VI. — Larves d'insectes
A. Mouche. — On a observé uu grand nombre de fois la présence de larves de mouches vivant sur les plaies, et de nombreux exemples montrent que ces larves peuvent être déposées sur la peau ou à l'orifice des conduits naturels et vivre parasitairement sur le corps de l'homme. M. Hope a publié de nombreuses observations de cette nature (3). Sur cent huit cas contenus dans cet ouvrage, il y en a quarante-trois qui se rapportent à des larves de mouches.
Nous transcrirons ici deux observations qui sont relatées dans les ouvrages de M. Cruveilhier (h) et Gervais et Van Beneden (5). La première observation est de M. Roulin :
(1) Vidal, Traite de pathologie externe, 5R édition. Paris, 1861, t. III, p. 333.
(2) Sichel, Iconographie ophthalmologique. Paris, 1832-1859. in-4, p. 706.
(3) Hope, On insecls and their larvœ occasionally found in the human body {Transact. Soc. cnlnmol. Londres, 1810).
(i) Anatomie pathologique générale. Paris, 1852, t. II, p. 8.
('■')) Zoologie médicale Exposé méthodique règne animal basé sur V anatomie, l'embryogénie et la paléontologie, l'.u-is, 1859, in-8, t. 1, p. 397.
/1U APPENDICE
«Un mendiant du Lincolshire mourut, eu 1829, dans les circonstances sui- - vantes : par un temps très chaud, cet homme s'étendit sous un arbre, après » avoir placé sur sa poitrine, entre sa chemise et sa peau, comme le font souvent » les gens du peuple, le peu de pain et de viande qu'il destinait à son prochain » repas. La viande fut attaquée par les mouches, et les vers déposés parcelles-ci pas- » sèrent des aliments sur la peau même de cet homme. Lorsqu'il fut trouvé, il était » déjà tellement attaqué que sa mort paraissait inévitable. On le transporta à ■> Asbornby, et l'on fit venir un chirurgien qui déclara qu'il ne survivrait pas long- » temps au pansemenr. Il mourut eu effet peu d'heures après. Quand le chirurgien » le vit, il présentait déjà un aspect effrayant ; de gros vers blancs, dont l'espèce a » été regardée comme étant le Musca earnaria, se remuaient dans l'épaisseur de » sa peau et dans ses chairs, qu'elles avaient profondément labourées (1). »
L'autre fait a été observé en 1823 ou 182/ri, à l'hôpital Saint-Louis, par M. Jules Cloquet :
« Un chiffonnier, âgé d'environ cinquante ans, fut ramassé dans un champ, au voisinage de Montfaucon, où probablement il s'était endormi dans un état complet d'ivresse, et porté à l'hôpital Saint- Louis; on ignorait depuis combien de temps il était gisant en cet endroit. Or voici dans quel état il se trouvait : le cuir chevelu était soulevé en tumeurs arrondies, couvertes de perforations irrégulières, à travers lesquelles, au milieu d'une chair purulente fétide, sortait une énorme quantité de vers ou larves du Musca earnaria ; de l'ouverture des paupières, énormément tuméfiées et rapprochées, s'échappaient de quinze à vingt de ces vers parvenus à leur entier développement ; des masses d'œufs, adhérents à la peau, se voyaient en outre au grand angle des yeux et à leur voisinage; les cornées, devenues opaques, avaient été perforées, ainsi que la sclérotique, par ces mêmes animaux, si bien que les deux yeux étaient presque vides. D'autres vers sortaient par le nez et les oreilles. Des œufs, en grand nombre, avaient été déposés aux aines, à l'orifice du prépuce et au pourtour de l'anus ; quelques-uns paraissaient nouvellement éclos; mais il n'y avait pas de larves complètement développées.
» Ce malheureux, qui reproduisait dans toute son horreur la maladie de Job ou d'Hérode, était dans un assoupissement interrompu par de profonds soupirs, suivis de fortes expirations qui toujours chassaient hors du nez quelques-unes de ces larves. Il ne répondait, d'ailleurs que par des grognements inintelligibles aux diverses questions qu'on lui adressait.
» La surface du corps fut lavée; les cavités naturelles d'où sortaient les larves, de même que les cavités des tumeurs du cuir chevelu, furent injectées, et les larves extraites avec des pinces aussitôt qu'elles se présentaient. Le cuir chevelu fut frotté avec l'onguent napolitain.
o Au bout de quelques jours, les larves cessèrent de se montrer aux ouvertures naturelles et aux perforations du cuir chevelu, qui tomba presque aussitôt en gangrène; cependant les os ne furent pas dépouillés de leur périoste.
» Le malade mourut dans le marasme trois ou quatre semaines après son entrée à l'hôpital. »
(I) Kirby et Spcnce, t. I, p. 138 ; Roulin, Is. Geoffroy Sainl-Hilaire, etc. (Journaux scientifiques pour l'année 1833).
De pareils exemples, appuyés de l'autorité d'hommes émhients, ne peuvent être récusés. D'ailleurs, depuis cette époque, de nouveaux faits, ou identiques ou analogues, se sont accumulés , et actuellement on ne saurait énumérer toutes ces observations.
On a trouvé des larves appartenant à différentes espèces de mouches : Dans les sinus frontaux d'un homme âgé (Vohlfant) ; Dans le sinus maxillaire d'une femme (Latham) ;
Dans les gencives et l'intérieur des joues d'un jeune homme, à la Jamaïque ;
Dans l'oreille d'un jeune homme;
Dans le nez (obs. d'Azara, au Paraguay).
Ces larves, ainsi que celles de certains lépidoptères, ont été trouvées dans les voies digestives chez plusieurs sujets, et rendues par le vomissement. Récemment MM. Laboulbène et Ch. Robin ont publié le cas d'une femme observée par M. J. Dubois, qui rendit, avec les matières vomies et avec les selles, des larves de muscides vivantes appartenant à une espèce d'anthomye.
B. Parmi les insectes qui peuvent vivre parasilairement sur le corps de l'homme, il faut citer encore les œstres (OFslrus hominis). C'est en Amérique que ces cas ont été observés. La Condamine, Barrère et d'autres voyageurs du siècle dernier avaient signalé ce fait en 1753. Arture, médecin fiançais à Cayenne, publia des observations ayant trait aux mômes faits. De Humboldt cite des cas de ce genre. M. Roulin a publié l'observation d'un jeune homme de Marquita (Nouvelle- Grenade) qui avait au scrotum une tumeur conique volumineuse, dont le sommet perforé laissait voir une larve qui fut extraite. Cette larve était très grosse ; elle fut reconnue pour appartenir au genre œstriclé, et être semblable aux larves qui se logent sous la peau des bœufs et des chevaux. MM. Guérin et Guyon ont publié des observations semblables, recueillies à la Martinique. M. Howship a communiqué à la Société royale de Londres deux faits identiques observés dans l'Amérique du Sud.
Il est inutile de dire que, dans des cas semblables, le diagnostic étant fait, la médication est simple : enlever l'animal parasite qui se présente ainsi à la portée de la main.
Nous pourrions, si le cadre de cet ouvrage nous le permettait, nous étendre sur cette intéressante question des maladies produites par les animaux parasites. L'une des maladies les mieux étudiées sous ce rapport est la gale, autrefois si redoutée, et ramenée aujourd'hui, grâce aux travaux des auteurs modernes, notamment d'Alibert, de MM. Bourguignon, Lanquètin (1), Hardy (2), aux proportions d'une lésion locale insignifiante produite par un animal dont l'histoire naturelle est actuellement parfaitement connue. (Voy. l'art. Gale, t. V, p. 420.)]
(1) Nolicesur la gale, in-8, 1859.
(2) Leçons sur les maladies de la peau. 1859, in-8.
TABLE DES MATIÈRES