Calcaire blanc. — H. o"* 90; larg
Des moissonneurs battent le grain et mettent les gerbes en meule. — V* dyn. Saqqarah.
1051. — Stuc et pisé. — H. o"^ 29; larg.
C'est à M. Vassalli-Bey, Conservateur du Musée, que nous devons de posséder ce précieux monument. Les Égyptiens enduisaient souvent les murs de leurs tombes d'une couche de pisé plus ou moins épaisse, que Ton égalisait à la planche et que Ton recouvrait tantôt de stuc, tantôt d'un simple lait de chaud : c'est sur cette surface blanche qu'ils peignaient à la gouache les représentations funéraires. On comprend quelles difficultés M. Vassalli-Bey a dû surmonter, avant de rapporter intactes les peintures exécutées sur un fond aussi fragile.
Les Égyptiens étaient des animaliers de première force : ils ne l'ont jamais mieux montré que dans ce tableau. Nul peintre moderne n'aurait saisi avec plus d'esprit et de gaieté la démarche alourdie de Toîe, les ondulations de son cou, le port prétentieux de sa tête et la bigarrure de son plumage. Ce morceau vient d'un mastaba, situé dans le voisinage du tombeau .de Rahotpou, qui nous a rendus les deux belles statues cataloguées sous le no 1050.
Meîdoum.
Le visiteur retrouvera toutes ces représentations, et bien d'autres, dans le tombeau de Ti, à Saqqarah.
206 Salle de l'Ancien empire.
La répétition perpétuelle des scènes agricoles et Tabsence complète de figures divines avaient fait penser à M. Mariette, que les croyances des Égyptiens primitifs sur la condition des morts différaient de celles qu'avaient les Égyptiens de la XVIII* ou de la XIX** dynasties. Il n'en est rien : à quelques nuances près, les idées sont les mêmes, ainsi que la décoration des tombes. Les chapelles extérieures de la XX" djiiastie, à Thèbes, sont ornées des scènes de la vie civile, comme les mastabas de l'Ancien-Empire a Saqqarah : ce sont les chambres funéraires et les couloirs qui portent des scènes religieuses ou des représentations infernales.
Toutes ces scènes avaient une intention magique : qu'elles eussent trait à la vie civile ou à l'enfer, elles devaient assurer au mort une existence heureuse ou le préserver des dangers d'outre-tombe. De même que la répétition de la formule des stèles : «Pros- »cynème à Osiris pour qu'il donne un revenu de » pains, liqueurs, vêtements, provisions, au défunt N », procurait à ce défunt la jouissance des biens énumérés (cfr. p. 35 — 38), de même la reproduction de certaines scènes sur les parois de la tombe lui garantissait l'accomplissement des actes représentés. Le double, enfermé dans sa chapelle, se voyait sur la muraille allant à la chasse, et il allait à la chasse, mangeant et buvant avec sa fenime, et il mangeait et buvait avec sa femme; le labourage, la moisson, la grangée des parois étaient pour lui labourage, moisson et grangée réels. De même que les figurines funéraires exécutaient pour lui tous les travaux des champs, sous l'influence d'un chapitre
Salle de rAncien empire. 207
magique, et s'en allaient puiser de Teau ou transporter des grains (cfr. p. 131), les ouvriers de toute sorte, peints dans les registres, fabriquaient des souliers et cuisinaient pour le défunt, le menaient à la chasse dans le désert ou à la pêche dans les fourrés de papyrus. Après tout, ce monde de vassaux plaqué sur le mur était aussi réel que le double dont il dépendait : la peinture d'un serviteur était bien ce qu'il fallait à l'ombre d'un maître. L'Égyptien croyait, en remplissant sa tombe de figures, qu'il s'assurait au-delà de la vie terrestre la réalité de tous les objets et de toutes les scènes représentées.
Dans la chambre extérieure, on trouve, outre les tableaux, des inscriptions, où sont racontés les principaux faits de la vie du mort, des stèles, des autels, des tables d'offrande et des vases de différente matière, quelquefois même de petits obélisques.