PRURIT DE LA VULVE. — TRAITEMENT
ailleurs l'origine de la sensation de prurit, et quoiqu’elle soit, du reste, très-marquée à la vulve, Blundell pense que le siège de la maladie est surtout dans la muqueuse utérine elle-même (1), et l’on sait qu’à une époque avancée de la vie, on observe le prurit vulvaire à un haut degré dans certaines maladies de l’utérus et de la vessie. FI. Churchill (2), qui rappelle lui-même le fait, pense que cette sensation pénible dépend souvent d’un certain degré d’inflammation du vagin, surtout à sa partie supérieure, ou même du col utérin, ce que tendrait à prouver le succès obtenu par l’application de remèdes sur ces parties.
On a signalé encore l’influence de la présence de vers oxyures à la partie inférieure du rectum, ou seulement d’une constipation très-opiniâtre.
Lorsque le prurit vulvaire s’observe sur une femme enceinte, on doit, indépendamment des circonstances précédentes, tenir compte, au point de vue étiologique, de l’état de congestion active de l’utérus. ]
§ II.— Symptômes.
Toute l’affection consiste dans un seul symptôme , le prurit, , dont l’intensité varie d’un moment a l’autre, et qui, parfois très-léger, devient tout à coup si vif, que les femmes qui en sont atteintes ont toutes les peines du monde à s’empêcher de se gratter, de se frotter, et que même elles ne peuvent parfois y résister.
Cette démangeaison excite ordinairement les désirs vénériens, et pim oque des attouchements qui ont été fréquemment l’origine d’habitudes vicieuses. Velpeau cite même la nymphomanie comme étant la conséquence de ce symptôme incommode. Fréquemment la démangeaison empêche le sommeil la nuit, et il peut en résulter un état marqué d’irritation générale. Si l’on examine la partie malade, on n’y aperçoit, comme nous l’avons dit plus haut, aucune altération.
§ III. — Traitement.
La maladie étant tout à fait locale, c’est par des topiques qu’on cherche à la faire disparaître; on prescrit, par exemple, des lotions alumineuses selon la formule suivante :
Eau d’orge 500 gram. | Alun h gram.
Mêlez. Pour lotions, trois ou quatre fois par jour.
[Nous avons vu dans l’article précédent que Scanzoni élève beaucoup plus la dose d’alun pour une affection fort analogue, la névralgie vulvaire. ]
Le sous-borate tle soude a été conseillé ; il s’emploie dans la proportion suivante:
% Borate de soude. ... de h à 8 gram. | Eau commune- 30 gram.
Mêlez. Pour lotions, trois ou quatre fois par jour.
[Meigs (3) recommande la formule suivante :
Biborate de soude 15 gram.
Eau de rose 120 gram.
Mêlez et faites plusieurs lotions par jour.]
Sulfate de morphine. ... 30 centigr.
(1) Blundell, Diseuses of Women, p. 276.
(2) Fl. Churchill, Traité pratique des maladies des femmes, trad. sur la 5e édit., par A. Wieland et J. Dubrisay. Paris, 1866, p. 56.
(3) Meigs, Frmales and their Discases , p. 78.
MALADIES DES FEMMES
On peut encore prescrire les lotions avec l 'eau de chaux , ou bien avec le chlo-
ure de chaux , ainsi qu’il suit :
if Chlorure de chaux, de 20 à 30 cenligram. | Eau commune 30 gram.
Dissolvez.
Le chlorure de soude , les sels de potasse , et en particulier le sous-carbonate , s’emploient de la même manière dans des proportions que tout le monde connaît.
Reste une application topique qu’il importe de mentionnér, parce qu’on en a beaucoup vanté l’edicacité : c’est la solution de sublimé corrosif. Voici comment Trousseau (1) conseille d’employer ce médicament: «On prépare, dit-il, une solution de 10 grammes de bichlorure de mercure dans 100 grammes d'alcool ; la malade en met une cuillerée à café dans un litre d'eau très-chaude , que l’on emploie pour les injections et les lotions. Nous insistons souvent sur la nécessité de prendre de l’eau chaude, et ce n’est pas sans motifs : il est en effet remarquable que les lotions de sublimé agissent beaucoup moins efficacement lorsque l’eau est froide que lorsque la température de la solution est très-élevée, et même il n’est pas rare de voir la médication tout à fait impuissante tant que l’on se sert de l’eau ' froide. »
Tourniô (2) cite neuf malades guéries par le calomel , auquel il associe le camphre comme il suit.
Faire des frictions deux fois par jour sur les parties malades avec la pommade suivante :
ip Calomel 2à8 gram. | Axonge 30 gram.
Mêlez. Après l’onction, saupoudrer avec la poudre suivante :
if Camphre pulvérisé 1 partie. | Amidon tx parties.
Dans les trois quarts des cas, le prurit était accompagné d’une éruption (3 lichens, 2 prurigos, 1 eczéma).
On a recommandé les tains froids et les bains de mer, et suivant Velpeau, si le mal résistait aux topiques qui viennent d’être indiqués, il y aurait lieu de toucher superficiellement toutes les surfaces malades avec le crayon de nitrate d'argent ; mais, ajoute-t-il, sans être très-violent, ce moyen doit être cependant réservé poulies seuls cas fatigants et rebelles qui tourmentent longtemps les femmes.
Winternitz (3) a employé avec beaucoup de succès, dans deux cas, les fomentations avec une solution de 15 centigrammes de nitrate d’argent dans 30 grammes d’eau, répétées cinq fois par jour ; mais dans un de ces deux cas, le prurit accompagnait un psoriasis diffus.
Alphée Cazenave (U) emploie la pommade suivante :
AXOnge 30 gram. | Éther chlorhydrique chloré. ... 2 gram.
Mêlez. Pour onctions.
(1) Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique, 7e édit. Paris, 1862, t. I, p. 252.
(2) Tournié, toc. cit.
(3) Winternitz, Annales de Roulers, et Journal des connaissances médico-chirurgicales, 1er février 1852.
(A) Cazenave, Annales des maladies de la peau , novembre 1850.