‹ Guide du médecin praticien (volume 2)Chapitre 6 sur 494 · NÉVRALGIE DE LA VULVE · texte numérisé non relu

NÉVRALGIE DE LA VULVE

applicables à la gangrène de la vulve. C’esi ainsi que l’on a recommandé le chlorure de chaux en poudre; la cautérisation avec le nitrate d'argent, au début de la maladie; l’emploi de caustiques plus puissants, comme la potasse, le chlorure d'antimoine. « Mais, dit Velpeau, le fer rouge est infiniment préférable. C’est le cas ou jamais, ajoute-t-il, de ne point tergiverser, de mettre toute autre considération de côté; c’est une question de vie ou de mort pour l’enlant.

» Ainsi donc, avec un cautère rougi à blanc, porté tout autour de la plaque gangrenée, entre le mort et le vif, on brûle tout ce qui se rencontre, de manière à cerner profondément la gangrène. Avec un pareil remède, plus effrayant que douloureux ou dangereux au fond, le mal s’arrête presque constamment et dès le jour même. On n’a plus dès lors à traiter qu’une véritable brûlure, qui, après l’élimination des eschares, se déterge, se modifie, et se cicatrise sous l’influence des topiques appropriés et connus.

» Les linges et la charpie imbibés d’acide nitrique étendu, pas plus que les autres acides, soit minéraux, soit végétaux, ne doivent être essayés ici, excepté dans les cas tout h fait légers. Il y a trop de danger à temporiser pour ne pas en venir sur-le-champ au seul remède eflicace, au fer rouge.

» Quant à l’espèce de suppuration de la surface de la vulve, qui précède quelquefois la gangrène, et qui, après tout, en est peut-être toujours indépendante, on en triomphe facilement et très-vite chez les petites filles, à l’aide d’un des topiques suivants :

if- Calomel à la vapeur !i grain. | Eau de guimauve . 120 gram.

Mêlez. Pour lotions.

» Ou bien :

Calomel 3 à é gram. | Axonge récente 20 gram.

Mêlez pour onctions. »

Ce traitement ne peut avoir une efficacité que dans les cas où l’étal général s’est amendé soit spontanément, soit sous l’influence des moyens thérapeutiques mis en usage. Lorsque, par exemple, la maladie se montre dans le cours d’une fièvre éruptive, d’une fièvre typhoïde, etc., on doit, sans aucun doute, s’occuper activement du mal local qui peut ajouter à la gravité de la maladie générale ; mais tant que celle-ci reste en vigueur, on doit redouter les progrès d’une affection dont la cause est toujours persistante.

ARTICLE VI

NÉVRALGIE De LA VULVE.

Plusieurs auteurs ont signalé une douleur très-vive de la vulve existant sans qu’aucune lésion apparente en rende compte, et, dans ces dernières années, on a attribué cet état douloureux à une névralgie. L’absence de toute lésion, la vivacité des douleurs, leurs paroxysmes, ne permettent pas, en effet, de douter que l’affection ne soit de nature névralgique ; mais ce qu’il serait important de savoir, c’est si la vulve seule est affectée, ou si la douleur a sa source plus haut, c'est-à-dire dans les net fs lombaires, ce qui rejetterait la description de cette maladie dans

MALADIES DES FEMMES

celle de la névralgie lombo-abdominale. Dans le Traité des névralgies , nous avons cité un fait (obs. XLlv,p. 459) dans lequel il ne pouvait y avoir aucun doute ii ce sujet.

On a vu des névralgies occuper une très-petite partie d’une branche nerveuse, être bornées au nerf plantaire par exemple, et. l’on conçoit dès lors (pie les parties génitales externes puissent être exclusivement affectées.

§ I. — Causes.

Outre les causes dont l'influence se fait sentir sur la production des névralgies en général, on a remarqué que celle dont il s’agit ici se montre principalement chez les jeunes lilles au moment où elles deviennent nubiles, chez les jeunes femmes avant le premier accouchement, et chez les femmes qui viennent d’atteindre l’âge critique. On a signalé comme pouvant la faire naître diverses altérations de l’utérus et de ses annexes, et enfin on a été forcé de convenir que, dans beaucoup de cas, la maladie s’est produite sans cause appréciable.

• § II. — Symptômes.

L'affection consiste presque exclusivement dans la douleur. Cette douleur est spontanée ou provoquée. La première est la moins notable, ou du moins elle a trop peu fixé l’attention des auteurs pour qu’ils en aient fait une mention spéciale; elle consiste en douleurs lancinantes , en une cuisson, un sentiment de brûlure ; paraissant à des intervalles variables, et s’irradiant de la vulve dans des directions qui n’ont pas été déterminées, ce qui est fâcheux, par les raisons indiquées plus haut, puisque ce renseignement aurait servi à préciser le siège ou plutôt la source de la maladie.

il n’en est pas de même de la douleur provoquée ; elle est ordinairement extrêmement vive, et c’est elle qui occasionne particulièrement les plaintes des malades. Le toucher l’excite au plus haut point. L’introduction de la canule d’une seringue produit le même effet, et bien plus encore le coït, qui, à un certain degré de la maladie, est impossible. Comme dans un certain nombre de cas de névralgie dont il sera question dans un autre article, la douleur est souvent si superficielle, qu’il suffit de promener le doigt sur le point affecté, ou même sur les poils qui couvrent. la face externe des grandes lèvres, pour causer de vives souffrances. C’est exactement ce qui avait lieu dans les cas mentionnés plus haut, et où la névralgie avait sa source dans les nerfs lombaires. Il est bien fâcheux que les auteurs ne nous aient pas appris si, dans les cas qu’ils ont observés, la douleur occupait les deux côtés ou un seul. Ce renseignement eût encore été utile; car on sait que les névralgies ordinaires occupent plus souvent un seul côté que les deux à la fois.

§ ni. — Lésions anatomiques.

Souvent, la partie affectée ne présente aucune lésion apparente; mais, suivant Velpeau, il est loin d’être rare de la voir coïncider avec une rougeur légère, une teinte rose évidemment pathologique, et s’accompagner d’une légère exsudation blanchâtre du vagin. Quel est le rapport de cause à effet qui existe entre cette légère irritation de la vulve et la douleur si vive dont nous venons de parler? C’est

névralgie de la. vulve. — . traitement. 1 T

ce est difficile de dire dans l’état actuel de la science. Cependant, si nous nous (•appelons ce qui a lieu dans les autres névralgies, il nous est permis de croire que qe n’est pas l’irritation qui donne naissance à la douleur nerveuse ; mais que cellc- . i au contraire, est la cause première de la rougeur et du léger suintement dont il vient d’être question. Que l’on examine, par exemple, ce qui se passe dans certains cas de névralgie trifaciale , on verra que d’abord la douleur se produit sans aucune altération des fosses nasales, de la bouche ou des yeux; puis, la névralgie augmentant d’intensité, l’œil devient rouge et larmoyant, il y a ardeur de la fosse nasale du côté malade, écoulement de mucosités, chaleur de la bouche, léger ptyalisme, et même tuméfaction de la joue ; et, ce qui prouve bien que tout cela est sous la dépendance de la douleur nerveuse, c’est que, l’accès passé, toutes ces irritations locales se dissipent immédiatement après la disparition de la douleur. On conçoit donc facilement que pareille chose puisse se passer du côté de la vulve. W. de Scanzoni partage cette manière de voir.

§ IV. — Traitement.

La névrose, ou névralgie de la vulve, cède souvent aux mêmes moyens nue le prurit et l 'eczéma. Quand elle résiste et que les antispasmodiques, ou même les opiacés donnés à l’intérieur ont échoué, nous avons retiré de véritables avantages de V introduction dans le vagin de mèches enduites de corps gras. Ces mèches, qu’on rend de plus en plus volumineuses, qu’on enduit d’abord de cérat opiacé, ensuite de cérat saturné, puis de pommade nu précipité, introduites à l’aide du porte-mèche ordinaire, doivent être renouvelées deux fois le jour. On leur associe, en outre, des injections et des lotions d’abord émollientes et narcotiques, ensuite détersives, et enfin avec le calomel suspendu dans l'eau, ou une solution très-légère de sublimé. Après s’être récriées d’abord avec vivacité contre ce traitement, les femmes s’y accoutument bientôt, si le chirurgien ne se laisse pas arrêter par leur frayeur préconçue. La sensibilité de toutes les parties ne tarde pas alors à se modérer, à s’éteindre même, à rendre possibles les approches conjugales. Ou modifierait encore cette sensibilité excessive en touchant les parties qui en sont le siège avec le crayon d'azotate d’argent, ou bien en les lotionnant avec une solution un peu forte de la même substance'; mais ce moyen, pouvant amener une inflammation assez vive, ne doit être employé qu’à la fin (Velpeau).

Le principal moyen conseillé par Velpeau ne saurait convenir dans les cas où la membrane hymen est encore intacte. Or, si nous avons égard à ce qui se passe dans les cas de dermalgie ordinaires, nous serons porté à admettre que l’application du vésicatoire sur la grande lèvre même pourrait, en pareil cas, avoir de grands avantages; et, quant aux inconvénients de ce moyen appliqué dans un pareil point, ils ne sauraient être une contre-indication réelle lorsque la douleur est très-vive, ce qui est le cas le plus fréquent. Dans le fait cité plus haut, des injections d’eau dans lesquelles on mettait une vingtaine dégouttes de chloroforme par litre ont procuré un grand soulagement.il ne faut pas dépasser cette dose, parce que, employé en trop grande proportion, le chloroforme irrite très-fortement les muqueuses.

[Comme nous ne parlerons ni de la névralgie ni du prurit du vagin, nous indiquerons les principaux moyens de traitement employés dans ces cas, et qui Vai.leix, 5e édit. Y 2

con-

MALADIES DES FEMMES

viennent aussi à la névralgie dont il est question ici. Lorsque la sensation de chaleur du vagin et de la vulve est très-développée, on se trouve bien des émissions sanguines locales , des bains de siège et des injections d’eau tiède. Pour combattre l’hyperesthésie, on applique sur les parois vaginales ou sur la vulve, au moyen d’un pinceau, un Uniment de chloroforme ainsi composé :

'if Chloroforme 2 gram. [ Huile d’amandes douces 30 gram.

L’alun mérite d’être nommé en seconde ligne : on l’introduit sous forme de poudre, mêlé en parties égales avec du sucre pulvérisé, à l’aide d’un tampon de coton qu'on laisse séjourner pendant six à douze heures; après l’avoir retiré, on lave le vagin avec une injection d’une solution d’alun :

if Alun 30 gram. | Eau 500 gram.

Faites dissoudre.

Au bout d’environ douze heures on répète ce procédé, et on le continue régulièrement pendant une semaine. Si au bout de ce temps le mal n’a pas disparu, ou du moins beaucoup diminué, le tampon sera saupoudré d’alun pur ; il provoquera alors une sensation douloureuse de chaleur et de constriction ; cependant son action est assez sûre. Si elle se faisait encore attendre, on passerait à la cautérisation du vagin au moyen d’un crayon de nitrate d’argent. Un grand nombre de praticiens recommandent l’emploi interne des narcotiques ; les essais répétés que nous en avons faits ne sont pas encourageants; les applications d’une solution de créosote ou de borax sur les parties malades ont une action peu sûre. Scholz (de Breslau) a recommandé l’emploi du caladium seguinum , après l’avoir essayé dans un grand nombre de cas; ce médicament mérite considération, car, quoique dès l’abord il nous inspirât peu de confiance, les expériences que nous en avons faites ont été à plusieurs reprises couronnées d’un plein succès. (Scanzoni.)]

ARTICLE Vu.

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