GASTRO-ENTÉRITE AIGUË
Aujourd’hui on ne regarde plus la fièvre typhoïde comme une gastro-entérite. Roche lui-même (1) a abandonné celte manière de voir, et il ne pouvait manquer de se rendre aux nombreuses preuves fournies par l’observation attentive (2). Mais à l’époque où écrivait Broussais, elle a, on peut le dire, dominé la pathologie et la thérapeutique. Cette opinion a cessé d’être soutenue, même par ses anciens propagateurs. Toutefois on est loin d’être encore d’accord sur les limites qu’il faut assigner à la gastro-entérite. Roche est celui qui a le plus étendu le domaine de cette affection.
Suivant lui, il faut distinguer trois formes principales de gastro-entérite : 1° la gastro-entérite simple ; 2° la gastro-entérite gélatiniforme ; 3° la gastro-entérite pseuclo-membro.neuse. Chacune de ces trois formes se sous-divise eu aiguë et en chronique.
La seconde nous paraît, quant à présent, devoir être rejetée. Bien que l’on ait parlé quelquefois du ramollissement intestinal coïncidant avec le ramollissement de l'estomac, il est certain que les descriptions n’ont porté que sur ce dernier. Celui-ci doit donc être regardé seul comme acquis à la science, avec les restrictions que nous avons cru devoir apporter dans sa description (3). Certains auteurs cités par Roche ne reconnaissent pas le ramollissement intestinal ; puisque, pour eux, la lésion est due uniquement à l’action du suc gastrique sur l’estomac, il n’y aurait aucun intérêt réel à admettre et à décrire une pareille forme de la gastroentérite.
Quant à la gastro-entérite pseudo-membraneuse, elle ne serait caractérisée, d’après Roche, que par l’expulsion de fausses membranes par les selles, et les symptômes du côté de l’estomac seraient à peine perceptibles. On ne saurait par
(1) Roche, Sanson, Lenoir, Nouveaux éléments de pathologie médico-chirurgicale, 4e édit.
Paris, 4 844, t. I, p. 489. .
(2) Louis, Recherches sur la maladie connue sous le nom de gastro-enténte, etc. 1 aris,
1829, 2 vol. in-8.
(3) Voy. Ramollissement gélatineux de l’estomac.
GASrRO-EM'ÉRITE AIGUË.
conséquent donner à celle maladie le nom de gastro-entérite ; il en sera parlé à l’occasion des maladies de l’intestin.
Pour nous, il n’y aura d’autre gastro-entérite que l’inflammation simple et
- simultanée de l’estomac et de l’intestin ; mais ici nous retrouvons les opinions de l’école physiologique. Suivant Roche, il y aurait six formes ou espèces de gastroentérite simple aiguë : la première ne serait autre chose que la maladie connue
- sous les noms de fièvre inflammatoire , synoque , éphémère ; dans la seconde se trouverait la fièvre connue sous les noms de gastrique , mésentérique , bilieuse , etc. ; dans la troisième, il faudrait classer la fièvre lente nerveuse , muqueuse , adéno-
< méningée ; la quatrième serait tout simplement le choléra sporadique ; dans la cinquième, Roche fait entrer une maladie désignée autrefois sous les noms d'embarras intestinal simple et d 'embarras intestinal bilieux; et dans la sixième i nous trouverions la maladie désignée sous les noms de fièvre maligne , nerveuse , i cérébrale , ataxique.
Tout en cherchant à mettre à part la fièvre typhoïde, Roche et les médecins : qui embrassent son opinion, retenus par leur ancienne manière de voir, n’ont pu s’empêcher d’accorder, dans leur description de la gastro-entérite, une certaine I place aux diverses formes de l’affection typhoïde.
Il existe sans doute un certain nombre de fièvres dont il est difficile d’apprécier I la nature : telle est en particulier la fièvre éphémère qu’on a souvent occasion d’observer dans les hôpitaux, qui s’annonce quelquefois avec des symptômes menaçants, cl qu il est tout aussi dillicile de localiser dans l’estomac et les intestins i que partout ailleurs. Cette fièvre éphémère , courbature , etc., mérite l’attention du médecin ; elle doit être décrite, mais on 11e voit nullement la raison d’en faire une gastro-entérite. Les légers troubles digestifs qui existent en pareil cas sont tout simplement l’effet de la fièvre, et l’on 11e saurait voir en eux la source de tous les autres symptômes. Quant à la deuxième forme, fèvre bilieuse ou méningogastrique , il est évident aujourd’hui que, sous ce nom, 011 a tantôt décrit de simples embarras gastriques et tantôt de véritables fièvres typhoïdes légères. En pareil cas, la perte de l’appétit et quelques vomissements au début 11e sont assurément pas plus une preuve de l’inflammation de l’estomac que 11e le sont des troubles digestifs plus grands dans la pneumonie commençante, par exemple.
La troisième forme est «pour beaucoup de médecins, dit Roche (1), une fièvre typhoïde légère, ce qui est évidemment une erreur. » Il est impossible d’accepter un pareil jugement, porté ainsi sans aucune preuve, lorsque des observations exactes, rigoureuses, démontrent jusqu’à la dernière évidence qu’il existe bien réellement, en pareil cas, une fièvre typhoïde. L’ouverture des corps n’est-elle pas venue montrer que les lésions anatomiques, chez les sujets qui ont succombé à
cette prétendue espèce de gastro-entérite, étaient exactement celles de la fièvre yphoïde ?
Le choiera sporadique , qui serait, d’après Roche, la quatrième forme, doit-il être placé parmi les gastro-entérites ? C’est là ce qui n’est nullement démontré
La cinquième forme serait peut-être la seule qu’on pourrait admettre; mais la
description donnée par Roche est très-vague et ne s’applique à aucun état déterminé.
(1) Roche, toc. cit ., p. 494.
Quant à la sixième, c’est une fièvre typhoïde tellement caractérisée, qu’on doit être surpris de voir cet auteur la conserver après la déclaration qu’il a faite au commencement de son article. Jamais on ne verra une simple gastro-entérite donner lieu aux phénomènes de la fièvre maligne ou ataxique.
Nous n’admettrons d’autre gastro-entérite que celle indiquée plus haut, et qui donne lieu aux phénomènes suivants : Du côté de l’estomac, anorexie, nausées , vomissements bilieux plus ou moins répétés, douleur épigastrique ; du côté de l’intestin, quelques coliques , de la diarrhée , des douleurs de ventre , et enfin, comme sgmptùmes généraux , une légère accélération du pouls , un peu de chaleur, et parfois de la céphalalgie.
11 n’y a autre chose dans la gastro-entérite que la réunion des symptômes de la gastrite, exposés plus haut, et de ceux de l’entérite, qui seront décrits plus tard.
Cette affection, au reste, est rare ; elle l’est plus que la gastrite simple, dont nous avons signalé le peu de fréquence ; et si l’on a cru la trouver souvent, c’est que, tombant dans un excès opposé à celui des anciens auteurs, qui ne considéraient que l’état fébrile commun à tant de maladies, on n’a voulu tenir compte que de quelques troubles fonctionnels de l’estomac et de l’intestin, également communs à des affections très-différentes.
Causes. — Dans un des cas dont nous avons eu l’observation sous les yeux, il y avait des vers intestinaux.
Marche. — La maladie s’est montrée de courte durée et sans exacerbation marquée.
Un fait que nous avons observé (1) lors de l’apparition du choléra à Paris, prouve que, sous l’influence d’une épidémie, la gastro-entérite peut prendre un caractère particulier. Il s’agissait d’une jeune femme qui, éprouvant depuis quelques jours les symptômes d’une gastro-entérite, les négligea complètement. Bientôt le refroidissement, la cyanose, l’excavation des yeux, l’abondance des évacuations, donnèrent à l’affection la physionomie du choléra, et cependant les douleurs épigastriques, la nature bilieuse des vomissements, lui conservaient les caractères d’une gastro-entérite : c’était une gastro-entérite cholériforme.
On pourrait croire qu’une inflammation étendue ainsi à une grande partie des voies digestives doit avoir des symptômes beaucoup plus graves que celle qui n’en affecte qu’une partie : la gastrite, par exemple ; mais nous n’avons pas de faits qui prouvent qu’il en soit ainsi. Les gastro-entérites bien caractérisées dont on trouve quelques observations rares, n’ont pas eu de gravité réelle. Quant aux lésions anatomiques , elles sont les mêmes que celles de la gastrite et de l’entérite.
Les vomissements bilieux d’une part, la diarrhée, de l’autre, et enfin un mouvement fébrile léger, en l’absence de cet appareil de phénomènes généraux si variés qui caractérisent la fièvre typhoïde, sont des signes qui fixent promptement le diagnostic. Si toutefois des circonstances particulières rendaient ce diagnostic plus difficile, quelques jours d’observation suffiraient pour l’éclairer ; car la persistance des symptômes et l’apparition de nouveaux phénomènes feraient bientôt reconnaître l’existence d’une véritable fièvre typhoïde.
Le traitement n’est autre que celui de la gastrite et de l’entérite réunies. Ainsi,
(1) Valleix, Gazette des hôpitaux, 1859.