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ALENTOURS DE MADRID

Rien n’est plus triste et n’est moins digne des approches d’une grande ville; le terrain est ondulé, les ha-'

meaux et les habitations, déjà bien rares, sont perdus dans ses replis et échappent à la vue. Madrid n’a presque

3ue deux faubourgs, assez importants u reste , Chom&m et le Perchel. Au delà commence la campagne nue et déserte. — A peine çà et là des jardins chétifs, quelques habitations de campagne appartenant à des personnages de la capitale. — C’est dans cette catégorie des propriétés qui occupent les alentours de Madrid que nous pouvons placer encore trois domaines royaux, la Casa del Campo, la Moncloa et la Montagne du Principe Pio.

La première est un immense enclos distribué en jardins, en parc, en bois, en terres de produit, sillonnés par un cours d’eau. — La Moncloa est sur la droite de la route de Castille et du chemin de fer du Nord. On y remarque un joli palais nommé la Florida, le vieux palais de la Moncloa, une fabrique de faïence et de porcelaine appartenant au domaine de la couronne^ et diverses constructions qui méritent l’attention du visiteur. La Montagne du Principe Pio s’étend entre la Moncloa et les murs d’enceinte de la ville. Ce domaine a été donné par la reine à l’infant don François de Paule son oncle.

EXCURSIONS aux RÉSIDENCES ROYALES ET A TOLÈDE.

I,e Prado est à 12 Ail. de Madrid , sur la rive droite du Manzanarès. Il est au milieu de bois considérables et forme un groupe d’une centaine d’habitations, dépendant, pour plus de la moitié, du patrimoine royal; les propriétés particulières sont pauvres et d’pn aspect misérable. — Le palais est un ancien rendez-vous de chasse bâti par Henri III, réédifié par Charles-Quint.

T- On y remarque surtout une belle collection de tapisseries fabriquées à Madrid d’après des dessins originaux de Goya ou des copies de David Teniers. — Au delà du palais s’étendent des bois immenses complètement entourés d’un mur qui a de 13 à 14 lieues (75 à 80 Ail.) de développement.

— lia chasse est très-abondante dans ce domaine , dont une très-petite partie est cultivée.

K.'Eacorlal tire son origine des scories de fer, vestiges d’une très-ancienne exploitation, dont le sol est couvert^ aux alentours. — On vient de Madrid à l’Escorial, soit par un service spécial de voitures publiques partant tous les malins de la calle de Las Fuentes, soit par des voitures à volonté, et mieux encore par le chemin de fer du Nord, dont la première section, de 57 Ail. d’étendue , aboutit à la station de Villalba, à une petite distance de la résidence royale. « On ne peut rien imaginer, a dit M. Th. Gautier, de plus aride et de plus désolé que la campagne qu’il faut traverser pour s’y rendre : pas un arbre, pas une maison , de grandes pentes qui s’enveloppent les unes dans les autres, des ravins desséchés que la présence de plusieurs ponts désigne comme des lits de torrents , et çà et là une échappée de montagne* bleues coiffées de neiges ou de nuages. *

« Je suis excessivement embarrassé , disait M. Th. Gautier, pour exprimer mon avis sur l’Escorial, ce Léviathan d’architecture., le plus grand tas de granit oui existe sur la terre après, les pyramides d’Egypte. Tant de gens braves en ont parié comme d’un chefd’œuvre et d’un suprême effort du génie humain, nue j’aurais l’air de vouloir faire de l’originalité de parti pris et de prendre plaisir à contrecarrer l'opinion générale; mais pourtant, en mon âme et conscience, je ne puis m’empêcher de trouver l’Escorial le plus ennuyeux et le plus maussade monument que puissent rêver our la mortification de leurs sembla,les un moine morose et un tyran soupçonneux.

a L’on entre d’abord dans une vaste cour au fond de laquelle s’élève le portail d’une église qui n’a rien de remarquable que des statues colossales de prophètes avec des ornements dorés et des figures teintes en rose.

* L’intérieur de l’église est triste et nu. Le retable, doré et sculpté à l’espagnole avec de fort belles peintures, corrige un peu cette aridité de décoration. Le chœur qui fait face au grand autel est à lui seul une église immense.

« Le Panthéon, on appelle ainsi le

caveau où sont déposés les corps des rois, est une pièce octogone, de trente* six pieds de diamètre sur trente-huit de haut, située sous le maître autel.

Il est revêtu entièrement de jaspe, de porphyre et autres marbres non moins précieux. Dans lés murailles sont pratiquées des niches avec des cippes de forme antique , destinées à contenir le corps des rois et des reines qui ont laissé succession.

« Pellegrini, Luca Gangasio, Carducci, Romulo Cincinnato et plusieurs autres ont peint à l’Escorial des cloîtres* des voûtes et des plafonds. Le plafond du grand escalier est peint à fresque par Lucas Giordano. Celui de la bibliothèque est de Garducçi et de Pelligrini. »

On va visiter comme curiosité, tout à côté de l’Escorial, le pavillon de Charles IV, sur les pentes orientales de la colline qui domine le couvent.

Ce paviltbn est un petit muséo de peintures, de sculptures, de mosaïques en marbre, en jaspe et ivoire. A une demi-lieue, on rencontre la Silla del Bpij, banc taillé dans le roc, sur une hauteur, au milieu d’un bois de châtaigniers, et sur lequel Philippe II venait s’asseoir, pour assister aux travaux de construction du monument;

■ a «. rniiju. — San Udefonso est le village, et la Granja la demeure royale. On y vient par la route de Madrid à Ségovie. La distance est de 62 kilomètres. Le palais occupe Ja partie la plus élevée d’une place en pente. La façade principale du palais est d.u côté des jardins. Les appartements intérieurs rivalisent avec ceux du palais de Madrid en grandeur et en richesse; mais ils pèchent par une uniformité qui signale, du reste, à peu près, toutes les résidences royales.

Les salles basses possèdent encore une riche collection de statues et d’antiquités, formée à Rome par la célèbre Christine de Suède, et achetée plus tard par Philippe V ; les appartements supérieurs sont garnis de belles peintures.

La principale magnificence de la Granja se trouve dans ses jardins, dont les eaux sont le plus remarquable ornement.

On visite encore à la Granja le Labyrinthe, construit avec toutes les ruses et toutes les surprises qu’on s'ingéniait à créer à cette époque; les Jardins réservés, qu’on ne peut voir qu’avec une permission spéciale, et dans lesquels se trouvent les sçrres et un jardin fruitier nommé le Potose.'

Arnnjuex. — On va de Madrid à Aranjuez par le chemin de fer d’Alicante; la distance, de 49 kil., est parcourue en deux heures environ, et par quatre trains dans la journée.

La station du chemin de fer est au milieu de grands arbres et ouvre sur un rond-point entouré de bancs de marbre. Ce rond-point "est derrière le palais ; on le traverse et on débouche sur une place carrée. A gauche est le

Ïialais , dont or voit un des côtés et que imite une longue galerie couverte. A droite s’étend le village. Celui-ci est moderne , formé de 34 rues larges, alignées et désertes. On y compte une population stable de 3600 âmes, qui s’élève à 20000 pendant le séjour de la cour. \

o Le palais, dit M. Th. Gautier, est en brique à coins de pierres, d’un effet blanc et rouge-, avec de grands toits d'ardoise, des pavillons et des girouettes qui rappellent le genre de constructions en usage sous Henri IV et Louis XIII, le palais de Fontainebleau ou les maisons de la place Royale de Paris. »

Les appartements ressemblent à ceux des autres palais: de beaux meubles, de riches tentures, des tableaux, des plafonds peints-. Il n’y domine , du reste, ni style ni caractère particucutiers ; deux seules choses réclament une place dans le souvenir : le cabinet ue Charles III fit revêtir de porcelaine e Chine, et le boudoir arabe où la reine Isabelle a fait reproduire les riches peintures de l’Alhambra.

Les jardins ont un caractère plus précis, et on y retrouve facilement l’attache des différents règnes. Le Tage circule au milieu du domaine et forme çà et là de bruyantes cascades. A l'orient du palais s’étend, sur une. longueur d’une lieue, une double ligne d’ormes noirs qu’on a nommée l’Avenue de la reine. Entre cette avenue et

Digitiz

le Tage on rencontre des sites délicieux, le Solillo, le jardin de Primavera et le Jardin del- Principe.

Moins loin du palais, on conduit le visiteur à la Casa del Labrador, — la maison du laboureur, — petite' construction de modeste apparence, dont l’intérieur recèle toutes les surprises de l’opulènce royale.

Les nouveaux jardins de la reine Isabelle occupent aussi un espace limité par le Tage et par l’avenue de la reine. Ils réunissent des fleurs, des fruits et des arbres de tous les pays.

Tolède. — La distance de Madrid à Tolède , qui exigeait, il y a peu de temps encore, plus d’une 'demi-journée, est aujourd’hui considérablement diminuée par l’ouverture d’un chemin de fter de 25 kilomètres qui se détdfehe de la ligne d’Alicante à la station de Caslillejo, à 16 Vil. d’Aranjuez. On part de Madrid par l’un des deux trains qui desservent la grande ligne lé matin et le soir; on arrive en 3 heures. • •

La station d’arrivée est en bas de Tolède, au pied du beau pont d’Alcantara; des omnibus, au prix de 2réaux par personne, et 1 réal par colis, trans- Ortent les'Vovageurs ae la station au ureau central de la calle Ancha.

Cette proximité et le très-vif intérêt qui s’attache à Tolède, .nous ont engagé A placer pette ville parmi les excursions autour de Madrid.

Tolède a une population de 17600 h.

et se trouve située à 90 kil. de Madrid par la voie de fer, et à 568 met. au-dessus du niveau de là mer. Le Tage décrit au fond d’une déchirure hérissée de roches noires, une grande courbe qui affecte la forme d’un fter à chevàl; deux vieux ponts, le pont d’Alcantara et le pont de San Martin, coupent le Tage aux deux extrémités de la courbe. La route de Madrid passe par l’espèce d’isthme qui relie le rocher de Tolède aux campagnes qui le précèdent. L’oeil s’arrête sur ses belles portes flanquées de tours mauresques.

On cite parmi celles-ci la porte du Cambron , la porte de Alm aguera, la porte de Visagra.

Dans l’enceinte intérieure de la ville est la célèbre Puerta del sol, chefd’œuvre de l’architecture arabe.

Une montée fort rude conduit jusqu’à la place principale , l’ancien Zocodover, aujourd’hui nommée place de la Constitution.

Les Âlcazars. — On en compté quatre : 1° les valacios de Gdliam, 2" un palais que les Goths avaient élevé auprès de la porte du Cambron. 4- Un troisième alcazar fut habité par Alfonse VIII, qui y installa un monastère sous l’invocation de saint Clément; la trace en a disparu. — Le quatrième enfin est ce superbe édifice tjui domine la ville de ses masses imposantes. Charles-Quint entreprit la construction actuelle, qui fut terminée en 1 551 . En 1 710, il fut incendié ; il n’en reste aujourd’hui que les murailles indestructibles.

On retrouve, auprès du couvent de Santa Isabel, les ruines de l’Alcaiar du roi don Pedro; il reste quelques vestiges des magnificences qu’il renfermait.

Le Palais archiépiscopal a sa façade principale sur la place de l’Ayimtamento.

Les Casas de Ayuntamento (hôtel de ville) présentent, à côté du palais archiépiscopal, une belle façade grecoromaine , œuvre de Gèorgês Téotocopuli.

Édifices religieux. On a compté dans Tolède, à une certaine époque, une cathédrale, deux collégiales, vingthuit paroisses, trente-deux couvents féminins, seize communautés masculines, vingt-trois hospioes, Cinq- collèges; vingt chapelles publiques et un plus grand nombre d’oratoires.

La cathédrale date de 1227 ; l’architecture est du style gothique le plus pur, l’extérieur est d’une grande majesté.

L’intérieur de l’église est partagé en cinq grandes nefs séparées par 88 piliers formés chacun d’un groupe de 16 colonnes élancées. Tout ce beau vaisseau est éclairé par 750 fenêtres ornées de vitraux de couleur représentant les scènes du Nouveau Testament.

La capilla matjor possède un retable construit tout en bois de mélèze, partagé en cinq étages, et chacun d’eux en quatre compartiments remplis d’une

ESPAGNE

multitude de statues et d’ornements du plus riche travail. En .arrière du retable se dresse cette œuvre incompréhensible, qu’on a nommée le transparent. C’est du reste un monument pour l’histoire de l’art.

Le coro qui fai t f ace à la capilla mayor est surtout remarquable par la richesse de la silleria.

Nous ne saurions citer toutes le£ chapelles ; mais nous mentionnerons la chapelle mosarabe, l’une des plus curieuses. On y remarque une belle mosaïque et des fresques gothiques d’un haut intérêt.

. On visitera : les chapelles de San Gil , de San Juan Bautista , de Santa Ana, Los Reyes nuevos, Santa Lutia. Plus loin se trouve la chapelle de San Eugenio avec le tombeau de Fernand Gudiel , celle de San Martin, la Conception, la Epifania, et & côté la magnifique Sala capitular, précédée d’un beau portail de style gothique.

Dans le demi-cercle formé par l'abside, on rencontre les chapelles de Santiago, San Ildefonso, la Trinidàd et San Nicolas. La première renferme les tombeaux du connétable don Alvaro de Luna et de sa femme.

La sacristie forme une nef rectangulaire d’un bel-aspect. A droite est le vestiaire, où se trouvent des peintures dues à des maîtres célèbres, et au delà une petite salle 04 l’on conserve les merveilleuses richesses du trésor de la cathédrale.

De la sacristie, on passe dans la chapelle du Sagrario , dont une partie , nommée l’Ochavo, est digne d’ètré citée parmi les plus remarquables monuments chrétiens. Les bronzes et les marbres s’y disputent la place.

Le cloître s’étend le long du côté N. de la cathédrale; il est digne en tous points de la basilique qu’il complète. La bibliothèque dü chapitre, vaste salle voûtée , possède une foule de richesses manuscrites, des temps les plup anciens, du viii* au xvt" siècle, et d’une immense valeur.

Parmi les autrps paroisses, nous devons surtout citer Santiago qui a l’aspect extérieur d’une mosquée arabe, et San Martin , qui occupe l’église du

célèbre couvent de San Juan de lot Reyes. Cette église forme une üef unique partagée en quatre voûtes. L’architecte a mis tout son génie, toutes les ressources de son art^dans l’ornementation de cette nef magnifique.

Le cloître jouit dans toute l’Europe d’une immense renommée, il présente l’un des plus riches spécimens de l’art gothique dans toute sa pureté. Dans les salles de l’anoien couvent, ouvrant sur les galeries supérieures du cloître, on a installé depuis quelques années le Museo provincial. Cette collection est formée de trois cents tableaux environ, d’un mérite médiocre, recueillis dans les couvents supprimés.

Ntra Sra del Transito est une ancienne synagogue, sans aspect extérieur, abandonnée en apparence. C’est une seule nef longue de 21 mèt. , sur une largeur de dix mèt. et une hauteur de 12 mèt.

Santa Maria la Blanca est un autre curieux souvenir de l’époque judaïque. On se croit transporté dans une pagode fantastique. La vue s’égare au milieu de cette forêt de gros piliers octogones; on en compte sept par rangée formant cinq nefs , et portant des arcs mauresques d’une coupe hardie.

Nous citerons, parmi les fondations pieuses , l’hôpital de Santa Cru s , qui est maintenant occupé par le Colegio militar.

Indépendamment de la bibliothèque réservée du chapitre, Tolède possède me bibliothèque provinciale , comprenant 70000 volumes, et considérée comme l’une des plus intéressantes du royaume.

C’est hors dç la ville, à un kilomètre de distance, sur la rive droite du Tage, que se trouve la fabrique d’armes blanches, mue par une forte chute d’eau détournée du fleuve. Toutes les armes blanches employées dans l’armée espagnole viennent de la fabrique de Tolède; il .s’y fait peu d’armes pour le commerce particulier ou pour l’étranger, si ce n’est celles que les étrangers achètent lorsqu’ils viennent visiter 16s ateliers. Certaines lamesde luxe sont d’une trempe et d’une souplesse vraiment extraordinaires.

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