durée indéfinie. Celle durée ést aussi subordonnée à certaines conditions, telles que l'ancienneté du mal, les causes qui l'ont fait naître ou peuvent L'entretenir, etc.
L'eczéma est une maladie qui guérit facilement à l'état aigu : il est plus rebelle à l'état chronique, souvent on ne réussit pus à le faire, disparaître. Il peut, dans certains cas, se transformer en pemphigus: transformation heureusement fort rare, dit M. Cazenavc, car elle est presque toujours funeste.
S VI. — Iiésions anatomiques.
Selon M. Rayer, les follicules cutanés sont essentiellement affectés dans l'eczéma. Bien plaçait le siège de la lésion dans la membrane vasculaire d'Eichhorn, mem-
brane qui a pour fonction la sécrétion épidermique. Se fondant sur les caractères locaux et l'histoire de La maladie, M. Cazenave regarde l'eczéma comme une maladie de l'appareil sudoripare, et place le siège des vésicules à l'extrémité des conduits sudorifères enflammés.
§ VII. — Diagnostic, pronostic.
,' A l'état aigu, l'eczéma peut être confondu avec l'herpès et la gale.
Pour V herpès, on évitera l'erreur en se souvenant que les groupes vésiculeux de cette éruption sont toujours bien délimités, que les vésicules sont plus grandes, comme perlées, et qu'elles donnent lieu à une desquamation à peine sensible.
Dans la gale, les vésicules sont acuminées, peu transparentes ; elles sont isolées, discrètes, disséminées sur certains points où elles ont leur siège de prédilection : en effet, on les rencontre aux bras, aux poignets, au ventre, à la verge, mais surtout dans l'intervalle des doigts. La présence du sillon de l'acarus, quand on peut la constater, lève tous les doutes.
Quelle que soit sa ressemblance avec Y impétigo dans certains cas, l'eczéma s'en distinguera en ce que jamais il ne donne lieu à des croûtes toujours épaisses, molles, d'un jaune ambré, comme on les observe dans l'affection pustuleuse. L'eczéma produit plutôt des squames que des croûtes.
Cette affection, à l'état chronique, pourrait être confondue avec le lichen agrius, qui a quelquefois le même siège et présente une excoriation et un suintement analogues à ceux de l'eczéma. Mais si l'on se rappelle que le lichen agrius est surtout caractérisé par une rugosité remarquable qui dénote l'état papuleux primitif, tandis que la surface de l'eczéma est unie et luisante; qu'il est toujours accompagné d'un prurit brûlant, différent des démangeaisons de l'eczéma; qu'au lieu de squames lamelleuses, il est recouvert de petites croûtes, minces, dures, résultat de l'ulcération des papules; si l'on ajoute, surtout, l'épaississement considérable de la peau propre au lichen, on évitera facilement toute erreur.
Quant au psoriasis, l'absence de tout suintement et du prurit, et la présence de véritables écailles minces, sècbes, chatoyantes, qui caractérisent les affections squameuses, et le siège de prédilection aux genoux et aux coudes, dissiperont tous les doutes. Les caractères différentiels de X eczéma du cuir chevelu seront donnés à l'article impétigo.
TABLEAU SYNOPTIQUE DU DIAGNOSTIC
1° Signes distinctifs de l'eczéma aigu et de l'herpès.
ECZÉMA AIGU
Vésicules agglomérées sur des surfaces mal circonscrites, à peine visibles.
Desquamation marquée.
Prurit léger.