PRÉPARATION DE LA MAGNÉSIE QU'ON EMPLOIE COMME CONTRE-POISON
« On peut obtenir facilement de la magnésie dans un état convenable par le procédé suivant : On place le carbonate de magnésie (magnésie blanche du commerce) dans un creuset de terre qui ne doit en être rempli qu'à moitié; le creuset est chauffé de manière que le fond atteigne la température du rouge sombre; on agite continuellement le carbonate avec une spatule de fer pendant la calcination ; l'eau et l'acide carbonique qui se dégagent déterminent dans la masse une sorte d'ébullition qui projette quelquefois une portion de magnésie à l'extérieur du creuset. Quand ce dégagement a cessé, on essaye la magnésie par l'acide chlorhydrique; elle ne doit plus retenir l'acide carbonique. Toutefois la magnésie qui renfermerait encore un peu d'acide carbonique serait préférable à celle qui serait restée longtemps exposée à une trop forte température.
» Lorsque la magnésie n'a été que faiblement calcinée, elle s'hydrate promptement et avec facilité; elle forme, avec l'eau à la température ordinaire, une gelée consistante, comme le fait l'alumine : 2 grammes de magnésie suffisent pour donner à 50 grammes d'eau et plus cette consislance gélatineuse.
» Cette quantité de magnésie, délayée dans un décilitre d'eau, peut absorber, comme nous l'avons dit, un décigramme d'acide arsénieux dissous également dans un décilitre d'eau, de telle façon que, après avoir agité le mélange, un instant et filtré la liqueur, elle ne précipite plus par l'hydrogène sulfuré.
» Il faut éviter d'employer la magnésie trop fortement calcinée, son effet est à peu près nul. On la reconnaît facilement aux caractères suivants : Sa densité est plus grande que celle de la précédente ; sa cohésion est plus considérable ; au lieu de s'hydrater et de faire pâte avec l'eau, elle gagne le fond du liquide et forme un dépôt pulvérulent qui peut rester pendant plusieurs mois en contact avec l'eau sans s'hydrater. iMise en contact avec une dissolution d'acide arsénieux, elle ne l'absorbe qu'avec une extrême lenteur.
•> On peut également préparer par la voie humide une magnésie hydratée très efficace dans les cas d'empoisonnement : 100 grammes de sulfate de magnésie cristallisé (sel d'Epsom, sel de Sedlitz) renfermant 51,22d'eau, 16,26 de magnésie, ■et 32,52 d'acide sulfurique. Il faut théoriquement 38,21 d'oxyde de potassium ou
oe- INTOXICATIONS.
&5,52 d'hydrate pour décomposer complètement la dissolution de 100 grammes de ce sel, et en précipiter la magnésie à l'état d'hydrate. Mais si, au lieu de potasse pure, on emploie pour cette décomposition la potasse caustique ordinaire (pierre à cautère des pharmacies), qui contient toujours des chlorures, des sulfates, du carbonate et un excès d'eau, on peut sans inconvénient en prendre 50 parties pour \00 de sel à décomposer. Si, d'une autre part, on opère sur des liqueurs assez étendues; si le sulfate de magnésie est dissous, par exemple, dans vingt-cinq fois son poids d'eau, et la potasse dans vingt fois son poids du même liquide, on peut se dispenser de laver le précipité, et se contenter de l'exprimer fortement dans un linge; la petite quantité de sulfate de potasse et de sulfate de magnésie qu'il relient ne saurait avoir d'inconvénients sérieux, d'autant qu'il faut, pour l'administrer, délayer le précipité dans une grande quantité d'eau.
» 10 grammes de sulfate de magnésie dissous dans 250 grammes d'eau, décomposés, comme il vient d'être dit plus haut, par 5 grammes de pierre à cautère dissoute dans 100 grammes d'eau, fournissent un liquide qui contient encore un excès de sulfate de magnésie, et d'où la potasse caustique précipite une certaine quantité de magnésie, et donne un précipité qui, exprimé dans un linge et délaye dans l'eau sans en avoir été lavé, absorbe immédiatement 1 décigramme d'acide arsénieux dissous dans 1 décilitre d'eau. On doit observer que cette proportion d'acide arsénieux n'est pas, à beaucoup près, la limite de ce que peut absorber la magnésie.
» Toutefois l'emploi de la magnésie calcinée, bien préparée, nous paraît tout aussi sûre et plus facile que celui de l'hydrate de magnésie.
» Quand on aura donné les contre-poisons, si le pouls devient misérable, si la peau se refroidit, on favorisera la réaction par des sinapismes, des couvertures chaudes, des frictions sèches, une petite saignée, des boissons stimulantes. Si la période algide a fait place à une réaction légitime, tout en maintenant strictement la liberté du ventre, on devra prescrire les boissons diurétiques nitrées, qu'Orûla a recommandées. On facilitera ainsi l'expulsion du poison par les selles et par les .urines, c'est-à-dire qu'on sollicitera les deux principaux émonctoires de cette substance vénéneuse. »
C'est à RI. Bunsen qu'on doit la première idée d'administrer le protoxyde de fer; M. Mialhe a constaté la grande efficacité du protosulfure de fer, faisant toujours remarquer que le persulfure n'existe pas, et, ce qui est bien plus grave, qu'il faut une quantité presque double delà substance impure, à laquelle on donne le nom de persulfure, pour produire un effet égal à celui que produit une quantité donnée de protosulfure.
Il n'est pas d'empoisonnements sur lesquels les conlro-stimulistes aient plus insisté que sur celui qui nous occupe, pour prouver l'action hypostbénisante du poison et les bons effets du traitement tonique et excitant (vin, alcool, bouillon, etc.); mais Orfila a prouvé, par les faits, qu'ils sont dans l'erreur.