‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 105 sur 369 · INFLAMMATION ET SUPPURATION DES ARTICULATIONS DANS LA PHLÉBITE · texte numérisé non relu

INFLAMMATION ET SUPPURATION DES ARTICULATIONS DANS LA PHLÉBITE

Fixité des phénomènes locaux.

Collections purulentes se formant avec la plus grande facilité : parfois sans que les tissus qui les renferment paraissent enflammés.

Phénomènes généraux très-violents : délire stupeur, etc.

Un examen attentif fait ordinairement trouver le point de départ de la maladie : abcès, plaie, etc.

Le même diagnostic différentiel s’applique à la fièvre puerpérale avec collections ujrulentes dans les articulations, qu’il y ait ou non phlébite utérine.

Pronostic. — Le pronostic du rhumatisme articulaire aigu est peu grave. Cepen-

(1) Voy. Nélaton, Thèse sur les tubercules des os. — Lebert, Traité d'anatomie patholc- •que générale et spéciale. Paris, 1839, t. II.

dant nous avons vu plus haut (pic, dans quelques cas très-rares, la maladie s’est terminée rapidement par la mort, et nous savons qu’un rhumatisme articulaire aigu peut passer à l’état chronique. On a vu des sujets entièrement perclus par suite de ce passage à l’état chronique. Peut-on prévoir ces fâcheuses terminaisons? En général, on ne le peut pas dans les premiers jours de la maladie. Lorsqu’un délire violent survient, on doit craindre une mort prochaine, il n’est pas très-rare de voir des rhumatismes, après avoir paru se terminer très-favorablement, offrir pendant un certain temps des symptômes subaigus ; généralement cet état disparaît au bout d’un temps variable, mais s’il se prolonge au delà de deux ou trois mois, et si les articulations restent fortement prises, on doit craindre que le mal ne devienne très-rebelle. Nous rechercherons plus loin si l’on peut attribuer à certaines médications une influence sur la terminaison par la mort.

[La possibilité des complications viscérales que nous avons indiquées doit rendre le pronostic très-réservé. En outre, le développement de lésions organiques persistantes du cœur, dont Bouillaud a montré la fréquence après le rhumatisme aigu, rend encore cette maladie sérieuse parles suites qu’elle peut entraîner.]

§ VIII. — Traitement.

Emissions sanguines. — La plupart des praticiens emploient les émissions sanguines modérées; comme le faisaient Sydenham et Stoll à la fin de leur pratique, on ne tire ordinairement aux malades qu’une petite quantité de sang qui n’excède pas, si même elle l’égale, celle <[u’on enlève aux malades atteints de pneumonie. Mais aucun médecin ne se dispense de pratiquer la saignée générale lorsque le rhumatisme a une assez grande intensité. Suivant Chomel (1), il suffit de pratiquer une ou deux saignées, et l’on peut dire que, dans la grande majorité des cas, cette pratique est, en effet, utile. Il ne faut pas croire qu’il n’y ait rien d’absolu dans une semblable proposition, et tout le monde convient que le praticien doit, dans certains cas, augmenter le nombre des saignées. Les partisans des saignées très-abondantes et promptement répétées ne nient pas que, par les saignées modérées, les malades ne guérissent, mais ils prétendent abréger beaucoup la durée de la maladie, et, de plus, prévenir des complications très-graves. Quant à savoir si l’on doit pratiquer un plus ou moins grand nombre de saignées, c’est au médecin à le décider, suivant la violence du cas, l’âge, la vigueur du sujet, en un mot, d’après les indications générales qu’on ne doit jamais perdre de vue dans la pathologie spéciale.

Sydenham, Stoll, et plusieurs autres médecins, avant ces vingt-cinq dernières années, ont vanté ou blâmé les saignées très-abondantes et répétées.

Saignées coup sur coup (Bouillaud). • — la formule de Bouillaud peut être résumée ainsi : 1er jour : Dans l’hôpital, à la visite du soir, on pratique une saignée du bras de h palettes. 2e jour : Une saignée de 3 palettes et demie à h palettes matin et soir, et dans l’intervalle une application de sangsues, ou mieux de ventouses scarifiées autour des articulations les plus malades, ainsi que sur la région précordiale ou le thorax, suivant qu’il existe une endopéricardite, une pleurésie ou une pleuro-pneumonie. La saignée locale doit être de 3, k ou même 5 palettes. y jour : Dans les cas graves, on pratique une quatrième saignée de 3 à h palettes,

(1) Chomel, Voy. Requin, Leçons de clinique médicale : Rhumatisme, p. 281.

RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU. — TRAITEMENT

! ; une saignée locale de la meme dose sur les mêmes points. Dans les cas d’améliomtion, on s’arrête. Ac jour : Si la résolution n’est pas franche, on pratique une i nquième saignée de 3 palettes. 5e, 6e et 7e jours : Dans les rhumatismes articuiiires aigus très-graves, avec endocardite ou endopéricardite ou pleurésie très pronon- ^es, le temps des émissions sanguines n’est pas passé. Alors, dans l’espace des trois uurs dont il s’agit, on pratique deux ou trois nouvelles saignées du bras et une nouvelle saignée locale, en même temps qu’on applique de larges vésicatoires, soit ar la région du cœur, soit sur les articulations, soit enfin sur l’une et sur les autres n même temps. « Dans quelques cas de celte dernière catégorie, nous avons été •obligé, dit Bouillaud, de tirer jusqu’à 8, 9 et 10 livres de sang (1). » Bouillaud tut que l’on modifie sa formule suivant l’âge, la force et la constitution des sujets, liivant l’intensité de la maladie et les complications. Dans les cas d’une intensité moyenne, il a sulfi pour guérir, de cinq saignées générales et locales de 3 à A pailttes (A livres et demie de sang en quarante-huit heures) ; dans les cas graves, six in sept saignées locales et générales de 3 à A palettes (5 à 6 livres de sang en trois m quatre jours). Certaines conditions constituent pour Bouillaud des contre-indica” mus formelles aux émissions sanguines. 11 emploie comme moyens adjuvants, les itlaplasmes, les vésicatoires, la compression sur les jointures, l’opium à l’intérieur i par la méthode endermique.

lEn suivant cette méthode, Bouillaud a vu la convalescence se déclarer frauchevent le septième ou le huitième jour, en règle générale, dans la majorité des cas aves. On peut, à partir de cette époque, commencer à nourrir les sujets. Les oois grands résultats auxquels conduit cette médication, suivant Bouillaud, sont : de réduire à zéro la mortalité, même dans les cas les plus graves, pourvu qu’elle misse être employée à temps ; 2° de prévenir le passage de la maladie à l’état chroqque; 3° d’abréger la durée du rhumatisme articulaire aigu intense, de telle sorte ii’elle n’est pins que d’un à deux septénaires, au lieu de six à huit, terme moyen.

L’elïicacitô des saignées abondantes et répétées à de courts intervalles ne nous tt pas démontrée. La durée de la convalescence est augmentée par les émissions rnguines trop répétées, les malades restent pendant longtemps débiles. D’un autre ■ >té, cet état de faiblesse prédispose à contracter des maladies graves. Malgré les ssertious de Bouillaud, il est donc très-douteux que les émissions sanguines abonrépétées à de courts intervalles, aient l’utilité qu’il leur a attribuée, et même u’elles ne soient pas nuisibles.

Bouillaud ajoute que, par son traitement, il réduit la mortalité à zéro ; mais le mumatisme articulaire aigu, quand il atteint un sujet qui n’avait pas déjà une autre aaladie, et c’est le cas (les maladies du cœur exceptées) dans lequel se trouvaient 'S malades traités par Bouillaud, est une affection qui se termine naturellement par guérison. Les cas dans lesquels il en est autrement sont tout à fait exceptionnels;

I peine peut-on en citer quelques-uns sur des milliers que nous connaissons, et il ■üt beaucoup de médecins qui, dans une longue pratique en ville et dans les hôpi— iux, n’ont pas vu un seul sujet succomber à cette affection, bien qu’ils n’aient mis il usage que le traitement ordinaire.

Tartre stibié à haute dose. — A l'époque où l’on constata pour la première fois

(1) Bouillaud, ouvr. cit., p. 351.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

en France les bons effets du tartre stibié à haute dose dans le traitement de la pneumonie (1), on fui si émerveillé de ces résultats, qu’on appliqua la même médication à un assez grand nombre d’autres affections aiguës. Lacnnec soumit à cette médication les sujets affectés de rhumatisme articulaire aigu, et l’on trouve dans un recueil de médecine (2) un certain nombre de faits publiés pour prouver l’efficacité du médicament dont il s’agit. Dans ces observations, nous remarquons l’absence d’un très-grand nombre de détails importants, et les recherches de Dance (3) sont venues démontrer qu’on s’en était laissé imposer par les apparences.

Il résulte, en effet, des observations recueillies par cet auteur, que le tartre stibié à haute dose n’a pas eu sur la marche de la maladie plus d’inlluence que les autres médicaments habituellement mis en usage, tandis qu’il a les inconvénients bien connus d’une superpurgation qui peut quelquefois aller plus loin qu’on ne le désire. Aujourd’hui les conclusions du mémoire de Dance sont généralement adoptées, le tartre stibié à haute dose ne fait plus partie du traitement du rhumatisme articulaire aigu. Comme Martin-Solon, que nous citerons tout à l’heure à propos du traitement par le nitrate de potasse à haute dose, les médecins qui ont voulu avoir recours à l’émétique lui ont trouvé des inconvénients qui les ont forcés à y renoncer, et par conséquent, sans nous arrêter aux observations de Spadafora, Slrambio, Wolff, Bang, etc., etc., qui ne sont pas plus concluantes que celles de Laënnec, nous dirons que dans cette médication l’émétique est administré de la même manière que dans le traitement de la pneumonie, et que quelques médecins ont porté la dose de ce médicament, dans les vingt-quatre heures, jusqu’à 70 grammes et plus.

Ce serait ici le lieu de dire un mot de l’emploi des vomitifs et des purgatifs à la dose ordinaire ; mais il vaut mieux continuer d’exposer les médications spéciales, et n’aborder qu’à la fin de cet article les moyens habituels.

Nitrate de potasse à. haute dose. — Déjà Brocklesby, Macbride et 'William M liytt avaient, dans le siècle dernier, vanté l’clïicacité du nitrate de potasse à dose trèsélevée contre le rhumatisme articulaire aigu, lorsque Gendrin (h) eut l’idée de soumettre ses malades à la même niédication, et fut bientôt après imité par Martin- Solon (5). Ces deux derniers auteurs, à l’exemple des premiers, ont élevé jusqu’à 30 et (50 grammes la dose de nitrate de potasse, ce qui, dans les idées reçues, paraît naturellement une dose énorme. Nous ne croyons pas devoir insister sur les assertions de Brocklesby et de AYhytt, parce que les faits rapportés par Gendrin et Martin-Solon nous offrent un bien plus grand intérêt.

Si l’on s’en rapporte à l’appréciation des faits recueillis par Gendrin, telle qu’elle a été publiée, on doit admettre que le traitement a eu une durée moyenne de huit jours, et la maladie une durée de quatorze jours. Niais l’étude attentive des faits ne

(1) Voy. article Pneumonie, t. II.

(2) Bayle, bibliothèque de thérapeutique. Paris, 1828, t. I, p. 246 et suiv.

(3) Dance, Sur l'emploi du tartre stibié à haute dose dans le rhumatisme articulaire aigu

Arché géh. de méd., 1829). , j

(4) Gendrin, Journ. de méd. et de chir. prat., 1837, et Journ. des connaiss. méd. -dur. y

(5) Martin-Solon, De l'emploi du nitrate de potasse ù haute dose dans le traitement U" rhumatisme articulaire ( Bulletin gèn. de thérap., août, septembre et octobre 1843 ; Bulletin de l’Académie de médecine , t. IX, p. 130).

RHUMATISME ARTICULAIRE A1CU. — TRAITEMENT

ermot pas de regarder ces résultats comme devant être définitivement adoptés. Somme dans les observations de Bouillaud, le début n’a pas été fixé d’une nanière précise, et les rechutes ont été comptées comme de nouvelles maladies; e telle sorte qu’un sujet qui retombait au bout de deux ou trois jours, qui, par lonséquent, ne devait pas être considéré comme guéri, compte dans les relevés, tour deux guérisons rapides. Il est donc impossible d’arriver à un résultat positif vec de pareils faits.

Martin-Solon a également publié plusieurs séries d’observations, desquelles il ire les conclusions suivantes (1) :

« 1° Le nitrate de potasse est facilement toléré par les rhumatisants, à la dose de {0 à 60 grammes.

* » 2° Il n’a pas d’action thérapeutique bien importante dans le traitement du lhumatisme articulaire chronique, des arthrites partielles apyrétiques, du rhumalisme musculaire ou fibreux chronique, et des rhumatalgies.

» 3° Appliqué au traitement du rhumatisme articulaire aigu, il en détermine la nolution en quatre ou dix jours, et le plus souvent sept. Son action suffit dans les ■as les plus intenses, et lorsqu’ils sont simples.

» U° Ce résultat a lieu sans qu’il y ait d’effet apparent autre qu’un abaissement Me la fréquence du pouls et une diminution de la chaleur de la peau; l’augmentation des sécrétions cutanées, atvine et urinaire, ne semble pas le favoriser.

» 5° Le nitrate de potasse à haute dose arrête presque toujours les progrès du humatismc ; ou bien, si de nouvelles articulations s’endolorissent, l’intensité des [Mouleurs va graduellement en diminuant. Ce traitement, par sa rapidité, prévient t es endocardites, rend la convalescence très-courte et les rechutes moins fréquentes.

» 6° Cette médication est suffisante, et conserve toute son efficacité lorsque le rl'humatismc est compliqué d’une faible endocardite.

» 7° Quand la circulation est gênée, et quand une autre phlegmasie s’ajoute à ’.’arthritis, les émissions sanguines, ou les divers moyens appropriés à la nouvelle maladie, doivent concourir au traitement. Le nitrate de potasse, à son tour, sera un mdjuvant utile contre quelques arthritis aiguës rebelles à la saignée, et une acquisition précieuse pour la thérapeutique de certains cas de rhumatisme articulaire aigu qui ne comportent point l’usage des émissions sanguines. »

Il nous paraît résulter des faits précédents, et d’un certain nombre que nous ivvons pu observer, que le nitrate de potasse à dose élevée est loin d’être sans effet contre le rhumatisme articulaire aigu, et que cet effet est en général favorable. Test seulement le degré de son action que nous ne connaissons pas parfaitement, ■tt que des travaux entrepris suivant les principes que j’ai posés plus haut pourront keuls nous faire connaître.

Il est en outre une question que nous ne pouvons pas nous empêcher de poser : Le nitrate de potasse, donné à d’aussi fortes doses, est-il un médicament sans «danger? Martin-Solon, qui s’est posé cette question, reconnaît que cette substance aause de graves accidents, à la dose de 30 à 60 grammes, ainsi que l’ont constaté Qlrfila, Devergie, etc. ; mais il attribue ces accidents à ce que le sel a été donné Mans les expérimentations à l’état concentré. Aussi recommande-t-il vivement,

(1) Martin-Solon, /oc. cit., octobre 1843, p. 255.

Valleix, 5e édit.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

comme on le verra tout h l’heure, de l’administrer dans une assez grande quantité* de liquide. De cette manière, il n’a produit, entre les mains des praticiens, que quelques phénomènes nerveux peu graves, et qui ne doivent pas être nécessairement mis sur le compte du médicament. Mais ou a cité des cas de mort pendant l’emploi du nitrate dépotasse; pour notre compte, nous en connaissons deux dans lesquels la mort fut presque subite, et précédée de signes d’empoisonnement identiques dans les deux cas, tels que la petitesse, l’affaiblissement du pouls, le refroidissement des extrémités, etc., quoique rien dans la marche et les symptômes de la maladie ne pût faire prévoir un pareil accident, et que la dose du médicament n’eût été portée qu’à 10 ou 12 grammes. Faut-il en accuser le nitrate de potasse? Nous n’oserions l'affirmer; mais de pareils faits sont dénaturé à donner de graves appréhensions. *

« Pour obtenir de bons résultats, il faut, dit Martin-Solon, que les malades soient exempts d’irritation inflammatoire grave des voies digestives. L’état saburral, l’ictère faible, apyrétique et sans lésion organique, n’eu contre indiquent pas l’emploi. Nous avons vu ces complications se dissiper, sans moyens spéciaux, pendant qu’un malade faisait usage du médicament. 11 faut enfin le prescrire aux doses de 8, 10 et 15 grammes par pot de tisane, de manière que le malade prenne dans les vingt-quatre heures de 16 à 20, û0 ou même 60 grammes de sel potassique. La dose ordinaire est de 50 grammes; on ne doit arriver a 60 que quand la soif est vive et qu’il devient nécessaire d’accorder cinq ou six pots de tisane pour l’étancher. On peut employer pour véhicule une simple limonade, une infusion de fleurs de tilleul, de fleurs pectorales, de feuilles de petit-chêne, ou de toute autre plante légèrement aromatique qui s’accommoderait au goût du malade. La tisane sera convenablement édulcorée ; toujours potable à l’hôpital, il est facile de la rendre agréable en ville. On la donne par verre d’heure en heure, ou de demi-heure en demi-heure, selon la quantité qu’on en doit administrer. La malade la prendra chaude ou froide, suivant sou désir : la plupart la préfèrent à ceLte dernière température.

» Si le rhumatisant est peu altéré, ou devra porter à 15 grammes la dose de nitrate de potasse par chaque litre de boisson. Plusieurs de nos malades ont pris de cette manière un ou deux pots de cette solution saline édulcorée, sans répugnance. Dans d’autres cas, nous avons fait transformer plusieurs grammes en pilules, et nous avons ainsi évité de prescrire une trop grande masse de liquide. Nous croyonsqu’il faut éviter ces modes d’emploi, puisqu’ils équivaudraient aux solutions trèsconcentrées dont on a signalé les inconvénients.

» Quand du dévoiement existe ou survient chez les malades soumis, dans le rhumatisme, à l’usage du nitrate de potasse, nous ajoutons du sirop de pavot blanc à la tisane, et la tolérance s’établit (Martin-Solon). »

En exposant la médication par le nitrate de potasse à haute dose, nous avons tâché d’apprécier autant que possible sa valeur; il serait par conséquent inutile d’v revenir ici, d’autant plus que nous nous réservons de dire quelques mots d’une manière générale sur les traitements spéciaux qui ont été préconisés dans ces derniers temps.

Basham (1) a administré le nitrate de potasse à des doses très-élevées : jusqu’à

(1) Basham, voy. Union médicale, 12 mars 1850.

RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU. — TRAITEMENT

)f>Q et 70 grammes. Il est arrivé à clés résultats semblables à ceux qu a obtenus Martin-Solon. Mais ce qui distingue sa médication, c’est qu’// emploie aussi le sel i: i extérieur. Il se sert pour cela d’un tissu feutré spongieux sur lequel il répand c sel après l’avoir mouillé, puis il l’applique sur la partie enflammée et l’assujettit nu moyen d’une bande. Des expériences de Basham il résulte que cette médication i une action sédative réelle. Elle mérite d’ètre expérimentée de nouveau.

[Alcalins à haute dose. ■ — Depuis quelques années, on a préconisé en Angleverre le traitement du rhumatisme aigu par les alcalins à dose élevée. Golcling Bircl semble avoir eu le premier l’idée de cette médication; plus tard, Garrod la formula Plus nettement, et employa à peu près indifféremment le bicarbonate de potasse mu le bicarbonate de soude. Enliu Dickinson reprit ce mode de traitement, et l’empbloya chez un grand nombre de malades. Ce dernier auteur administrait simultanément l’acétate et le bicarbonate de potasse ou de soude ; les closes ont varié cle L5 à /|5 grammes par jour, le bicarbonate étant donné à dose double cle l’acétate. >ôous l’influence de ce traitement, la durée cle la maladie serait diminuée, l’intensité Mes accidents rapidement atténuée; en outre, la fréquence des accidents cardiaques i paru beaucoup moindre.

Ces faits, publiés en France par Jaccoud (1) et par Charcot (2), ont engagé quelques médecins à employer cette médication, et jusqu’ici les résultats obtenus sont Me nature à provoquer de nouveaux essais.

Jaccoucl a administré le bicarbonate cle soucie à haute close clans cinq cas: la close tait cle 20 grammes pendant les deux premiers jours, puis était élevée progressivement jusqu’à 30 et dû grammes, où elle était maintenue aussi longtemps que Murait le mouvement fébrile. Le sel était dissous dans un litre de chiendent à preni.lre dans les vingt-quatre heures. Voici quels ont été les effets obtenus :

« Dès le troisième jour, nous avons vu apparaître une détente salutaire dans le mouvement fébrile; ce n’était pas ce ralentissement subit du pouls, cette prostration onsidérable qui succède parfois à l’administration du nitrate de potasse à haute Muse. Ce que nous observions, c’était un abaissement successif clans la réquence bi.es pulsations, et le retour graduel cle la température normale; mais le phénomène pfui nous a frappé le plus, c’est la diminution rapide des phénomènes douloureux....; du reste, nous n’avons pas constaté, dans la durée totale de l’attaque, une liminution proportionnelle à la rapidité cle cette amélioration. »

Charcot et Vulpian ont employé la même médication clans dix-sept cas, et sont rrivés aux mêmes résultats.

Voici quelques particularités observées par Charcot pendant la durée du traileement :

Au bout cle douze ou vingt-quatre heures, deux ou trois jours clans les cas intenses, les urines rendues deviennent parfaitement transparentes, elles présentent line réaction alcaline, d’abord peu marquée, puis très-intense; si l’on y ajoute quelles gouttes d’acide nitrique, il se produit une effervescence très-marquée. Ces caractères persistent deux ou trois jours après la cessation du traitement.

C’est de deux à quatre jours après l’apparition de la réaction alcaline de Turin e

(1) Gazette hebdomadaire de med. et de chir , , 1862, p. 465.

(2) Ibid., p. 489.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

que les différents symptômes, état fébrile, douleurs et gonflement articulaires, ont commencé à s’amender.

Les organes digestifs n’ont jamais présenté de troubles dignes d’être mentionnés.

Dans aucun des dix-septeas, il ne s’est produit d’affection cardiaque appréciable.

Quelques médecins, considérant que l’abus des alcalins produit souvent un état cachectique marqué, ont craint que l’emploi du bicarbonate de soude à dose trèsélevée n’augmenlât encore l’anémie des rhumatisants. Jusqu’ici les faits observés ne justifient pas ces craintes. Jamais on n’a vu survenir les symptômes de la cachexie alcaline. Dans es observations de Jaccoud, de Charcot et Vulpian, la convalescence a été courte en général ; jamais les malades n’ont présenté d’accidents indiquant soit une tendance aux hémorrhagies, soit une anémie très-prononcée.

L’expérience n’a pas encore définitivement prononcé sur l’efficacité de la médication dont nous venons de parler; et les essais tentés parmi nous sont trop peu nombreux pour qu’on puisse arrêter son jugement. Mais les succès que cette médication a déjà donnés, son innocuité reconnue, autorisent au moins son emploi.]

Sulfate de quinine à haute doue. — Le quinquina avait déjà été employé contre le rhumatisme articulaire aigu. Ce traitement est aujourd’hui complètement abandonné, et plusieurs raisons empêchent de croire qu’il soit jamais repris. On ne pourrait pas administrer le quinquina à dose comparable à celle du sulfate de quinine, en sorte qu’il n’y aurait aucun intérêt à dire comment agissaient Morton, Fothergill, Saunders, Johnson, Van Swieten, etc.

Le premier en France, Briquet (1) a expérimenté le sulfate de quinine à haute dose. D’abord il donna ce médicament à la dose de 5 à. 6 grammes; plus tard i| réduisit cette quantité, et se contenta de 2 à h grammes , faisant varier la dose suivant l’intensité de la maladie. On se contente généralement de 1gr,50 ou 2 grammes; rarement on en prescrit 3 grammes. Monneret a conslaté qu’en prenant certaines précautions, on peut aller sans danger jusqu’à lx et 5 grammes. « Le sulfate de quinine doit être pris exclusivement par la bouche, et dans une potion de 150 à 180 grammes. On forme cette potion avec de l’eau distillée ou une solution gommeuse (pie l’on édulcore avec le sirop de limon, de groseille, de framboise, etc. Le sulfate de quinine doit toujours être entièrement dissous à l’aide d’un petit excès d’acide sulfurique : il est par conséquent à l’état de bisulfate ; peut-être les accidents que l’on a eu à déplorer, à l'époque où l’on essayait la médication quinique, tiennent-ils à ce que l’on a négligé de prendre la précaution que nous venons d’indiquer. Il faut ne donner la potion qu’à doses fractionnées, toutes les heures par exemple, et s’arrêter lorsque l’on aperçoit les troubles du système nerveux qui indiquent un commencement d’intoxication. Si l’on se conforme rigoureusement aux règles que nous venons de tracer, on peut prescrire le sulfate de quinine à doses élevées, et pendant longtemps, sans avoir à regretter le moindre accident sérieux (Monneret). (2) »

Lorsqu’on arrive à des doses aussi élevées d’une substance dont les qualités toxiques sont connues de tout le monde, on ne saurait avoir trop de prudence. Il serait à désirer que des expériences très-précises nous apprissent jusqu’à quel point on

(1) Briquet, Bulletin de l’ Acad, de méd. Paris, 1842, t. VIII, p. 152, 898.

(2) Monneret et Fleury, Compendium de méd. prat., art. Rhumatisme, t. VII, p. 390.

RHUMATISME ARTICULAIRE AIC.U. — TRAITEMENT

e2ut porter, sans inconvénient, la close du sulfate de quinine suivant la force, l’àge I : le sexe des malades.

Le sulfate de quinine, à la plus haute dose à laquelle il a été donné, d’après des liits cités par Briquet, Monneret et plusieurs autres médecins, apaise fréquemment ’>s douleurs rhumatismales les plus violentes au bout de vingt-quatre ou trente-six mires; il est plus rare de voir cetlc amélioration remarquable se continuer ensuite sans interruption. On a cité des cas nombreux dans lesquels des douleurs complétaient dissipées se sont reproduites avec une nouvelle violence au bout de deux ou rcois jours, de telle sorte qu’il a fallu les attaquer une seconde et même une troiièème fois avec la même vigueur. En pareil cas, le danger est dans l’administration rcop longtemps continuée des doses considérables dont il s’agit.

En même temps que les douleurs se dissipent, la fièvre tombe, et de plus de

000 pulsations le pouls descend rapidement à 80 et 70. On a exagéré, sous ce rapoirt, la grande efficacité du sulfate de quinine, puisque nous avons vu plus haut uu’il est rare que, dans le rhumatisme articulaire aigu, le pouls s’élève au-dessus eî 90 pulsations, alors même que les douleurs sont le plus intenses. Ce qui arrive oaur les douleurs arrive aussi pour l’état du pouls, c’est-à-dire que, dans les recru eescences fréquentes, le pouls reprend son accélération.

Tout est subordonné au danger de l’administration de la substance toxique, car ns recrudescences ne seraient pas une raison suffisante pour y renoncer, puisqu’on aurait toujours la ressource de les combattre avec le même moyen efficace. On a cité es cas malheureux, et ces cas ont d’autant plus frappé les esprits, que, suivant la ‘cmarque qui a été faite précédemment, le rhumatisme articulaire aigu n’est presuue jamais une maladie mortelle par elle-même. On a été trop loin en attribuant à remploi du sulfate de quinine à haute dose tous les accidents qui sont survenus pendant son administration. Nous avons cité plus haut un cas dans lequel, contre H'Utcs les prévisions, la maladie s’est promptement terminée par la mort; si, dans ■; cas, on eût administré le sulfate de quinine, on aurait accusé ce médicament de ïfitte terminaison funeste. Il existe d’autres faits absolument semblables et nr conséquent, il faut être réservé dans ces accusations. On n’avait jamais entendu mrler d’aussi nombreux accidents que depuis l’emploi des médicaments à haute •ise, et du sulfate de quinine en particulier. Cette seule considération était de nainre à faire abandonner les doses très-élevées du sel de quinine, et c’est aussi ce iui a été fait. Briquet n’administre plus aujourd’hui que des doses plus modérées,

1 ne dépasse pas 2 ou 3 grammes.

A cette dose, le sulfate de quinine ne produit pas des résultats aussi frappants m’aux doses précédemment indiquées ; c’est un fait reconnu par tous ceux qui ont mis en usage ces diverses quantités du même médicament. Mais, d’après les relaerches de plusieurs auteurs et ce que nous avons observé nous-même, il est loin ' être sans efficacité, même après qu’on a ainsi réduit les proportions auxquelles on mdministre. Au bout de deux ou trois jours, les douleurs s’apaisent, ne tardent ns à disparaître plus ou moins complètement dans une assez grande majorité des '-s, et dès ce moment les choses se trouvent dans le même état que lorsque le sulite de quinine a été administré à dose supérieure. Les rechutes sont-elles plus èéquentes après les doses modérées ? C’est ce qui paraît probable, mais ce qu’il est impossible encore d’affirmer en l’absence de documents suffisants.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

Les affections (pii compliquent le rlmmatisme articulaire aigu, et en particulier l’endocardite et la péricardite, ne sont pas avantageusement influencées par l’administration du sulfate de quinine à haute dose ; rien ne prouve que, dans ces cas particuliers, le médicament ait le moindre effet défavorable.

Le sulfate de quinine n’a aucune influence sur la marche et sur l’intensité des symptômes de l’affection articulaire, lorsqu’elle est bornée à un seul article, en d’autres termes, dans les ças auxquels on a donné le nom de rhumatisme monoarticulaire. ]l existe deux maladies aiguës spontanées ayant leur siège dans les articulations, et ayant sans doute beaucoup de symptômes communs, mais, d’un autre côté, offrant des différences trop grandes pour ne pas frapper un observateur éclairé : l’une, V arthrite , est la véritable inflammation articulaire; l’autre, le rlmmatisme articulaire aigu, malgré les apparences, a quelque chose d’essentiellement spécial, et une étude superficielle a pu seule les faire confondre.

On doit s’abstenir de doses énormes de sulfate de quinine. Dans les cas peu intenses, on peut facilement se passer de ce médicament, des moyens fort simples amenant promptement le soulagement des malades, et la guérison étant certaine. Dans les autres cas, les doses modérées (1 gramme 50 centigrammes, ou 2 grammes) peuvent être employées, sans négliger les précautions indiquées plus haut, et l’on a lieu d’en at tendre line améliorat ion assez marquée, tout en ne s’exposant pas k des accidents funestes.

Les recherches de H. Bourdon, Yigla, etc., sur le rhumatisme cérébral, doivent entretenir les craintes des médecins, car la mort est survenue par des accidents de ce genre dans plusieurs cas où le sulfate de quinine avait été mis en usage.

Les phénomènes par lesquels commence k se manifester l’intoxication sont les étourdissements, la titubation, les éblouissements ou un trouble quelconque de la vue, la surdité ; lorsque des idées délirantes, le soulèvement: de l’estomac, l’ardeur épigastrique, en un mot, l’ensemble des phénomènes auxquels on a donné le nom d'ivresse t panique , vient à se manifester, le danger devient grand.

Si l’on a égard aux phénomènes immédiats produits par ce sel, c’est principalement k son action sur le système nerveux que le sulfate de quinine doit ses effets avantageux dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu. On voit, dans cette affection, comme, au reste, dans toutes les maladies douloureuses, la douleur disparaître dès que le délire survient ; c’est au point qu’un sujet qui, auparavant, ne pouvait pas supporter le moindre mouvement, se lèvera de son lit, agitera ses membres, etc. Un commencement d’ivresse quinique ne doit-il pas avoir un effet analogue ? On objectera, que, dans un certain nombre de cas, non-seulement la douleur a été calmée, les articulations ont repris leur souplesse, mais encore la marche de la maladie a été arrêtée. Ces faits nous prouvent que l’action sur le système nerveux n’est pas la seule, mais non qu’elle n’est pas la principale; car ou conçoit trèsbien que la douleur excessive, les autres symptômes locaux; l’insoninie qui en résulte, peuvent entretenir l’état fébrile pendant un temps assez long, et que si on les fait cesser, on peut abréger beaucoup la maladie. Car si Ion admet la justesse de cette considération, on sera porté à pousser l’action du sulfate de quinine jusqu’à un commencement d’ivresse, tout en surveillant attentivement les phénomènes.

RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU. — TRAITEMENT

Voici les conclusions d’un travail très-consciencieux de Vinct (]). Ces conclussions sont ce crue nous avons aujourd'hui de plus précis sur ce sujet, et elles résonnent très-bien ce point de thérapeutique.

« 1° Le bisulfate administré aux doses croissantes de 1, 2 et même 3 grammes (klans les vingt-quatre heures pendant un certain nombre de jours, pourvu que les fldoses soient fractionnées, chez les malades affectés de rhumatisme articulaire, ne pproduit aucun accident grave ; les effets sont seulement incommodes aux malades. Mais si la dose de 3 grammes n’est pas convenablement fractionnée, ou bien si les .prises ne sont pas suffisamment séparées les unes des autres, il pourra survenir de womissements, des défaillances, des troubles vers le cerveau.

» 2° Les troubles vers les sens de l’ouïe, de la vue, vers le cerveau, apparaissent •■en général les premiers, et sont beaucoup plus nombreux, beaucoup plus incommiodes que ceux qui se produisent vers le tube digestif. Les troubles sont le plus ssouvent en rapport direct, par leur intensité, avec les quantités de médicament iingéré et l’excitabilité plus ou moins prononcée des individus : d’où la nécessité de proportionner les doses aux forces , au tempérament des sujets ; ces itroubles cèdent en général peu de temps après que l’on a suspendu l’emploi du sulfate de quinine.

» 3° La présence du sulfate de quinine dans les urines des malades qui ont été 'Soumis à son action se constate au moyen du biiodure de potassium.

» li° Le sulfate de quinine, donné aux doses modérées indiquées ci-dessus, [produit une sédation remarquable, et quelquefois très-prompte, sur la circulation «•et les douleurs dans le rhumatisme articulaire.

» 5° II exerce sur l’ensemble de cette maladie une action incontestable, puissante. Dans la moitié des cas, cette action est prompte, durable ; dans l’autre moitié, elle est lente, incertaine et ne prévient pas les rechutes; dans quelques cas «exceptionnels, elle est nulle.

» 6° Les cas où son action semble le plus favorablement s’exercer sont en ‘.général ceux où les symptômes tant locaux que généraux sont le plus prononcés.

» 7° Dans les cas où il procure une guérison prompte, il peut prévenir un «développement des complications cardiaques ; dans les cas où son action est plus Mente, il ne semble pas influencer défavorablement les complications qui peuvent maître ou qui peuvent coexister vers les organes intérieurs. Ces complications ne ppeuvent donc nullement coutre-indiquer sou emploi. Comme il est insuffisant à résoudre seul certaines de ces affections, il est nécessaire de lui adjoindre dans ces ccas les moyens sanctionnés par l’expérience comme les plus propres à les comhbattre avantageusement.

» 8° Il produit ses effets thérapeutiques d’autant plus promptement en général, <iqu’il est administré à plus forte dose : c’est souvent à la suite d’une perturbation merveuse un peu intense que se voient les effets thérapeutiques les plus remarqtjuables.

» 9° Administré pendant la rechute, il produit les mêmes effets que pendant la ( première période de la maladie.

Vomitifs. — Peu de médecins ont conseillé, comme moyens curatifs, les vomi-

(1) Vinct, Traitent, du r humât, articulaire aigu par le sulfate de quinine , thèse, paris, 1847. *

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

tifs à dose modérée. En général, on ne les administre que dans quelques circonstances particulières et lorsqu’on suppose qu’il existe un état saburral de l’estomac. Scudamore et Ilorn ( I) affirment avoir obtenu de bons effets des vomitifs répétés. Cette assertion est dépourvue de preuves, et c’est pourquoi nous passons outre.

Récamier a recommandé Y oxyde blanc d’antimoine. Voici comment il l’admi-

nistrait :

if Looch blanc, ou bien :

Mucilage de gomme adrag. . . 120 gram. [ Oxyde blanc d’antimoine 1 grain.

Mêlez. Agitez le mélange avant de le prendre. Dose : une ou deux cuillerées à soupe toutes les deux heures.

On élève chaque jour graduellement la dose de l’oxyde blanc d’antimoine jusqu’à 1 gramme 50 centigrammes ou 2 grammes. Efficacité difficile à établir.

Purgatifs. ■ — Les médicaments dont il va être question ici ne sont pas regardés, plus que les vomitifs, comme ayant une grande efficacité. On se contente, en général, de les administrer pour entretenir la liberté du ventre, et pour empêcher les efforts douloureux pour aller à la garderobe. Cependant Cullen voulait qu’on donnât les purgatifs à doses élevées, cl quelques médecins attachent une certaine importance à cette médication. Rien ne prouve qu’ils aient raison, et la pratique ordinaire doit seule être conseillée. Or, comme il s’agit, uniquement de procurer des selles modérées au malade, et que l’on peut considérer la substance purgative comme indifférente, nous n’entrerons pas à ce sujet dans de plus grands détails, et nous nous contentons de dire qu’on emploie Y huile de ricin , Y eau de Sedlitz, le jalap, la scammonée , etc.

Le calomel a une double action; aussi le retrouverons-nous parmi les mercuriaux. Il est fréquemment donné en Angleterre à dose purgative aussi bien qu’à dose altérante. Dans le premier cas, on en donne 50 à 60 centigrammes. U faut surveiller attentivement, dans son emploi, l’état de la bouche, car quelquefois la salivation se produit très-promptement. Aucun travail exact ne nous permet de dire l’effet de ce médicament sur la marche de la maladie et sur l’intensité des symptômes, Dans les pays où on le met en usage, c’est par tradition, mais nullement parce qu’on en a constaté les bons effets d’une manière rigoureuse.

AVant fut le premier qui fit connaître l’efficacité du colchique dans les affections articulaires; mais comme c’est principalement dans le traitement de la goutte qu’il à observé ces résultats, nous indiquerons la préparation qu’il recommande en parlant de cette maladie (voy. Goutte). Parmi les auteurs qui ont préconisé ce remède, nous trouverons Everard Home, les docteurs "Williams, Copland, Chelius, etc.

Les uns prescrivent la teinture de semences , les autres la teinture de bulbes, d’autres le vin de colchique. Nous indiquerons ces préparations, parce qu’il est important qu’elles soient bien faites, l’usage du médicament pouvant être trèsdangereux.

(1) Horn’s Arcli. fur Mediz. Erfahnmg. Berlin, 1808.

RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU. — TRAITEMENT

Teinture de semences de colchique.

If Semences (le colchique. ... 64 gram. | Alcool à 35° 500 gram.

I Faites macérer pendant huit jours et filtrez. Dose : d’abord vingt ou trente gouttes, dans l’eau sucrée ou de la tisane. Augmentez ensuite la dose graduellement, en surveillant l’état • l’estomac et les intestins, qui peuvent s’irriter facilement. A dose modérée, ce médicament üt rangé parmi les diurétiques , mais c’est réellement un êméto-cathartique.

La dose précédente doit être augmentée graduellement, mais il ne serait pas rrudent de dépasser 3 ou h grammes.

Teinture de fleurs de colchique.

If Fleurs sèches de colchique. 30 gram. | Eau-de-vie ... 500 gram.

i Faite s macérer ; exprimez au bout de huit jours.

IBuschell préfère cette préparation qu’on administre comme la précédente.

Teinture de colchique composée.

"if Semences de colchique. . . 150 gram. | Esprit de sel ammoniac aromat. 1100 gram-

Cette préparation, qui appartient au docteur Williams, est regardée comme plus rctive que les autres. Elle s’administre de la même manière que les précédentes.

Vin de colchique.

'■if Bulbes de colchique frais. 100 gram. Vin de Malaga 55 gram.

Alcool à 22°

10 gram.

Faites macérer pendant huit jours. Dose : vingt à quarante gouttes dans une potion. — im augmente graduellement la dose jusqu’aùx limites précédemment indiquées.

Nous pourrions encore citer le sirop de colchique, la teinture de bulbes de colchique, etc.; mais les préparations précédentes suffisent.

Que faut-il penser de l’efficacité de ce médicament? Il a été essayé en France, U, après en avoir vanté les bons effets, on l’a abandonné. Les auteurs qui l’ont reiommandé n’ont pas démontré son efficacité d’une manière rigoureuse; enfin on a -gnalé des cas dans lesquels des accidents ont été produits, et ces considérations ne 'ont pas de nature à engager à recourir à un pareil traitement.

Vératrine. — Piedagnel (1) a substitué la vératrine à la teinture de colchique ; il ddministrc ce médicament par pilules d’un demi- centigramme chacune. Le premier jour, il prescrit trois de ces pilules, une le matin, une à midi, une le soir ; bhaque jour il augmente d’une, et va ainsi jusqu’à dix. L’action de ce médicament i’est pas encore complètement jugée. Il n’est pas permis de se prononcer d’une manière définitive. Il faut en surveiller les effets, car il peut survenir des troubles mnctionnels assez sérieux, si l’on n’agit pas avec prudence. Aran a également xxpérimenté ce médicament.

(1) Piedagnel, Journal des connaissances méd.-chir,, 1er août 1852.

RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU. — TRAITEMENT

Narcotiques. — Los narcotiques ont été fréquemment mis en usage dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu. Dans la médication ordinaire, on se contente d’administrer 5, 10 ou 15 centigrammes d’opium, dans le but de rendre les douleurs plus supportables, surtout la nuit; mais souvent on a fait des narcotiques le médicament principal, et alors on a porté le médicament à une dose plus élevée, à l’exemple de Requin et de Corrigan(l). Ce dernier médecin a administré jusqu’à 60 centigra mines d’opium par jour.

L 'opium à l'intérieur peut être porté à 20, 30 et même AO centigrammes graduellement, et quelquefois, comme on vient de Je voir, on a encore augmenté cette dose. On a, dans ces derniers temps, préconisé les sels de morphine appliqués suivant la méthode endermique. Suivant Trousseau et Bonnet (2), les sels de morphine agissent presque exclusivement parleurs effets locaux; aussi, bien qu’ils aient réussi à faire disparaître assez promptement les douleurs dans certaines articulations, ils n’ont produit aucun effet bien marqué sur la marche delà maladie, et la douleur dissipée dans un point, ne tardait pas à se porter dans un autre. Pour appliquer ainsi la morphine, on place sur l'articulation malade un petit vésicatoire ammoniacal, que l’on pose deux fois par jour avec 1 ou 2 centigrammes d'hydrochlorate de morphine. On multiplie les vésicatoires suivant le nombre des articulations malades.

Ce qui prouve que cette administration de la morphine par la méthode endermique n’a pas une grande efficacité, c’est que Trousseau recommande d’en seconder les effets par l’emploi des purgatifs.

La belladone n’a guère été employée qu’à l’extérieur. Blakctt a prescrit les bains de belladone , que l’on compose en faisant dissoudre dans l’eau du bain 30 grammes d’extrait de belladone. Cet auteur ne cite qu’un seul fait à l'appui de cette médication. D’autres auteurs ont prescrit des frictions avec des liquides contenant de la belladone ; on a appliqué des cataplasmes faits avec une décoction de cette plante, etc. Nous n’insistons pas sur ces moyens, qui n’ont rien de spécial; aussi nous contenterons-nous de citer, sans plus d’explications, la jus- 9 quiame, l 'aconit, la ciguë , la douce-amère , la poudre de Douter , comme ayant été vantés, et d’indiquer la formule suivante, dans laquelle on trouve des narcotiques unis à d’autres substances ; elle appartient à Brera :

Acétate de morphine. ... 5 centigrarn.

Acide acétique distillé. . q. s.

Sulfure d’antimoine. ... 10 centigram.

Aconit 20 centigram.

Réglisse en poudre.. . . 3 gram.

Miel despumé q. s.

Faites huit bols. Dose : un toutes les deux heures.

Clcrtan (3) associe le sulfate de morphine à la dose progressive de 0 - , ü 1 à 0gr,07 par jour avec Y extrait d’aconit de 0çr,l à 0=r,2. « Depuis vingt-cinq aus, dit ce médecin, je n’ai jamais vu un rhumatisme, quelque intense qu’il fût, résister plus de quinze jours à l’emploi de ce traitement. » C’est à l’observation ultérieure à éclairer définitivement sur ce point; remarquons toutefois que la durée de quinze jours pour le traitement est déjà considérable.

(1) Corrigan, Journal des connaissances méd.-chir., avril 1840.

(2) Trousseau et Bonnet, Rcch. sur les préparai, de morphine dans le traitement du rhumatisme, articulaire ou goutteux (. Arch . de méd., 1832).

(3) Clertan, Journal des connaissances méd. prat., août 1852.

RHUMATISME ARTICULAIRE AICU. — TRAITEMENT. 299

Mercuriaux. — Nous avons déjà parlé du calomel comme purgatif ; on en fait -.•gaiement un usage fréquent en Angleterre, à dose altérante. On en administre 5, PO, 15 centigrammes par jour, à doses fractionnées et à intervalles égaux, pendant qu'on emploie les préparations mercurielles à l 'extérieur.

Les autres préparations mercurielles administrées à l’intérieur, comme la liqueur Ile Van Sivieten , les pilules de deutochlorure, etc., ont été principalement dirigées contre le rhumatisme articulaire chronique; suivant Nieman, le mercure associé :l l’opium a st le meilleur moyen à opposer au rhumatisme articulaire aigu; cette assertion a grand besoin de preuves.

A Y extérieur, le mercure est employé presque uniquement sous forme de fricions avec l’onguent mercuriel. On a publié (1) quelques faits dans l’intention de liémontrer l’efficacité de cette médication ; mais ces faits sont insuffisants, et mous n’en jxissédons pas d’autres plus concluants ; en sorte que c’est là encore un moyen qu’il faut se contenter de signaler au praticien, sans le juger définitivement. Les frictions avec l’onguent mercuriel doivent être faites sur toutes les articulations nnalades et répétées deux ou trois fois par jour. On doit employer chaque fois une Mose considérable d’onguent mercuriel (4, 8, 15 grammes), en en répartissant la [quantité totale sur les points alîectés, suivant l’intensité des symptômes.

Leclercq ( ) a rapporté sept observations pour prouver l’efficacité du calomel à ’loses réfractées dans le rhumatisme articulaire aigu. Déjà cette médication avait été suivie par Robert-Law (3) et Duclos (U). Blache (5) l’a également expérimentée et, dans les cas qu’il a cités, les symptômes se sout rapidement améliorés. Les observations de ce dernier médecin ont plus d’importance que toutes les autres, parce qu’il a administré le calomel à peu près seul. Cette substance est administrée de la i manière suivante :

3e Calomel 5 centigram. | Sucre en poudre 5 gram.

Divisez en douze paquets. A prendre d’heure en heure dans une cuillerée d’eau.

Dans les cas cités, le rhumatisme n’a cédé qu’au bout de plusieurs jours, et l’on doit multiplier les expériences avant de se prononcer sur la valeur du remède.

Compression. — Nous parlerons, dans l’article consacré à l’arthrite aiguë simple, !de la compression exercée sur l’articulation malade; le même moyen, suivant les auteurs, a été employé avec succès daus le rhumatisme articulaire aigu, et l’on a cité, a l’appui de cette assertion, les faits rapportés par Variez (6); quelques-uns des faits publiés par Variez peuvent être regardés comme des exemples d 'arthrite aiguë , et [[quant aux autres, on voit qu’il n’y a eu qu’un petit nombre d’articulations prises (trois au plus), et que ces articulations peuvent être facilement comprimées. Ce •sont, en effet, les poignets, les genoux, les cous-de-pied. Ce n’est donc que dans des circonstances particulières que ce moyen peut être employé. Sous son influence,

(1) Gazette médicale de Montpellier.

(2) Leclercq, Union médicale, 16 juin 1849.

(3) Robert-Law, The Dublin Journ. of med. sciences.

(4) Duclos, Bulletin gén. de thérap., 1846.

(5) Rlaclie, Union médicale, 16 juin 1843.

(6) Auriez, De l utilité de la compression contre les phlcgmasies articulaires connues sous le nom de rhumatisme articulaire aigu, etc. ( Arch . gén. de méd., t. XIV, lrc série, 1827).

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

Variez a vu d’abord les dcul urs augmenter notablement, puis disparaître avec promptitude. II pratiquait la compression à l’aide d’un bandage roulé sur une grande étendue du membre, et l’on arrosait ensuite le bandage avec une décoction émolliente. Ce qui diminue encore la confiance qu’on peut avoir dans ce traitement, c’est qu’il n’a pas été employé seul, et qu’on a eu recours, dans plusieurs cas, aux émissions sanguines locales.

Bandage inamovible. — Forget, de Strasbourg (1), a employé le bandage inamovible amidonné. Il a vu au bout de peu de temps ce moyen calmer les douleurs, et permettre aux malades des mouvements qu’ils ne pouvaient pas faire auparavant. Ce moyen local mérite d’être expérimenté de nouveau.

Hydrothérapie. — Louis Fleury (2) a obtenu une guérison complète dans des cas de rhumatisme aigu, à l’aide de la douche froide , de la sudation.

Andrieux, de Brioude (3), a cité deux cas dans lesquels l’application de Veau froide, à l’aide de l’enveloppement dans des draps mouillés, a promptement fait cesser les douleurs du rhumatisme articulaire aigu, et a procuré une prompte guérison. Il faudrait des faits plus nombreux pour se prononcer sur ce traitement.

Vésicatoires. — M. le docteur Decbilly a employé, dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu, les larges vésicatoires volants sur toute l’étendue des articulations malades pendant la période la plus aiguë. Cette méthode, qui n’est pas tout à fait nouvelle, ainsi que l’a fait remarquer Martin-Solon dans son rapport sur le mémoire de Decbilly, a donné lieu à une grande discussion à l’Académie de médecine (h), et il est résulté de l’examen des observations faites par plusieurs membres, et en particulier par Michel Lévy, que ces observations n’étaient pas aussi concluantes en faveur de ce traitement que paraissait le croire l’auteur. Il n’a d’autres avantages que de bâter la résolution dans quelques articulations plus ou moins gonflées et douloureuses.

Anesthésiques. — Aran a rapporté des faits intéressants en faveur de l’emploi local du chloroforme et de la liqueur des Hollandais (éther chlorhydrique chloré). Il a vu que les applications de ces substances non-seulement calment les douleurs, mais encore apaisent les symptômes généraux. La liqueur des Hollandais a sur le chloroforme le grand avantage de ne pas enflammer la peau.

Moyens divers. — Nous mentionnerons d’abord le gaïae, vanté par Seymour (5) et Peraire (6). Le premier a employé le gaïae après la saignée, et n’ayant pas fai* la part de ce dernier moyen, il n’a pas suffisamment fait connaître l’efficacité de cette substance. Le second a mis en usage la préparation suivante :

Gaïae porphyrisé 4 gram. I Acétate de morphine 5 centigram.

Feuilles d’oranger 5 gram.

Mêlez. Divisez en seize paquets. Dose : un toutes les deux heures, dans une infusion béchique.

(1) Forget, Traitem. mécanique du rhumat. articulaire aigu (Bu/l. gèn. de thérap., juin 1848). — Principes de thérapeutique générale et spèciale. Paris, 1860, p. 568.

(2) Fleury, Séances de l’Acad. des sciences, 21 janvier 1850.

(3) Andrieux (de Brioude), Union médicale, 23 mars 1848.

(4) Voy. le rapport de Martin-Solon et la discussion dont il a été l’objet (Bulletin de l’Acad. de médecine. Paris, 1850, t. XV, p. 665 et suiv.).

(5) Seymour, Rapport sur la médecine la plus effic. dans le trait, du rhum. art. aigu (Gaz. mèd., 1838).

(6) Peraire, De l’emploi du gaïae en poudredans le rhum, articul. aigu (Gaz. mèd., 1843).

RHUMATISME ARTICULAIRE A1CU. — TRAITEMENT

I D’une part, ou voit que, dans ce traitement, on a mis en usage l’acétate de oorphine, dont l’action doit entrer en ligne de compte, et de l’autre, les faits rapiurtés par Peraire ne sont pas assez concluants pour mettre complètement hors de mute l’efficacité du gaïac.

Iodure de potassium. — Bogros (1) annonce qu’il a obtenu de bons résultats par traitement suivant, qui est compliqué, mais dont le moyen le plus actif paraît rre l’iodure de potassium :

1° Pour tisane, infusion de tilleul avec addition de 4 grammes de carbonate de iiude par litre.

:2° Jf Eau de tilleul 150 gram. I Teinture de digitale 2 gram.

Iodure de potassium. .. . A gram. | Sirop de morphine 32 gram.

Mêlez. Dose : une cuillerée à bouche toutes les trois heures.

3° Pratiquer sur les membres des embrocations avec parties égales de baume maquille et d'huile camphrée.

Ce médecin a recueilli bon nombre d’observations à l’appui de ce traitement, uais il n’en cite qu’une.

Jus de citron. — Giraud (2), encouragé par les résultats obtenus par Perkins Ide Bruxelles), a employé chez un malade dont il cite l’observation, le jus de citron,

I la dose de 3 onces par jour, concurremment avec quelques légers purgatifs, et ion a vu ce cas très-grave guérir rapidement sous l’influence de cette médication, e moyen si simple mérite d’être expérimenté de nouveau.

Nous nous bornerons à énumérer les médicaments dont voici la liste : soufre ; «ous-carbonate de fer ; camphre en f umigation (3) ; V huile essentielle de térébenkine (12 grammes d’huile éthérêe mêlée à du miel) ; la teinture et Y extrait d’ artichaut (4) ; la décoction rapprochée de ballota lanata (5).

J. Floyer a vanté les bons effets du bain froid ; il commençait par tirer du sang, Mar purger, et faisait plonger le malade dans un bain froid, lorsqu’il n’y avait plus l e chaleur ni de sueur à la peau (6). On voit que dans ce traitement, le bain froid l ’a qu’une importance très-secondaire.

Vogel prescrivait le nitrate de potasse en lavement :

If Nitrate de potasse .... A à 6 gram. | Petit-lait q. s. p. un lavement.

A prendre le soir, pendant l’exacerbation. Garder ce lavement la nuit.

Viennent ensuite la digitale pourprée (Robert Thomas) ; le polygala de Virginie (Sarcone); le tartre stibié en solution à l’extérieur, recommandé par Delpech, liui l’appliquait ainsi qu’il suit :

“2f Tartre stibié. ... 15 à 20 centigram. | Eau distillée 2A0 gram.

Faites des fomentations sur les articulations douloureuses.

(1) Bogros, Journ. des connaissances méd.-chir., 15 septembre 1852.

(2) Ciraud, Journ. des connaissances méd.-chir., 16 mai 1851.

(3) Dupasquier, Revue méd., juin 1826, et Journ. des conn. méd.-chir., décembre 183A.

(4) Copeman, Extrait des journ. anglais, dans Gazette médicale de Pat'is, 1837.

(5) Brera, Journ. it., dans Journ. des connaissances méd.-chir., 1835.

(6) Floyer, in Hist. de l’Acad. roy. des sciences, 1770.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

Mais en voilà assez sur ces médicaments qui n’ont pas pour eux la sanction de l’expérience.

Nous avons indiqué pins haut les saignées modérées. Ce moyen fait partie d’un traitement qu’on peut appeler le traitement ordinaire du rhumatisme articulaire aigu, et ([ne, pour cette raison, nous exposerons ici. Il a été formulé par Chomel ainsi qu’il suit : Au début : Saignées répétées une ou deux fois au plus ; applications de sangsues, si l’articulation est le siège de douleurs intolérables ; cataplasmes émollients , surtout si le malade éprouve une sensation de froid ; bains tièdes, avec toutes les précautions nécessaires pour éviter le refroidissement ; boissons fraîches , en petite quantité, de demi-heure en demi-heure, si les sueurs sont abondantes *1 température de la chambre à 12" R.; sommier de crin au lieu d’un matelas de laine. Dans les cas de douleurs atroces, faire usage, s’il se peut, d’un lit mécanique qui rende les mouvements- moins douloureux. Donner aux articulation^ malades une position élevée à l’aide d’oreillers.

Quant au régime , il consiste d'abord dans une diète absolue, mais il ne faut pas tarder, lorsque la fièvre a notablement diminué, à permettre quelques aliments légers, et dès qu’clle a complètement disparu, on rend graduellement la nourriture plus substantielle.

Lorsque la maladie est vers son déclin, sudorifiques et surtout bains de vapeur.

Si la maladie se complique de péricardite ou de pleurésie, combattre la phlegmasie intercurrente par de nouvelles saignées générales et locales, et maintenir le malade à une diète sévère.

Résumé. — Le traitement auquel Chomel a recours suffit dans les cas peu intenses dans lesquels il n’y a qu’un petit nombre d’articulations atteintes à la fois* et qui ne présentent qu’un léger mouvement fébrile.

Si la réaction fébrile était plus considérable et«les douleurs plus grandes, on devrait, d’après les faits rapportés plus haut, recourir au sulfate de quinine à la dose de i gramme 50 centigrammes ou 2 grammes; et si le cas était encore plus violent, il faudrait, tout en administrant ce dernier médicament, insister davantage

sur les émissions sanguines.

Des narcotiques à dose modérée : l’opium, la poudre de Dovver, etc., sont administrés dans le but de rendre les douleurs moins insupportables et d’exciter les sueurs, en même temps que les autres moyens combattent efficacement la maladie.

Quant au nitrate de potasse à haute dose, nous avons indiqué plus haut les motifs qui font hésiter dans son emploi, et pour tous les autres médicaments, nous pouvons dire qu’ils n’ont pas en leur faveur des faits assez concluants.

Le traitement ordinaire ne varie, en effet, que du plus au moins, suivant l’intensité de la maladie ; quant aux médications spéciales, nous les avons suffisamment fait connaître.

RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT

Émissions sanguines modérées ; saignées coup sur coup ; tartre stibie a haute dose; nitrate de potasse à haute dose ; [alcalins à haute dose] ; sulfate de quinine a haute dose ; vomitifs ; purgatifs; calomel ; colchique ; narcotiques; mercuriaux ; compression; vésicatoires ; anesthésiques ; moyens divers ; régime.

RHUMATISME ARTICULAIRE CHRONIQUE. — DÉFINITION. 303

ARTICLE II

RHUMATISME ARTICULAIRE CHRONIQUE

(On a décrit sous ce nom toutes les douleurs à marche chronique qui ont leur *ige dans les articulations ou aux environs, et qui s’accompagnent ou non du gon- Tinent de ces parties. D’où il est résulté, comme on peut facilement s’en assurer h parcourant les faits présentés parles auteurs, qu’on a confondu dans une même sscription de* simples douleurs musculaires ou nerveuses, les tumeurs blanches lie rhumatisme articulaire chronique. La première erreur est la moins fâcheuse, rr il a sulïi d’étudier plus attentivement les faits pour apprendre promptement à Ætinguer les cas. Il n’en est pas de même de la seconde, et aujourd’hui encore on )i*it les auteurs attribuer au rhumatisme articulaire chronique les lésions trouvées tins les affections connues sous le nom vague de tumeurs blanches , tandis que isn ne prouve que ces tumeurs soient la conséquence de l’affection dont nous nous xcupons ici.

Dans les Leçons cliniques de Chomel, publiées par Requin, la description du lüumatisme articulaire chronique et celle delà goutte se trouvent tellement mêlées, n’il est impossible de distinguer ce qui appartient à l’une et à l’autre de ces aaladies.

§ I. —Définition, synonymie, fréquence.

« Nous pensons, disent Monneret et Fleury, nous rapprocher autant que possible : la vérité en considérant l’arthro-rhumatisme chronique comme la forme chronique de la plegmasie rhumatismale qui, après s’être manifestée une ou plusieurs i-is sans laisser de trace de son passage, ne s’est pas terminée par une guérison empiète, à cause de la prédisposition, ou de conditions morbides particulières. Il

11 résulte alors une ou plusieurs de ces altérations graves que l’on s’accorde à délier sous le nom de tumeurs blanches (induration, suppuration, érosion des carlaages, etc.). On ne comprendrait pas pourquoi un certain nombre de tumeurs ! anches n’auraient pas pour origine le rhumatisme chronique, lorsqu’on voit les I egmasies aiguës ou chroniques des autres membranes séreuses provenir de causes rès-diverses. »

La valeur de ces raisons peut être contestée. D’abord il est des cas, et l’on en fouve dans les auteurs, où le rhumatisme articulaire chronique n’a pas été la conséquence de l’apparition plusieurs fois répétée de l’affection rhumatismale aiguë lu subaiguë ; en second lieu, rien ne prouve que les tumeurs blanches soient pronoites par le rhumatisme ; enfin, il ne faut pas se borner à invoquer la possibilité

1 2 l’influence rhumatismale, il faut démontrer cette influence par les faits : c’est là rrécisément le fond de la question.

Sans prétendre donner une définition à l’abri de tout reproche, nous dirons que le loumatisme articulaire chronique consiste dans une douleur ordinairement accompagnée de gonflement, continue, mais avec des exacerbations, et envahissant plu-

feurs articulations à des époques plus ou moins éloignées. Cette définition, qui St un sommaire des principaux symptômes, est la seule qu’on puisse présenter.

On a décrit cette maladie sous les noms d 'arthrite chronique , d 'arthrite rhumatismale, de douleurs articulaires , etc.

MALADIES CONSTITUTIONNELLES

Si l’on ne confond pas sous ce nom une foule d’affections qui n’ont entre elles que des ressemblances Insuffisantes, on ne peut pas dire que le rhumatisme articulaire soit très-fréquent ; il l’est beaucoup moins que le rhumatisme musculaire.

§ II. — Causes.

Dans quelques cas, ou voit le rhumatisme articulaire, d’abord aigu, finir par prendre la marche chronique ; plus souvent les sujets accusent l’exposition prolongée au froid et à l’humidité d’avoir produit leur affection, qui s’est d’abord développée avec son caractère chronique. C’est dans les climats froids et humides qu’elle est observée le plus fréquemment. Chomel et Requin font entrer en ligne de compte l’hérédité ; mais ils parlent en même temps du rhumatisme et de la goutte, en sorte (pie nous ne connaissons rien de positif sur ce point.

§ III. — Symptômes.

On a divisé, pour la description des symptômes, le rhumatisme articulaire chronique en léger et en intense.

Les symptômes du rhumatisme articulaire chronique léger sont les suivants : Douleur dans une ou plusieurs articulations, sans gonflement, sans altération de la peau ; n’augmentant pas par la pression ; augmentant par le mouvement, permettant néanmoins encore la marche et le travail. Le froid exaspère cette douleur, tandis que la chaleur la diminue. Quelquefois, suivant les auteurs, la douleur serait remplacée par un sentiment de fraîcheur.

Nous ne doutons pas qu’on ait donné bien des fois le nom de rhumatisme articulaire chronique léger à des névralgies peu intenses occupant un espace limité, la hanche, par exemple, et dont on ne savait pas découvrir les vrais caractères. Quand il s’agit d’affections consistant en de simples douleurs, on ne saurait examiner les parties avec trop de soin, et c’est ce qu’on ne fait pas ordinairement.

Rhumatisme articulaire chronique intense. — La douleur est nécessairement un des principaux caractères du rhumatisme articulaire intense ; elle est moins vive que celle du rhumatisme articulaire aigu, et fréquemment elle est complètement nulle lorsque l’articulation reste dans une complète immobilité. Lorsque la maladie n’a pas fait de très-grands progrès, les mouvements sont encore possibles dans une certaine limite ; mais dès qu’on veut dépasser cette limite, la douleur devient insupportable, et égale presque celle du rhumatisme articulaire aigu.

Les articulations douloureuses présentent un gonflement plus ou moins notable lorsqu’elles ne sont pas recouvertes d’une grande épaisseur de parties molles, comme les genoux, les poignets, etc. Dans le cas contraire, et surtout lorsque ce sont les épaules qui sont affectées, on n’observe pas de gonflement sensible. Ce gonflement détermine une déformation très-variable des articulations, ce qui tient à ce qu’il n’est pas égal partout. [Il est dû à la fois h l’épaississement avec induration des parties molles périarticulaires, et aux productions osseuses de formation nouvelle qui se développent au niveau des épiphyses. Quelquefois aussi, il se fait un épanchement de liquide plus ou moins abondant, et le gonflement est produit aussi par cette hydarthrose; il est d’ailleurs plus commun que la cavité articulaire soit sèche,

Page 1