TUMEUR CANCÉREUSE
Dépérissement ordinairement marqué dès le début ; assez rapide ensuite.
Tumeur dure, ou de consistance pâteuse.
Affections cancéreuses dans d'autres organes, et surtout dans l’estomac.
Troubles digestifs plus marqués, surtout dans les cas d’affection gastrique concomitante.
Pronostic. — Le pronostic de cette affection est évidemment grave. Nous avons vu, en effet, plus haut, que la terminaison fatale pouvait se produire de différentes manières. Cependant les cas dans lesquels la maladie s’est terminée spontanément d’une manière heureuse, par l’évacuation des hydatides, et les guérisons qu’on a obtenues dans ces dernières années ;i l’aide de diverses opérations, ne sont pas rares aujourd’hui; par conséquent, parmi les affections chroniques de la glande hépatique, les hydatides doivent être considérées comme une des moins funestes. Lorsque la tumeur est unique et rapprochée de la paroi abdominale, il est évident que le pronostic est moins fâcheux, puisque l’opération a de plus grandes chances de succès. De toutes les ruptures qui tendent à porter les hydatides au dehors, la plus heureuse est celle quia lieu à travers la paroi abdominale. La plus grave de toutes les ruptures, puisqu’elle est constamment mortelle, est celle qui se fait dans le péritoine.
§ VII. — Traitement.
C’est pour une tumeur hydatique du foie que Récamier, malgré la proscription lancée par Lassus contre tout traitement chirurgical, eut recours à une de ces opérations que nous avons cru devoir décrire à propos des abcès du foie, parce qu’elles sont également applicables à l’une et à l’autre de ces affections. Sous ce rapport donc, le traitement des hydatides nous offre des moyens très-importants. Quant aux divers remèdes internes, ils ne doivent être employés que dans le cas où l’opération ne peut être pratiquée , soit parce qu’il existe des complications trop graves, soit parce que le nombre des tumeurs dont on reconnaît ou dont on soupçonne l’existence est trop considérable , soit enfin parce que les hydatides ont envahi d’autres organes essentiels à la vie.
Les médicaments mis en usage sont d’abord les désobstruants et les fondants, que nous retrouvons dans toutes les affections chroniques du foie. Ces médicaments sont indiqués à l’article Hépatite chronique.
Les purgatifs plus ou moins violents et les vomitifs ont été recommandés ; mais on ne doit pas espérer qu’ils puissent amener la disparition de la tumeur hydatique. Seulement, dans des cas fort rares, ils paraissent avoir hâté la rupture, dans l’intestin ou dans l’estomac, du kyste hydatique. îl ne serait pas prudent de les employer, même dans ce but, car d’abord il n’existe aucun signe qui puisse nous faire prévoir (pie le kyste a de la tendance à se rompre dans l’un ou l’autre de ces organes, et, en second lieu, on risque de provoquer une diarrhée qui n’a que trop de
MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES
tendance à s’établir à une époque avancée de la maladie. Ce sont les purgatifs salins qui ont été le plus particulièrement prescrits.
Dans un cas cité par .1. Frank, et après lui par Barrier, il survint pendant l’adminisli ation du calomel, qui fut suivie delà salivation, des vomissements d’hydalides nombreuses, et la guérison eut lieu. Cette rupture dans l’estomac, qui s’est pioduite dans des circonstances tout à fait différentes, ne saurait évidemment être attribuée à l’action du calomel.
On a prescrit un certain nombre de médicaments dans le but de faire périr les \crs hydatiques, ou, en d’autres termes, comme anthelminthiques : la térébenthine, V huile empjrcumatique de Chabert , médicaments dont il a été parlé h l’occasion des vers intestinaux, cl nous n 'insisterons que sur Veau de mer , préconisée par plusieurs médecins.
Veau de mer prise tous les jours h la dose de trois ît huit verres, et les bains de mer pris principalement à la lame, pourront être essayés. Dans le cas où il ne serait pas possible de se rendre aux bains de mer, on administrerait l 'eau de mer artificielle en bains et en boisson. La formule de Veau de mer artificielle pour bains est la suivante :
^ Sel de cuisine 5300 gram.
Chlorure de magnésium . 120 gram.
Pour un bain de 200 litres.
Quant à Veau de mer artificielle pour boisson , on pourra prescrire la formule suivante :
Chlorure de calcium 470 gram.
Sulfate de soude 2000 gram.
Sel mar.n gris 17 gram. Chlorure de magnésium 6 gram.
Sulfate de soude 11 gram. Eau 1 litre.
Chlorure de calcium 2 gram.
Faites dissoudre. Dose : de 500 à 1000 grammes par jour.
Les préparations d’iode ont été recommandées, sans que nous soyons mieux fixés sur leur effet.
On a appliqué sur la région du foie des vésicatoires , des cautères , des moxas;
mais, comme moyens curatifs, on n’en a tiré aucun résultat évidemment avanta-
geux. Les vésicatoires éolants appliqués sur l’hypochondrc, lorsqu’il existe un point douloureux, peuvent cependant faire disparaître ou diminuer notablement la douleur. Sous le rapport palliatif, il est permis de leur attribuer quelques avantages.
Reste comme principal, sinon comme unique moyen de salut, V opération, si heureusement tentée par Récamier (voy. page 1 92), ou celle proposée par Bégin, p. 191, qui n’a eu aucun inconvénient dans les cas cités dans la science ; elle est plus prompte et moins douloureuse que celle de Récamier, et quoique cette dernière soit très-utile à connaître, et ait procuré des succès signalés, on ne voit pas pourquoi on ne lui préférerait pas un procédé qui n’en est qu’une simplification, et qui, rien ne le prouve du moins, n’a pas le danger qu’on lui suppose. Dans le cas cité plus haut, l’opération faite de cette manière par Michon, a eu un plein succès.
[A. Boinet (1) recommande, surtout pour compléter le traitement, les injections
(1) Boinet, Bulletin de la Société de chirurgie de Paris, 5 novembre 1851. Iodothérapie, ou emploi médico-chirurgical de l’iode et de ses composés. Paris, 1855, p. 385-389.
HYDATIDES ÉCH1N0C0QUES DU FOIE. — TRAITEMENT.
iodées. Après avoir pratiqué la ponction simple, tantôt avec un trocart de grosseur moyenne (fig. 33 à 35), tantôt avec un trocart explorateur très-fin (fig. 36), et avoir ainsi donné issue au liquide, on injectera dans la cavité du kyste :
Teinture d’iode 50 gram.
Iodure de potassium 2 "gram.
Eau 50 gram.
Les injections iodées ont été également utiles dans les cas que nous avons rapportés. Plus lard, le liquide du kyste ayant pris une odeur très-fétide, on leur a substitué avec avantage les injections chlorurées ,
Pour faire cette injection, on pourra se servir de la seringue li double effet, que
Fig. 36.
Fig. 33.— Trocart pour la ponction dos Kystes. — Fio. 34. — Canule du trocart.— Fio. 35. — Bistouri pour dilater l'ouverture pratiquée. — Fig. 36. — Trocart explorateur et aspirateur de Mathieu. — A. oinçon. B. Poire de caoutchouc destinée ?i faire l’aspiration. — C. Tube de verre réunissant la poire à a monture de cuivre. D. Canule du trocart. — E. Petite pièce de cuivre doré s’adaptant à l’entonnoir du
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Mathieu a construite sur les indications d’Alphonse Robert (fig. 37), et qui est destinée a agir connue pompe aspirante ou comme pompe foulante. Le piston et sa
tige sont creusés jusqu’au bout de la canule A, qui B ,/^sX termine cette dernière. Lorsqu’on veut mettre l’instrument en mouvement pour extraire un liquide d’une cavité, on place la canule B du côté du liquide qu’on va extraire, et l’on ajuste à la canule A le bout A du tube de caoutchouc figuré à côté de la pompe; ce tube est destiné à conduire le liquide dans un vase quelconque. Chaque fois que le piston est tiré en arrière, le liquide pénètre dans le corps de pompe par la canule B, et lorsque le piston est refoulé en avant, le liquide, ne pouvant repasser par la canule B, sort par la canule A, et traverse le tube de caoutchouc qui lui fait suite. Si, au contraire, on veut faire une injection dans la poche, on n’a qu’à retourner l’instrument et placer 'cette fois le tube de caoutchouc à la canule B, aspirer le liquide placé dans un vase quelconque, et le faire passer dans la cavité par la canule A. Cette seringue permet d’éviter la pénétration de l’air dans les cavités sur lesquelles on agit. ]
Méthode de Jobert ( de Lamballe). — Faites sur la tumeur avec un trocart fin, c’est-à-dire dont la canule n’a pas plus d’un millimètre de diamètre, une ponction à l’aide de laquelle vous évacuerez le plus de liquide possible, et laissez la canule en place pendant vingtquatre heures. Si l’inflammation ne s’empare pas du kyste, et si le liquide se reproduit, renouvelez la ponction à une époque plus ou moins éloignée, et ainsi de suite, jusqu’à ce que le développement de la fièvre, la douleur locale, aient annoncé que cet effet est produit. Appliquez alors un nombre assez considérable de sangsues et des émollients, de manière à modérer l’inflammation. Plus tard, renouvelez encore la ponction s’il y - oeri.ijjue a uuuDie a lieu, jusqu’à ce que ces diverses tentatives détermipompe aspirante et nent le retrait, la flétrissure, et, par suite, la cicatri-
laUpompe"folnîea.n- B. Satio11 du kySte Matîque.
Canule de la pompe aspi- Cette méthode compte aujourd’hui de nombreux faits
A. Tube de caoutchouc. flui la PIacent au ran8 dcs meilleures que l’on puisse
employer. Dans un cas, quelque temps après la ponction, et lorsque les hydatides contenues dans la cavité furent en grande partie sorties, il s’échappa une quantité notable de bile par l’ouverture, ce qui n’empêcha pas une guérison prompte et radicale (Th. Alexandre) (1). Nous citerons encore le cas rapporté par Owcn Rees (2), et dans lequel la guérison fut aussi prompte et aussi solide.
(1) Th. Alexandre, London medical Gazette , décembre 1 845.
(2) Owen lires, Gny’s ho<tp. ïte])orts, octobre 1848.
Fio. 37. — Seringue à double effet