CANCER DU PANCRÉAS. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
fois, cependant, et c’est ce qui résulte des faits dans lesquels le pancréas a été trouvé seul malade après la mort, on observe des douleurs plus ou moins vives à l’épigastre ou dans le dos, des éructations de matière filante et d'apparence salivaire, des alternatives de constipation et d'une diarrhée composée d’un liquide semblable à celui qui est rejeté par la bouche , l’émaciation et la débilité progressives, un ictère rebelle, des vomissements a une époque avancée.
Battersby (1) a rapporté un cas intéressant de squirrhe du pancréas, dans lequel il y eut une salivation notable.
Ajoutons encore un signe bien remarquable observé par Bright (2) et retrouvé ensuite par Gould dans un cas de kyste du pancréas. Ce sont des selles graisseuses.
[Selon Da Costa, ce signe n’est pas constant et se retrouve dans des maladies étrangères au pancréas. Le suivant a bien plus de valeur.]
§ ni. — Diagnostic, pronostic.
Si l’on explore la partie inférieure de la région épigastrique, un peu au-dessus de l’ombilic, on peut sentir une tumeur formée par le pancréas, dure et plus ou moins douloureuse à la pression.
En pareil cas, comme dans tous ceux où le pancréas présente une augmentation de volume appréciable à l’exploration, cet organe, se trouvant situé au devant de l’aorte, peut être fortement soulevé à chaque pulsation artérielle, ce qui pourrait en imposer pour un anévrysme de l'aorte ventrale.
[Cet anévrysme est, du reste, quelquefois réel et résulte de la compression exercée par la tumeur sur l’aorte. Amiral en a cité un exemple.]
La percussion, qui fait reconnaître la matité de la tumeur, ne doit pas être négligée.
D’autres accidents peuvent résulter de l’augmentation du volume du pancréas et de la compression des organes environnants, qui en est la conséquence. La compression des grosses veines de l'abdomen détermine les symptômes qui appartiennent à l’arrêt de la circulation veineuse, l’hydropisie ascite.
Les canaux biliaires peuvent subir aussi cette compi'ession, et alors se manifestent les symptômes de la rétention de la bile. L’estomac et la partie supérieure de l’intestin ont été trouvés fortement comprimés par la tumeur pancréatique. Lorsque la compression porte sur le pylore, il est bien difficile de ne pas croire à l’existence d’un cancer de l'estomac, car la difficulté qu’éprouvent les aliments à traverser cette ouverture occasionne de fréquents vomissements de matières alimentaires, et, de plus, les symptômes locaux viennent en imposer au praticien. Il en est à peu près de même de l’état de compression du duodénum, si ce n’est qu’une quantité plus ou moins considérable de bile se môle à la matière des vomissements.
§ IV. — Anatomie pathologique,
[Le cancer du pancréas occupe plus souvent la tête de l’organe, le corps et la queue subissant une simple induration ou la dégénérescence graisseuse.
(1) Battersby, The Dublin Journ. of med. se., mai 1846.
(2) Bright, Cases and observations connected with diseases of the Pancréas and Duodénum ( London medico-chirurg . Trans., 1833, t. XVIII, p. 1).
31(> MALADIES DES ANNEXES DES VOIES DIGESTIVES
L’encéphaloïde et le squirrhe s'observent avec une égale fréquence; on a vu aussi le cancer colloïde; le volume peut aller jusqu’à celui d’une tête d’enfant.
Le conduit pancréatique, parfois épargné, est d’autres fois rétréci ou oblitéré. J. Cruveilhier (1) a vu une dilatation énorme de ce conduit, en arrière de l’obstacle ; on y trouve aussi des kystes qui s’enfoncent dans la masse cancéreuse. Frerichs en reproduit un très-bel exemple, avec dilatation des conduits biliaires et du canal de AYirsung, dans un cancer delà tête du pancréas (fig. 51).
Fig. 5i. — Dilatation des conduits biliaires et du canal de Wirsung à la suile d'un cancer du pancréas. — a. Pancréas. (Frerichs, fig. 47.)
L’estomac adhère souvent au pancréas et s’infiltre de matière cancéreuse : le pylore est rétréci. Le duodénum est comprimé par points et se dilate. Il en arrive autant aux canaux biliaires; le foie devient cancéreux, ou bien subit l’hypertrophie, comme dans un cas de Bright, ou, au contraire, la cirrhose.
Le péritoine est plus ou moins altéré.
La mort arrive par épuisement et quelquefois, d’une façon subite, par hémorrhagie ou rupture.]
ARTICLE III