COLIQUE DE CUIVRE
Jusqu'à ces dernières années on n'élevait pas de doutes sur l'existence d'une véritable colique de cuivre analogue, non pour les symptômes, mais pour la manière dont elle se produisait, à la colique de plomb. Les recherches faites par MM. Chevallier et Boys de Loury (2) sont venues , sur ce point , changer complété Union médicale, 18 octobre 1851.
(2) Annales d'hygiène, avril et juillet 1850.
tement l'état de la science. Ces deux auteurs ayant, en effet, visité avec soin les manufactures, ayant pris des informations auprès des .chefs, ayant recherché les maladies diverses dont les ouvriers peuvent être atteints, se sont assurés que ces maladies n'ont rien de particulier, qu'elles rentrent dans les affections intestinales ordinaires ; qu'elles n'ont pas de causes spéciales; que le cuivre n'a par lui-même aucun inconvénient, et qu'en définitive la colique de cuivre doit être rayée du cadre nosologique.
II semble, après cela, que nous devrions supprimer une description qui n'a plus d'objet ; mais nous croyons qu'il vaut mieux la conserver pour montrer ce qu'on regardait autrefois comme une colique de cuivre, d'autant plus qu'on y verra une nouvelle preuve de l'opinion de MM. Chevallier et Boys de Loury , puisque les symptômes n'ont absolument rien de spécifique.
Il ne faut pas confondre la colique de cuivre avec les empoisonnements par les préparations de cuivre. Celte maladie due, suivant l'opinion ancienne, à une véritable intoxication, est toujours légère et cède à des moyens très simples.
La colique de cuivre est beaucoup plus rare que la colique de plomb. Elle attaque les fondeurs, les tourneurs en cuivre ; en un mot, tous ceux qui sont exposés à absorber une grande quantité de molécules de ce métal.
Symptômes. — Les symptômes sont ceux d'une entérite plus ou moins intense : anorexie, soif; parfois des nausées et des vomissements ; douleurs autour de l'ombilic, exaspérées par la pression ; tension de l'abdomen ; selles liquides, fréquentes, jaunes, vertes, contenant du mucus; quelquefois ténespie ; en même temps mouvement fébrile avec courbature.
Abandonnée à elle-même, et par les seuls soins hygiéniques, cette colique guérit en un septénaire environ. Le traitement peut beaucoup abréger cette durée.
Les renseignements seuls peuvent faire distinguer cette affection d'une entérile intense survenue spontanément.
Le traitement consiste dans la diète, le repos m lit, des boissons adoucissantes; des cataplasmes sur l'abdomen; une petite quantité à" opium; des lavements laudanisés et amidonnés.
Cette description est de nature à confirmer la manière de voir des deux médecins précédemment cités, puisqu'il est permis d'y voir, soit une gastro-entérite, soit une entérite simple, soit une dysenterie.
ARTICLE XIV
EMPOISONNEMENT PAU LES PRÉPARATIONS D'ÉTAIN , J)E BISMUTH , DE ZINC, D'OR, D'ARGENT, DE PLATINE.
Nous réunirons dans un même article, et pour les mentionner seulement, toutes ces substances, parce qu'elles présentent, à quelques nuances près, des symptômes semblables à ceux que produit l' empoisonnement par les sels mercuriels (1).
(-1) [Voyez Tardieu, Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité. Paris, 1852-1854, 3 vôl. — Vernois, Traité d'hygiène industrielle et administrative. Paris. 1860, 2 vol. in-8. D'importants articles ont été consacrés par ces hygiénistes distingués à l'élude des causes | d'incommodités de ces substances.]
EMPOISONNEMENT PAR LES PRÉ PA HATIONS n'ÉTAIN, ETC. G85
Traitement. — Fia in. Les deux contre -poisons principaux sont ie lait, proposé par Orfila, et le protosulfure de fer, recommandé par M. Mialhe. J.e premier a l'avantage de se trouver facilement en abondance; le second précipite plus facilement le sels tanneux. La magnésie, Y albumine, la noix de galle, et ensuite les rnucilagineux et les opiacés, offrent aussi des avantages.
Bismuth. — Le meilleur contre-poison est encore le protosulfure de fer hydraté; si l'on en avait pas, on donnerait l'eau albumineuse et le lait.
On sait que dans ces derniers temps on a remplacé dans plusieurs industries et notamment dans la fabrication des couleurs pour la peinture, le plomb par le zinc, cette dernière substance étajtit regardée comme innocente. Mais quelques faits sont venus faire craindre que cette innocuité ne soit pas parfaite, et l'on a parlé d'une colique de zinc, d'accidents cérébraux, de paralysies causées par le zinc ; en un mot, de symptômes semblables à ceux que produit le plomb. Il faut dire tout d'abord que les accidents de ce genre sont infiniment rares, et, en second lieu, qu'il n'est pas prouvé que dans quelques-uns des cas cités on n'eût pas réellement affaire à des accidents causés par le plomb. D'un autre côté, les faits rapportés ne sont pas assez détaillés pour servir à une histoire complète des affections que peut occasionner le zinc. Ce qui résulte principalement des renseignements que nous possédons, c'est que si de semblables affections existent, elles n'ont, sous le rapport de leur fréquence et de la facilité avec laquelle on les contracte, rien qui approche des affections saturnines. On peut dire que ces accidents sont desimpies exceptions. Aussi nous contenterons-nous de citer ici les faits suivants :
M. Bouvier (1) a observé chez un homme occupé soit à embarriller le blanc de zinc, soit à réparer des barriques qui avaient déjà servi, des symptômes semblables à ceux de la colique de plomb : vomissements, douleurs abdominales, constipation. Le traitement par les purgatifs et l'opium fut suivi d'une guérison prompte. M. Bouvier apprit que cinq autres ouvriers employés aux mêmes travaux avaient éprouvé les mêmes accidents. Il fit laver avec soin le corps du malade, et les eaux du lavage ayant été analysées par M. Chatin, il fut démontré qu'elles ne contenaient ni plomb, ni cuivre, ni arsenic, et qu'elles renfermaient une quantité appréciable de zinc.
M. Landouzy a fait connaître à l'Académie des sciences quelques faits analogues.
Zinc. — Les contre-poisons proposés sont : l'eau albumineuse , le lait et le bicarbonate de soude.
M. Stratton (2), ayant été appelé auprès d'une personne qui avait avalé une solution de 10 grammes de chlorure de zinc, et qui éprouvait des accidents graves, fit cesser promptement tous ces accidents en administrant à de courts intervalles de trois à quatre pintes d'un fort soluté de savon noir, et en donnant ensuite de l'huile d'olive. Nous citons ce moyen parce qu'on peut se le procurer facilement.
Argent. — Le principal contre-poison est l ' hydrochlorale de soude (sel marin) en dissolution.
Or, platine. — On ne connaissait pas encore de contre-poison, lorsque M. Mialhe
(1) Séances de l'Acad. des sciences, 13 mai 18i0.
(2) Voy. Union médicale, 11 octobre 1849.
686 WTOXICATIONS.
a établi que le protosulfate de fer hydraté est l'antidote par excellence, dans l'empoisonnement par les sels d'or et de platine.
ARTICLE XV
EMPOISONNEMEMT PAR LES ANTIMONIAUX.
Signes de l'empoisonnement. — Saveur désagréable, nausées, vomissements fréquents et abondants ; constrictions pharyngienne et œsophagienne, chaleur et douleur à l'épigastre; coliques, selles fréquentes et abondantes ; dyspnée, prostration, lipothymies, refroidissement des extrémités ; yeux cernés, face pâle, sueurs froides et visqueuses.
Traitement. — Substances riches en tannin : décoction de noix de galle , de quinquina, A'écorce de chêne, de marronnier, de saule, debistorte, de ratanhia, de cachou. On a vanté aussi la magnésie et le suc de citron. Les émollients et les opiacés sont utiles quand il y a une vive irritation du tube digestif; mais on doit combattre aussi la prostration par des frictions chaudes et alcooliques, par le vin à l'intérieur, par les toniques.
ARTICLE XVI