MALADIES DU CRISTALLIN ET DU CORPS VITRÉ
Ce n’est que pour marquer leur place que nous parlons ici des affections du cristallin et du corps vitré. Les unes ont une importance très-grande, mais leur traitement est essentiellement chirurgical; les autres sont peu connues, et leur traitement est très-pauvre. Cependant il est utile de les mentionner, 11e serait-ce que pour faire connaître les altérations de la vue qui en sont la conséquence.
Les maladies du cristallin se résument toutes dans la cataracte, si l’on fait abstraction de quelques lésions tout à fait accidentelles, et déterminées par les déplacements du cristallin et la présence dans son tissu de certains entozoaires : la Filariu oculi humani, le Distoma ophthalmobium , observés et décrits par Nordmann (1), Gescheidt (2), et le cysticerque , dont la présence dans le cristallin a été constatée par de Graefe et Liebreich. On trouvera dans la thèse de Louis de La Calle (3) et dans le livre de Davaine (4) un exposé de la plupart des faits publiés par A. de Graefe (5) et par Liebreich. Ces deux savants ont représenté d’après de Graefe le cysticerque du corps vitré vu à l'ophthalmoscope.
Nous nous contenterons de dire quelques mots de l’histoire de la cataracte.
ARTICLE PREMIER
CATARACTE
§1. — Définition, causes. /
La cataracte consiste dans Y opacification d’une des parties constituantes de l’appareil cristallinien. On sait qu’elle est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, chez les vieillards que chez les adultes; mais on ne connaît rien de positif, quoi qu’on ait dit à cet égard, sur l’influence des climats et des professions.
La nature intime de l’altération qui produit la cataracte a été et est encore un objet de contestation. Autrefois on 'croyait à la coagulation de l’albumine du cristallin par un acide (6); Castorani (7) l’attribue à l’imbibition du cristallin par l'humeur aqueuse ; mais des expériences de Kunde (8) tendraient à faire accepter des idées tout à fait différentes; il résulte, en effet, de ses recherches, qu’en augmen tant la proportion des matériaux solides du sang et principalement des sels, on peut produire à volonté la cataracte chez les animaux. Cusco , dont les idées ont été
(1) Nordmann, Mikrographische Beilrage zur Naturgcschichte dir Wirbellosenthiere , Berlin, 1832, Heft I, et Archives de médecine comparée , par Rayer. Paris, 1843, fasc. 2, p. 67.
(2) Gescheidt, Die Entozoen des Auges, eine naturhistorische ophthalmologische Skizze ( Ammon’s Zeitschrift fin die Ophthcdmologic. Dresden, 1833, Band III, S. 405)
(3) Louis de La Calle, De l’ophthalmoscope , thèse de doctoral. Paris, 1856, p. 65 et suiv.
(4) Davaine, Traité des entozoaires et des maladies vermineuses de l'homme et des animaux domestiques. Paris, 1860, p. 733, et fig. 31, p. 741.
(5) De Graefe, Archiv fur Ophthalmologie, Band I, Abtheilung 11, S. 343. — Berline r Klinische Wochenschrift, 1865, n° 13.
(6) Leroy (d’Étiolles), Sur la formation de la cataracte, thèse de Paris, 1824.
(7) Castorani, Mémoire sur les causes de la cataracte lenticulaire (Gazette hebdomadaire, 1857, p. 623 et 692).
(8) Kunde, Zeitschrift fürwïssensch. Zoologie von Kolliker u. Siebold, 1857, Band VIII, Heft iv, S. 466.
MALADIES DES YEUX
reproduites dans la thèse de Dubarry (1), invoque comme causes de la cataracte des vieillards, des altérations de la circulation choroïdienne, l’atrophie et la dégénérescence graisseuse de cette membrane. En définitive, aujourd’hui la cataracte est considérée comme résultant d’un vice de la nutrition générale ou locale (2). C’est en partant de cette idée que l’on peut se rendre compte de la production des cataractes dans le diabète sucré (3), Y ergotisme (4), le marasme sénile. Dans ces différents états de l’organisme, ou bien la circulation intra-oculaire est entravée par la dégénérescence des vaisseaux, ou bien le sang est appauvri et se trouve plus ou moins dans les conditions des animaux de Kunde. A cette étiologie, il faut ajouter l’inflammation ; car il est incontestable que les blessures de la cristalloïde ont pour effet l’altération de la transparence des milieux de l’œil , commençant toujours par l’inflammation de la membrane d’enveloppe du cristallin. Ce fait est prouvé par le développement des cataractes secondaires , et les expériences de Mœrs et de Ritter (5), instituées dans le but de provoquer artificiellement l’inflammation du cristallin. I.a connaissance de la possibilité de la cataracte d’origine inflammatoire est de la plus haute importance, car c’est à cette dernière variété que doivent être rapportés les cas trop peu nombreux de guérison spontanée de la cataracte dont Wardrop et Donders (6) ont cité des exemples.
§ IL — Anatomie pathologique et division.
Au point de vue anatomique , on divise les cataractes en plusieurs variétés: 1° les cataractes capsulaires , lenticulaires , capsulo- lenticulaires ; les cataractes secondaires, qui sont presque toujours capsulaires; et les cataractes fausses, qui ne sont autre chose que de fausses membranes développées sur la capsule, et dont il a été question à l’article Iritts. De toutes les discussions auxquelles ont donné lieu les cataractes capsulaires , il est résulté que toujours la capsule conserve sa transparence, mais qu’il s’y fait des dépôts qui en masquent les caractères propres. Ce sont des dépôts vitreux, des dégénérescences graisseuses épithéliales, ou bien des dépôts de sels calcaires, carbonates et phosphates de chaux.
Les cataractes lenticulaires , qu’elles soient liquides, molles ou dures, sont caractérisées par des altérations h peu près identiques ; les fibres et cellules du cristallin se chargent de matière granuleuse, puis de gouttelettes graisseuses, ou s’incrustent de matières calcaires. Les substances graisseuses et les liquides interstitiels sont plus abondants dans les cataractes molles ; dans les cataractes dures, les corpuscules solides granuleux et la sclérose des tubes prédominent.
§ III. — Symptômes.
Le cristallin des vieillards s’opacifie très-fréquemment à sa circonférence, sans que cette opacité ait pour la vue un résultat fâcheux.
(1) Dubarry, Recherches sur la cataracte, thèse de Paris, 1859, n° 129.
(2) Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1866, article Cataracte.
(3) Lécorché, De la cataracte diabétique (Archives générales de médecine, 1861, 5* série, t. XVII, p. 592, et t. XVIII, p. 64).
(4) Lohmeyer, Zeitschrift fur rationnelle Medicin, 1854, t. V, p. 89.
(5) Ritter, Archiv fur Ophthalmologie , Band VIII, Abth. i.
(6) Donders, Nederlandsch Lancet, n° 9, 1854.