‹ Guide du voyageur aux PyrénéesChapitre 114 sur 226 · DE PIERREFITTE A CAUTERETS · texte numérisé non relu

DE PIERREFITTE A CAUTERETS

1 myr.

Gerces de Cauterets. — Cauterets; séjour; manière de vivre, etc. —Bains — Géognosie.— Géologie.— fttudas d artiste.

La route qui conduit de Pierrefitte à Cauterets commence î» droite de celle de Luz, derrière l’auberge de Pierrefitte, et franchit par des rampes bien ménagées l’élévation subite et considérable que prend au-dessus tle la vallée principale cette gorge sauvage et resserrée. Le chemin taillé à pic, et quelquefois en surplomb aux flancs schisteux des montagnes de droite, s’élargit bientôt, tout en suivant la rive gauche du gave, dont on aperçoit les eaux bouillonnantes ;t travers le feuillage épais des noyers, des frênes, des aunes et des til-

leuls. La rive droite, loi niée par les flancs de la montagne de Soulom, offre çà et là au milieu des rochers qui les festonnent de verdoyantes prairies ornées de bouquets d’arbres et de quelques métairies. — A mi-chemin de Pierrelitte à Cauterels. la route passe , au moyen d’un pont en bois fort insignifiant, sur la rive droite du torrent et au pied de la butte du Limaçon; à gauche vous apercevez une assez jolie cascade.

La bulle du Limaçon, dit M. Lemonnier, est formée par un double éboulement de rochers calcaires, séparés des montagnes de droite et de gauche, et dont les dém is forment une sorte de chaos au milieu duquel mugit le gave ; uii bloc surtout attire l'attention du voyageur par sa masse et sa position presque verticale au milieu des eaux qui, en cet endroit, forment plusieurs chutes d’un bel effet. Le ravinqui près de là , descend des hauteurs déchiquetées de Cabaliros mérite aussi un coup d’œil pour sa sauvage et affreuse beauté.

L industrie humaine a bien aussi quelques moments d'examen à réclamer des voyageurs. C’est elle qui, près de Pierretitte, a suspendu la route sur de simples saillies, et qui a fait sauter; au moyen de la mine, ces quartiers de roches devenues vacillantes, laule d’appui, et qu'il a fallu soutenir par des murs de pierres sèches.

Au delà du Limaçon, la gorge devient plus spacieuse; en même temps le gave s’éloigne de la route; les champs ensemencés et les tertres couverts d’habitations deviennent plus fréquents; enfin apparaît l’étroit et pittoresque bassin de C.auterels. formé par la réunion du Campa sque, descendu en bondissant des montagnes de droite, avec le gave de Cauterets, formé au sud par les eaux des gaves de la vallée de Marcadaou et de la vallée de Lulour.

Gorge de Çauterets .

La gorge qui conduit de Pierrelitte à Çauterets offre bien des beautés; mais la nature s’est plu à les tempérer par une grande végétation, partout où elle a pu l’asseoir. Ces beaux arbres, mêlés a l’escarpement des montagnes et au bruit du gave, jettent de la vie dans ce tableau, sans le rendre moins frappant.

Les naturalistes ne perdent pas leur temps dans cette

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gorge. M. Pasumot y a remarqué entre autres choses des bancs de schiste argileux , rougeâtre et traversé de veines quarlzetises; des couches d’ardoises argileuses, des pierres à chaux feuilletées. (Juanl au voyageur, il trouve une route facile, ombragée de frênes, d’aunes, de tilleuls, etc.; du silence, de la lraîcheur, de belles eaux, des montagnes attrayantes ; enlin un torrent non moins impétueux que le Bastan, dans lequel il se précipite souvent avec fracas.

I.a facilité du chemin, moins incliné que dans les autres gorges, la solidité des ponts, les corniches en général garnies de parapets, et tant d’autres choses que l’on y peut considérer, soit à pied, à cheval, soit en voiture, disposent aux plus douces émotions, et jettent dans les âmes quelquesuns de ces longs souvenirs qui font le charme du reste de la vie1, en sont la ressource la plus certaine. L'homme en effet n’existe avec plaisir que par la mémoire de ces actes rélléchis ; autrement, quelle qu’en soit la durée, ce n’est plus la vie, ce n’est que du temps.

Pendant trois heures au moins que dure ce trajet, on ne se hâte point d’arriver. On marche sans impatience, parce que tout plaît assez à chaque pas pour ne désirer (pie la continuation des mêmes aspects qui en rappellent d’autres, qui multiplient les jouissances du sentiment et de l’imagination.

On arrive vers le milieu de celte gorge, qui, comme toutes les autres, se ressent de son origine; mais le plus souvent des buis, des sapins et des arbres de toute espèce y voilent les destructions successives qui s’y sont opérées. Ou remarque une marbrière que l’on exploite pour construire des maisons éparses sur les coteaux et dans le bassin de Cauterels. On est charmé d’apprendre que la plupart de ces riants domiciles entourés de bosquets, de jardins sans clôture, et qui annoncent de l'aisance, appartiennent aux montagnards.

1 « Le pittoresque en grand disparaît sans doute avec les granits, les schistes, les glaces et les sapins; mais la nature n’en est pas réduite à cela pour être belle. Quand elle se dépouillé de rel air de grandeur, elle devient ordinairement plus douce, elle se familiarise avec nous ; nous admirons moins, nous sommes moins remués; mais nous en jouissons plus à notre aise. •

(Or Lee, p. 337.)

338 PYRÉNÉES.— ROli'lE 18.

Le haut de cette gorge, élargie de part et d’autre par deux torrents continuels, montre enfin dans son bassin silencieux Caulerets, bien situé, joliment bâti. Moins élevé que Baréges, la température y est plus douce , l'aspect infiniment plus agréable. L’air pur et balsamique qu’on y respire, les eaux qu’on y voit de tous côtés s’élancer en cascades, sourdre en fontaines jaillissantes, rappellent le séjour tranquille des champs élyséens.

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