ITALIE
O terre de Saturne ! 6 doux pays ! beau ciel !
Lieux où chanta Virgile, où peignit Raphaël!
Terre dans tons les temps consacrée à la gloire , Grande par les beaux-arts , reine par la victoire , Sans respect, sans amour, qui peut toucher tes bords T De Saint-Victor , le Voyage du poète ,
Italie ! Que de réflexions et de souvenirs fait naître le nom de cette terre classique des arts , des sciences et du génie 1 Peut-on le prononcer sans y associer les noms de grandes illustrations et des hommes célèbres dans tous les genres qui ont traversé tant de siècles pour arriver jusqu'à nos jours, sans avoir rien perdu de leur gloire? Y a-t-il d’ailleurs un pays en Europe dont le sol soit foulé chaque année par une si grande quantité de voyageurs instruits ou curieux qui vont demander à Rome ses ruines gigantesques, à Venise la gloire de ses doges et de son école de peinture , à Florence l'éclat, de ses Médicis, ses richesses en peinture, en sculpture, et ses palais de style si sévère, à Naples enfin les. délices de son golfe , les phénomènes de son Vésuve et le bonheur d’un séjour enchanteur?
Sur cette terre privilégiée, l’antiquaire trouve dans chaque
'O Nous devons «ne partie de cet avant-propos à l’Itinéraire de 4VT Vrtaria, de Milan; c’est le seul emprunt que nous leur ayons
GUIDE EN ITALIE
province , dans chaque ville, et particulièrement à Borne , à Pompëi , en Sicile , etc., de nouveaux aliments à sa curiosité : à chaque pas, des restes antiques lui offrent de nouvelles études et lui fournissent matière à d’intéressantes comparaisons. Le botaniste, l’agriculteur et le minéralogiste y trouvent aussi des moissons abondantes pour leurs utiles recherches.
Quels avantages ne doit pas retirer l’architecte d’un voyage en Italie ? Sans parler de l’étude des monuments de l’ancienne Rome , ne peut-il pas aussi consulter avec le plus grand fruit les ouvrages plus modernes des Bramante , des Palladio , etc. ? ...
Le sculpteur peut s’y perfectionner dans son art difficile, en étudiant les plus beaux modèles des temps reculés où lasculpture avait atteint son apogée , et en prenant pour guide J’immortel Canova , dont les chefs-d’œuvre n’ont rien à« envier aux anciens.
Enfin le peintre pourrait-il trouver de meilleures inspirations qu’en Italie? en Italie où les toiles immortelles de Raphaël, d t Léonard > de Michel-Ange , de Titien , de Corrègee tde tant d’autres grands maîtres, fourmillent soit dans les temples, dans les galeries publiques, soit dans les riches collections privées. .... , • , . .
Indépendamment de l’intérêt puissant que l’Italie réveille par les chefs-d’œuvre de toute espèce qu’elle renferme, cette terre semtde avoir été comblée des faveurs de la nature , de sorte que la douceur de son ciel, la richesse de ses productions territoriales , Jes scènes pittoresques et variées qui se renouvellent à chaque pas, et enfin tout ce qui peut contribuer aux jouissances de la vie, suffiraient pour attirer en Italie de nombreux visiteurs , et en faire le séjour le plus délicieux. , .
Cependant , pour tirer de çe voyage tout le parti possible et y trouver toutes les jouissances qn’on est en droit d’en attendre, le voyageur doit avoir lu l’histoire générale de ce pays : ce n’est qu’après cette instruction préalable qu’il pourra juger sainement et par lui-même , et qu’il ne s’abandonnera pas à un découragement injuste ou à un enthousiasme exagéré. La connaissance de l’histoire le tiendra en,
INTRODUCTION
garde contre les bavardages dont les ciceroni se plaisent à étourdir les étrangers , et lui donnera les moyens d'apprécier à leur juste valeur tous leurs contes souvent ridicules. Que le voyageur ne se laisse pas non plus effrayer par la peinture des dangers supposés de la mauvaise foi des Italiens , du peu de sûreté des routes, et de tant d'autres fables répandues par une injuste partialité, par l’esprit de contradiction ou par l'insuffisance de quelques auteurs , et accréditées par l’envie ou l’ignorance. Loin de là , les étrangers trouvent en Italie un accueil amical ; les personnes et lesbiens y sont respectés tout aussi bien qu 'ailleurs ; les Italiens ne manquent pas de franchise, d’activité et d’expansion, assertion qui peut être confirmée par les nombreux ultramontains qui viennent s’établir dans ce pays. Si l’étranger sait se conformer aux usages et aux lois du lieu dans lequel il a fixé son séjour, s’il s’abstient de politique , s’il se conduit en honnête homme , et s’il ne sort pas des limites dans lesquelles doit savoir se renfermer l’homme vivant en société, jl n’aura ; jamais qu’à se louer de ses rapports avec les Italiens et leur ! gouvernement.
Renseignements sur les diverses manières de
voyager en Italie*
Il est d’abord indispensable de se mettre en règle pour son passe-port, qui doit préalablement être visé par les ambassadeurs ou les consuls des différents États qu’on se propose de traverser. Le voyageur devra ensuite s’abstenir de porter avec lai des objets qui soient sujets aux prescriptions des douanes; car, dans le cas contraire, il s’exposerait à des inconvénients , à des dépenses et à des pertes de temps à toutes les frontières. Nous lui recommandons surtout de ne ; pas se charger de beaucoup de livres , et de ne point en emporter qui, par leur nature, soient contraires aux règlements de la censure. Tous les ouvrages traitant de matières politiques, ceux contraires à la religion catholique, les Journaux français , en général , sont sévèrement prohibés dans une grande partie de l’Italie.
Dans tous les États d’Italie il y a des Diligences publiques.
GUIDÉ EN ITALIE
Ce moyen de transport est aussi prompt qu'économique, surtout pour les personnes qui ont peu de temps ou qui ont fixé la durée de leur voyage. Cependant le moyen le plus commode est sans doute celui de se servir des chevaux de poste et de sa propre voiture , en ayant soin toutefois de la choisir légère et d'une construction solide, parce qu’il faut souvent traverser des pays montueux, et que d’ailleurs on y trouve une économie pour les chevaux de renfort.
11 est une autre manière de voyager qui a aussi ses avantages : nous voulons parler des Vettuvini, espèce de voituriers qui abondent dans toutes les principales villes d’Italie , et qui font leurs marchés pour toutes destinations. 11 suffît de régler son i>rix d’avance et de le stipuler bien clairement si le voyage doit être long. Ces voituriers font ordinairement 30 à 35 milles par jour (10 à 12 lieues, ou 40 à 48 kilomètres de France). Le prix de la place varie suivant le nombre de voyageurs qu’ils ont trouvés : en outre il est bon de savoir que le prix du voyage d’une capitale à l’autre est toujours moins élevé que celui du trajet d’une capitale à un bourg ou à un village peu fréquentés, parce que, dans ce dernier cas, les voituriers sont souvent obligés de revenir à vide. Si le voyage se prolonge au delà de deux jours , il est d’usage de comprendre dans le prix de la place le souper et le coucher à l’auberge. Cette manière de traiter est avantageuse en ce qu’on est mieux servi , et qu’on évite par là toute espèce de contestation avec les aubergistes. Ce moyen de transport peut être calculé sur une dépense journalière de 12 fr., tous frais compris.
Dans les grandes villes, et particulièrement à Milan, h Florence y à Rome et à Naples , on peut traiter avec des voituriers qui attellent trois ou quatre chevaux à votre propre voiture : ces chevaux servent pendant toute la durée du voyage, et même pour le retour dans les autres capitales de l’Europe.