‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 216 sur 369 · ANAPHRODISIE, SATYRIASIS, PRIAPISME, NYMPHOMANIE · texte numérisé non relu

ANAPHRODISIE, SATYRIASIS, PRIAPISME, NYMPHOMANIE

[L’anaphrodisie, le satyriasis, le priapisme, la nymphomanie, sont des troubles du système nerveux qui n’existent jamais isolément, et ne sauraient avoir pour nous d’autre importance que celle d’un symptôme. Ils sont liés, en effet, à d’autres affections, et c’est moins à eux que la médication s’adresse, qu’à la cause sous l’iniluence de laquelle ils sont apparus. Quelques ligues suffiront donc pour les faire connaître.]

A. L’anaphrodisie est, soit l’absence des désirs vénériens, soit l’impossibilité de l’érection du pénis. Il est rare que l’absence des désirs vénériens survienne avant un âge avancé, tandis que l’on observe à tous les âges et dans des circonstances très-diverses le défaut d’érection du pénis, qui est une des causes de l’impuissance.

On a vu la maladie se déclarer à la suite d’une continence trop prolongée, aussi bien qu’à la suite des excès vénériens, de la masturbation (2), de l’abus du tabac, des narcotiques. Les autres causes sont les passions tristes, et certaines maladies affectant les centres nerveux, ou produisant une débilitation générale : telles sont les maladies chroniques du cerveau, celles de la moelle, les pertes séminales involontaires, le diabète. — Il est des cas où l’anaphrodisie peut être regardée comme congénitale, et, dans ces cas, les organes génitaux sont mal conformés ou se développent très-peu. Enfin les cas ne sont pas rares où une vive émotion au moment de l’acte vénérien empêche seule l’érection ; mais, en pareil cas, il n’y a qu’une anaphrodisie passagère.

Les moyens à opposer à cette affection dépendent des causes qui l’ont produite. S’il y a débilitation de l’économie, on donnera des toniques et des excitants généraux; en même temps on prescrira les bains de siège froids, les lotions froides sur le bassin, et puis les divers topiques excitants qui peuvent ranimer les organe^ génitaux. On a appliqué dans ce but l 'électricité. Quant aux médicaments aphro-

(1) Voyez t. IV, art. Pertes séminales involontaires.

(2) Deslandes, De l’onanisme et des autres abus vénériens considérés dans leurs rapports avec la santé. Paris, 1835. — Lallemand, Des pertes séminales involontaires . Paris, 1836- 1842. — Roubaud, Traité de l'impuissance et de la stérilité chez l’homme et la femme, comprenant l’exposition des moyens recommandés pour y remédier. Paris, 1855, 2 vol. — Aclon, Fonctions et désordres des organes de la génération chez l'enfant, le jeune homme, l’adulte et le vieillard, sous le rapport physiologique, social et moral, traduit de l’anglais sur la troisième édition. Paris, 18G3.

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disiaques, les principaux sont les cantharides et le phosphore; mais on sait combien ces remèdes sont dangereux. 11 faut surtout se garder de les prescrire lorsqu’on a quelque raison de croire que l’anaphrodisic dépend des progrès de l’Age, circonstance qui pourrait être cachée ou sur laquelle les sujets pourraient se faire illusion. Enfin les affections mentionnées plus haut seront traitées suivant les principes établis dans plusieurs des articles précédents : c’est le seul moyen de remédier à l’anaphrodisie qui est la conséquence de ces maladies (1).

B. Le satyriasis est une maladie fort rare dans tous les pays, et surtout dans nos régions. Elle consiste dans une érection continuelle du pénis, avec désir immodéré et presque insatiable de consommer l’acte vénérien.

Aujourd’hui tout le monde convient (pie, pour que le désir immodéré du coït mérite de trouver place dans le cadre nosologique, il faut qu’il y ait un dérangement des facultés intellectuelles, un état semblable à celui qui constitue la nymphomanie; car l’extrême tendance au coït qu’on remarque chez certains individus, raisonnables d’ailleurs, ne peut pas être considérée comme une maladie.

Ces causes sont une continence excessive , la lecture de certains ouvrages gui exaltent l'imagination , et aussi certaines affections cérébrales. On a voulu trouver la lésion essentielle de cette maladie dans le cervelet, qui dans le système phrénologique, préside aux fonctions génitales; mais on n’a pas fourni de preuves valables à l’appui de celte opinion. Nous verrons ailleurs les effets des cantharides ; quand elles occasionnent le satyriasis, il y a délire (2).

L 'érection continuelle du pénis, V éjaculation fréquente, le délire et divers autres troubles des facultés intellectuelles , tels sont les symptômes du satyriasis. On a cité des cas (3) dans lesquels l’éjaculation avait eu lieu un nombre extrêmement considérable de fois (A), et s’était même reproduite très-peu de temps avant la mort.

Le satyriasis se distingue du priapisme en ce que celui-ci consiste dans l’érection permanente du pénis, sans désir insatiable d’accomplir l’acte vénérien. Le satyriasis est une maladie grave, non par suite de l’état des organes génitaux, mais parce qu’il est le plus souvent l’expression d’une affection redoutable.

Traitement. — Lorsqu’il existe une cause évidente de la maladie, c’est à combattre celte cause qu’il faut s’attacher. Les principaux moyens dirigés contre l’affection sont les antiphlogistiques, les émollients, les réfrigérants, en un mot tout ce qui peut calmer la surexcitation des organes génitaux, et surtout arrêter les progrès des lésions des centres nerveux, lorsqu’il en existe. A l’article consacré aux empoisonnements, nous exposerons le traitement opposé à l’empoisonnement parles cantharjdes, dont nous avons dit un mot à propos de la cystite que produit cette substance.

Inhalations de chloroforme. — Un moyen qui s’est montré efficace entre les mains de Dumont de Monteux consiste dans les inhalations de chloroforme. Dans un cas rapporté par ce médecin, elles ont fait très-rapidement cesser un satyriasis inquiétant. On ne saurait donc trop les recommander.

(1) Ricord, Nouveau dictionnaire de méd. et de chirurg. pratiques, article An'TIAPIIrodi- SIAQUE. Paris, 1865.

(2) Voy. article Cystite.

(3) Œuvres d’Ambroise Paré, édition Malgaigne. Paris, 1840, t. 111, liv. XXIII, p. 327.

(4) Voy. tome IV, Cystite produite par les cantharides.

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C. Le priapisme est l'érection permanente et douloureuse du pénis, sans désir d’exercer l’acte vénérien. C’est une affection rare.

Les causes sont locales: cette maladie n’est pas le résultat d’une affection cérébrale comme le sa tyriasis, mais une névrose des organes génitaux causée presque toujours par l’irritation d’un organe voisin on des parties constituantes du pénis.

Cette irritation est produite dans la vessie par une cystite, par la présence d’un calcul; dans le rectum, parles oxyures ou par une inflammation quelconque ; dans le canal de l’urèthre, parla gonorrhée ou un rétrécissement; dans le prépuce, par la balanite, l’accumulation de la matière sébacée. Quelquefois cependant le priapisme a lieu en l’absence de ces causes, et alors on l’a attribué à la continence ou au contraire à l’onanisme, aux excès vénériens, aux écarts de régime, à l’abus des alcooliques (1).

L’érection du pénis, telle que nous l’avons indiquée, est le seul symptôme du priapisme.

Cette affection est beaucoup moins redoutable que le sa tyriasis, parce que ses causes sont plus faciles à combattre.

C’est dans la connaissance de ces causes qu’on trouve les indications du traitement, et par conséquent les avoir signalées, c’est avoir indiqué au praticien la conduite qu’il doit tenir. Les antiphlogistiques, la saignée surtout dans les cas de pléthore, les émollients, les réfrigérants, les calmants et les antispasmodiques sont les moyens qui conviennent dans les cas rares où une cause locale ne peut être découverte. Dans les autres, rien de plus facile que le traitement.

Debout (”), ayant employé avec succès la lupuline pour empêcher les érections chez des malades effeefésde blennorrhagie, pense que ce médicament pourait être également employé dans le satyriasis. C’est une médication qu’on peut essayer. Le bromure de potassium à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme chaque jour, est un médicament utile et dont l’administration a été suivie de bons résultats.

Dans un cas où il n’existait aucune cause appréciable, Velpeau (3) ne parvint à faire cesser cet état morbide qu’en traversant les corps caverneux avec un petit trocart explorateur ; la ponction fut faite transversalement de droite à gauche, à 3 centimètres environ de la base du gland; elle fut très-douloureuse, mais promptement suivie de la disparition des accidents.

D. La nymphomanie, qui a pour signe principal une tendance immodérée au coït de la part de la femme, et qui, sous ce rapport, peut être comparée au satyriasis, n’est que la conséquence d’une lésion de l’intelligence.

Cette affection, qu’on a aussi nommée fureur utérine, n’est pas fréquente.

Elle peut être considérée comme un simple symptôme de folie; mais on a cité

(1) Acton, Fondions et désordres des organes de la génération chez l'enfant, le jeune homme, l'adulte et le vieillard, sous le rapport physiologique, social et moral, traduit de l’anglais sur la 3e édition. Paris, 1863, in-8.

(2) Bulletin général de thérapeutique, 15 octobre 1852, t. XLIII, p. 325. Phlébite

traumatique des corps caverneux , bons effets de la lupuline. — Coup d'œil sur l’action thérapeutique du luputin, partie active du houblon (Bulletin de thérapeutique, 1853, t. XLIV, p. 289 et 385). 1 2 3 '

(3) Ibid.

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des cas (1) dans lesquels des lésions physiques des organes génitaux ont été sa cause déterminante.

Un désir immodéré du coït étant le caractère principal de la nymphomanie, on conçoit facilement ce qui en résulte. La femme perd toute pudeur, provoque indifféremment tous les hommes, use quelquefois de violence envers eux, et peut même s’adresser aux animaux (Manget). Elle se livre publiquement à la masturbation, et cela principalement dans le but d’exciter les désirs des hommes qui sont en sa présence. En meme temps elle manifeste ordinairement par d’autres symptômes (érotomanie, accès de fureur, etc. ) le désordre de son intelligence (2).

Celle affection, considérée comme nous le faisons ici, est presque toujours incurable.

S’il existe des lésions des organes sexuels, le traitement peut avoir quelque ellicacité en les faisant disparaître. C’est ainsi qu’on a vu des nymphomanes guéries par Y excision du clitoris trop développé, par la cure d’une dartre des parties sexuelles, par la disparition des oxyures , etc.

Dans les cas où une trop grande continence est la cause de cette affection, le mariage peut procurer la guérison, qu’on a vue survenir à la suite d’une grossesse où de l’établissement des règles.

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