A la penne de Lhyéris
On y aboutit par deux chemins différents '. L’un, le plus court, par le village d’Aslé; l’autre est celui des Palomières dont on longe une partie de la crête en passant par le village de Gerde. On gagne de là le bois de Humas, après avoir admiré les belles touffes de digitale pourprée que l’on trouve abondamment sur un petit plateau. Il n'est guère possible, pour peu qu’on ait l'habitude des montagnes, de s’égarer au milieu des nombreux sentiers qui coupent le bois dans tous les sens. Les clairières, qui sont à des distances fort rapprochées, servent pour ainsi dire de boussole, et, laissant entrevoir le sommet de Lhyéris, remettent toujours le voyageur dans la direction qui doit l’y mener.
On prend le second chemin au village d’Aslé dans une gorge qui s'enfonce au sud-est. Elle est longue, rapide, même presque escarpée dans certains endroits : mais les chevaux du pays, que leur pied lerme et sûr met à l’abri de tout accident, la gravissent facilement sans danger pour les voyageurs. On s’élève ainsi, pendant l'espace de trois quarts d’heure, jusqu’à la forêt du Haboura, dont la mousse chevelue, qui pend en longs flocons aux rameaux de ses arbres, atteste la vénérable antiquité. C’est sur ce chemin, à cent cinquante ou deux cents pas environ vers la droite, que se trouve le gouffre effrayant connu sous le nom de Puits de Haboura *, et dont toutes les descriptions que les poël s ont faites des affreuses cavernes du Ténare ne pourraient donner qu'une imparfaite idée. Dans l’impatience où l’on est d'arriver au terme de sa course, on néglige le plus souvent d’aller le visiter. Il est vrai qu’on en ignore en général l’existence, ou qu’il est confondu avec une autre excavation nom-
1 M. Pembrnn. Biujnéret-de-Bigorre rt set environs.
5 M Genuel, lors de sa descente dans ce puits, y trouva une grande quantilé de neige sur une rourlie de (tiare. Ce puits, dout la profondeur est de près de 1100 mèt., est rempli de bois et d’ossements provenant d'animaux qui y seront sans doute tombés.
BAGNÉRES-DE-BIGORRE.— P. UE LHVÊRIS. oO‘J
mée le Puits d'Arris, qu’on trouve au sommet de la montagne à quelques pas vers la nord.
Ce puits, objet si digne de curiosité, est silué à un quart d'heure de dislance du bassin de Lhyéris, dans l’intérieur du bois sur la droite, à côté d'une grande clairière couverte de pelouses; mais que le voyageur qui cherchera aie découvrir sans guide ne le fasse qu’avec réserve , car on se trouve placé sur ses bords au moment où l'on croit encore le chercher : qu’on se garde surtout d’en approcher de trop près; il y aurait du danger pour une tête qui se trouble à la vue des profondeurs, tant son aspect a quelque chose de repoussant et d’horrible ; et cependant ses bords sont semés de fleurs!.... Image frappante de la plus belle existence de l’homme, dont la vie s’écoule ainsi sur le penchant de l’abîme sans cesse ouvert sous ses pas..
Au sortir de la forêt, se présentent tout à coup les pâturages fertiles de la montagne de Lhyéris, formant comme un immense bassin qu’animent de nombreux troupeaux. Au milieu coule une source d’une eau limpide et pure dont la fraîcheur n’est altérée jamais par les feux du soleil. C’est là qu’avant de faire l'ascension de la penne ', dont l’œil a déjà mesuré la hauteur, on se livre à un repas champêtre composé de provisions dont on a eu soin de se munir.
Rien de plus vigoureux que la végétation de cette montagne.
Bientôt on gravit la penne de Lhyéris : or, voici ce que c’est que cette penne au sommet. Figurez-vous une masse énorme de marbre couronnant la montagne, et dans laquelle on voit une excavation latérale assez considérable du côté du midi pour contenir plus de deux cents hommes de front, sur deux, trois et quelquefois davantage de hauteur. Je donne à celte masse 27 ou 33 mètres d’épaisseur, et j’estime qu’elle peut avoir 600 mètres d’étendue de l’est à l’ouest. Ce bloc sans pareil domine tout ce qui l’environne.
Parvenu à l’excavation, on marche à l’ombre des rochers qui forment au-dessus uue demi-voûte saillante de plus de 200 mèt. On cherche un passage pour arriver au sommet. — Voyez- vous celte crevasse perpendiculaire, pleine par inter*
> l’enne, en langue celtique, signifie le sommet «l’un lieu élevé. Celle de Lhyéris a, selon SI. Ramond, 1,600 mèt. d'élévation.
il U PYRÉNÉES. — ROUTE ii.
valles de terre éboulée? C’est par là qu’il faut monter. Ou s'élance. Rien n’y dirige, n’y soutient l’escarpeur : on s’accroche au hasard des pieds, des mains, aux rochers, à de faibles arbrisseaux, au gazon même qu’on rencontre de temps en temps. Sorti de cette entaille, on est tout à coup au milieu des plantes que je cherchais. L’aconit lycotome , une foule de belles liliacées et tant d’autres, ravissent au point qu’on ne sait à laquelle donner la préférence.
Quelques pas de plus, on atteint le sommet. Dès lors on oublie la fatigue, les dangers et jusqu’aux plantes chéries. On oublie tout pour regarder autour de soi, pour contempler et admirer. Quel spectacle! le pic du Midi en fait le plus bel ornement.
On achève de traverser les bois de la montagne d’Arris , situés au bas d'une courte descente, et on arrive au puits d’.lm's. La descente s’opère facilement au moyen d’une corde. On arrive à une pente rapide qui cesse tout à coup pour présenter un puits très-profond. Il est dangereux de descendre par cette pente à cause des pierres que l’on risque de recevoir sur la tête; il vaut mieux prendre par le côté gauche. Les corbeaux qui vont y coucher donnent un concert tel qu’on n’en a jamais entendu de semblable. Leurs croassements forment une espèce de chant baroque, que les échos souterrains répètent confusément, et dont il résulte des dissonnances que Rameau n’aurait peut-être pas dédaignées, lui qui étudiait jusqu'à l’aboiement des chiens, dont il remarquait le ton faux.
Des pierres jetées dans cet abîme pour en sonder la profondeur, tombant de roche en roche, font juger, par le le temps et la diminution du bruit, qu’elles ont parcouru de longs espaces; mais on ne peut rien conjecturer sur la dimension perpendiculaire de ce gouffre, d’autant plus surprenant qu’il ne parait pas qu’il y ait jamais eu de volcan dans les Pyrénées. On ne conçoit pas non plus que ce puisse être l'ouvrage des eaux , à moins de remonter a un ordre de choses qui n’existe plus aujourd’hui. Il est possible, et même vraisemblable, que cette montagne ait été dominée par des hauteurs d’où quelque torrent considérable aboutissait dans le puits d’Arris, comme on le voit au lac d'Escoubous, à celui de Honchet, et partout où les eaux se creusent des conduits souterrains.
BAGNÉRES-DE-BIGORRE. — VAL. DE TRÉBONS. 51 1
À'. A l'Elysée Cottin.
On passe devant les anciens bains de la Reine, puis on prend un petit sentier; on entre dans un petit vallon embelli par une jolie fontaine; on continue de marcher, et on arrive à la montagne de Bédat. La cabane où allait reposer l’auteur de Mathilde n’existe plus; le hêtre, à l’ombre duquel elle aimait à se reposer, est tombé sous la hache du propriétaire, qui a transformé la cabane en bergerie. Là, loin du bruit, du tumulte, dans un silence absolu, l’âme aime à se livrer à de mélancoliques réflexions.
Il y a trois grottes dans la montagne de Bédat, mais peu curieuses à visiter.