ANGIOLEUCITE, OU INFLAMMATION DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES
Il est très rare que cette maladie, désignée sous les noms d'angioleucite et de lymphangite , et sur laquelle on pourra consulter un travail intéressant de M. Turrel (1), se produise spontanément, presque toujours elle est la conséquence d'une lésion plus ou moins profonde; aussi ne va-t-elle nous arrêter que très peu d'instants.
M. Velpeau , dont les recherches sur ce sujet sont les plus importantes , divise les \causes de la lymphangite en trois espèces. Cette inflammation se produit en effet: 1° de proche en proche, aux environs d'une blessure; 2° par irritation interne produite dans un foyer purulent; 3" de l'extérieur à l'intérieur du vaisseau, par continuité de tissu. Sous ces différents chefs se rangent les lymphangites occasionnées par l'irritation des plaies, des ulcères, par l'inflammation des divers organes, etc.
On a trouvé que les sujets jeunes, lymphatiques, affaiblis par les excès, les longues maladies, etc. , étaient les plus exposés à cette affection. On l'observe assez fréquemment chez les femmes en couches.
Les symptômes locaux que présente celte maladie sont les suivants. Douleurs acres, exaspérées par la pression, avec chaleur mordicantc dans le point occupé par l'inflammation; ensuite rougeur qui suit le trajet des vaisseaux, forme un réseau irrégulier, offre une teinte claire et rosée, quelquefois violacée; parfois les mailles du réseau se rapprochent, et il en résulte une rougeur diffuse comparée aux plaques érysipélateuses. On ne sent pas de cordon dur, comme dans la phlébite; mais il se développe un gonflement qui occupe le point enflammé et les environs, et qui, dans les régions où se trouvent beaucoup de ganglions, forme des plaques et des noyaux saillants. Cette tuméfaction des ganglions est un des caractères propres à la maladie. Dans les cas où l'inflammation des lymphatiques est trop profonde pour que la rougeur soit aperçue, la douleur, les plaques résistantes que l'on sent an-dessous de l'aponévrose, un léger gonflement des membres et une teinte légèrement rosée de la peau, sont les principaux symptômes.
Les symptômes généraux sont ceux d'une fièvre assez violente, lorsque l'inflam-
(1) Essai sur l'angioleucile, thèse inaugurale.
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mation est très étendue; dans le cas contraire, le mouvement fébrile est très léger. On a observé quelquefois l'infection purulente.
Presque toujours on voit l'inflammation des vaisseaux lymphatiques procéder d'une lésion apparente, et l'on peut suivre ses progrès ; on reconnaît alors que sa marche est graduelle et non interrompue. Quant à sa durée, elle n'est point déterminée. On l'a vue se terminer par résolution, par suppuration et par induration. Lorsqu'elle existe seule ou qu'elle est liée à une lésion dont on peut se rendre facilement maître, elle n'a pas une grande gravité. Dans le cas où la lésion est grave, c'est elle qui sert de base au pronostic.
Le diagnostic le plus important est celui de la lymphangite ou angioleucite avec la phlébite; nous l'avons indiqué plus haut (voy. article Phlébite). Quant à l'érysipèle, il se distingue de la maladie qui nous occupe par la saillie qu'il fait à la surface de la peau, et par sa disposition, non en rubans, mais en plaques. Les autres diagnostics proposés n'ont pas une importance réelle.
La couleur rosée des vaisseaux lymphatiques, les concrétions pseudo-membraneuses, du pus dans leur intérieur, des inflammations de la peau, une infiltration dans le tissu cellulaire, le gonflement, l'altération de couleur, la friabilité des ganglions et les abcès métastatiques, telles sont les principales lésions anatomiques trouvées dans l'angioleucite. M. J. Roux (1) a vu l'angioleucite avoir pour siège les diverses parties suivantes : 1" le réseau lymphatique sous-jacent à l'épiderme ; 2° la trame des lymphatiques enlacés dans le réseau vasculaire de la peau ; 3° ceux qui rampent sous le derme ; k° les lymphatiques profonds.
Quant au traitement, des saignées générales et locales, des émollients, des cataplasmes, des bains, les applications narcotiques, sont généralement employés avec succès dans les cas oùjla maladie est due à une lésion toute locale. Les vésicatoires volants ont été essayés par M. Velpeau, mais sans succès bien notable. Une compression méthodique avant la suppuration peut, d'après les recherches de cet auteur, l'empêcher de s'établir. Enfin il a tiré des avantages assez grands des frictions mercurielles et iodurées.
On voit que nous avons glissé très rapidement sur cette affection ; nous en avons indiqué plus haut les motifs, dont le principal est qu'elle n'a qu'un rapport indii rect avec la pathologie interne. Quant à la dilatation variqueuse des vaisseaux lymphatiques, à leur rupture, à leur rétrécissement, et même aux diverses altérations de la lymphe, il serait inutile de leur donner une place ici avant que des recherches plus multipliées et plus précises soient venues nous mettre à même d'en parler d'une manière plus positive.
(1) Gazette médicale de Paris, janvier 1842.
Valleix, 4e édit. — III.