‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 359 sur 494 · EMPOISONNEMENT P .VU LE PHOSPHORE. — SYMPTÔMES, MARCHE, DURÉE · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT P .VU LE PHOSPHORE. — SYMPTÔMES, MARCHE, DURÉE

L’empoisonnement par le phosphore est tantôt rapide, tantôt lent; on peut reconnaître dans ces symptômes trois formes distinctes : une forme commune, une forme nerveuse, une forme hémorrhagique. Dans certains cas, ces trois formes peuvent se succéder et ne constituer que des périodes de l’empoisonnement, mais chacune d’elles peut aussi se montrer isolément.

§ I. — Symptômes, marche, durée, terminaison.

Quelque supportables que soient la saveur et l’odeur des mélanges et des breuvages phosphorés, au moment de l’ingestion, ils font souvent éprouver à l’odorat et au goût une sensation assez désagréable, assimilée, par quelques individus, à l’odeur du soufre. Au moment même, surtout si le phosphore n’a pas été très-divisc ou s’il est administré à l’étal solide, surviennent des éructations alliacées parfois phosphorescentes. Il n’y a pas de douleur immédiate dans la bouche, dans l’arrièregorge et dans l’œsophage. Les symptômes ne se déclarent que très-tard, après un temps qui varie, de une à cinq ou six heures, quelquefois même beaucoup plus éloigné encore et allant jusqu’à douze et dix-huit heures.

A. Forme commune. — Les individus se plaignent alors d’une douleur à la gorge, d’un gonflement de la langue et quelquefois, mais non toujours, d’une chaleur pénible, rarement d’une chaleur brûlante à l’épigastre. Ils ont surtout des malaises, de l’agitation, des nausées sans vomissements, et enfin des vomissements plus ou moins tardifs, muqueux, bilieux, très-rarement sanguinolents, répandant parfois, au début, des lueurs dans l’obscurité. Ces vomissements peuvent manquer tout à fait; quand ils surviennent, ils amènent, en général, après eux un certain soulagement. Ils sont souvent suivis de coliques et de diarrhée. L’estomac et le ventre sont sensibles à la pression; les traits sont médiocrement altérés, l’intelligence nullement troublée. Dans l’espace de vingt-quatre à trente-six heures, les vomissements s’arrêtent; les malades sont en état de marcher et d’agir; ils ressentent quelques douleurs vagues, erratiques, dans les membres et particulièrement dans les reins. Le pouls est petit, dépressible et toujours ralenti. Cette sédation apparente peut se prolonger pendant deux, trois ou quatre jours, parfois davantage, et au moment où la guérison paraît assurée, les individus empoisonnés meurent subitement sans avoir présenté d’autres symptômes.

Plus souvent cependant, du deuxième au quatrième jour, apparaît un ictère, tantôt borné aux yeux, tantôt général; aux troubles qui s’étaient montrés d’abord s’ajoutent de la céphalalgie, de l’insonmie, du ténesme vésical avec rétention d urine. L’urine évacuée par le cathétérisme se montre franchement ictérique, quelquefois albumineuse. Les vomissements reparaissent par intervalles; des évacuations alvines douloureuses, quelquefois involontaires, les accompagnent. Puis, tout d’un coup, survient un délire aigu suivi du coma et de la mort, dans l’espace de six à dix ou douze jours.

B. bonne nerveuse. — Dans d’autres cas, eu même temps que se montrent le mal de gorge, la douleur épigastrique, les nausées ordinairement sans vomissements, on observe, dès le début, de l’engourdissement dans les membres, des fourmillements, des crampes douloureuses, des troubles variés delà sensibilité, des

syncopes répétées. La prostration est extrême, la peau sèche, la voix éteinte. Il n’v a pas de fièvre, mais un grand affaiblissement, de la somnolence. Dans ces Cas,

DES INTOXICATIONS

pas plus que dans les autres formes de l'empoisonnement par le phosphore, il n’existe pas la moindre excitation vénérienne. L’ictère apparaît, et sur la peau jaunie se montrent des plaques éythémateuses. Vers le cinquième ou le sixième jour, quelquefois plus tard, le délire éclate brusquement. Après une période d’agitation convulsive plus ou moins longue, le malade tombe dans le coma et la mort arrive dans le même espace de temps que pour la forme précédente, ou exceptionnellement au delà du second sepétnaire.

C. Forme hémorrhagique. — Dans celle forme, le début ne diffère pas de ce (pic nous avons précédemment décrit. Mais les vomissements sont souvent constitués par du sang, puis desselles liquides sanguinolentes accompagnées de ténesme leur succèdent. On constate un gonflement douloureux du foie, les battements du cœur sont faibles et sourds, la faiblesse générale est grande. Après plusieurs jours de cet état survient une amélioration apparente ; de temps en temps seulement, paraissent quelques coliques et des garde robes contenant un peu de sang. Au bout de trois semaines ou d’un mois on voit survenir des hémorrhagies qui se répètent, se multiplient, qui prennent toutes les voies, l’estomac, le poumon, le nez, les oreilles, la matrice, la vessie. Le sang ainsi rendu est très-fluide et des pétéchies se forment à la peau. L’ictère ne fait pas défaut, mais survient, en général, tardivement. La faiblesse va croissant; la cachexie anémique arrivée au dernier degré engendre des accidents nerveux de plus en plus fréquents, de plus en plus graves, et la mort est la terminaison fatale de cette forme lente qui peut se prolonger plusieurs mois.

La guérison de l’empoisonnement par le phosphore, quand il n’avorte pas dès le début et que les effets auront été suffisamment accusés, reste tout à fait exceptionnelle. Dans les cas où la mort est évitée, l’empoisonnement laisse après lui une faiblesse persistante ou des paralysies partielles (1).

§ II. — Traitement.

Jusqu’à présent on ne connaît pas d’antidotes du phosphore, l’intervention médicale ne saurait donc être réellement efficace que lorsque la substance toxique peut être rapidement évacuée à l’aide des vomitifs et des boissons mucilagincuses abondantes. Il faut se garder d’administrer l’huile qui ne ferait que rendre le phosphore plus soluble et faciliterait son absorption. C’est en vain qu’on a essayé la magnésie, l’eau albumineuse, le soufre, les toniques.]

Page 1