ROUTE LXXIII
de BOLOGNE a FANO.
Saint-Nicolas, Imola ,
Faenza ,
Forli ,
Césène ,
Savignano , Rimini ,
La Cattolica .
Pesaro ,
Fano,
Ce voyage se fait sur la voie Emilienne jusqu’à Rimini , et de Rimini à Fano sur la voie Fiaminienne. On rencontre plusieurs rivières, qu’on passe pour la plupart sur de beaux ponts. La route de Bologne à Imola est droite, plate et commode , quoiqu’elle soit entrecoupée par cinq rivières , et par un canal qu’on passe près de cette dernière ville.
Imola ( hôtel : la Poste ) , bâtie sur les ruines de Forum Cornelii , est située sur une branche du Santerno, entre le Bolonais et la Romagne, à l’entrée de la belle et longue plaine de la Lombardie. Les environs de cette ville sont agréables et couverts de plantations de peupliers. Les rues y sont bien entretenues; on y voit quelques palais et quelques églises qui méritent d’ètre remarqués. La Cathédrale , où reposent les corps de saint Pierre-Chrysologue et de saint Cassien, a été à demi réparée d’après le dessin de Morel li,
GU1DK EN ITALIE
architecte d’Imola. On voit aux anciens Jacobins un beau tableau de Louis Carrache , et un autre â la confrérie de Saint-Charles. V Hôpital est aussi fort beau , ainsi que le théâtre. Le commerce d’Imola consiste en vins et crème de tartre. Pop. 10,000 hab.
Après Imola on passe le Santerno ; à Facnza on laisse à droite la route de la Toscane à la Romagne.
Faenza (Faventia) ( hôtel : la Poste), ville assez grande et assez bien bâtie , située sur l’Amon , qui en baigne les murs ; on peut la regarder comme la Florence de la Romagne. Faenza a la forme d’un carré régulier; elle est entourée de murailles de la longueur d’une lieue à peu près , et coupée par quatre chemins principaux qui aboutissent à la place publique, entourée de portiques qui lui donnent la figure d’un amphithéâtre. Le Palais public et le Théâtre nouveau d’un côté , la Tour de V Horloge, la Fontaine et le Dôme d’un autre, ornent toute la place. Les amateurs de peinture verront avec plaisir la galerie du Lycée ; aux anciens 6>rvites , un tableau de Charles Cignani , représentant saint Philippe Renezzi, et dans le couvent quelques fresques de YOttaviano et du Pace , écolier de Giotto. Dans la façade de l’église il y a des bas-reliefs du Barillotto ; à la porte de Y église de Saint-Bernard il y en a aussi du même auteur. Un tableau de Giorgione se trouve dans Yèglise jadis des religieux de San-Maglorio , et dans celle de Sainte-Catherine une Adoration des Rois du Pinturicchio ; à Sainte-Lucie 9 une Vierge dans un petit tableau de Pierre Perrugino ; dans 1* Annonciade , une semblable de Jaccopone Faentinot écolier de Raphaël ; dans celle des anciens Observantins , une Conception de l’école flamande. Quelques particuliers possèdent aussi des tableaux , et particulièrement les familles Laderchi, Corelii, Milzetti ; chez M. Ginnasi il y a une belle Crucifixion de Rubens . L’Hôpital des malades et des fous, dit des Projetti , le Conservatoire pour les femmes et celui des orphelins, sont dignes d’être observés entre les principaux édifices publics. Faenza contient 20,000 habitants , y compris le faubourg. Le comte Zanelii a fait creuser un petit port et ouvrir un canal navigable qui communique à Saint-Albert avec le Pô de Primaro , et qui facilite beaucoup
le commerce. Faenza a la gloire d’étre la patrie du célèbre mathématicien Torricclli. La campagne est fertile en grain, en vin, en lin et en chanvre. Varron et Colamelle vantent les vins de Faenza. Les naturalistes observeront les eaux thermales de Saint- Christophe , à quatre milles de la ville , et quelques sources d’eau salée d’où Ton tire beaucoup de sel marin , et dans l’Amon un tuf cendré qui donne du sel très-blanc. Cette ville est la première d’Italie où l’on ait fabriqué de la faïence , et elle a donné son nom à cette espèce de poterie.
Après avoir quitté Faenza, on traverse 1 eLamone, puis un peu plus loin le Montone , qui nous conduit à
Forli (hôtel : la Poste) , anciennement Forum Livii, ville considérable, bâtie par Livius Salinator, après la défaite d’Asdrubal, sur le Métaure. Il y a une place fort vaste et qui est une des plus belles de l’Italie. On y voit de beaux édifices, entre autres le palais des Magistrats , le Mont-de-piété , et les trois palais Albicini% Merenda et Piazza. On dit que la salle du conseil a été peinte par Raphaël. On remarque dans la Cathédrale la coupole de la Vierge du feu , peinte par Charles Cignani , qui y travailla vingt années. L ’ église de Saint-Philippe-IVèri renferme aussi de beaux tableaux du Cignani , de Charles Maratte et du Guerchin ; on voit un autre bon tableau à la Madonna del Popolo. Aux Observantins on voit une Conception de Guido Renû L’église de Saint- Mer curial , des anciens Vallombrosains , mérite aussi d’être remarquée. Les habitants de Forli sont d’un caractère gai et d’une société agréable, et adonnés à l’industrie; la campagne aux environs offre de charmantes promenades. Pop. 16,000 hab.
Forlimpopoli (Forum Pompilii) est un des quatre forum situés sur la voie Émilienne dont parle Pline. On ne voit plus que les ruines de l’ancien Forlimpopoli. Il n’y a maintenant que quelques maisons et un château , construit peutêtre dans le temps de César Borgia. Le lin et les blés sont les principales productions de ce pays. Pop. 4,000 hab.
Avant d'arriver à Césène on passe le Savio sur un pont magnifique.
Césène (hôtel : la Poste), jolie ville située au pied d’une
GUIDE EN ITALIE
colline, et baignée par le Savio , renferme tout au plus hui mille âmes. Elle a toujours été célèbre par ses vins et par le chanvre qu’on y recueille. On trouve dans ses environs beaucoup de mines de soufre. Cette ville a quelques portiques, mais on ne voit pas une grande magnilicence dans les édifices publics , ni dans les églises , parmi lesquelles les plus remarquables sont : la Cathédrale , St-Dominique et St-Philippe . Le Palais public est un édifice d’assez belle architecture; la place sur laquelle il est situé est ornée d’une belle fontaine. Sur la façade du Casino des nobles on a placé une statue colossale de Pie VI , qui y naquit, ainsi que Pic VIL On remarque aux anciens Capucins un beau tableau du Guerchin. A un mille de la ville , au sommet d’une colline , est située la magnifique église de Ste-Mariedu-Mont; les antiquaires y trouveront des tombeaux anciens.
A 4 milles (T kil. 7*)» on traverse le fameux Rubicon , qui n’est plus maintenant qu’une petite rivière sans importance nommée Pisciatello .
De Césène à Rimini , le chemin est commode : Savignano , beau village qui se trouve sur cette route , est la Compita des anciens.
Rimini. ( Voyez route 72, p. 451.) *
La route , au sortir de Rimini , longe le rivage de l’Adriatique jusqu’à
La Caliolica , ainsi appelée pour avoir donné asile aux prélats orthodoxes qui , pendant le concile de Rimini , se séparèrent des évéques ariens. Ici on laisse la Romagne, et l’on entre dans le duché d’Urbin , par où l’on sort en entrant dans le territoire de Fano , et l’on revient en allant à Sinigaglia , pour atteindre ensuite la Marche d’Ancône. De la Catloiica à Pesaro on côtoie la mer lorsqu’elle est calme ; dans le cas contraire, on suit le chemin supérieur, appelé Pantalona.
Pesaiio, Pisaurus (hôtels : la Poste, la Ville-de-Parme, les Trois-Rois), ancienne ville de l’Urbinate, située entre la mer et les collines, près de laquelle coule la petite rivière du Foglio , offre un coup d’œil agréable et riant. On y voit de beaux édifices , et dans les églises on conserve des tableaux
et des fresques très-estimes. On admire , entre autres , plusieurs tableaux excellents du Barroche , qu’on peut regarder comme le maître de la peinture dans la Romagne. Il y a dans la Cathédrale une Circoncision de cet artiste, et un saint Jérôme du Guide ; dans Y église du Nom-de- Jésus , un saint Augustin du Palma. La Place est ornée d’une fontaine et d’une statue en marbre d’Urbain VIII. Il faut aussi visiter le Port , les ruines d’un ancien Pont construit sous l’empire d’Auguste ou de Trajan , la collection d’inscriptions et d’autres antiquités de MM. Amati et Olivieri , et 1 z Musée Passeri. Le terrain des environs, du côté de la mer, est fertile en olives et en figues très-estimées. L'air est très-sain depuis le dessèchement des marais voisins. Pcsaro est la patrie de Rossini. Pop. 18,000 hab.
Dans le voisinage se trouve la villa de la princesse de Galles, depuis reine d’Angleterre, maintenant la propriété de la famille Bergame. On voit dans le jardin deux monuments élevés par la princesse , l’un à sa fille ( première femme du roi des Belges ) , l’autre à son frère , prince de Brunswick, tué à Waterloo.
Nous avons toujours la mer à notre gauche jusqu’à
Fano ( hôtels : le Maure , les Trois-Rois), autrefois Fanum Fortunœ (déesse dont on voit sur une fontaine une trèsbelle statue). Cette ville est située sur la mer , près du Métauro , fleuve célèbre à cause de la défaite d’Asdrubal par le consul Liviu3 Salinator et Claude Néron. Cette ville conserve les ruines d’un Arc de triomphe élevé en l’honneur d’Auguste, ou, selon d’autres , en l’honneur de Constantin ; on y voit aussi d’autres monuments d’antiquité , tels que différents marbres et inscriptions. La Cathédrale , ornée de fresques du Dominiquin , St-Paternien et Saint-Pierre , sont les églises les plus remarquables; elles renferment de bonnes peintures. Le Théâtre est un des plus remarquables del’ltalie par sa grandeur, par la quantité et la belle distribution des loges, autant que par la perspective et les décorations. La Bibliothèque mérite aussi l’attention du voyageur instruit. Sur les bords de la mer, près de Fano, on trouve une espèce de poisson qu’on nomme improprement cheval marin . Le petit port a été formé artificiellement par un
GUIDE EN ITALIE
canîil dérivé du Métauro, qui ne passe pas bien loin. Pop.