DE TARBES À LOURDES.— LOURDES
ces vallées a son torrent, dont la force est proportionnée à l'étendue du pays, cl surtout î» la hauteur des montagnes oii se trouve sa source. Ces torrents occupent le fond de la vallée; mais on ne saurait juger de ce qu’ils furent par ce qu’ils sont aujourd’hui. Tout porte à croire qu’ils diminuent, parce que les montagnes, les neiges et les brouillards, qui s’arrèlent à leur cime et sont la première source des rivières, diminuent aussi chaque jour.
Dans le langage du pays, on appelle ces bassins : riberis, rieuris, rivières, rivus crut (c’était un ruisseau). Partout on les voit s’élargir en descendant vers la plaine, else resserrer au contraire, devenirgorge ou ravin en remontant à leur origine.
Val Surguère et Castelloubon. — Ces deux petites vallées s’offrent les premières des deux côtés de la grande route du Lavedan. Val Surguère, bornée dans son territoire, mais rocailleuse et riante, renferme cinq beaux villages. Les habitants, assez industrieux et sobres, donnent un soin particulier à la culture du lin, exploitent avec avantage les forêts supérieures, les carrières d’ardoise et de marbre. Celui qu’on connaît sous le nom de marbre d’Aspin est noir avec des veines spalhiques et fort recherché.
Vallée de V Extrême de Sales. — La petite peuplade de l’Extrême de Sales occupe l’extrême nord de la partie basse du Lavedan à l’égard des autres vallées. Elle a pour bornes et pour abri les montagnes de Val Surguère, du Béarn et d’.lzun ; elles la défendent des vents et de la plupart des accidents qui servent d’escorte aux longs hivers; aussi jouit-elle des douceurs d’une température agréable. Dans ces contrées, en général, on 11e connaît que deux saisons. On passe assez subitement des chaleurs de l^lé, quelquefois brûlant, aux froids de l’hiver.
L’Extrême de Sales conserve de sa position les avantages d’un printemps précoce; et lorsque l’automne répand ailleurs les couleurs de la destruction, les troupeaux viennent dans ce coin de la montagne, assez bien abrité, pour animer ses prairies, jusqu’au moment oit ht nature sera voilée par les frimas. Les neiges n’y séjournent pas non plus comme dans les hautes vallées. Des forêts de noyers, bannis des régions élevées, l’ombragent et contribuent doublement à soulager l'habitant dans ses besoins; ils sont même d’un produit assez considérable depuis qu’en certains cantons on préfère l’huile PYRÉNÉES. 4 ()
de noix par expression à l'huile d’olive ei souvent au beurre. Comme bois ensuite, le noyer, un des meilleurs pour les meubles, est encore une ressource pour ce pays d’une sage économie.
Il existe un dangereux ennemi de cette vallée dans le ûirgoms. Les subites inondations de ce torrent, grossi par la Ionie des neiges ou par les pluies, menacent aussi de leurs ravages le vallon trop resserré. Alors les arbres brisés, et que la fureur des eaux entraîne, vont dispersant les moissons surprises et les habitations que la prévoyance n’a pas entourées de précautions. Des masses de rochers dont le déplacement parait impossible, roulent avec le fracas du tonnerre pour se précipiter dans le gave, auprès d’Argelès. Ces cataractes de ruine et d’effroi se renouvellent à plusieurs reprises au mois de mai, sans pourtant troubler la sécurité des montagnards. Le torrent est à peine rentré dans son lit, que ces hommes sans rancune travaillent de nouveau à l'embellissement de ses bords, en les couvrant de coudriers, d’aunes, de frênes et d’arbres fruitiers.
La vallée de Cnstelloubon est privée de toute perspective, sous l'affaissement de ses montagnes couvertes de sapins et la plupart ardoisées. L’atterrissement de trois rivières, l’Echez le Louez et le Nez, y rendent les courses fatigantes et de peu d’intérêt. Cette vallée n’en possède pas moins, dans un petit espace, seize \illages, dont celui de June-Calas est le plus considérable. Presque toutes les habitations sont isolées et dans des positions presque inabordables. Les familles cherchent à se suffire à elles-mêmes, en profitant du voisinage des marchés de Lourdes, où leur industrie, quoique trèsbornée, n’est pas sans avoir qiTelque objet d’échange à fournir. Cette industrie est surtout remarquable dans la conduite et la distribution des eaux qui servent à l’arrosement de leurs prés; ces eaux sont reçues dans des tuyaux et des augets de bois, tpie de minces étais soutiennent à peine.
Castelloubnn possède, au village de Gazon, dans une position inabordable, des sources minérales froides, qui probablement sont pour quelque chose dans le nom de ce village. L’appareil modeste de ces fontaines, privées de bâtiments commodes, ajoute aux désavantages d’un accès difficile. Elles sont aussi sans prôneurs cl trop rapprochés de Cauterets et de Baréges.