OEDÈME DE LA GLOTTE
Bourrelet élastique, sans fluctuation.
Le Loucher fait reconnaître que les bourrelets existent sur les bords du larynx luimême.
Épiglotte relevée, toujours sentie au moment où l'on franchit l'isthme du gosier.
Tels sont les deux diagnostics différentiels qu'il importe de présenter. Il serait utile que le dernier fût soumis à une observation répétée. Dans les cas où un œdème de la glotte est la conséquence de la suppuration du pharynx, tous les signes précédents se trouvent réunis.
Traitement. — Il serait inutile d'insister sur le traitement de cette pharyngite à l'état simple. On doit évidemment diriger contre elle les moyens qui ont été recommandés contre la pharyngite gutturale. Disons seulement que les divers topiques conseillés par les auteurs étant plus difficilement portés sur la partie enflammée, c'est à l'aide de Y insufflation, et surtout des gargarismes, qu'il faudra les appliquer. Ainsi Valun, le borax, les acidulés seront prescrits en gargarismes, suivant les formules indiquées dans l'article précédent.
Mais il est une partie importante du traitement : c'est celle qui se rapporte à la pharyngite profonde suppurée. Ici le point capital est de faire disparaître le plus promptement possible la tumeur qui occasionne tous les accidents.
Si l'on n'y a point réussi par un traitement antiphlogistique énergique, il faut, dès qu'on reconnaît la fluctuation, porter l'instrument tranchant sur la tumeur, et donner issue au pus. Pour pratiquer cette opération, on est souvent forcé de se servir du pharyngotome, ainsi que cela est arrivé à M. Priou. qui, après plusieurs tentatives inutiles pour ouvrir l'abcès avec une lancette et un bistouri, y parvint à l'aide de cet instrument. Dans les cas où la tumeur est à la partie postérieure du pharynx, les accidents causés par l'emploi du pharyngotome sont beaucoup moins à craindre.
Lorsque la tumeur comprime la partie supérieure du larynx, il faut cherchera
MALADIES DES VOIES HL&ËSTrVES.
l'inciser, quand même le diagnostic ne serait pas parfaitement établi; car, en supposait même qu'il s'agisse de l'œdème de la glotte, nous axons vu, dans l'article consacré à cette maladie, que les scarifications peuvent être avantageuses dans son traitement (tome II, p. 501).
Enfin, si ces moyens ne suffisaient pas, il faudrait avoir recours à la trachéotomie. Dans le cas observé par M. Ballot, c'est la simple incision de la membrane crico-thyroldienne qui fut pratiquée, et ce fut une nouvelle preuve de l'insuffisance de cette opération, car, la canule s'étant déplacée, le malade périt asphyxié. On l'eût, sans doute, beaucoup plus facilement maintenue, et la respiration artificielle eût été plus complète, si l'on eût pratiqué, soit la trachéotomie, soit la laryngo-trachéotom ie.
Nous renvoyons pour ces opérations à ce qui a été dit dans l'histoire des diverses laryngites, et nous ne multiplierons pas davantage les détails de ce traitement, qui n'offre, comme on le voit, rien de particulier. Nous ajouterons seulement qu'après l'ouverture des abcès, les gargarismes émollients et détersifs devront être mis en usage.
ARTICLE III
PHARÏNGITB SIMPLE CHRONIQUE.
Ce que nous avons à dire de la pharyngite simple chronique se rapporte presque exclusivement à la pharyngite tonsillaire; les autres espèces sont plus rares, et ne sont considérées comme une véritable maladie que dans des cas particuliers : aussi les exposerons-nous en peu de mots.
première espèce : Pharyngite gutturale chronique.
La pharyngite gutturale chronique se montre ordinairement à un degré très léger. On l'a divisée en primitive et en consécutive.
Causes. — Le plus ordinairement elle a lieu dans le cours de l'hiver, et est incessamment entretenue par les causes qui l'ont produite , telles que le froid humide, les efforts considérables de la voix, les excès.
M. le docteur Lizé (1) cite une observation de pharyngite granuleuse, non liée à l'état syphilitique , survenue chez un homme à la suite de la disparition d'un* dartre du conduit auditif.
Symptômes. — Les symptômes auxquels elle donne lieu sont : un état de gene permanent vers l'isthme du gosier ; une continuelle tendance à rejeter par exscreation les mucosités abondantes qui couvrent les parties malades; un relâchement plus ou moins considérable des tissus, qui, selon Bennati (voy. tome II), Laryngite chronique), rend moins efficaces les contractions musculaires; un allongement plus ou moins marqué de la luette, qui irrite la base de la langue ; enfin une rougeur pUe, diffuse, qui occupe le voile du palais, ses piliers et une partie du palais
lui-même. , , , . ■ „„;
Quelques auteurs assurent avoir vu sur les parties enflammées des vésicules qui se dessinent sous la muqueuse, dont la couleur est parfois violacée. Chez quelques sujets, on remarque, sur l'isthme du gosier, des taches foncées, livides. Ordinaire-
(1) Union médicale, 24 mai 1851',
PHARYNGITE GUTTURALE CHRONIQUE. 599
mont on trouve les cryptes muqueux du pharynx très volumineux pour la plupart, et un peu plus ronges qu'à létal normal. Enlin, on a cité des cas où il existait de petites granulations et des plaques rouges, disséminées sur toute la surface enflammée.
Une altération plus ou moins marquée des sons, et surtout des sons aigus dans le chant ; une fatigue plus ou moins considérable dans l'acte de parler et de chanter, son l des signes sur lesquels Bennali à principalement insisté.
Par moments, soit que le malade ait fait un excès, soit qu'il ait été exposé à quelques variations de température, soit sans cause connue, ces symptômes augmentent, et il peut y avoir un véritable enrouement. Ces signes sont ordinairement plus marqués le malin, et les mucosilés sécrétées sont alors plus abondantes. Ces mucosités ont souvent un aspect purulent qui inquiète beaucoup les malades et leur fait craindre une alfection grave.
Il n'est pas démontré que cette maladie s'accompagne de symptômes généraux, à moins qu'elle ne revienne momentanément à l'élat aigu, ou qu'elle soit symptomatique d'une affection plus grave, d'une maladie organique du poumon, par exemple.
Traitement. — Le traitement proposé contre cetlc affection légère se compose des topiques directs. On sait que Bennati regardait comme très efficace l'emploi de Y al un en gargarismes (1).
"if Extrait de belladone 0,6 gr. J Alcool camphré 125 g.
Cette substance peut être encore appliquée en poudre, suivant le procédé employé par M. Velpeau.
Une légère cautérisation avec le nitrate cl 'argent sec, et mieux à l'aide d'une solution de ce sel portée sur les parties à l'aide d'une éponge lixée sur un petit bâton; les gargarismes avec le sirop de mûres, à'ëfysirnûm; les divers acidulés, sont aussi mis en usage. Quant aux pédi/uves, aux manuluoes sinapisés, aux frictions excitantes sur les parties latérales du cou, leur efficacité n'est pas démontrée.
M. Schallenburg (2) a employé sur lui-même un emplâtre agglutinatif, Saupoudré de tartre stibié, et placé entre les épaules. Au bout de quarante-huit heures, il a éprouvé de l'amélioration, et les effets définitifs du médicament ont été très avantageux.
Dans le cas cité par M. Lizé, les purgatifs, les vésicatoires, la cautérisation par le nitrate d'argent, et les préparations sulfureuses, n'amenèrent qu'une amélioration passagère.
En somme, les topiques que nous venons d'indiquer, la soustraction des sujets aux diverses causes qui ont produit la maladie, le repos de l'organe, une douce chaleur entretenue autour du cou, suffisent pour faire disparaître cette incommodilé, qu'on n'est guère appelé à traiter que chez ceux qui ont besoin de toute l'intégrité de leur voix, comme les chanteurs, les orateurs, etc. Cependant, lorsqu'il existe une expectoration purifnrme, l'affection inquiète beaucoup les malades et demande un peu plus d'attention de la part du médecin. Alors les fumigations
(1 ) Voy. pour son application, tome II, p. 374, Laryngite chronique. (2) Chir. viert. Schr., 1849.
but)
MALADIES DES VOIES DltiESTIYES.
narcotique*, si la gène est grande, et par-dessus loul les eaux minérales sulfureuses, seront employées avec avantage, comme dans la laryngite chronique (voy. tome II).
deuxième espèce : Pharyngite ionsillaire chronique.
Celte affection est presque toujours le résultat d'un nombre plus ou moins considérable d'attaques de pharyngite ionsillaire aiguë. Le gonflement des amygdales est la seule circonstance qui la fasse différer sensiblement de la précédente.
A chacune des attaques d'amygdalite aiguë, la glande, qui a subi une grande augmentation de volume, la conserve en partie, quoique tous les autres symptômes disparaissent, de telle sorte qu'au bout d'un certain temps les tonsilles font une saillie considérable en dedans des piliers du voile du palais, et se rapprochent de la ligne médiane, au point de venir presque au contact. Lorsqu'il en est ainsi, on peut regarder cet état organique comme étant plutôt le résultat que le signe même de l'inflammation. Cette manière de voir nous paraît juste, et peut-être conviendrait-il de présenter dans un article à part cette espèce d'hypertrophie des amygdales due à des inflammations antérieures; mais aucun travail spécial n'ayant été fait sur ce point, nous devons, pour nous conformer à l'usage, décrire à la fois, et l'inflammation chronique et ses conséquences.
Il résulte de l'état que nous venons de décrire, la sensation plus ou moins incommode d'un corps étranger dans la gorge, avec une gêne de la respiration qui n'est un peu notable que dans quelques cas. La voix est nasonnée ; parfois la prononciation est difficile, et l'on a remarqué que V haleine prenait, chez quelques sujets, une odeur désagréable, surtout le matin. Les concrétions qui se forment dans les lacunes agrandies sont la cause de ce dernier symptôme.
Si l'on examine le gosier, on voit la saillie plus ou moins considérable des amygdales. Ces glandes ont une couleur rouge, peu intense, mais quelquefois elles se présentent sans rougeur marquée, ou même avec une pâleur notable. Elles sont irrégulières; elles présentent des saillies et des enfoncements alternatifs. Fréquemment, dans ces enfoncements qui ne sont autre chose que les lacunes, on voit les concrétions dont nous venons de parler, et qui sont le produit des follicules enflammés. Ces concrétions sont d'un blanc mat ou sale, irrégulières. On peut les détacher avec une pince. Par leur séjour, elles contractent une fétidité particulière qui influe sur l'haleine, comme nous l'avons déjà fait remarquer.
La dureté acquise par les tumeurs est quelquefois considérable, et nul doute que ce ne soit dans des cas semblables qu'on a cru quelquefois reconnaître l'induration squirrheuse des tonsilles.
Pour compléter le tableau de cette affection, qui ne donne pas lieu à des symptômes généraux, il suffit d'ajouter que l'isthme du gosier est couvert , sinon toujours, du moins dans de certaines circonstances, de mucosités épaisses, difficiles à détacher, et rejetées par exsçréation avec les concrétions dont il vient d être
^Quant à l'enrouement, aux altérations diverses des sons, ils sont les mêmes que dans la pharyngite gutturale, à laquelle ils peuvent même être attribues en partie .
PHARYNGITE T0NS1LLAIKË CHRONIQUE. OUI
c;ir il n'est pas rare de voir l'inflammation chronique s'étendre au voile du palais et à ses piliers.
Nous ne parlerons point ici du diagnostic de cette affection, qui est très facile dans l'immense majorité des cas ; nous dirons seulement un mot à l'occasion du cancer du pharynx, maladie rare, comme on le verra plus loin.
Nous ne reviendrons pas non plus sur le traitement qui a été indiqué à l'occasion de l'espèce précédente. Nous nous bornerons à exposer succinctement les opérations qui se pratiquent en pareil cas.
Lorsque les amygdales sont gonflées au point de gêner la déglutition et la respiration,'ou lorsque, chez des sujets qui ont besoin de toute l'intégrité de leur voix, celie-ci est considérablement altérée, on a recours à divers moyens pour réduire la glande à son volume ordinaire. Avant Moscati et Museux, on se bornait le plus souvent à la cautérisation des amygdales, et quelquefois on les liait comme des polypes. Cependant on trouve dans Celse un passage qui prouve que de son temps l'excision était déjà pratiquée.
La cautérisation soit avec les caustiques liquides, soit avec les caustiques secs, soit avec le cautère actuel, est généralement abandonnée. La difficulté de borner l'action de ces agents, et leur inefficacité lorsque la cautérisation est légère , y ont, fait renoncer. On a de même abandonné la ligature, qui est difficile, et qui peut occasionner une inflammation très vive et une suppuration très abondante.
Aujourd'hui, c'est l'excision qui est le plus communément pratiquée. Boyer (1) a fort bien exposé la manière dont on y doit procéder , et comme on n'a point, depuis, modifié notablement ses préceptes , c'est sa description que nous allons suivre. Pour pratiquer l'excision, on procède de la manière suivante :