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ROUTE 88. — D’ANCONE A ROME

objets de dévotion ; commerce qui a rapporté par année jusqu’à cent quatre-vingt mille livres. La ville est fortifiée par une bonne muraille , à laquelle Sixte V fit ajouter plusieurs bastions pour mettre la place ù couvert de toute surprise de la part des corsaires turcs , qui , sous Mahomet II et Sélim , son neveu, attirés par l’espoir du butin, avaient fait des descentes sur ces côtes.

La Santa Casa. Ce qu’il y a de plus curieux à voir dans cette ville est la Santa Casa , ou la Maison de la Vierge; on en trouve sur des lieux une description imprimée et très-détaillée ; il nous suffira donc de rapporter ici ce que Lorette offre de plus digne de fixer l’attention des voyageurs.

La Santa Casa ou la Maisonnette de la Vierge, qui fut, dit-on , dans le treizième siècle , miraculeusement transportée de Nazareth en Dalmatie , et de Dalmatie au lieu qu’elle occupe enfin aujourd’hui , après avoir plusieurs fois changé de station dans la forêt qui environnait Lorette, est au milieu d’un riche et magnifique église qui a été réparée dans le goût moderne. A l’entrée de cette église, on voit une statue en bronze de Sixte V, et sur la façade la statue de la Vierge , avec des bas-reliefs et des portes en bronze. Les chapelles sont décorées de superbes mosaïques, et la coupole de très-belles peintures. La Santa Casa, située sous cette coupole, a 10 mèt. 60 cent, de long, 4 mèt. 36 cent, de large , et 6 mèt. 2i cent, de haut ; elle est bâtie en briques : on y remarque quelques restes de peintures noircies parla fumée des lampes et des cierges. Les chambranles des portes et des fenêtres sont revêtus d’épaisses lames d’argent; le pavé est formé de carreaux de marbre blanc et rouge : on prétend que les anges, en transportant cette maison, laissèrent à Nazareth l’ancien pavé, ainsi que les fondations. Audessus de la cheminée, qui est au fond, du côté de l’orient, est une niche dans laquelle on a mis une statue de la Vierge, qu’on dit être de bois de cèdre et avoir été sculptée par saint Luc , quoique cet évangéliste ne fût point sculpteur. Cette figure est couverte d’or et de pierreries. L’intérieur de la Santa Casa renferme des richesses dont l’œil ne peut soutenir l’éclat, et que l’imagination aurait de la peine à évaluer. On y admire un tableau du Baraccio ; l’Annonciation et la

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Cène, par Voyet. Les peuples de la chrétienté ont une si grande dévotion pour ce sanctuaire, que Lorette est devenue le plus fameux pèlerinage qu'il y ait au monde. Les pèlerins se rassemblent en grandes compagnies, et forment plusieurs caravanes qui ont chacune leur bannière , leur gouverneur et leurs prêtres. Les pèlerins ne s’en retournent jamais qu’ils n’aient laissé leur présent, suivant leurs facultés, ce qui grossit considérablement le trésor de Lorette. Le pape Pie VI dépouilla en grande partie ce trésor , pour payer aux Français la somme convenue par le traité de Tolentino de 1797. Cette paix ayant été de courte durée, les Français prirent Lorette en 1798, et transportèrent la statue delà Vierge en France, qu’ils rendirent cependant dans la suite, en sorte que le sanctuaire est à présent dans son premier état , du moins pour la partie religieuse.

A Lorette, outre la superbe église de la Madona , on admire la place qui est en face de cette église, décorée de deux beaux portiques, et d’une fontaine dont le bassin est de marbre avec des ornements de bronze. Il faut voir encore le Palais épiscopal et la Pharmacie , édifice souterrain où sont 300 vases peints d’après les dessins de Raphaël et de Jules Romain . La route , qui conduit en pente douce de Lorette à la mer, est bordée de maisons de campagne trèsagréables et de jardins bien entretenus , en sorte que cet espace forme un amphithéâtre dont le coup d’œil est charmant.

Pour aller de Lorette à Foligno , il faut traverser les montagnes de l’Apennin , ce qui annonce une route assez inégale et peu commode. On rencontre d’abord Recanati , qui n’a de remarquable qu’un monument en bronze, élevé sur le palais public en l’honneur de Notre-Dame , et quelques maisons assez bien bâties. Entre Recanati et Macerala la campagne est si fertile, qu’elle ressemble à un lieu de plaisance qui appartiendrait au même maître.

Maceratà ( hôtel : la Poste) est une ville d’environ 12,000 habitants, située sur le sommet d’une montagne d’où l’on découvre la mer Adriatique; elle est assez bien bâtie, mais peu commerçante. La porte Pie est un arc de triomphe érigé par le cardinal de ce nom , avec son buste en bronze

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par dessus. Il y a quelques églises qui méritent d’être vu»*, telles que la Cathédrale , dédiée à saint Julien; l’église des Jésuites y celle des Barnabites , et une Chapelle des confrères de la Miséricorde, qui est toute revêtue de marbres. Le Théâtre y situé sur la grande place, est un bel édiüce. La plaine qu’on traverse en allant de Macerata à Tolentino est assez bien cultivée, mais il s’en faut bien qu’elle soit aussi productive que celle qu’on vient de quitter.

Tolentino (hôtel : le Poste ) est une petite ville bâtie sur la Chienta, et qui n’ofîre rien de remarquable. En sortant de cette ville on entre dans les Apennins, au milieu desquels on voyage jusqu’aux approches de Foligno.

En remontant le cours delà Chientay on gagne Valcimaray village situé dans une vallée couverte de superbes chênes. Ici la plaine cesse, et l’on monte continuellement jusqu’au passage étroit de Serravalle . Au pont de la Trave, qu’on trouve entre Valcimara et Serravalle 9 on laisse à peu de distance sur la droite la petite ville de CamerinOy située sur une montagne, dont les habitants, connus dans l’histoire, fournirent à Scipion, suivant Tite-Live, 600 hommes pour passer en Afrique. Elle possède une Université et plusieurs manufactures d'étoffes. Pop. 6,000 hab.

Serravalle est un gros bourg qui sépare la Marche d’Ancône de l’Ombrie; il est resserré par deux montagnes qui sont à peine éloignées l’une de l’autre de 300 mètres. On y voit les ruines des murailles et des portes d’un château bâti par les Goths. A Col Fiorito , qu’on trouve bientôt après avoir dépassé Serravalle , le chemin est creusé dans le rocher, et forme un demi-cercle d’environ deux milles d’étendue. Si deux voitures se rencontrent dans cet endroit , on est obligé de faire rétrograder l’une des deux , en attachant les chevaux par derrière. Ce passage est surtout périlleux dans le temps des neiges. Vient ensuite le village de

Case-Nuove, situé dans un terrain stérile, et dont les habitants n’ont presque d’autre ressource que la charité des passants. La montée et la descente de Case-Nuove à Foligno sont très-difficiles : dans un endroit appelé Carrière di Foligno, le chemin est très-étroit et sans parapet; il côtoie un précipice effrayant et célèbre par des événements fu-

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ncstes. Cependant , malgré l’espèce (V horreur dont on est saisi en parcourant les montagnes de V Apennin , on y trouve des arbustes, des plantes, des fleurs de toute espèce, et autres curiosités que la nature offre à ceux qui s’occupent de botanique ou de minéralogie. Avant d’arriver à Foligno , et à peu de distance de cette ville , on découvre une vallée délicieuse. La fertilité du sol , des prés toujours verts, l’aspect des montagnes et des collines couvertes d’arbres, tout charme le voyageur fatigué de la vue du pays aride qu’il vient de parcourir.

C’est au milieu de ce beau bassin qu’est assise Foligno, petite ville, mais très-intéressante.

Spolette. V . route 85.

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