‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 264 sur 344 · COLIQUE DE PLOMB. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

COLIQUE DE PLOMB. — SYMPTÔMES

« La colique de plomb (1) peut débuter d'une manière assez soudaine Cependant presque toujours elle a des prodromes; ce sont tous les phénomènes d'intoxicatiou précédemment décrits et auxquels se joignent bientôt un état de malaise des douleurs dans les membres, de l'inappétence, une langue blanche, des selles de plus en plus rares et formées presque exclusivement de matières noires et rouillées.

» La maladie déclarée, les individus éprouvent une douleur plus ou moins vive siégeant ordinairement à l'ombilic, moins souvent à l'épigastre ou à l'hypogastre • cette douleur occupe parfois plusieurs de ces régions à la fois ; elle s'irradie même vers les lombes, vers les parties génitales, etc. Elle est tantôt obtuse, contusive • plus souvent elle est aiguë et dilacérante. Elle est continue, mais sujette à des exacerbations irrégulières pendant lesquelles les malades sont dans la plus grande anxiété; leurs yeux se cavent, la figure se grippe; ils poussent des cris lamentables se roulent dans leur lit, et prennent les positions les plus bizarres pour se soulager' Beaucoup se couchent surtout à plat ventre, appuyant souvent leur poing sur Tabdomen : car un des caractères les plus remarquables de cette douleur est de se calmer ordinairement par la pression; mais pour que cet effet soit produit, il faut que la compression soit faite non par secousses et avec l'extrémité des doigts mais doucement et par degrés, avec la paume de la main étendue à plat. En pro' cédant de la sorte on soulage les malades dans plus des deux tiers des cas

» Le tiers des malades atteints de colique saturnine a le ventre plus ou moins retracté; chez les autres, l'abdomen a sa forme ordinaire. La rétraction du ventre se voit surtout dans les coliques violentes. Ce phénomène remarquable nous paraît tenir à une contraction spasmodique des muscles abdominaux qui s'appliquent instinctivement sur les viscères comme pour en atténuer les souffrances

» Presque tous les malades dont nous parlons sont constipés, et cette constipation est le plus ordinairement très opiniâtre. Plus des trois quarts d'entre eux ont des nausées; celles-ci sont, chez la plupart, suivies de vomissements, qui tantôt sont aqueux, mais qui presque toujours sont bilieux, amers et d'un vert porracé Quelques-uns sont en même temps tourmentés par des éructations et par des hoquets Chez ces individus, la langue est nette et le plus souvent blanchâtre la soif est variable, l'appétit complètement nul ; l'haleine exhale ordinairement une odeur saburrale. La sécrétion urinaire est presque toujours diminuée, et chez quelques malades la miction est douloureuse et s'accompagne de ténesme.

» Le plus souvent il existe des douleurs dans différentes parties du corps telles que de la céphalalgie (chez un quart] ; des tiraillements, des douleurs convûlsives vers les cordons testiculaires (chez un quart); des crampes, un sentiment d'engourdissement, ou bien des douleurs lancinantes et dilacérantes dans les muscles des membres inférieurs (chez les trois quarts), ou des supérieurs (chez la moitié) plus ou moins fréquemment dans les muscles lombaires (chez un tiers); enfin quelques-uns (un septième) éprouvent un sentiment de conslriction pénible vers le thorax. Au milieu de ces souffrances si vives, la peau conserve sa température et le pouls sa fréquence normale, souvent même il est plus lent que de coutume- <:n un mot, la colique de plomb est une affection tout à fait apyrétique; mais les

(I) Traité do pathologie interne. 7e édit. Paris. 1857, t. II, p. 19. Valleix, 4e édit. — V.

malades sont fatigués, leurs forces sont anéanties, ils sont privés de tout sommeil, ce qui dépend surtout de la vivacité et de la continuité des douleurs.

» La colique peut se compliquer d'autres affections saturnines, notamment de divers accidents cérébraux, et des différentes formes de paralysies dont nous parlerons plus loin. Elle peut aussi s'accompagner de toute autre maladie survenant indépendamment de l'action du plomb : la chose pourtant est rare; nous en exceptons néanmoins l'ictère, qui se déclare dans un huitième des cas environ, mais il a rarement une grande intensité.

M. Tanquerel, par des recherches attentives, a constaté l'existence, pendant les accès de coliques, de la rétraction de l'anus, et de contractions violentes du rectum, semblables a des crampes. Il a noté aussi l'existence de tumeurs mobiles dans l'abdomen, dues à des accumulations de gaz.

g IV. Marche, durée, terminaison de la maladie.

La marche de la colique de plomb est variable. M. Tanquerel a distingué trois périodes : période d'invasion, période d'augment et période de déclin. La première marche avec une rapidité très variable ; dans la seconde, les exacerbations ou accès de colique sont plus ou moins éloignés et ont une intensité très diverse ; la dernière peut se terminer très brusquement par la disparition de tous les symptômes; mais il n'est pas très rare de voir, au moment où tous les accidents semblent s'amender, la colique reparaître avec une nouvelle intensité.

La durée de cette affection, lorsqu'elle est abandonnée à elle-même, ou lorsqu'elle n'est pas convenablement traitée, est indéterminée ; mais, dans l'immense majorité des cas, un traitement convenable en fait justice en très peu de jours.

Les rechutes sont assez fréquentes. M. Tanquerel a constaté qu'elles se produisent une fois sur vingt ; elles sont provoquées ordinairement par des écarts de réoinie • mais le plus souvent elles sont dues à l'emploi d'un mauvais traitement. ° Les récidives sont très fréquentes, c'est-à-dire que les sujets qui ont été une première fois affectés de cette maladie sont plus exposés qu'auparavant à la contracter, s'ils se remettent sous l'influence des mêmes causes, ce qui n'arrive que trop souvent.

§ V. — lésions anatomiques.

On n'a trouvé absolument aucune lésion qui puisse rendre compte de la colique de plomb, car la rétraction du tube digestif est une simple conséquence de l'affection ; c'est là le principal motif qui a fait regarder la colique de plomb comme une névralgie.

g VI. — Diagnostic, pronostic.

Ouelctues auteurs ont beaucoup insisté sur fe diagnostic de la colique de plomb; mais en y réfléchissant, on verra qu'ils ne l'ont fait que par excès de précaution. On ne pourrait guère, en effet, confondre cette maladie avec la gastralgie OU Yentémluie; mais outre qu'on peut presque toujours remonter aux renseignements, l v inné Grande différence dans la marche de ces affections: elles n offrent, sous ce rapport, aucune cause d'erreur. Quant aux cas dans lesquels la constipation est remplacée par la dianhée, ils sont rares, et ils se distinguent des affections mflam-

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