‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 240 sur 344 · EMPOISONNEMENT PAR LE SULFURE DE CARBONE · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT PAR LE SULFURE DE CARBONE

[M. le docteur Delpech (1), dans un mémoire par lui présenté à l'Académie de médecine, a développé les résultats de ses recherches à ce sujet. Nous lui devons les détails qui suivent.

Les ouvriers en caoutchouc sont les victimes habituelles du sulfure de carbone. • Ils en font usage pour dissoudre le caoutchouc, pour souder ensemble des plaques isolées de gomme élastique.

Le sulfure de carbone se volatilise à l'air libre et exhale des vapeurs nauséabondes rapidement insupportables et malfaisantes.

Voici le résumé des troubles qu'il produit sur l'intelligence, la sensibilité générale ou spéciale, la génération, la mobilité, la digestion, la circulation et les organes respiratoires et sécréteurs.

§ X. — Symptômes.

Troubles intellectuels. — La mémoire est profondément altérée, les malades oublient les détails de leur profession, ils cherchent les mots les plus usuels. Le caractère devient extrêmement irritable ; l'excitation du jour se maintient la nuit sous forme (l'insomnie, puis enfin la torpeur succède à l'irritation.

La sensibilité générale est médiocrement altérée. Céphalalgies, vertiges, douleurs dans les membres, fourmillement général, amaigrissement, hyperesthésic plus rare encore, telles sont les altérations qu'elles présentent.

Les organes des sens spéciaux sont profondément influencés. On observe de l'amaurose, de. la surdité, des troubles de l'odorat et du soûl accusant partout et à tort l'odeur du sulfure de carbone.

Les fonctions génératrices languissent et sont quelquefois presque anéanties, et cela dans les deux sexes.

(1) Mémoire sur les accidents que développe chez 'es ouvriers en caoutchouc l'inhalation du sulfure de carbone en vapeur, mémoire lu ;■ l'Académie de médecine, 13 janvier 1856. — On consultera avec intérêt, dans le Traité d'hygiène industrielle île M. Maxime Vernois, l'article consacré à ce liquide (t. Il, p. 162).

fi6^ INTOXICATIONS.

Les altérations de la moti/ité sont graves et variées. Tantôt elles révèlent la forme toxique : roideur marquée des doigts, des membres thoraciques, crampes douloureuses ; tantôt la forme clonique : mouvements involontaires des paupières ; d'autres fois c'est V anéantissement progressif de la puissance musculaire, débutant en général par les membres inférieurs, d'où la démarche de l'ivresse, l'impossibilité de monter ou descendre, la difficulté de serrer et même de saisir les objets avec la main. La contraction musculaire est tremblotante et se traduit dans chaque muscle par des palpitations fibrillaires. Les extenseurs des doigts présentent au plus haut degré toutes les altérations précédentes. Les supinatcurs sont souvent atteints.

L'atrophie musculaire survient enfin sans que l'excitabilité électrique soit perdue.

J roubles digestifs. — L'anorexie poussée jusqu'au dégoût, les nausées, le vomissement alimentaire ou bilieux, les coliques sans constipation ni diarrhée constante, la fétidité des gaz et des matières stercorales exhalant l'odeur du sulfure de carbone, tels sont les troubles principaux que présente le tube digestif.

La respiration n'offre rien de notable, si ce n'est l'haleine qui offre l'odeur du sulfure de carbone. De même pour la circulation.

Les sécrétions urinaires ont l'odeur du sulfure de carbone; l'urine est rouge brun quand on la traite par les alcalis caustiques. Les sels de chaux sont abondants.

La cachexie enfin couronne l'empoisonnement lent qui mine les malades. .

§ II. — Marche, terminaison.

Tantôt le début est brusque et se manifeste par des symptômes d'ivresse, tantôt lent et progressif. Ces deux inodes de développement se rattachent à deux formes, la forme aiguë et la forme chronique; la seconde est de beaucoup plus fréquente.

L'invasion est variable dans ses rapports avec l'influence toxique, elle éclate quelquefois dès les premiers jours de l'exposition aux vapeurs malfaisantes, ailleurs elle tarde plusieurs années.

On ne connaît pas d'exemple de mort ; l'extrême volatilité du poison explique les améliorations rapides qui surviennent quand la cause a été éloignée quelque temps.

§ III. — Pronostic.

Il est très fâcheux si l'on considère l'ensemble des perturbations des fonctions physiologiques; il est moins grave si l'on envisage la lenteur habituelle des accidents, la brusque terminaison funeste, la possibilité de la guérison par la simple hygiène; il s'aggrave avec le nombre des rechutes.

§ IV. - Étiologie.

Ce n'est pas le carbonate de plomb mélangé quelquefois au caoutchouc dans certains procédés de vulcanisation qu'il faut accuser, c'est l 'évaporai ion du sulfure de carbone, son influence toxique mise en jeu par le défaut d'aération chez les ouvriers en chambre. En effet, dans les grands ateliers, les accidents sont rares, de môme dans les fabriques à l'air libre

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