‹ Guide du voyageur en EuropeChapitre 712 sur 816 · Gouvernement» — liaison Impériale. — Le gouvernement "de · texte numérisé non relu

Gouvernement» — liaison Impériale. — Le gouvernement "de

la Turquie est une monarchie absolue. Dépositaire de la loi, le sultan ou Padischâh la fait exécuter et la modifie par l’intermédiaire du Véxir et par celui du Mufti ou Scheik-ul- Islam, chef du corps des Ulémas. Les conditions que l’autorité suprême s’est faites à elle- même se trouvent résumées dans le hatti Chérif de Gulhané, espèce de charte promulguée le 3 novembre 1839. . . ,

Les ministres d’Ëtat, décorés du titre de Muchir, ont des attributions à peu près analogues à celles des ministres dans les autres États de l’Europe ; ils composent avec le Sclieik-ul-Islam, et sous la présidence du Vézir, le conseil privé qui délibère sur toutes les questions d’intérêt général et de poUtique extérieure. Dir conseils supérieurs complètent cette organisation. Le sultan reooit une liste civile , fixée , pour l’année , à 75 millions de piastres (17 250 000 fr.).

Les principaux officiers du palais sont : le Kizlar-aga (chef des eunuques noirs) grand maréchal du palais, deux imans / cinq chambellans, cinq secrétaires, et huit oides de camp; deux trésoriers, le chef des eunuques blancs , le chef des pages ( itchoglans ) , etc.

5. Division* administratives. — Le territoire de l’empire ottoman est divisé en gouvernements généraux ( Êyalets ) dont l’administrateur prend le titre de vali (vice-roi) , ou mutessarif (gouverneur général). Chaque éyalet se divise en liras (provinces) administrées par un Kaïmakam, et celles-ci en Kazas (districts) gouvernés par un inudir, et les Kazas en Nahiyès (corn-

mimés) administrées par un KhndjarBachi. Les provinces de la Turquie d’Europe. dites tributaires, ont une organisation particulière. La Servie jouit depuis 1815 d'une indépendance presque complète avec un prince héréditaire et une diète. Le Monténégro est dans une condition semblable. Les principautés Roumanes ou. Moldo-Valachie, constituées en 1858 sous le nom de Prorinees-Unies , sont maintenues sous la suzeraineté du sultan. Le pouvoir exéçutif est exercé par un hospodar élu à vie, le pouvoir législatif par deux assemblées siégeant à Bucharest et à Jassy , et par un comité central siégeant à Foksbani. • • '

6. Religion. — Le sultan ou Padischah a été jusqu’ici considéré comme chef des pouvoirs temporel et spirituel. Les imans, nom générique des fonctionnaires qui s’occupent de l’instruction religieuse ou des pratiques matérielles du culte, se divisent en cinq classes : le6 Scheiks (docteurs), les Khatibs (prieurs) , les t'mans chargés du service des mosquées , des mariages et enterrements, les muezzins chargés d’annoncer cinq foi* par jour la prière, les Kaims chargés des soins subalternes. A cette sorte de clergé se joignent les derviches, qui sont à la religion musulmane ce que les ordres monastiques sont au catholicisme.

Outre La religion musulmane, religion d'État, quatre communions importantes se partagent les populations de l’empire ; oe sont : la religion grecque , l’arménienne catholique , /l’arménienne schismatique, enfin le culte hébraïque.

7. JiuMlce. — L’organisation judiciaire comprend : 1° une haute cour (Arz-Odassi) divisée en deux présidences, l'une en Europe, l’autre en Asie. 2“ Vingt-deux mevleviets (offices de mollahs). 3° Cent-seize Kazâs, tribunaux ordinaires. 4" Enfin de tribunaux inférieurs. Tous ces tribunaux sont désignés sous le nom commun de Mekhemi. — Les deux villes saintes (la Mecque et Médine) ainsi que Constantinople sont administrées par des juges spéciaux.

La justice correctionnelle et criminelle est attribuée au tribunal civil de chaque province. Des tribunaux mixtes complètent cette organisation; ils jugent les procès survenus -entre les sujets ottomans des religions grecque ou juive et les musulmans, ou entre tes ottomans et les étrangers.

Toutes les charges de magistrature sont révocables et annuelles. Les fonctions judiciaires ne sont ppint rétribuées par l’Etat. Les émoluments se composent d’un quarantième prélevé sur la valeur des biens en litige.

8. vinanem. — Les revenus ordinaires de la Turquie varient entre 150 et 170 millions de francs: la perception en a été confiée à des fermiers qui reçoivent un mandat viager. Ces revenus s’alimentent par les impôts suivants : 1° la Aime que l’Etat prélève sur les productions de la terre et sur l’élève des animaux : 2” ie <c crgu , ou impôt foncier, qui consiste en une taxe sur la fortune mobilière, immobilière on commerciale de tons les particuliers ; 3* la capitation (haradj), à laquelle sont soumis (ous les adultes mâles non musulmans; 4° les douanes, qni prélèvent un droit sur tontes les marchandises importées et exportées; 5” les impôts indirects^” les tributs de l’Egypte, de la Valachie, de la Moldavie et de la Servie. Dans ce total de 168 millions, les divers services de l’arrrrée figurent pour 75 millions ; ceux de la marine pour 8, les travaux publics pour -2 300 000 , le service de la dette pour 2 millions, le traitement dés employés civils pour la somme énorme de 44 millions.

RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX

' L’administration des finances est Confiée dans chaque éyalot à un defterdar correspondant à nos receveurs généraux; dans chaque liva à un mal-mudiri, receveur particulier, lequel a aussi dans ses attributions la surveillance et la centralisation des recettes spéciales, douanes,, postes, passe-ports,’ salines, etc.

, 9. Arnic-e. — warinr. — L’armée ottomane se compose de 74 régiment», dont 36 de cavalerie , 10 d’artillerie, 2 d\i génie et 8 de corps détachés; sa force s'élève à 170 000 hommes; elle se recrute par voie d’engagement volontaire et de tirage au sort entre les musulmans seuls. Elle est divisée en six corps d’armée (ordou)j dont un formé par la garde impériale, et qui ont leurs quartiers généraux dans les principales villes de l’empire. Chacun de ces corps est commandé par un muchir (maréchal) , qui a sous ses ordres deux ou trois fériks (généraux de division) et un nombre proportionnel de ffras (généraux de brigade). En cas de nécessité, l’armée se grossit d’un nombre indéfini de volontaires irréguliers, désignés sous le nom de bachibozovks. •

La solde, à laquelle s’ajoute le ta in (ration), atteint pour les officiers généraux des chiffres énormes, et reste pour les officiers inférieurs au-dessous de leurs besoins. . • ' \ V

Le costume du Nizam consiste en un pantalon étriqué, une veste ou une tunique avec le fez pour coiffure ; l’ensetnble de ce costume manque de grâce et est antipathique au climat et aux habitudes orientales.

.Vanne. — La flotte ottomane compte trois vaissfeaux de 130 à 120 canons, quatre de 90 à 74 six frégates , de 61 à 40 ; dix corvettes , de 26 à 22 : quatorze bricks, de 20 à 12; six frégates à vapeur et vingt-huit bâtiments inférieurs. Cejte flotte est commandée par un grand amiral (capitan-pacha) , cinq amiraux, trois vice-amiraux, huit contre-amiraux. Elle possède 4000 bouches à feu et est montée par 15000 hommes d’équipage. ' v

10. Agriculture. — Malgré les conditions exceptionnelles de fertilité dans lesquelles se trouve la Turquie,, l’agriculture y est à peu près nulle. Le défaut de connaissances pratiques, le manque de bras et de capitaux, l’absence de voies de communication , sont cause de ce délaissement. Les productions spontanées du sol sont à peine utilisées, et les forêts sont livrées à la première demande, à charge de payer 3 pour 0/0 du montant de la vente.

11. industrie. — La Turquie possédait encore pendant les premières

années de ce siècle des centres industriels et manufacturiers fort importants , qui produisent à peine aujourd’hui le dixième de ce qu’ils fabriquaient. Les forges de Samakov et de Fognitza, les manufactures d’armes de Mostar et de Travnik, la manufacture de toiles peintes de San-Stefano, les fabriques impériales de draps et de soieries à Ismid (Nicomédie), enfin une papeterie à Smyrne sont les seuls établissements qui aient conservé quelque activité. Des dépenses considérables ont été faites pour créer et entretenir des établissements industriels; malgré les conditions exceptionnelles dans lesquelles ils se trouvaient, ils n’ont pu lutter contre les produits de l’industrie européenne. '

12. Cvnunmr. — Taies de communication. — Postes, — - La valeur des échanges entre la Turquie et les provinces tributaires, Egypte, Valachie, Moldavie , Servie, est, en chiffres ronds, de 36 millions en importation et de 28 en exportation. Le commerce extérieur est de 236 millions en

importation et de 217 en exportation. L’importation française atteint à peu près 25 millions, l’importation anglaise s’élève à près de CO millions. Le commerce extérieur se fait au moyen de navires à vapeur, de navires à voiles et de caravanes. Les navires à vapeur appartiennent à plusieurs compagnies. Le nombre des navires à voiles qui chaque année fréquentent les mers du Levant est très-considérable. Les caravanes sont les seuls moyens de transport dont dispose le commerce intérieur. Des routes ordinaires, praticables seulement pour les chevaux et munies de relais de poste, sont les seules voies de communication dont jouisse la Turquie.' Ces roules sont parcourues à époques fixes par des Tartares, courriers à cheval chargés du service postal. Ce service est organisé sur quinze lignes, dont huit en Europe et sept en Asie: Sur les côtes le service postal est fait par diverses compagnies de navigation à vapeur étrangères.

13. instruction publique. — 1° Établissements musulmans. L'instruction primaire est gratuite et obligatoire. L’instituteur reçoit un traitement fixe fourni par des donations spéciales. L’instruction secondaire, à laquelle participent huit à neuf cents élèves, est donnée dans six établissements désignés sous le nom de Mektébi-Ruchdié (écoles de l’adolescence). Plusieurs écoles spéciales ont été formées, et elles ont adopté les méthodes françaises ; ce sont : l’École d’administration, l’École militaire, l’École d’artillerie et du génie, l’École de marine, l’École d’agriculture et l'École de médecine. Cette dernière admet seule des élèves de toute religion, et les professeurs sont tous européens.

Parmi les sujets non musulmans , l’instruction publique est confiée au clergé de chaque communion. Les écoles grecques et arméniennes sont assez avancées; les écoles slaves, bulgares, albanaises et israélites, ne donnent que l'instruction primaire.

Les Européens ont fondé dans l’empire ottoman plusieurs établissements dirigés par des lazaristes, des sœurs de charité, des frères de ^doctrine chrétienne; ils occupent par leur organisation et l’instruction qu’ils répandent le premier rang en Turquie.

Constantinople renferme 40 bibliothèques . contenant ensemble environ 120000 volumes relatifs à la religion, à la jurisprudence , à la philosophie, à lâ science et à la poésie. Il s’y publie 13 journaux, dont 4 écrits en français.

14. Poids et mesures, monnaies. calendrier. division du temps. — Poids. Les poids vulgairement employés n’ont pas entre eux des rapports précis, mathématiques. Ce sont : l°le dirhem, qui équivaut à 3 gr. 22 centig. ; 1 ’olika, valant 400 dirhems et 1 k. 282 à 1 k. 285 gr. D’autres mesures, telles que le Tchéki, ont, suivant la nature des objets dont elles représentent le poids, des valeurs toutes différentes. Appliqué au bois et à 1a pierre, le tchéki vaut 186 okkas, et à l’opium 25Q dirhems seulement. Le poids de la soie s’exprime en téfehs (210 dirhems); celui de l'huile de rose en meskal (1/2 dirhem).

Mesures itinéraires. La lieue ottomane est une mesure arbitraire représentant à peu près la distance qu’un cheval de charge parcourt en une heure au pas ordinaire.

Mesures de longueur. La mesure généralement adoptée est le pic ou archine , dont la longueur varie entre 66 et 70 centimètres.

Mesure agraire. Elle prend le nom de denun ; elle est représenté^ par un carré dont le côté est de quarante pas, ou de quarante pics ou archines.

RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX. 981

Mesures de Capacité pour les matières sèches. Les grains sont ordinairement évalués en kilès. Le rapport de cette mesure avec l’okka varie entre 10 et 18 okkas, suivant, les localités ou la matière dont elle exprime le poids. L’évaluation adoptée par les étrangers dans leurs transactions commerciales est de 29 okkas.

Mesure de capacité pour les liquides. Elle prend le nomd’okka et représente en poids 400 dirhems, d’où il suit que sa capacité varie selon le poids spécifique du liquide mesuré. ' ;

Monnaies. L’unité de monnaie est la piastre ( ghourouch ) , qui a actuellement une valeur nominale de 22 centimes; -mais les fluctuations du change la font tomBer à 19 et même à 16 cent. La piastre se divise en 40 paras. La pièce de 10 paras correspond à un sou français. Les monnaies d’argent multiples de la piastre sont le béchlik, qui vaut 5 piastres, et l’écii turc ( medjidié ou talari), de 20 piastres, qui, devenu très-rare à Constantinople, se prend dans les provinces pour 22 et 24 piastres, selon le change. Les monnaies d’or compren-. nent la livre turque (iuxlik), pièce de 100 piastres' (valeur intrinsèque, 23 fr. 55c.),etlà demi-livre (ellilik), de 50 piastres (valeur intrinsèque, 11 fr. 63c.). Ces pièces, bien frappées et assez semblables aux guinées anglaises, se prennent dans le commerce pour 108 et 64 piastres environ, selon le change'. Toutes les monnaies européennes d’or et d’argent sont dans la circulation; leur valeur suit les variations du change. Le napoléon d'or vaut 93 et 96 piastres; la pièce de 5 fr. , 24 piastres; le franc, 4 piastres et 24 paras. La colonnade d’Espagne, lezwanzig autrichien, sont en grande faveur. Constantinople a été inondé, dans ces dernières années, ôecreuxers autrichiens, que le manque de monnaie de cuivre a fait accepter pour 10 paras, bien que leur valeur soit bien inférieure. Le gouvernement turc a pallié les crises financières qu'il a subies en émettant du papier-monnaie ( kaimé ), qui, dès son émission, a été plus' déprécié que la piastre. Le kaïmé est à peu près la seule monnaie courante à Constantinople. Les billets les plus usités sont encore de 10, de 20 piastres. Il faut apprendre à reconnaître le chiffre turc qui indique leur valeur. Le voyageur a besoin de savoir que le kaïmé n’a pas cours dans les provinces; aussi devra -t-il s’en défaire avant de quitter Constantinople. Il devra également être toujours pourvu depetites monnaies, surtout dans lés provinces, soit pour seà menues emplettes , soit pour satisfaire aux demandes de baghchich (gratification, pourboire) qui lui seront partout et incessamment adressées.

Calendrier. — Division du temps. Les Ottomans ont adopté l’année lunaire, divisée en 12 mois composés alternativement de 30 et de 29 jours, et qui ont reçu les noms suivants : Moharrèm, Safer, Rôby-ul-Ewel , Réby-ul-Akhir, Djémazi-ul-Ewel, Djémazi-ul-Akhir, Bidjeb, Chaabân, Ramazân, Chewal, Zil-Qadih, Zil-Hidjèh. Cette année lunaire se compose de 354 jours; les Turcs n’ont adopté aucun système de jours complémentaires pour faire accorder leur calendrier avec l’ordre naturel des saisons. Aussi l’année commence-t-elle tantôt au printemps, tantôt en été, en automne et en hiver. La division des heures du jour se compte à partir du lever du soleil, apprécié par à peu près, et par conséquent de manières diverses. Une montre marquant l’heure à la turque doit citaque jour être mise à l’heure à compte nouveau.

15, (Statistique. — Population. — La population disséminée sur toute la surface de l’empire ottoman s’élève à 36 millions d’habitants, dont 15 millions en Europe, 16 millions en Asie et 5 millions en Afrique. Les 15 millions

d'habitants de la Turquie d’Europe se divisent comine il suit, d’après, leurs re

ligions :

Musulmans, 4 180 000.

Ottomans et Tatars ' 2 100 000

Tchinganès 14n qoo

Albanais 1250 000

Serbes * 15 ooo

Bosniaques, Herzégoviniens..... 600 ooo

Croates 15 ooo

Bulgares 60 ôoo

Total 4 180 000

Catholiques latins, 814300.

Arméniens..,. 48 ooo

Grecs, ». laooo

Albanais 106000

Moldaves et Valaques 106 300

Bosniaques, Herzégoviniens... 150 oOo

Croates ■>)... ' 185 ooo

Bulgares 40 ooo

Total 614 300

Église grecque, 10 108 100.

Arméniens Eutychéens. . . ... . ... 381 ooo

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