SEPTIÈME SECTION. — ROYAUME DE NAPLES
APEnçU GÈ3ÉRA1..
Le royaume de Naples occupe la moitié méridionale 3e la péninsule italienne, et forme, avec la Sicile, le royaume des Deux-Siciles. Il est borné au N. et ftu N. O. par les Etats de l’Eglise, à l’O. et au S. O. par la mer Tyrrhénienne, au S. par la mer Ionienne, à l’E. par l’Adriatique.
iMontagneii. La chaîne des Apennins forme au N. le plateau des AbruXses. — Les sommets des montagnes sont généralement couverts de neige, et leurs flancs revêtus d’immenses forêts de chênes et de sapins. Les plus hautes montagnes sont : le monte Corno (au N. E. d'Aqui la) , dont le sommet, le Grand Sasso d’Italia, le point culminant des Apennins, a 8934 pieds, et le monte Velino, 7684 pieds. Cette dernière montagne s’élève au N. du lac Fucino , le plus grand lac du royaume napolitain. Au plateau des Abruzz.es succède celui du Samninm. Là, la chaîne ap'ennine se divise en deux rameaux : l’un abrupt de 400 à 500 mèt., couvert de pâturages et de bois, traverse la Calabre et va d’un côté finir, au S., au cap Sparlivento ; et, de l’autre, interrompu un instant par le détroit de Messine, il se prolonge dans la Sicile; l'autre rameau, de moins de 350 mèt. , est revêtu de beaux pâturages, traverse la Pouille et se termine au cap Leuca.
He». Les Iles sont : à l’O. , les îlés volcaniques de Palmarola. Ponza, Ischia, Procida, Capri; les Iles de Lipari; et à l’E. le petit groupe des lies Tremiti.
»lvl*lonM admlnlMtraUveM. Le royaume de Naples est divisé en 15 provinces : 1” Province de Naples; 2° terre de Labour (di Lavoro), chef-lieu, Caserte (Gaëte, place fbrte et port de commerce); 3° Principauté citérieure (Principato citrà), chef-lieu, Salerne; 4“ Principauté ultérieure, chef-lieu, Avellino; 5° Mo lise ou Sannio, chef-lieu, Campo Basse; 6° Abrusxe ultérieure IP, chef-lieu, Aquila, place forte; 7" Abruzxe ultérieure P‘, cheflieu, Teramo; 8” Abrusse citérieure, chef-lieu, Chieti; 9° Capitanale, cheflieu, Foggia (Manfredonia, petit port fortifié); 10* Terre de Bari, chef-lieu. Bari, port fortifié; 11° Terre d’Otrante, chef-lieu, Lecce (Otrante cl Brindes. ports fortifiés ;Tarente, place forte, petit port sur une très-belle rade); 12° Ba-
ITALIE
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silicate, chef-Iran, Potenza ; 13“ Caktbre extérieure, chef-lieu, Cotenza;. 14° Calabre ultérieure I" , chef-lieu, Catanzaro; 15° Calabre ultérieure 17' , cheflieu, Reggio. — Ces divisions correspondent de la manière suivante awx srs provinces antiques : Ue Sàmnium (Ahrüzzes, Sannio, Principauté ultérieure et partie occidentale de 1a terre de Labour); la Campanie (terre de Labour et province de Naples);. Apulie ou Poüille du moyen âge (Capitanate et terre de Bari) ; la Messapie (terre d’Otrante) ; la Lecame (Basilicate et Principauté càr térieure); le Brutium (Calabres). ■ - ■ ••• .
Population. En 1856, elle était de 6 886 030 pour, la partie continentale,, et de 2 231 020 pour la Sicile.
Gouvernement. Le gouvernement du royaume des Deux-Siciles est une monarchie absolue et héréditaire. 11 y a un conseil d’État, nommé par le roi , et dont les fonctions sont consultatives.
Armée. Le développement de la force militaire est pour le royaume de Naples, comme pour la majeure partie des Etats de l’Europe, une charge disproportionnée pour le budget. L’almanach de Gotha (1851) porte le total général de l’armée, en 1855, au chiffre de 143586 hommes. L’armée se recrute par la conscription. Il n’y a pas d’exemption, mais on peut obtenir un rem- ' plaçant au prix de 240 ducats. la durée du service est de cinq ans pour la ligne et de 8 pour la cavalerie et l’artillerie. ' '
marine. La flotte se compose Ile : (flotte à voiles) 2 vaisseaux do ligne de 80 canons , de 5 frégates,, 2 tsorvettes, 5 bricks, 2 goélettes ; (flotte à vapeur ;)r 2 frégates de la force de 450 chevaux, 12 frégates de 300 chevaux, 4 corvettes de 240, 4 bâtiments de 200. Le noqabre.total des marins est de 5000 environ. , ;
Histoire. Les races primitives de cette partie de l’Italie appartiennent à la souche pélasgique. De nombreuses colonies grecques vinrent, entre 700 et450 avant J..C., s’établir à l’extrémité de la péninsule, et firent donner aux quatreprovinces du Brutium, de la Mossapia.de la Lucanie et de l’ Apulie-, le nom général de Ghande-Grèce. C’est là que fleurirent les États de Tarente, de Grotone, de Sybaris, de Bliegium, etc., qui comptèrent parmi leurs législateurs le célèbre Pythagore. Ces provinces furent conquises au ur siècle parles Romains. En 554, Justinien soumit à son pouvoir l'Itaüe méridionale et la Sicile, et les empereurs grecs, ses successeurs, en restèrent maîtres en partie jusqu’à, l’invasion des Sarrasins au ix°. siècle. Ceux-ci, au xi* siècle, sont chassés par des. aventuriers normands. William Bras-de-Fer, fils de Tancrède de Hauteville (près de Coutances), devient comte de la Fouille (1043). Robert Guiscard, autre fils.de Tanérède de Hauleville, est nommé, vingt ans après, duc de la Pouille et de Sicile. Enfin, au commencement du xn* siècle, un descendant da la môme famille , consolidant la dynastie normande en Italie, prend le titre de roi de Naples et de Sicile. Guillaume II, un de ses descendants, étant mort sans enfant mâle, ses États échurent par succession, en 1194, à.Henri VI, empereur d’Allemagne. En 1265, le pape Clément IV profita de la minorité de Copradiu pour donner ses États à Charles d’Aujou, frère de saint Louis. Conradin, âgé de seize ans, descendit en Italie à la tête d’une armée pour revendiquer son patrimoine ; il perdit la bataille de Tagliacozzo. Charlqs d’Anjou, s’étant emparé de lui , lui fit trancher la tête. Le Sicilien Jean de Procida cherche à délivrer sa patrie de la dure tyrannie des Français d’Anjou et de Provence,, et engage Pierre III, roi d’Aragon,. allié de la maison de Conrad,
RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX. 9
à passer en Sicile. Les Français sont massacrés S. Palerme (1?H2). Dés Tors s'établit la séparation- <fu royaume1 de Naples et de la Sicile , qui fut réunie 3 l'Aragon- '
Vans la fini du xv* siècle, le roi de France Charles VIII, héritier dés droits des- duos d’Anjou, entra à Naples aux acclamations du peuple , et, après une courte possession passée-err fêtes et en’ tournois , ftit obligé de regagner la France. Louis XII hérita de ses droits sur L’Italie ; il céda en 1 505 ses droits à l’Espagne sur le royaume de Naples, comme dot de Germaine de Foix, sa nièce.— Le mariage de Jeanne la- Folle, fille de Ferdinand le Catholique, avec Philippe la Beau, fils de l’empereur Maximilien , fit passer dans la maison d’/tutrichede royaume des Deux-Siciles, que réunit Charles-Quint et que l’Espagne conserva pendant deux siècles. La coUr d’Espagne le fit gouverner par des vicerois, et en tira des sommes considérables. Les deux tiers des revenus ordinaires sortaient 'annuellement du royaume en monnaies d'or pour acquitter les dettes de l’Espagne. Les exactions et les impôts dont le’ pays était écrasé ame*nèrent des révoltes. Celle de 1647 eut pour chef le célèbre Masaniello. — A lit •fin du siècle dernier, le roi Ferdinand (fils dm roi d’Espagno et marié à Marfe- Carolin)e-(F Autriche, sœur de Marie-Antoinette) prend partit la coalition contre la France; une armée française envahit le territoire napolitain, qui devient la république Parthénopéènne. En 1806, Joseph-Napoléon devient roi de Naples; Murat le devient en 1808. En 1814, Ferdinand! est remis en possession dh trône. Le roi régnant est François (MarierLéopold) , fils de Ferdinand II.
MtMtoire «le l'art. Antiquités. Le royaume de Naplei possède des restés étrusques dans quelques villes de la Campanie, et quelques-uns des restes’ lès plus remarquables- d’architecture pétasgtque ; puis des monuments; de style grec, à l’extrémité. S. de la péninsule (Grande-Grèce). Enfin, il possède une des plus merveilleuses curiosités du monde : une ville tout entière, Pomper, ensevelie pendant des siècles et exhumée au siècle dernier.
n»ye« d»e et architecture moderne. Du Ve au xu* siècle, les édifices sacrés conservent les formes gréco-latines. — Quoiqu’on ne puisse admettre que les Normands aient eu une architecture particulière, cependant, après leur conquête dé la Sicile, ils adoptèrent le style roman, et il faut leur attribuer les modifications apportées dans ce sens au style byzantin. L’architecture fantastique des Arabes passa de Sicile sur le continent italien, sans réussir 9 .s’établir sur cette terre, qui appartenait depuis si longtemps au génie grec. L’époque de la maison d’Anjou fut la plus brillante pour VilrdUtecture ogivale, exclusivement patronnée par les princes de cette dynastie. Du reste, leséglises élevées par eux ont généralement subi des altérations profondes. Une remarqué importante à faire, C’est que le royaume de Naples doit, en architecture, en sculpture et en peinture, la plupart de ses meilleurs ouvrages à des artistes étrangers.
On ne peut dire avec certitude si Xicolas et Jean de Pise ont réellement travaillé à Naples, et si les sculptures du xiii* et du xrv» siècle que l’on y rencontre sont dues à leur ciseau. Mais leur influence est visible dans les deux architectes et sculpteurs ilasuccio I (1228-1305) et ilasucoio II ( f 1388) : au premier appartiennent Castel Nuovo, S* Maria Nuova, S. Agostino alla Zecca ; au second, S* Chiara, Torre Campanaria, S. LOrenzo, S. Domenico Maggiore. Leurs successeurs n’eurent du reste aucune influence sur les progrès de l’art.
Peinture. L’école napolitaine de peinture n’a eu qu?un éclat d’emprunt.
Les peintres qui l’ont illustrée, Giotto, le Dominiquin, Annibal Carrache, Guido Reni, Lanfranc, l’Espagnolet , Michel-Ange de Caravage, étaient des étrangers, et ils ont été souvent, dans le même temps, en opposition directe, tant sous le rapport du sentiment que sous celui de la théorie de l’art, tels que Michel-Ange de Caravage et Annibal Carrache. — Andrea Sabbatini (1480-1545) est considéré comme le fondateur de l’école moderne de Naples. — Ce qui donna une grande impulsion, ce fut la présence des grands peintres, Guido Reni, Annibal Carrache, Dominiquin, Ribera, Lanfranc. C’est l’époque la plus brillante de l’histoire de la peinture à Naples, et en même temps la période la plus odieuse, si l’on considère les méprisables intrigues et les rivalités haineuses des artistes.
Michel-Ange de Caravage vint à Naples vers 1606, fuyant de Rome pour se soustraire à des poursuites pour homicide. C’était un homme brutal et colérique, qui sembla communiquer aux artistes napolitains la violence de ses mœurs. Ils formèrent ainsi une troupe de véritables bandits, dont Corenzio, Ribera et Caracciolo furent les chefs. — Bellisario de Corensio (1588-1643), Grec de naissance, étudia cinq ans sous Tintoret; Caracciolo (1580-1641), Napolitain, suivit d’abord lestracesde Michel-Ange de Caravage, puis il se forma un style analogue à celui d’Annibal Carrache. — Ribera (1593-1656), né en Espagne, d’où lui vint son nom de 1 ’Espagnolet, étudia sous Michel-Ange de Caravage et s’établit à Naples. Ce fut un des plus grands peintres du xvn* siècle. Nommé peintre de la cour, il exerça une suprématie jalouse sur les autres, peintres. Ces trois peintres-, pendant plusieurs années, dirigèrent des persécutions continuelles contre les artistes étrangers appelés à Naples. Corenzio, astucieux, ne reculant devant aucun Crime, fut le membre le plus actif de cette association, et l’exécuteur des machinations de Ribera. — Annibal Carrache, la plus grande illustration artistique de l’époque, avait été appelé pour peindre les fresques des églises de Spirito-Santo et de Gesù-Nuovo. La cabale le força à retourner à Rome pendant l’ardeur de la canicule; et il y mourut peu de temps après. — Le chevalier d’Arpûio, chargé de peindre la chapelle royale de Saint-Janvier, ne put pas terminer ses travaux et fut obligé de fuir pour échapper aux violences. — Guido Reni fut chargé de remplacer d’Arpino. Mais deux inconnus accablèrent de coups son valet et lui firent dire de se préparer à mourir s’il ne repartait pas sur-le-champ. Il ne se le fit pas dire deux fois, — Gessi, son élève, ne s’effraya point de ces menaces; il demanda et obtint la 0 commission, et partit avec deux artistes qui devaient l’aider. Ceux-ci, sur l'invitation de nouvelles connaissances , allèrent visiter une galère qui venait de jeter l’ancre. La galère mit à la voile, et jamais on n’entendit parler d’eux. Gessi se retira à son tour. Les adminislrateurs de la fabrique , obligés de céder à la cabale, donnèrent enfin l’entreprise * au formidable triumvirat. » Mais bientôt ils firent effacer les fresques trop médiocres de Corenzio et de Carac- -ciolo, et appelèrent le Dominiquin en lui offrant un très-beau prix . pour son travail. — Le Dominiquin accepta avec répugnance, et se rendit à Naples avec la résignation d'un martyr. Poussé à bout par des persécutions de toute nature, il s’enfuit secrètement à Rome. Mais sa femme avait été retenue en otage par les administrateurs de Saint-Janvier. Il dut revenir à Naples. Il travailla pendant trois ans à la coupole , n’ayant plus de confiance en personne, pas même en sa femme. Lui-même il apprêtait sa nourriture, de peur d’être empoisonné. Qn avait corrompu ses ouvriers, ses domestiques, et jusqu’à sotrneveu, qui de-