‹ Guide du voyageur aux PyrénéesChapitre 67 sur 226 · DES EAUX-BONNES AUX EAUX-CHAUDES · texte numérisé non relu

DES EAUX-BONNES AUX EAUX-CHAUDES

n’a été conçu. Sur le liane d’un rocher perpendiculaire qui s’élève ii deux ou trois cents mètres au-dessus d’un épouvantable gouffre, on a tracé sur une longueur de 1 ,600 mètres une roule où trois voilures peuvent passer de front. A l’aspect de l’horrible chaos qu’il a fallu dompter, mutiler, façonner, les yeux sont épouvantés; mais le cœur est calme et rassuré, car partout des parapets protecteurs permettent de contempler en toute sécurité ces trophées saisissants de la victoire remportée par le génie et l’audace de l’homme sur la nature elle-même.

« Cet admirable travail, qui restera comme une des merveilles de l’art dans les Pyrénées, a été entrepris pour éviter aux voitures pesamment chargées la pénible ascension ou la descente toujours périlleuse d'une rampe qui gravit presqu’k pic la montagne, jusqu’à un point où une large tranchée, creusée à travers le roc vif, ouvre un passage à la route. C’est encore un gigantesque ouvrage, auquel se rattache le nom de l'inlendant-général d’Etignv, le même qui dota en

3 uniques années la province de Béarn d’un réseau complet e voies de communication. Au moment de s’engager dans l’effrayant délité, entre deux murs de roche perpendiculairement coupés par la mine dont ils portent la trace, le voyageur éprouve une impression d’horreur. Par un mouvement instinctif, il se retourne et contemple un instant le gracieux pavsage qu’il vient de parcourir, la splendide vallée d’Ossau et ses charmants villages ; contraste saisissant qui ne manque jamais de frapper les yeux les plus distraits. »

Le Hou rat *. (Eu béarnais, le trou, le précipice). — « Quelques instants avant d’atteindre la gueule béante qui se présente à vous, fermez les glaces de votre voilure, mettez un schall , boutonnez vos habits, malgré les 30 degrés de cllaleur qui peut-être pèsent sur vous; c’est une nécessité indispensable; car vous allez attendre quelques instants pour laisser souffler vos chevaux, et vous serez exposés au courant d’air le plus perfide, le plus meurtrier.

« Admirez ce travail hardi, prodigieux de l’homme. Arrêté par le rocher qui se dressait devant lui, comine pour lui fermer le passage, ne croyez pas qu’il ait reculé, qu'il ait

* M- Moreau, Itinéraire de Pau aux Eaux-TItinncs, t vo1. in-ts, à Pau, clu z E. Vignancour".

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cherché à tourner cet obstacle; non. Il s’est attaqué aux lianes du roc, il l’a coupé, fendu dans toute sa hauteur, ainsi que les paladins pourfendaient autrefois leurs ennemis d’un coup de leur bonne épée. Admirez, mais avec précaution; car je vous l’ai dit : dans cette étroite gorge , on éprouve subitement un froid vif et pénétrant, qu’entretiennent sans cesse, même dans une journée brûlante de l’été, la neige, les glaciers, et le vent qui, s’engouffrant dans le long et étroit couloir de Gabas, vient avec violence se précipiter dans la vallée d’Ossau.

« Vers la lin du passage, à votre gauche, dans une petite niche bien simple, une petite statue de la Vierge appelle vos prières. Heureux du jour, si vous n’avez plus rien à demander au Ciel, vous avez au moins à le remercier, et on remercie Dieu en le priant. Mais surtout, esprits forts, gardez-vous d’un sourire de pitié en voyant humblement agenouillé au pied de la Madone l’Espagnol à la stature de géant, taillé dans le fer et l’acier. Ce n’est pas toujours, comme vous, par une belle matinée, qu’il passe le Hourat : plus d’une fois, alors qu’il traversait cette gorge pour retourner dans son Espagne, au delà des monts couverts de neige, auprès de sa femme et de ses enfants, l’orage mugissait, la tempête hurlait; plein de foi dans le secours de la Vierge, il lui demandait d’apaiser la tourmente, de calmer l’ouragan, de détourner de sa route les torrents et les avalanches, et de le conduire sain et sauf jusqu'à sa cabane hospitalière. Tant de lois exaucé dans sa prière au moment du péril, croyez-vous que dans les heureux jours il oublie sa protectrice ? non , par le soleil , comme par la neige , humble de cœur il redit son invocation : Sainte Vierge, assistez-nous et délivrez-nous du mal. — Passant, priez aussi, ou pleurez sur vos croyances perdues! »

Des inscriptions latines, gravées sur le rocher, se voyaient autrefois en cet endroit. Quelques-unes étaient destinées à rappeler le souvenir du voyage que fit aux Eaux-Chaudes, en 1591, Catherine de Navarre, sœur de Henri IV.

Gaston XI, Marguerite de Valois, Jeanne d’Albret, Henri IV lui-même et la célèbre Marguerite de Navarre, ont souvent visité cet endroit, qui était alors un séjour de plaisir. — Toutes ces inscriptions ont disparu lorsqu’on lit sauter les rochers pour rendre la roule plus prati-

DES EAUX-BONNES AUX EAUX-CHAl'DES. S/15 cable. Nous citerons seulement deux de ces inscriptions.

Voici la première :

SISTF.j VIATOU.

Mirare quœ non vides, et vide quœ mireris : Sara sumus , et saxa Inquimur ; esse dédit nalura, loqui Calharina : Catharinam hæe ipsa quœ legis inluentem vidimus, Calharinam loque nlem audivimus , Catharinafh insedenlem sustinuimus , felicia sara, viator, quœ il/am sine acu/is, vidimus, feticem te qui eam oculis non videris ; nos viventia quœ anted eramus morlua, tu, viator, qui virebas, factus fuisses taxum.

Catharinœ Francorum Mavarreorum Principi , hic iler, facienli, Musœ cirgines virgini posuere, anno üom. U, I). XCI.

Voici la deuxième :

Ave, quisquis iler hde liabes.

Quod vides periera >, sed interitus vilain peperil : ne indigneris veluslali quœ Catharinœ prinripi mnnumcntum ; destrurit , nam temporis emendavit injuriam, cùm hoc marmnr restiluendum curavit Joannes Oassinnus , sacri consistari consil.... nrdin.... in supremo Nuvarrm senatu prœses et in Navarrid, Bear ht d, Unies , Tarbelles, Viterigs, Uegis dominia, justitiœ, potitiœ, et œrarii summo jure prœfeclus.

M. DC. XLYI.

Voici la traduction que M. Bordeu 1 a donnée de ces deux inscriptions : « Arrête-toi, passant, admire ce que tu ne vois pas, et regarde des choses que lu dois admirer; nous ne sommes que des rochers, et cependant nous parlons; la nature nous a donné l'être, et la princesse Catherine nous a fait parler ; nous l’avons vue lisant ce que lu lis, nous avons oui ce qu’elle disait, nous l’avons soutenue. Ne sommesnous pas heureux , passant , de l’avoir vue, quoique nous n’ayons point d’yeux? Heureux toi-même de ne l’avoir pas vue. Nous étions morts, et nous avons été animes: toi, voyageur, lu serais devenu pierre.

« Les Muses ont érigé ce monument à Catherine, prin cesse des Français Navarrais, qui passait ici, l’an 1591. »

* Bordeu est né à Ucsle, dans la vallée d’Ossau. I.a «roite connue sous ce nom est fort curieuse. On doit la visiter.

« Dieu te garde, passant! Ce que lu vois avait péri! mais la mort l'a fait renaître. Ne te plains pas de la vétusté qui a détruit le monument de la princesse Catherine; car l’injure du temps a été réparée quand ce marbre a été rétabli par les soins de messire Jean de Gassion, conseiller d'Etat, président au parlement de Navarre, et intendant-général des domaines du roi, de la justice, police et finances dans la Navarre, le Béarn, la Chalosse, le Bigorre et te Vic-Bil, l’an 1646. »

« A partir du Hourat, on suit une large voie taillée dans le roc sous l’administration de M. d’Eligny, à 200 pieds au-dessus du torrent que le voyageur entend gronder sans apercevoir son lit. Remplacée aujourd'hui par le nouveau Chemin de la rive droite, cette roule avait succédé à d’affreux sentiers à peine tracés au milieu des précipices. C’est au Pont Crabe ( Pont des Chèvres) que les deux chaussées aboutissent. De là jusqu’aux Euux-Chuudes , c’est-à-dire pendant 2 kilomètres, la route ne quitte plus la rive droite du gave. » ( Manuel indicateur , déjà cité.)

EAUX-CHAlttES.

Hotels : de France, des Pyrénées, Baudot, Bussy.

Maisons meublées : Elles sont nombreuses et à des prix modérés.

On peut prendre pension à Y Hôtel de France. Cet hôtel, nouvellement construit en marbre blanc de Gabas, est tenu par M. Filles; le service y est admirable, et le comfortable n’y laisse rien 5 désirer : l'intérieur est décoré avec un goût parfait (5 fr. par jour). On y trouve à louer des livres et des journaux.

L'Hôtel de France renferme de plus un ca/é fort bien tenu.

Le village des Eaux-Chaudes , composé d’environ une vingtaine de maisons, est situé à 1,039 mètres 485 millimètres au-dessus du niveau de la mer, dans la gorge qui continue la vallée d’Ossau jusqu'au pic du Midi, et verse en Espagne par le port du Salienl.

En arrivant aux Eaux-Chaudes, le premier objet qu’on aperçoit est la chapelle, qui semble placée là pour rappeler aux malades qu’avant de recourir à la vertu des eaux , ils doivent implorer un secours plus puissant. Celle petite chapelle, d’un style simple et sans ornements, est couve-

LES EAÜX-CHAUDES. 217

nai)Ie; mais, comme à Bonnes, elle est trop petite. Elle est desservie par le curé de Laruns, ou par les ecclésiastiques de a province, qui viennent en assez grand nombre passer ici leurs vacances. 1

L'établissement thermal vient ensuite. Le nouvel édifice construit de 1 848 à 1850, s’élève magnifiquement à droite' sur une emmence, au bord du gave de Gabas; il est tout en marbre des Pyrénées. La façade principale est au midi. Ine galerie couverte règne à l’intérieur. La cour principale est ornée d un bassin avec jet d’eau. Les bains et les douches sont admirablement disposés.

Nomenclature des sources.— Analyse et propriétés.

Malgré leur titre d’Eaux- Chaudes, on trouve dans les Pyrenees des sources dont la température est beaucoup plus élevee, car celle appelée le Clnt, ne va pas à 37“ cenligr Voici leurs noms et l’indication de leurs propriétés, d’après la savante notice de M. le docteur Laffore, inspecteur de I etablissement.

désignation-

dés SOURCES.

TEMPERATURE

CKNTICRADK.

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