L'HUMILITE VERTU DIVINE
Divine dans son modèle, divine dans ses motifs.
Divine dans son modèle. — La Rédemption s'ouvre par un extraordinaire spectacle. Depuis quatre mille ans le monde attend la visite promise de son Dieu. Mais le monde ne conçoit Dieu que sous son appareil de majesté et de gloire; or c'est un Dieu caché, anéanti sous les dehors du pauvre, de l'ouvrier, de l'esclave, qu'il a sous les yeux. — Ainsi sera blessé à mort l'antique orgueil qui perdit l'Ange et l'homme après lui; ainsi refleurira la plus essentielle des vertus pour l'être créé, la dépendance, la modestie, l'humilité (1).
(1) Eum autemqui modico quam angeli minoratus est, videmus Jesum propter passionem mortis, gloria et honore coronatum: ut gratia Dei pro omnibus gustaret mortem.
Decebat enim eum, propter quem omnia, et per quem omnia, qui multos fllios in gloriam adduxerat, auctorem salutis eorum per passionem consummare.
Qui enim sanctificat, et qui sanctificantur, ex uno omnes. Propter quam causam non confunditur fratres eos vocare, dicens:
Nuntiabo nomen tuum fratribus meis : in medio ecclesise laudabo te.
Et iterum: Ego ero fidens in eum. Et iterum: Ecce ego, et pueri mei quos dédit mihi Deus.
Quia ergo pueri communicaverunt carni et sanguini, et ipse similiter participavit eisdem; ut per mortem destrueret eum qui habebat mortis imperium, id est, diabolum;
Et liberaret eos qui timoré mortis per totamvitam obnoxiierant servituti.
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1*^ La vie du Dieu anéanti: lyremier mobile de l'humilité. — Parlant de Jésus Christ l'Apôtre dit: « Descendit in inferiores partes. » Et c'est par trois degrés différents que le Verbe Incarné descend aux dernières profondeurs de l'anéantissement.— Premièrement il s'incarne; il s'unit une nature inférieure, il se revêt des livrées du néant. Bien plus! ce n'est pas la chair de l'homme dans sa primitive splendeur que le Verbe s'unit, c'est la chair marquée des stigmates du péché (1), la chair expiatrice, la chair douloureuse, la chair telle que l'a frappée la Justice divine: « In similitudinem carnis peccati. » — Ainsi vêtu de la livrée déshonorée d'une nature déchue, le Verbe fait chair ne traverse les années de sa vie mortelle qu'entouré, enveloppé et comme englouti d'humiliation (2). Il est pauvre. Le voici ouvrier inconnu et méprisé. Et à peine les exigences de sa vie publique l'obligent-elles à faire étinceler sa divinité qu'il permet à la malignité humaine, aux accusations, aux calomnies, aux blas-
Nusquam enim angelos apprehendit, sed semen Abrahae apprehendit.
Unde debuit per omnia fratribus similari, ut misericors fieret et fidelis pontifex ad Deum, ut repropitiaret delicta populi.
In eo enim in quo passus est ipse et tentatus, potens est et eis qui tentantur auxiliari. (Hsebr. II.)
(1) Nihil ergo nunc damnationivS est iis qui sunt in Ghristo Jesu qui non secundum carnem ambulant.
Lex enim spiritus vitae in Ghristo Jesu liberavit me a lege peccati et mortis.
Nam quod impossibile erat legi, in quo infirmabatur per carnem, Deus filium suum mittens in similitudinem carnis peccati, et de peccato damnavit peccatum in carne. (Rom. VIII.)
(2) Nihil per contentionem, neque per inanem gloriam; sed in humilitate superiores sibi invicem arbitrantes;
Non qu8e sua sunt singuli considérantes, sed ea quae aliorum.
Hoc enim sentite in vobis, quod et ia Ghristo Jesu:
Qui quum in forma Dei esset, non rapinam arbitratus est esse se seqiialem Deo ;
Sed semetipsura exinanivit, formam servi accipiens, in similitudinem hominum factus, et habitu inventus ut homo.
Humiliavit semetipsum, factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis.
Propter quod et Deus exaltavit illum, et donavit illi nomen, quod est super omne nomen:
Ut in nomine Jesu omne genu flectatur cœlestium, terrestrium, et infernorum.
Et omnis lingQa confitetur quia Dominus Jésus Ghristus in gloria est Dei Patris. (Philip. IL)
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phèmes, d'obscurcir et d'étouffer cet éclat (1). — Mais que dirons-nous du Calvaire et ses prodigieux anéantissements? Du Dieu de gloire, du radieux Rédempteur, il ne nous reste plus qu'une victime agonisante, et, autour d'elle, un peuple entier qui l'enveloppe de ses atroces mépris.
2° Les conclusions qui s'imposent. — Le Christ, vivant et mourant dans l'humiliation, est le chef d'une humanité nouvelle ; il engendre la race des Elus ; par lui s'inaugure un nouvel ordre de choses, les temps nouveaux commencent. — Jusqu'à Lui, une humanité orgueilleuse et en révolte insulte Dieu par sa superbe, prétend follement se hausser jusqu'au trône de l'Eternel et mérite les foudres qui la frappent. — Avec Jésus-Christ cette humanité se repent, s'humilie, confesse son néant, avoue son crime et s'oifre à s'humilier dans la proportion où elle s'était enorgueillie.
Voici donc deux races diverses, deux familles opposées; l'une continuant à suivre l'ange déchu dans son orgueil, par suite dans sa perdition; l'autre qui se réfugie à la crèche, qui habite l'humble masure de Nazareth, que l'on retrouve au Calvaire et qui, avec son Dieu anéanti, n'aspire plus qu'aux humiliations (2).
(1) Iiiimici mei dixerunt mala mihi: Quando morietur, et peribit nomen ejus?
Et si ingrediebatur ut videret, vana loquebatur; cor ejus congregavit iniquitatem sibi.
Egrediebatur foras et loquebatur.
In idipsum.
Adversum me susurrabant omnes inimici mei; adversum me cogitabant mala mihi.
Verbuminiquumconstituerunt adversum me. Numquid qui dormit non adjiciet ut resurgat?
Etenim homo pacis mese, in quo speravi, qui edebat panes meos, magnificavit super me supplantationem.
Tu autem, Domine, miserere mei, et resuscita me, et retribuam eis. (Psal. XL.)
(2) Mœror in corde viri humiliabit illum, et sermone bono laetificatur.
Melius erit humiliari cum mitibus, quam dividere spolia cum superbis.
Antequam conteratur, exaltatur cor hominis : et antequam glorilicetur, humiliatur.
Melius est ut dicatur tibi: Ascende hue: quam ut humilieris coram principe.
In pigritiis humiliabitur condignatio.
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Divine dans ses motifs. — Que si, creusant davantage nous nous demandons le pourquoi des humiliations du Christ et de ses disciples, il est aisé de le découvrir.
i^ L humilité seule sauvegarde le souverain domaine de Dieu, — Dieu règne au plus haut des cieux ; il est autant la gloire essentielle que le soleil est la lumière. Partout où est Dieu, son éclat, son rayonnement, sa gloire, sont avec Lui. De luimême s'échappe sa louange infinie, comme les rayons s'échappent du soleil. Et au dehors de Lui nul être, aucune création, qui n'ait pour but premier et essentiel la glorification de Dieu (1). — Mais que devient cette glorification quand une créature, insolemment orgueilleuse, retient sur ellemême des rayons dont Dieu seul devait être le centre (2)?
In igné probatur aurum et argentum, homines vero receptibiles in camino humilialionis.
Quanto magnus es, humilia te in omnibus, et coram Deo invenies gratiam.
Est qui humiliât et exaltât, circumspector Deus.
Humilia valde spiritum tuum: quoniam vindicta carnis impii ignis et vermis.
Sapientia humiliati exaltabit caput illius, et in medio magnatorum consedere illum faciet.
Humiliare Deo, et exspecta manus ejus.
Ante languorem humilia te, et in tempore infirmitatis ostende conversationem tuam,
Homo qui jejunat in peccatis suis, etiterum eadem faciens,quid proficit humiliando se? Orationem illius quis exaudiet?
(1) Gseli enarrant gloriam Dei, et opéra manuum ejus annuntiat firmamentum.
Dies diei éructât verbum, et nox nocti indicat scientiam.
Non sunt loquelae, neque sermones, quorum non audiantur voces eorum.
In omnem terram exivit sonus eorum, et in fines orbis terrse verba eorum.
In sole posuit tabernaculum suum; et ipse tanquam sponsus procedens de thalamo suo.
Exsultavit ut gigas ad currendam viam;
A summo cselc egressio ejus.
Et occursus ejus usque ad summum ejus; nec est qui se abscondat a calore ejus. (Psal. XVIIL)
(2) Dominus pauperem facit, et ditat, humiliât et sublevat. Domine Deus cœli et ttjrrai, prsesumentes de se, et de sua vir-
tute gloriantes, humilias.
Tu populum humilem salvum faciès : et oculos superborum humiliabis.
Cor contritum, et humiliatum, Deus, non despicies.
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2° V humilité seule reconnaît la bienfaisance divine. — Seule elle reconnaît Celui dont elle tient tous ses dons. — Seule elle fait tourner ses dons à la gloire du bienfaiteur qui l'en a comblée. — En regard que fera l'orgueil, se considérant luimême comme l'auteur de son excellence et de ses perfections? L'idée d'en glorifier Dieu ne peut même lui venir. — Bien plus, ses dons il les tourne contre Dieu. Il s'en sert pour usurper les honneurs qui reviennent à Dieu; il les emploie à concentrer les regards, à conquérir les louanges, à réclamer les hommages qui sont l'inaliénable patrimoine de Dieu (1).
3° L'humilité seule nous rend aptes aux opérations de Dieu en nous. — Dieu a sur nous les plus vastes et les plus magnifiques desseins, et, sans cesse, sans fin, sa grâce travaille à les accomplir dans nos âmes.
Par la foi, il veut nous élever à un monde supérieur, et nous en découvrir les merveilles. L'humilité croit, contemple, adore; l'orgueil raisonne, nie, conteste et se dérobe. — Dieu, nous destinant à des biens infinis, à une toute divine fortune, nous en inculque l'ardente aspiration. Mais l'orgueil, épris de soi-même et faisant de soi le bien suprême, n'a que mépris pour une destinée supérieure. — Entln Dieu veut, par Vamour, s'unir à nous. Mais l'orgueil n'aimant que soi, comment pourrait-il aimer Dieu? L'âme humble, oublieuse des choses humaines, vide d'elle-même, peut seule ouvrir à la charité divine l'accès qu'elle réclame. — Ainsi pourrionsnous continuer l'étude des autres vertus divines et nous verrions que, seule, l'humilité est la coopératrice de Dieu dans toutes ses œuvres.
Judicabit pauperes populi, et salvos faciet filios paaperum, et humiliabit calumniatorem.
Tu humiliasti superbum.
Laetati sumus pro diebus, quibus nos humiliasti.
Gustodiens parvulos Dominus: humiliatussum, et liberavit me.
Bonum est mihi quia humiliasti me: ut discam justificationes tuas.
In veritate tua humiliasti me.
Suscipiens mansuetos Dominus: humilians autem peccatoresusque ad terram.
(1) Quis enim te discernit?Quid autem habesquod non accepisti? Si autem accepisti, quid gloriaris quasi non acceperis?
Jam saturati estis, jam divites facti estis, sine nobis regnatis; et utinam regnetis, ut et nos vobiscum regnemus!
(l Cor. IV.)
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L'HUMILITÉ VERTU BIEiNFAITRIGE
En même temps que l'orgueil nous jette infailliblement dans le dénuement des dons de Dieu, l'humilité nous les fait tous aisément conquérir: « Deus superbis resistit, humilibus autem dat gratiam. »
G^est par l'humilité que nous parvenons à la vérité, à la liberté, à la charité.
Elle nous donne la vérité. — La vérité sur les grands dogmes, sur les divines et nécessaires révélations, la vérité sur nous-mêmes, la vérité sur les vrais biens et les vrais maux de ce monde.
1° Su?' les grands dogmes et les divines révélations. — Deux paroles de l'Ecriture renferment la double histoire dogmatique de l'orgueil et de l'humilité. — De l'orgueil Saint Paul a pu dire, résumant l'histoire des aberrations et des extravagances de l'esprit humain: « Evanuerunt in cogitationibus suis et obscuratum est insipiens cor eorum. Dicentes enim se esse sapientes stulti facti sunt. » N'ayant foi qu'en soimême et en ses propres lumières et repoussant toute vérité venue de Dieu, l'incrédule de tous les siècles a reçu comme châtiment de son orgueil l'obscurcissement lamentable de ses lumières naturelles et l'absolue impuissance en face des grands problèmes de la destinée (1).
(1) Vani autem sunt omnes homines in quibus non subest scientia Dei;
Sed aut ignem, aut spiritum, aut citatum aerem, aut gyrum stellarum, aut nimiam aquam, aut solem et lunam, rectores orbis terrarum deos putaverunt.
Quorum si specie delectati, deos putaverunt, sciant quanto his dominator eorum speciosior est; speciei enim generator haec omnia constituit.
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Combien différente, combien radieuse, est l'bistoire dogmatique de l'humilité ! « Soyez béni, mon Père, s'écriait Jésus-Christ, de ce que vous avez dérobé tout ceci aux regards des superbes pour le révéler aux humbles et aux petits. » Quand la raison humaine se dresse devant lui, altière et orgueilleuse, Dieu la châtie en Taveuglant. Quand elle reconnaît son origine, confesse son néant, réclame les divines lumières, Dieu condescend, Dieu l'exalte, Dieu la transporte dans le centre éblouissant de ses vérités : a Ipse illuxit in cordibus nostris (1) ».
2° Sîir nous-mêmes. — Pour s'en être tenu à ses orgueilleuses revendications, la libre-pensée s'est jetée, en ce qui touche l'homme, son origine, sa nature, sa fin, les étrangetés qu'elle offre actuellement au regard et les désordres qui y apparaissent, dans d'inextricables et désolantes erreurs. — xXulle vraie lumière sur notre origine, si par l'humililé nous ne remontons à Dieu comme Créateur. — Nulle vraie explication des désordres, des anomalies dont est pleine actuellement notre nature, si, par l'humilité, nous ne confessons pas une chute originelle (2). Nul chemin éclairé vers notre fin
Aut si virtutem et opéra eorum mirati sunt, intelligant ab illis quoniam qui hœc fecit fortior est illis;
A magnitudine enim speciei et creaturai cognoscibiliter poterit Creator horum videri.
Sed tamen adhuc ia his minor est querela; et hi enim fortasse errant, Deum quserentes, et volentes invenire.
Etenim cumin operibus illiusconversentur inquirunt, et persuasum habent quoniam bona sunt quse videntur.
Iterum autem nec his débet ignosci.
Si enim tantum poterunt scire ut possent asstimare seculum, quomodo hujus Dominum non facilius invenerunt?
Infelices autem sunt, et inter mortuos spes illorum est, qui appellaverunt deos opéra manuum hominum, aurum, et argentum, artis inventionem, et similitudines animalium, autlapidem inutilem opus manus antiquae. (Sap. XIII.)
(1) Quia quod stultum estDei,sapientius est hominibus; etquod infirmum est Dei, fortius est hominibus.
Videte enim vocationem vestram, fratres, quia non multi sapientes secundum carnem, non multi potentes, non multi nobiles.
Sedquse stulta sunt mundi elegit Deus, ut confundat sapientes; et infirma mundi elegit Deus, ut confundat fortia;
Et ignobilia mundi et contemptibilia elegit Deus et ea quse non sunt, ut ea quse sunt destrueret. (I Cor. I.)
(2) Et respondens Job, ait :
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dernière, si, par l'iiumilité nous ne professons pas que nous ne saurions nous suffire à nous-mêmes et que Dieu seul, qui est notre terme, est aussi le chemin qui nous y conduit et la force surnaturelle qui nous y porte.
Vere scio quod ita sit, et quod non justiflcetur homo compositus Deo.
Si voluerit contendere cum eo, non poterit ei respondere unum pro mille.
Sapiens corde est, et fortis robore. Quis restitit ei, et pacem habuit?
Qui transtulit montes, et nescierunt hi quos subvertit in furore suo.
Qui commovet terram deloco suo, et columnae ejus concutiuntur.
Qui prsecipit soli, et non oritur; et stellas claudit quasi sub signaculo.
Qui extendit caelos solus, et graditur super fluctus maris.
Qui facit Arcturum, et Oriona, et Hyadas, et inleriora Austri.
Qui facit magna, et incompreliensibilia, et mirabilia, quorum non est numerus.
Si venerit ad me, non videbo eum; si abierit, non intelligam.
Si repente interroget, quis respondebit ei? vel quis dicere potest: Gur ita facis?
Deus, cujus irsd nemo resistere potest, et sub quo curvanturqui portant orbem.
Quantus ergo sum ego, ut respondeam ei, et loquar verbis meis <îum eo?
Qui etiam si habuero quippiam justum, non respondebo, sed meumjudicem deprecabor.
Et cum invocantem exaudierit me, non credo quod audierit vocem meam.
In turbine enim conteret me, et multiplicabit vulnera mea, etiam sine c iusa.
Non concedit requiescere spiritum meum, et implet me amarituiinibus.
Si fortitudo quseritur, robustissimusest; si8equitasjudicii,nemo audet pro me testimonium dicere.
Si jastificare me voluero, os meum condemnabit me; si innocentem ostendero, pravum me comprobabit.
Etiamsi simplex fuero, hoc ipsum ignorabit anima mea, et tsedebit me vitae mese.
Unum est quod locutus sum: et innocentem et impium ipse consumit.
Si flagellât, occidat semel, et non de pœnis innocentum rideat.
Terra data est in manusimpii vultumjudicium ejus operit.Quod si non ille est, quis ergo est?
Dies mei velociores fuerunt cursorc; fugerunt, et non viderunt bonum.
Pertransierunt quasi naves poma portantes, sicutaquila volans ad escam. (Job. IX.)
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3** Sii7' nos vrais biens et nos vrais maux. — Représentonsnous l'orgueil sous les traits d'un malheureux insensé qui, n'ayant plus ni la connaissance ni la distiaclion des choses, se méprend sur toutes désastreusement. La savoureuse nourriture il la repousse, le poison qui le tue il l'avale avec fi'énésie. — Seule l'humilité apprécie toutes choses humaines avec justesse et clarté. Elle connaît le faux éclat des honneurs, la caducité de la fortune, la fragilité de la beauté, l'hypocrisie de la louange (1). D'autre part, elle a recueilli, des lèvres de Dieu même, où sont les biens véritables dont elle sent en elle-même l'invincible et éternel besoin.
Elle nous donne la liberté. — Pour apprécier ce bien, précieux entre tous, il nous faudrait voir, courbé et gémissant dans ses chaînes, le misérable orgueilleux. — Esclave quand il travaille et s'épuise à recueillir les louanges, à conquérir les dignités. — Esclave quand, parvenu au faîte des honneurs, il se prémunit contre les dangers qui l'environnent, les ambitions rivales qui le circonviennent, les haines secrètes dont il se sait assailli. — Esclave de ses
Gum dixero: Nequaquam ita loqaar, commuto faciem meaDi, et dolore torqueor.
Verebar omnia opéra mea, sciens quod lïon parceres delinquenti.
Si autem et sic impius sum, quare frustra laboravi?
Si lotus fuero quasi aquis nivis, et fulserint velut mundissimse manus meae,
Tamen sordibus intinges me, et abominabuntur me vestimenta mea.
Neque enim viro qui similis mei est, respondebo; nec qui mecumin judicio ex sequo possit audiri.
Non est qui utrumque valeat arguere, et ponere manum suam in ambobus.
Auferat a me virgam suam, et pavor ejus non me terreat.
Loquar, et non timebo eum; neque enim possum metuens respondere. (Job. IX.)
(l) Sum quidem et ego mortalis homo, similis omnibus, et ex génère terreni illius qui prior factus est; et in ventre matris figuratus sum caro,
Decem mensium tempore coagulatus sum in sanguine, ex semine liominis et delectamento somni conveniente.
Et ego natus accepi communem aerem; et in similiter factam decidi terram, et primam vocem similem omnibus emisi plorans.
In involumentis nutritus sum, et curis magnis.
Nemo enim ex regibus aliud habuit nativitatis initium.
Unus ergo introitus est omnibus ad vitam, et similis exitus.
(Sap. VII.) T. m 32
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amers chagrins, de ses désolations profondes, quand s'est écroulé le fragile échafaudage de ses fausses grandeurs.
Voyez, en regard, l'humilité. Plus haute que ce monde et le dominant de sa surnaturelle hauteur, elle en méprise les gloires, elle en repousse les avances, elle en répudie les faux biens. — Elle a mieux ! Ses ambitions immenses ont reçu de Dieu d'immenses satisfactions. Que lui importe la créature à elle qu'a couronné de gloire le Créateur ? Qu'a-t-elle besoin de la terre elle qui possède le ciel? « Quid enim mihi est in cœlo et a te quid volui super terram » (1) ?
Elle nous donne la charité. — La charité est le point culminant des choses divines, le dernier terme de notre perfection. Survivante de la création, dit TApôtre, la charité régnera seule dans l'éternité. Sans elle notre âme est dénuée et Dieu la repousse (2). Avec elle, transfigurés en céleste créature, nous devenons les fils bien-aimés de Dieu.
Or, remarquons-le, les liens les plus étroits unissent la charité à l'humilité, si bien que la charité ne s'édifie que sur les ruines de l'égoïsme humain, de l'amour propre, de l'orgueil. — Lisez au treizième chapitre de la première Epître aux Corinthiens la description que fait l'Apôtre de la vertu de charité. De tous les traits qui la composent, pas un qui ne suppose l'humilité (3).
(i) Mihi autem pro minimoest utavobis judicer, autab humano die; sed iieque me ipsum judico.
Nihil enim mihi conscius sum; sed non in hoc justificatus sum. Qui autem judicat me, Dominus est.
Itaque nolite ante tempus judicare, quoadusque veniat Dominus qui etilluminabit abscondita tenebrarum, et manifestabit consilia cordium; et tune laus erit unicuique a Deo. (I Cor. IV.)
(2) Garitas nunquam excidit : sive prophétise evacuabuntur, sive linguse cessabunt, sive scientia destruetur.
Ex parte enim cognoscimus, et ex parte prophetamus.
Quum autem venerit quod perfectum est, evacuabitur quod ex parte est.
Quum essem parvulus, loquebar ut parvulus, sapiebam ut parvulus, cogitabam ut parvulus. Quando autem factus sum vir, evacuavi qu8e erant parvuli.
Videmus nunc per spéculum in senigmate; tune autem facie ad faciem. Nunc cognosco ex parte: tune autem cojnoseam sicut et cognitus sum.
Nunc autem manent, fides, spes, caritas, tria haec : major autem horum est caritas. (I Gorinth. XIII.)
(3) Garitas patiens est, benigna est; caritas non semulatur non agit perperam, non inflatur;
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