‹ Guide du médecin praticien (volume 3)Chapitre 300 sur 369 · PARAPLÉGIE NERVEUSE · texte numérisé non relu

PARAPLÉGIE NERVEUSE

pas servir seul à se former une opinion arrêtée sur l’efficacité d’un pareil traitement, doit néanmoins engager les médecins à l’essayer dans des cas analogues.

Le docteur Boari (1) a rapporté un cas dans lequel une paraplégie avec affaiblissement du bras gauche et de l’intelligence fut guérie par l’emploi du seigle ergoté, après avoir résisté à beaucoup d’autres moyens.

Girard, de Marseille (2), cite également trois cas de guérison par ce médicament, qu’il prescrit «à la dose de 50 centigrammes par 2gr,50, par jour.

Dans un cas de paraplégie, chez une femme âgée de cinquante-sept ans, Bricheteau (3) employa avec succès la br urine, en commençant par 10 centigrammes et en élevant la dose jusqu’à 50 centigrammes. Ce médicament agit comme la strychnine; mais n’étant toxique qu’à des doses beaucoup plus élèvées, il est plus maniable.

[Ainsi s’exprimait Yalleix. Cette question a été depuis lors plus étudiée et présentée sous un nouveau jour. L’Académie de médecine a mis au concours, en 1855, la question suivante : « Existe-t-il des paraplégies indépendantes de la myélite? En cas d'affirmative, tracer leur histoire. » La question ainsi posée ouvrait un vaste champ à l’observation. En effet, il existe des cas très-nombreux et divers de paraplégies sans lésion appréciable de la moelle ou de ses enveloppes. iSous indiquerons un grand nombre de ces paraplégies lorsque nous décrirons les maladies auxquelles elles succèdent : telles sont les paraplégies consécutives aux fièvres, surtout à la fièvre typhoïde, à la dysenterie; les paraplégies rhumatismales, hystériques, et celles qui tiennent à l’introduction dans l’économie d’un agent toxique, tel que le plomb, l’oxyde de carbone (asphyxie par le charbon). Raoul Leroy (d’Étiolles), couronné par l’Académie de médecine pour son mémoire (A), admet comme causes des paraplégies sans myélite :

1° Les maladies des organes génito-urinaires chez l’homme et chez la femme; 2° la chloro-anémie compliquée d’hystérie ; 3° les pertes sanguines exagérées ou l’anémie des membres inférieurs; U° les fièvres graves, l’irritation gastro-intestinale, la pellagre; 5° l’intoxication saturnine et arsenicale ; 6° l’impression subite ou prolongée du froid et la diathèse rhumatismale; 7° l’asphyxie; 8° certaines affections cérébrales ; 9° l’enfance (quelques-unes lui sont propres, d’autres rentrent dans celles que renferme cette liste); 10° une compression de la moelle par les tumeurs qui se développent dans le canal vertébral ou qui y proéminent.

Somme toute, on voit que l’auteur de cette classification a groupé dans un ordre arbitraire et incomplètement cité un nombre considérable de paraplégies qui ne sont point produites par la myélite. Autant vaudrait dire que la paraplégie est un symptôme tantôt passager, tantôt persistant, isolé ou accompagné d’autres paralysies, qui se rencontre dans un grand nombre d’affections différentes, et qui, dans la très-grande majorité des cas, échappe aux explications banales que fournit aux médecins l’anatomie dite clinique. Pour Raoul Leroy (d’Étiolles), les cinq premières espèces de paraplégies qui, suivant cet auteur, semblent se rapprocher par l’absence

(1) Boari, Atti delV Accad.med.-chir. di Ferrara, et Gionude veneto di Namias, 1847.

(2) Girard (de Marseille), Bulletin génér. dethérap., 15 septembre 1851.

(3) Bricheteau, Union médicale , 13 juin 1848.

(4) Raoul Lerov (d’Étiolles), Paralysies des membres inférieurs, ou paraplégies. Paris, 1855-1857.

NÉVROSES

clc toute lésion appréciable, forment un groupe de paraplégies nerveuses ou essentielles. Ce mode de classification est fondé sur des caractères négatifs, et le mot de nerveux appliqué à ces paralysies n 'exprime rien que l'ignorance où nous sommes de leur véritable caractère. Le lecteur trouvera aux articles Chorée, Hystérie, Paralysie essentielle des enfants, Rhumatisme, etc., quelques explications sur ce sujet. Il y a un ordre de maladies très-nombreuses qui s’accompagnent ou sont suivies fréquemment de paraplégies, ce sont les maladies des organes génitourinaires.

Sans doute on pourrait contester que le mot de paraplégies nerveuses fût bien appliqué ici : ce serait plutôt paraplégies symptomatiques ou sympathiques qu’il faudrait dire. Les recherches sur le système nerveux montrent que les organes dépendent des centres nerveux, et que, réciproquement, les centres nerveux sont sous leur dépendance, et que les actions réflexes jouent un rôle considérable dans la maladie. Quoi qu’il en soit, voici comment Raoul Leroy (d’Étiolles) comprend les paraplégies à la suite dos maladies des organes génito-urinaires.

Le point de départ est souvent dans l’urèthre, mais le plus ordinairement au col de la vessie, qui se tuméfie, soit par l’effet d’une ou de plusieurs blennorrhagies, soit par reflet d’excitation souvent répétée, comme la masturbation. Cette tuméfaction détermine bientôt une barrière qui s’oppose à l’évacuation complète de l’urine, et... bientôt cystite, pyélile ou pyélo-néphrite et paraplégie. Les choses peuvent se passer ainsi, quelle que soit la cause du développement anormal de la prostate. « Si la néphrite aiguë a été la cause première delà paralysie, celle-ci sera complète ou très-manifeste en quelques jours, et même en peu d’heures. Si la marche de l’affection que nous reconnaissons pour cause est lente et chronique, la paralysie affectera une marche progressive, et prendra des mois pour mériter ce nom; elle s’arrêtera bien souvent dans sa marche, et pourra ne se traduire que par une extrême faiblesse des membres inférieurs. » On a noté que dans la néphrite aiguë, lorsqu’il y avait paraplégie, c’était plutôt au membre inférieur correspondant au rein malade, et qu’il y avait, en pareil cas, des douleurs très-violentes dans ce membre, de sorte qu’il n’est pas bien démontré qu’il n’v ait pas là une action de voisinage, une transmission par continuité de la phlegmasie du rein à la moelle

ou à ses enveloppes Il paraîtrait que, dans ces paraplégies, la nutrition des

membres paralysés continue à se faire presque comme à l’état normal. « Il est rare qu’il y ait une diminution bien sensible dans leur volume ; l’amaigrissement est bien éloigné de l’atrophie qui succède à la paralysie avec myélite. » En pareil cas, on observe rarement l’abolition absolue du mouvement et de la sensibilité ; il est rare que le rectum soit paralysé. Parmi les causes de paraplégie qui paraissent procéder des organes génitaux, il faut noter également les pertes séminales involontaires.

Le pronostic , pour Leroy (d’Étiolles), doit sa gravité tout entière à la maladie que la paraplégie est venue compliquer, et si la mort survient, c’est par suite de la néphrite ou des pertes séminales.

La même chose peut se dire du traitement: il faut traiter la maladie qui donne lieu à la paraplégie.

La paraplégie apparaît quelquefois chez les femmes, à la suite d’une suppression de règles ou d’une ménorrhagie, ou par le fait de la grossesse ou de l’accouchement. Ces sortes de paraplégies se rattachent à un ordre de faits qui ne sont pas

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