‹ Guide du voyageur en ItalieChapitre 180 sur 218 · NAPLES · texte numérisé non relu

NAPLES

là s’élève un cône appelé Cône de Gautrey , du nom d’un Français qui, le IG janvier, s’y précipita volontairement, et dont le Vésuve revomit le cadavre deux jours après. Lorsque le volcan est silencieux, rien n’est solennel comme cette solitude : l’absence de toute végétation ajoute encore à l’horreur de ces lieux, qui semblent n’avoir plus rien de commun avec la terre. A mi-côte de la montagne , on fait ordinairement une pause pour reprendre haleine. Ici la plume ne saurait trouver d’expressions assez énergiques pour peindre la magnificence du tableau qui se déroule devant le voyageur. Au sud, c’est Pouzzoles , le Cap Mysène , et cette riante côte de Pausilippe aux collines fleuries ; à l’est , les îles Capri , Ischia , Procida , et le promontoire de S or rente; au delà, Portici , Torre-del-Greco , les Camaldules . Quelle magie dans ce tableau, et surtout quel contraste avec les horribles solitudes environnantes! Après une marche pénible, on arrive enfin au sommet de la montagne et auprès du cratère.

11 serait fort difficile de donner une description exacte du Vésuve ; car ses formes ont toujours varié à chaque éruption nouvelle. 11 suffit, pour s’en convaincre, de lire Diodorc de Sicile , Strabon , Pline et Sénèque . La description que Pline donne à Tacite d’une éruption de ce célèbre volcan est très-curieuse et surtout pleine d’intérêt; nous y renvoyons le lecteur. Un siècle et demi plus tard , Dion Cas sius écrivit aussi une description dans laquelle il mêla les contes les plus ridicules aux idées superstitieuses du peuple; il pousse l’ignorance jusqu’à avancer de bonne foi que les cendres avaient été portées par la violence de l’éruption en Syrie et même en Égypte.

Nous donnerons ici un petit tableau chronologique des éruptions connues, en faisant observer qu’elles eurent presque toutes une grande ressemblance dans leur forme et dans leurs effets , à l’exception toutefois de celle qui ensevelit Hcrculanum et Pomj)éit en l’an 79.

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Ans de Jésus- Christ.

L’éruption de juillet 1834 eut des conséquences terribles ; car la lave, qui avait une demi-lieue de largeur, s’étendit sur un espace d’environ deux lieues ; elle ensevelit près de cent maisons sous ses ondes brûlantes , et détruisit plus de 400 arpents de terrains cultivés.

La hauteur du Vésuve, prise du pied du pic, vis-à-vis de Résina et de Naples , est calculée à environ 433 mètres. Depuis la dernière éruption, le cratère a encore changé sa forme, qui, avant cette époque , était celle d’un vaste entonnoir. Les parois se sont écroulées dans l’intérieur, et il est à présumer que cette surabondance de matières ayant obstrué le passage de la fumée intérieure, a donné naissance à l’éruption dont nous venons de parler ; ou si elle ne l*a point provoquée , elle en a sans aucun doute accéléré la marche.

N . B. On trouve à Résina des ânes , des mulets, et tout ce qui peut être utile pour l’ascension du Vésuve ; mais il est bon que le voyageur se munisse de quelques provisions de bouche et d’un guide sûr. Nous engageons beaucoup les voyageurs à donner la préférence à la famille Salvatori de Résina , près de laquelle iis trouveront autant de zèle que de fidélité. Ils pourront aussi se procurer chez eux des collections de minéraux du Vésuve à des prix très-modérés.

Pausilippe. Pour y arriver, on passe par la Villa-Reale , jardin magnifique dont nous avons déjà parlé, et on suit une fort belle rue, ou pour mieux dire un quai bordé de superbes édifiées. Pausilippe , situé à l’O. de Naples , est

une célèbre montagne couverte de belles maisons et de jardins toujours verts , qui offre l'aspect le plus riant. Elle est percée à sa base par un chemin souterrain qui a 960 pas de longueur, 10 mètres de largeur sur 50 de hauteur, Cette grotte immense est éclairée, autant qu'elle peut l'être , par deux soupiraux pratiqués vers ses deux extrémités. On croit qu'un ouvrage si singulier fut entrepris pour abréger le chemin de Naples à Pouzolles , et éviter ainsi de gravir la montagne. On ignore quel fut l'auteur de cette entreprise.

Tomüeau de Virgile. Au-dessus de l'entrée de la grotte, du côté de Naples , est le tombeau de Virgile .

Depuis longtemps il n'existe plus de laurier sur le tombeau de Virgile; mais il est ombragé par un chêne- vert qui a ses racines dans la partie élevée du rocher qui l'avoisine. Vers la fin de 1826 , M. Casimir Delavigne , son frère, et M. Édouard Gautier , alors vice-consul à Naples , plantèrent un laurier sur la tombe révérée; l’arbre promettait de perpétuer le témoignage de leur admiration pour le grand poète ; mais les étrangers qui Viennent visiter ce monument le dépouillent tous les jours , et il périra comme le laurier de Pétrarque . Heureusement la gloire de Virgile repose sur des bases plus durables.

Au haut de la montagne du Pausilippe est l'église des Servîtes y sous le titre de Sainte-Marie del Parto , fondée par le poète Sannazar . Après sa mort , les Serviles lui firent ériger un très-beau mausolée en marbre blanc. L'urne sépulcrale, supportée par un riche piédestal, est surmontée du buste du poète couronné de lauriers, et au milieu de deux Génies qui tiennent des guirlandes de cyprès. Au-dessous de l'urne est un bas-relief qui représente les divinités symboliques des poésies de Sannazar .

Dans l'église des Servîtes , tout porte l'empreinte du caractère du fondateur. Au-dessus du tombeau de Sannazar , Rossi a peint le Parnasse , Pégase, et une Renommée qui tient une couronne sur la tête du buste.

De la montagne du Pausilippe , on jouit du spectacle de la mer, qui est quelquefois étincelante de lumière, phénomène occasionné par une espèce d’insectes qu'on appelle lucioles , et par l'agitation des flots : on sait que dans les pays chauds

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l'eau de la mer est très-phosphorique. On voit sur cette montagne les restes des bains de Lucullus et d’un temple de la Fortune.

En sortant de la grotte du Pausilippe du côté de Pouz zoleSy on trouve un beau chemin qui conduit à cette ville; mais, si l'on se détourne à droite pour prendre l'ancienne voie , on ne tarde pas à rencontrer le lac d’ Agnano , dont la forme circulaire a un mille de tour. Quoique ce lac paraisse bouillonner , ses eaux n’ont aucune chaleur sensible , phénomène dont il est assez difficile de rendre la raison.

Tout près de ce même lac sont les bains de vapeur de St-Germano , très-propres, dit-on , à guérir ou à soulager les maladies chroniques , telles que la goutte , la paralysie , les douleurs rhumatismales, etc.

Grotte du Chien. A environ cent pas de ces bains, près du lac, et sur le revers de la montagne, est la Grotte du Chien ; sa hauteur est d’environ 3 mètres, sa largeur d’un mètre 33 cent., et sa profondeur de 3 mètres 33 cent.; elle est creusée dans un terrain sablonneux. Une vapeur légère, sensible à la vue et semblable à celle du charbon , s’élève à six pouces au-dessus du sol. On l’a appelée la Grotte du Chien , parce que c’est l’animal qu’on choisit presque toujours pour faire l’expérience de l’action de la vapeur sur la vie animale. Si l’on couche un chien contre terre seulement pendant quelques minutes, cet animal est agité de violentes convulsions qui ne tarderaient pas à le faire mourir; mais, mis hors de la grotte , il reprend ses forces.

Au nord, et à un demi-mille du lac d' Agnano, est un vallon délicieux qui a environ deux lieues de circonférence; entouré de montagnes de toutes parts, il forme une espèce d’amphithéâtre. Ce lieu s’appelle gli Astrini; il est peuplé de bêtes fauves qu’on y entretient pour servir aux chasses royales.

Pouzzoles ( Puteolana et Cumana Régna). Cette ville, autrefois célèbre , est sitnée à 10 kilomètres de Naples , sur le golfe appelé Sinus Puteolanus. Les arts et la nature ont concouru à l’envi pour rendre délicieuse la situation de celte petite ville. Son nom latin de Puteolum provient de la quantité de puits qu’y lit creuser L. Fabius , lorsque ce général y fut envoyé par les Humains, qui craignaient qu’elle

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ne tombât au pouvoir d'Annibal. Pouzzoles a eu souvent à souffrir des tremblements de terre et des inondations produites par la pluie. En 1695, la ville fut fort endommagée par des pluies extraordinaires. La cathédrale, bâtie sur remplacement d'un temple dédié à Auguste , est décorée de colonnes corinthiennes qui indiquent suffisamment sa première destination. On voit encore à Pouzzoles les restes d'un autre temple qui devait être de la plus grande beauté ; les uns croient qu'il était consacré à Sérapis , d’autres aux Nymphes : il était entièrement revêtu de beaux marbres d'Afrique et de Sicile. On y distingue quelques-unes des dix-huit chambres dont il était environné, et une salle de bains à l’usage des sacrificateurs. Le pavé , qui est de marbre blanc, le conduit destiné â l'écoulement des eaux et du sang des victimes, les anneaux auxquels on attachait les victimes, et quelques colonnes, sont assez bien conservés. Sur l'une des places de Pouzzoles , on remarque un piédestal de marbre blanc, orné de bas-reliefs qui représentent quatorze villes d’Asie , détruites par un tremblement de terre , et réparées par Tibère . Sur une autre place s'élève une statue romaine de 2 mètres de haut, très-bien conservée, dont l'inscription nous apprend qu’elle fut érigée à Flavius-Marius-Egnatius-Julianus , préteur et augure. Mais, de toutes les antiquités de Pouzzoles , l'amphithéâtre est sans contredit ce qu'elle offre de plus remarquable. On l'appelle le Colosseo (Colisée), et ses dimensions étaient égales à celui de Rome . L'arène , qui avait 83 mètres de long, est aujourd’hui convertie en jardin. On distingue encore les portiques qui servaient d'entrée, et les caves où étaient enfermées les bêtes féroces destinées aux combats. Le Labyrinthe de Dédale était un bâtiment souterrain destiné à conserver les eaux pour l'usage de la ville. Sur les bords du golfe de Pouzzoles, on montre encore les restes de la maison de campagne de Cicéron . Les flots ont couvert une grande quantité de ruines qu'ils rejettent quelquefois. C’est aussi sur ce golfe qu’on voit les restes du fameux pont de Caligula . Ces restes se composent de treize gros piliers et de plusieurs arches, qui étaient au nombre de 25 lorsque le pont était sur pied. Elles ont été le sujet de disputes assez

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vives : nous ne rapporterons ici que l'opinion de Suétone. On sait que Caligula , voulant célébrer des victoires imaginaires contre les Parthes et les Daces, donna le spectacle extravagant d'un triomphe à la manière de l'insensé Xerxès. A cet elfet, il fit construire un pont qui, partant de la partie du golfe où est située Pouzsoles , allait jusqu'à Baia ; mais on conçoit qu'il était impossible de bâtir dans la mer sur un espace de 5,63G mèt. Pour obvier à cet obstacle , on réunit un grand nombre de vaisseaux, dont on forma une sorte de pont de bateaux sur lequel on établit une route bordée de parapets. La description de ce triomphe extravagant et ridicule nous entraînerait trop loin ; il nous suflira de dire qu'il dura deux jours, et que la cessation complète des transports maritimes occasionna une famine générale qui se fit sentir plus fortement encore à Borne .

Pouzzoles renferme une population d’environ 11,000 habitants.

En sortant de cette ville et en côtoyant le golfe , on arrive à l’endroit où était autrefois le lac Luciun , si célèbre par les huîtres vertes que les Romains y faisaient pourrir,

Non me Lucrina Juverlnt concliylia.

Hoa. Ep. Od. a.

Aujourd’hui ce lac n'existe plus ; un tremblement de terre combla son bassin, qui n'olfre maintenant qu'un terrain marécageux et couvert de joncs. Le Monte Nuovo, qui a remplacé le lac Lucrin , n'est qu'un amas considérable de pierres brûlées , de scories et d'écumes semblables aux laves du Vésuve.

Lac Averne. Autrefois le lac hiverne communiquait avec le lac Lucrin à l'aide d’une tranchée qu 'si grippa avait fait ouvrir , ouvrage dans lequel il employa, dit-on, vingt mille esclaves. L' Averne est de forme ovale et présente une circonférence d'environ G kilom. Il est situé à un demi-mille de Monte Nuovo , et bordé de hautes montagnes qui jadis étaient couvertes de forêts si épaisses , qu'elles répandaient sur le lac une ombre éternelle. Les oiseaux , dit-on , n'y volaient pas impunément, et des exhalaisons méphitiques

en rendaient Ica approches dangereuses : aussi y sacritiaiton aux dieux infernaux. Aujourd’hui, au contraire, ses rives sont délicieuses , et on y respire l’air le plus salubre ; le laG est très-poissonneux; sa profondeur est évaluée à 133 m. 11 faut que de grandes convulsions de la nature aient prodigieusement changé la face de ces lieux , pour qu’ils aient pu fournir à Virgile la description qui commence par ces mots:

Vu ta lacu nlgro nemorumque tenebrU, etc.

Sur les bords de Y Avertie, à l’est, on voit les restes d’un temple qui fut consacré à Apollon , selon les uns , et à Pluton selon les autres. 11 reste encore à peu près la moitié de l’édifice.

Sur la rive opposée, au pied d’une colline et au milieu d’arbrisseaux très-touffus, on voit l’entrée de la fameuse Grotte de la Sibylle, qui, d’après l’opinion commune, communiquait avec la grotte dont l’entrée était à Cumes. L’ouverture de la première s’est beaucoup rétrécie par suite des atterrissements ; on est obligé de se courber pour y entrer; mais ensuite elle s’élève et permet d'y pénétrer jusqu’à une distance de 200 pas. Cette ouverture est remplie de cailloutages, ombragée par des arbres épais, et défendue par un petit lac noir et profond ; elle est à peu près telle encore que Virgile l’a décrite. On pénètre aujourd’hui dans l’intérieur de la caverne par une petite porte étroite , ouverte dans le roc, qui répond à un escalier également creusé dans le vif : cet escalier est taillé en spirale et conduit aux bains de la Sibylle. Pour entrer dans ces bains, il faut se faire porter par les guides. Ces bains se composent de deux pièces carrées, qui sont, à ce qu’on assure, à plus de 07 mètres au-dessous du niveau de la grotte ; elles étaient anciennement ornées de stucs et pavées de mosaïques. C’est par là que Virgile fait descendre Enée aux enfers.

Baies ( Baia). Cette ville, qui méritait la célébrité qu’elle avait chez les anciens , est située à peu de distance du Lac Fusako, sur la partie occidentale du golfe de Pouzzoles.

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Baies était devenue un séjour de délices : l'abondance et l'efficacité de ses eaux médicinales en avaient fait le rendezvous des riches. La côte est encore couverte de ruines qui témoignent de son ancienne magnificence; malheureusement la mer en envahit chaque jour quelqu’une. On sait que Pompée , Sylla , Marius , César et JYéron y avaient de superbes palais , ainsi que les principaux Romains. Quoique des siècles aient passé sur cette ville, les outrages du temps et les tremblements de terre n’ont point altéré la douceur de son climat ; mais elle a cessé d’être le temple du plaisir. L’air vicié parles exhalaisons des marécages qui l’avoisinent en a rendu le séjour dangereux , et cette ville jadis si gaie, si riche, si bruyante et si heureuse, n’est plus qu’une triste solitude, habitée par quelques paysans indolents et inertes. Ce fut à Baies que se forma le célèbre triumvirat de César , Lèpide et Antoine : ce fut aussi dans cette ville que mourut l’empereur Adrien .

Le golfe de Baies est entouré d’un coteau qui forme une espèce d’amphithéâtre ; il est ombragé d’arbustes toujours verts qui couvrent de belles ruines. Dans la partie inférieure du vallon, auprès de la mer, on voit plusieurs temples antiques dont quelques-uns sont encore bien conservés, comme les temples de Diane Lucifère , de Mercure et de Vénus ; mais ils sont situés ésur -un terrain si marécageux , qu’on ne peut y aborder sans avoir recours aux épaules des mariniers. La voûte du temple de Diane s’est écroulée. Le temple de Mercure est une grande rotonde de plus de 33 mètres de diamètre, qui, comme le Panthéon de Rome, reçoit la lumière d’en haut. La coupole, les petites chambres latérales et les bains des prêtres du temple de Vénus existent encore presque entièrement.. Dans la partie inférieure de ce monument on voit plusieurs chambres ornées de stucs et de basreliefs qu’on croit, avec assez de fondement, avoir été l’asile de la débauche.

La non-interruption des intéressantes ruines qu’on rencontre sur cette côte a fait présumer que l’antique Bdia occupait tout cet espace qui est compris entre le Château de Baies et les Bains de Tritoli.

Le Château de Baies s’élève sur le cap ; il a été fondé par

le vice-roi Pierre de Tolède . Du côté de la terre, ce n’est qu’une forteresse très-médiocre ; mais en revanche elle est très -favorable pour la défense du rivage.

Sur la droite de Baies , on montre aux voyageurs un édifice qu’on a gratifié du nom de Tombeau d'Agrippine , quoiqu’il ait plus d’analogie avec un théâtre qu’avec un monument funéraire : on ne peut y pénétrer qu’avec des torches. Le touriste prend ordinairement une barque de Baies pour visiter ces ruines.

Cap Mysène. 11 occupe la pointe méridionale du golfe de Pouzzoles. Mysène était le lieu de station de la flotte que les Romains y entretenaient pour maintenir la sûreté des mers et des côtes, depuis le détroit de Messine jusqu’aux Colonnes d* Hercule. Sur le cap s'élevait un phare pour éclairer les navigateurs. Sous la pointe du promontoire on remarque une caverne spacieuse formée par la nature : les Romains l’agrandirent , la fortifièrent et en soutinrent la voûte par de gros piliers placés de distance en distance. Ils avaient pratiqué dans le fond de vastes réservoirs pour recevoir les eaux pluviales qui y tombent en abondance.

Le Cap Mysène rappelle un souvenir douloureux : ce fut en effet de là que partit Pline le naturaliste pour aller observer l'éruption du Vésuve, où il périt.

Du Cap Mysène on peut retourner à Naples par mer ; cette traversée, qui est fort agréable, se fait en quelques heures.

Cumes. En sortant de la grotte , on gravit une colline sur laquelle se trouve le chemin qui conduit à Cumes. Cette ville fût bâtie par des Grecs venus de file ü'Eubée , ainsi que nous l’apprend Virgile .

Et tâhdcm Euboicis Cumarum allabitur oris.

Virg. En. liv. iv.

Sa situation était autrefois propre à faire une grande résistance; car elle était construite sur une colline entourée d’un côté par la mer et deux lacs, et enfin défendue par deux forts. Les monuments antiques qu’on y voit encore sont généralement assez bien conservés. Avant d’arriver à la ville, on trouve un arc de triomphe bâti en gros blocs de

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marbre , et qui a beaucoup de ressemblance avec le temple de Janus , à Borne . Pétrarque , dans son Itinéraire , cite le tombeau de Tarquin le Superbe comme un des plus anciens qu’il y eût à Cumes ; mais aujourd’hui il n’en reste plus de traces. A une petite distance des anciens murs qui formaient l’enceinte de la ville, on remarque un édilice de 8 mèt. de long sur 10 de large, dont la voûte est encore entière. Cet édilice majestueux était appelé le Temple du Géant , parce qu’on y trouva le buste colossal de Jupiter Stator. Ce buste est aujourd'hui au musée de JVaples.

De Naples , le prix d'une calèche pour Cumes est de trois ducats, et un bateau pris à Pouzolles , avec 4 rames, coûte quatre ducats.

À une lieue au N. de Cumes , est la Torre di Patria (jadis Literne ), lieu où s’élève le tombeau de Scipion l’Africain. La statue dont il était surmonté a été renversée par une tempête ; mais sur la table du sarcophage on lit encore cette inscription :

Ingrate patrie , tu n'auras pas mes os.

Bauli, aujourd’hui Baccola, C’est un petit village d’environ 300 âmes, situé entre Baies et le Cap Mysène. La tradition mythologique désigne ce lieu comme celui où aborda Hercule revenant d’Espagne , après la défaite du tyran Géryon . Au bas de ce village on voit un port absolument semblable à celui que décrit Tacite dans son récit de la mort d’ Agrippine , qui , après avoir échappé à la mort que lui avait préparée son barbare fils, se Téfugia dans sa maison de campagne , où elle fut assassinée dans la même nuit. Le tombeau que ses domestiques lui élevèrent est une sorte d’hémicycle avec galerie circulaire, dont la voûte est divisée en compartiments de stuc. Les bas-reliefs sont assez bien conservés ; mais l’entrée en est presque entièrement obstruée par des éboulements de terre. L’obscurité du lieu et la fumée des flambeaux qui a formé sur les ornements une espèce de stuc en suie rendent à peu près impossible la lecture des inscriptions qui y existent. Bauli est entouré d’autres monuments funéraires dont quelques-uns

sont encore décorés de bas-reliefs , de peintures et même de dorures.

Auprès de Bauli , s’élève ce monument magnifique, appelé avec raison Piscina Mirabile. La construction de cet édifice remonte jusqu’à Pison. 11 est de forme carré-long , et repose sur quarante-huit pilastres disposés en quatre files d’arcs quadruples d’une hauteur extraordinaire. Sa longueur est d’environ 39 mètres. On est effrayé quand on pense aux sommes énormes qu’a dû coûter cet ouvrage , car il sert à amener l’eau de plusieurs milles de distance, et il a fallu vaincre des obstacles immenses. Cette piscine a acquis une solidité extraordinaire par la couche de stalactites que les eaux ont déposée. Deux escaliers conduisent jusqu’au bas î la voûte est en outre percée de treize ouvertures , par lesquelles on présume que se puisait l’eau.

Champs Elysées. Entre les lacs Fusàro [YÂchëron des anciens) et Mare-Morlo , s’étend une petite contrée appelée Mercato del Sabbato . Là existaient jadis de délicieux jardins arrosés par de belles fontaines, et embellis par des arbres toujours verts. A l’aspect de ce site enchanteur, et sous un climat si doux, on conçoit aisément que l’imagination brillante des poètes ait conçu l’idée d’en faire le séjour des justes. La description qu’en donne Virgile est encore applicable de nos jours à ces bords charmants , mais il est dommage que Pair ait entièrement perdu cette pureté qui faisait ses principales délices.

Massa, jadis célèbre, est aujourd’hui une petite ville délicieusement située. Elle s’élève sur le flanc d’une colline toute couverte d’oliviers et de vignes , et à la pointe de la Campanella. Massa ne conserve d’autres restes d’antiquité que quelques débris d’un aqueduc ; mais on y remarque la Cathédrale , dans laquelle se trouve une petite peinture, la Sainte Famille , attribuée à Raphaël ; le Palais épiscopal , et une autre jolie petite église . Il s’y tient une foire le 15 août qui y attire beaucoup de monde.

Herculanum ( Herculaneum , Herculaniutn ou Herculium). On ignore Pépoque précise de la fondation de cette malheureuse ville : on ne peut que conjecturer avec Denis &' Halycarnassc qu’elle remonte jusqu’à Pan GO avant la

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guerre de Troie , c'est-à-dire 1342 ans avant J.-C. Polybe , en parlant de Capoue et de Naples , ne cite même pas Herculanum ; mais il est à présumer que du temps de cet écrivain, 160 ans avant J.-C. , cette ville était très-peu connue. Strabon , qui vivait sous Auguste et Tibère, est le plus ancien auteur qui en ait parlé. Herculanum , arrosée par le Sakno, fut habitée tour à tour par les Osques , par les Etrusques , par les Grecs et par les Sameroles. Denis d' Haly car nasse raconte qu’Hercule , étant venu en Italie après avoir délivré l’Espagne des brigands qui l'infestaient , et avoir achevé plusieurs autres entreprises dans les Gaules, construisit une ville entre Naples et Pompéi pour procurer à sa flotte un port assuré, et qu'il lui donna son nom. Quoi qu’il en soit, les Romains s’y établirent 293 ans avant J.-C. Un siècle plus tard , cette ville , ayant pris part à une guerre contre les Romains, fut reprise par le proconsul T. Vidius : elle devint ensuite colonie romaine, et acquit de la richesse et de l’importance, Pline et Horace la mettent en effet au rang des villes les plu3 florissantes de la Campanie. Lorsque toute la délicieuse côte du golfe de Naples était embellie par les maisons de plaisance des Romains les plus distingués, Herculanum fut aussi choisie comme un lieu de délices. Cicéron nous apprend que les Fabius y avaient leur villa. L’épouvantable éruption du Vésuve, arrivée sous les premières années du règne de Titus , l'an 79 de l’ère chrétienne, et qui couvrit de lave Herculanum et plusieurs autres villes de la Campanie, est un événement assez connu. Pline le jeune, témoin oculaire de cette grande catastrophe, nous en a laissé une description , dans laquelle il raconte la déplorable fin de son oncle, qui se trouvait sur les lieux en qualité de commandant de la flotte romaine. Herculanum fut ensevelie sous les cendres et les laves du Vésuve, vers la partie qui se trouve entre la maison royale de Portici et le village de Résina . Son port était peu éloigné du Vésuve . La matière qui couvrit Herculanum était une cendre fine , grise, brillante; elle coulait lentement, laissant aux habitants le temps de se retirer ; car dans les excavations on n’a trouvé qu’un très-petit nombre de cadavres et d’effets précieux : parmi ces derniers, on n’a trouvé que ce qui n’était

pas d’un transport facile. Il faut croire que dans sa chute cette matière était bouillante, puisqu’on y voit encore des porteset d’autres objets en menuiserie tout à fait carbonisés, et que dans certaines maisons où la lave n’avait pas pénétré, les boiseries étaient aussi dans le même état, effet de la grande chaleur qu’elle communiquait autour d’elle. Néanmoins tous les objets, comme les livres , le pain , le blé, n’étaient pas consumés. Les cendres et la lave comblèrent hermétiquement les chambres et les appartements : plusieurs murailles furent inclinées et d’autres renversées. Le stuc formé par le mélange de cette cendre avec l'eau prit une consistance si compacte, que tous les objets qui en furent recouverts furent merveilleusement garantis de toute humidité et de toute fermentation ; c'est pour cela qu'on admire les peintures, dont les couleurs ont conservé tant d’éclat, de fraîcheur, de vivacité et de brillant, qu’elles semblent être un ouvrage récent. Au-dessus de la lave de la première éruption, on remarque une espèce de poussière blanche disposée par couches, mais avec des interrupt ons. On pense que cela provient des pluies de cendre successives.

Le prince d’Elbœuf , Emmanuel de Lorena , étant allé à Naples en 170(1 , en qualité de commandant de l'armée impériale contre Philippe V , y épousa en 17 13 la fille du prince de Salsa. Désireux d’avoir une maison de plaisance dans les délicieux environs de Naples , ce prince en fit élever une à Portici . L’artiste auquel il avait confié l’exécution des stucs ne trouvait pas en assez grande quantité cette poussière de marbre fin dont il avait besoin pour confectionner ses ouvrages, lorsqu’un paysan de Portici en trouva plus que suffisamment en creusant le puits de la maison. Le prince acheta à ce paysan l’autorisation de faire de nouvelles fouilles dans le même lieu. Ce fut cette circonstance fortuite qui fut le prélude de la découverte <ï Herculanum. Après quelques jours de travail , on trouva une statue à' Hercule, puis celle de Cléopâtre. Ces premières découvertes ouvrirent les yeux au prince d’Elbœuf, qui, encouragé par ces succès à de nouveaux travaux , vit bientôt scs peines couronnées par la découverte d'autres statues, d’inscriptions, de marbres pré-

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deux, d’un temple de forme ronde avec colonnes d’albâtre, etc. Les résultats de ces fouilles devinrent bientôt assez considérables pour fixer l’attention du gouvernement. Les travaux du prince d'Elbœuf furent donc suspendus, et on ne fit aucune autre découverte jusqu’à l’époque où Don Carlos , étant devenu roi de Naples , voulut se faire construire un château à Portici , c’est-à-dire en 1736. Le prince d’Elbœuf céda alors au roi sa maison et les terrains qui avaient été pour lui une si grande source de richesses. Le roi fit aussitôt exécuter des fouilles à 28 mètres de profondeur perpendiculaire , et on ne tarda pas à reconnaître l’existence d'une ville entière; on y retrouva même le lit de la rivière qui la traversait, et une partie des eaux qui y coulaient. V enati , célèbre antiquaire de ce temps-là , qui dirigeait les fouilles , découvrit le temple de Jupiter , une statue d'or, le théâtre, une foule d’inscriptions, de statues , de peintures, etc. En 1765, quand Don Carlos partit pour l’Espagne , il n’y avait que 50 ouvertures qui avaient néanmoins donné les plus heureux résultats, parce que les travaux avaient toujours été continués avec activité.

Les rues d ' Ilerculanum sont droites, et munies de chaque côté de trottoirs pour les piétons ; elles sont pavées de laves du jFésuve. Plusieurs maisons ont un pavé en compartiments de marbres de différentes couleurs; quelques autres se font remarquer par leurs mosaïques en pierres naturelles’, mais de couleurs habilement variées. On a observé qu’autour des chambres existe une sorte de gradin de 33 centim. environ d’élévation, et on a supposé (ju’ii servait de siège aux esclaves. Parmi les objets qu’on a successivement découverts, il faut citer en première ligne : un édifice public entouré d’un portique , pavé de marbre et orné de peintures ; — un théâtre de forme rectangulaire, avec belles façades et colonnes de marbre ; — un tombeau avec piédestaux , etc. Le Forum était un carré rectangulaire de 77 mètres de longueur , entouré d’une place soutenue par 40 colonnes ; l’entrée de Gettc place était formée par cinq arcades ornées de statues équestres; les deux plus belles, représentant Balbi et son fils , sont maintenant dans la salle des modèles de l’Académie à Naples; de ce portique on communiquait ,

Iau moyen d'un autre portique , à deux temples dont le plus vaste pouvait avoir 60 mètres de longueur, etc. Il y a tant et de si bons ouvrages sur les antiquités trouvées à Hercu lanum , comme sur celles qu'on y trouve encore journellement, qu'il serait superflu de s'étendre plus au long sur cette matière , malgré l'intérêt puissant qu'elle excite. Nous engageons le voyageur à consulter ces belles collections de gravures et de dessins qui se vendent à Naples , et notamment celle qui se publie aux frais du roi. Cette dernière joint à la plus grande exactitude une magnificence d'exécution digne du prince qui préside à cette publication.

Le voyageur trouvera à l’hôtel du Commerce, à Torre delle Ànnunziata, de quoi se restaurer. C'est ordinairement le soir qu'on visite Herculanum , et aux flambeaux , puisqu'elle est située sous une lave dure de 20 mètres d'épaisseur.

Stàbbia. C’est une petite ville d'importance secondaire, qui , comme Herculanum et Pornpèi , fut la victime de la fatale éruption de 79. Jusqu'à présent on n'a fait que peu de recherches pour la découvrir : la découverte d' Herculanum, • et plus encore celle de Pompéi, ont attiré sur elle tout l'intérêt de la curiosité.

Pompéi (1), l'une des villes les plus importantes de la Campanie , était située sur le golfe de Naples , au pied du Fésuve, du côté du S. ; elle possédait un port assez commode sur le Samo . Les anciennes éruptions de son terrible voisin lui avaient fourni le pavé de ses rues. Tour à tour habitée par les Étrusques , les Grecs et les Samnites , elle fut enfin L convertie en colonie romaine par Sylla . Le tremblement de terre de 63 lui causa de grands dommages. Pipidius en avait reconstruit le temple d'Isis avec la plus grande magnificence; il l'avait enrichi de peintures et de statues. Pendant un inter- ? valle de quinze années, la ville entière s'était presque renou- »

(i) Nous avons indiqué plus haut le chemin de fer comme étant la voie la plus prompte , la plus agréable et la moins chère pour se rendre à i pompéi. Par voiture ordinaire , une place de Naples , pour aller et revenir, coûte a carlins ; une voiture et 2 chevaux , pour aller et retour , de s h 4 piastres. — Pour le cicerone de la première enceinte, « carlins; pour celui de la seconde, #; et pour les deux cicerone d 'Herculanum, «s carlins.

t;tJIDC EN ITALIE.

veléc , lorsque la trop fameuse éruption de 79 l'ensevelit tout à coup sous ses laves brûlantes. Comme à Herculanumy les victimes de ce fatal événement furent peu nombreuses, si on en juge par le petit nombre de squelettes qui ont été trouvés : ce qui contirme au reste l’opinion générale sur la lenteur de la marche de la lave. Cette horrible scène a été représentée avec le plus grand talent par l’habile peintre Bruloff , dans un tableau de grande dimension qui a été offert à l’admiration publique en 1833 , dans les salles du musée de Brera , à Milan . Il est à présumer que les menaces terribles du Vésuve continuèrent encore longtemps après l’enfouissement de Pompèi , puisque les habitants des pays voisins n’osèrent plus s’en approcher pendant de longues années, et que si le souvenir de Pompéi était encore empreint dans leur mémoire, iis avaient oublié jusqu’à ia véritable situation de cette malheureuse cité. La plaine sous laquelle elle était ensevelie fut pendant fort longtemps une campagne fertile où croissaient en abondance la vigne et les arbres fruitiers; mais aucun édifice ne s’élevait sur la surface. Cet état de choses dura jusqu’au moment où Charles , roi de Naples , dont nous avons déjà parlé, fit commencer ces fouilles dont le résultat fut la découverte de la ville souterraine. Depuis cette époque jusqu’à nos jours, c’est-à-dire dans un espace de 80 ans environ , on a beaucoup travaillé sans doute , mais il y a lieu de croire qu’on n’est pas même arrivé à la moitié de l’ouvrage. Cependant le voyageur peut y parcourir plus de vingt rues, larges, pavées de lave, avec des trottoirs sur les deux. côtés; il peut visiter plusieurs maisons, observer toutes les parties qui les composaient; il peut se promener sur deux forums , visiter deux théâtres , neuf temples , un amphithéâtre , un cimetière , une caserne militaire, faire le tour des murailles, dont le développement s’étend sur deux milles, et enfin porter un dernier hommage sur la tombe des personnages illustres. Les objets principaux servant aux usages de la vie, et ceux qui étaient du domaine des beaux-arts, furent transportés au fur et à mesure dans les musées royaux de Naples et de Porlici ; mais un décret souverain très-récent a décidé que tous les objets qui désormais seront découverts soient laissés à leur place,

afin qu'on ne puisse pas supposer que des mains profanes aient altéré la vérité et l’originalité de ces précieux monuments.

Les travaux exécutés à Pompéi ont coûté bien moins de fatigues que les fouilles d ’ Herculanum ; car la première était à peine recouverte de quelques pieds de lave , au-dessous desquels apparurent aussitôt les faîtes des édifices, il est impossible de se former une idée de l'intérêt qu'inspire cette ruine vivante. En effet, Pompéi n'est point un amas de débris mutilés, faibles indicateurs de grands événements ; c'est une ville entière, une ville véritablement romaine dans tous ses détails, qui vous montre ses rues, ses forums, ses théâtres, et jusqu'aux plus mesquins ustensiles de la vie domestique ; tout y parle vivement à l’imagination, qui croit y voir errer les ombres de célèbres Romains.

- Dans l'impossibilité où nous somaies de donner ici une description détaillée de Pompéi, nous renvoyons le voyageur aux ouvrages que nous lui avons indiqués pour Ilercula num. Nous lui recommandons surtout d’une manière particulière l’ouvrage intitulé : Real Museo Borbonico , dont les dessins sonL exécutés par les meilleurs artistes, et les descriptions écrites par les plus savants archéologues de Naples . La direction de cet ouvrage précieux est confiée au chevalier Nicolini , président de l’Académie des Beaux-Arts du royaume des Deux-Siciles. La collection se composera de soixante-quatre livraisons, dans lesquelles on donnera le résultat des fouilles de chaque année. Quarante-cinq livraisons ont déjà paru.

Nous terminerons par la reproduction de quelques inscriptions intéressantes trouvées dans divers lieux de Pompéi,' comme les suivantes :

MAMAIIA P. I. SACERDOTI FVBLICÆ I.OCVS SKPVI.TVRÆ DAT VS

DECVRlüNVM DKCRETO.

A Mamvùa , fille de Publias, prêtresse publique. Lieu de sépulture

donné par décret des décurions.

Cotte inscription est tracée en gros caractères rouges sur l’un des sièges semi-circulaires qu’on remarque dans la rue des Tombeaux.

CL' IDE EN ITALIE

IW PÏUWDIMS IVLIÆ S. r. ¥ . FELICIS LOCAKTUR BALNEVM VEKERItW ET MOUGENTVM TAIIERIfÆ FERGVLÆ CÆNACVIA EX EDIUUS AUG. PRIMIS IW IDVS A VG. SEXTAS AN.NOS COJiTINVOS QVENQVE S. Q. D. L. E. If. G.

Julia Félix, fille de Spurius , propose à loyer ilu 1 au g des ides d'août, un appartement de bains , un venereum , neuf cents boutiques et étaux pour cinq années continues , sous condition que si on y établit un lieu de prostitution le bail sera résilié.

Cette inscription singulière est aujourd’hui au musée.

BILLET DE TIIÉAT11K.

CàV. II.

CVN. III.

Grad. VIII.

Casinai Plaüt.

( il Travée ).

( m Coin ).

( viii Gradin ).

Casina, comédie de Plaute.

Indication

de tous les monuments de Pompéi, dans leur ordre déposition sur le terrain.

Bourg d’Augusto Felice.

Monuments du côté droit de la rue des Tombeaux . Habitation de Marcus Arrius Diomède; — Triclinium; — Sépulcre de Cneius Vibrius; — Sépulcre de Nevolia; — Sépulcre de Caïus Calvezius ; — Tombe; — Sépulcre de Scaurus; — Tombe inconnue; — Maison dite de Cicéron ; — Hémicycle avec siège de la première porte de la ville; — Enceinte sépulcrale de Porcius; — Tombeau de Mammia; — Tombeau de Bestiami; — Tombeau de Veïus; — Chapelle funèbre de Restitutus.

Monuments du côté gauche de ladite rue . Sépulcre de la famille Arria; — Sépulcre des enfants Gratus et Salvius; — Grand sépulcre ruiné; — Sépulcre de Caïus et de Labéon; — Sépulcre de deux Libella;— Tombeau souterrain;— Auberge île campagne : ccnries publiques; — Boutiques; — Hémicycle

HW

avec niche;— Tombe des Guirlandes; — Tombeau de Titus; — Porte de la ville.

Cours de Pompé!.

lté

*{ Intérieur de la ville , première section . Salle à manger; s*: — Auberge publique d'Albinus ; — Maison de Popidius Ru-

fus ; — Therme de Feremius Ninféroïde ; — Auberge de Giullus Polybius et d’Agatus Vaïus; — Maison des Vestales; — Maison d'un chirurgien; — Poids publics; — Fabrique de savon; — Thermes ; — Fontaine ; — Ruelle ; — Maison des danseuses ; — Maison de Narcisse ; — de Pupius.

Intérieur de la ville , seconde section . Four public; — Hôtellerie; — Maison de Caïus Salluste, fils de Marcus; — Maisons de Cecilius Capella , — de Modestus ; — Maison dite du Sanglier; — Boutique de forgeron; — Four public; — Maison de Suettius Erennius; — Maison de Caïus Giulius Polibius, juge; — Académie de Musique; — Maison de Suettius, — de Caïus Giulius Priseus ; — Pharmacie ; — Auberge de Fortunata;— Maison de Marcellus, — de Suettius Popidius ; — Four public ; — Maison de Pansa ; — Boutitique d’Epidius Sabinus; — Maison du poëte dramatique; — Thermes publics; — Hôtellerie; — Peinturerie ; — Maison de la Fontaine mosaïque ; — Maison de Zéphire et de Flore ; — Petit temple de la Fortune; — Rue de la Fortune; — Boutique de vitrier; — Maison de Bacchus; — Marchand de lait; — Ecole; — Forum civil ; — Monuments du collège; — Carrefour; — Place de Marcus Tullius, fils de Marcus; — Trésor public du temple de Jupiter ; —Temple de Vénus ;— Basilique; — Maison dite de -Championnet $ — Maison d’Adonis; — Boutique; — Ecole; — Edifice d'Eumachia; — Boutique ; — Maison , derrière FOripe d’Eumaehia ; — Temple de Quirinus* dit de Mercure; — Temple d’Auguste, dit le Panthéon; — Petite île autour du temple d’Auguste; — Carrefour; — Boutique de fruits secs;— Pâtissier; — Marchand de vin; — Hôtellerie; — Maison du Questeur; — Maison de Méléagre ; — Habitation inconnue; — Maison de Vénus et Mars; — Boutique de savon ;— Boutique de poissons salés;— Maison de la femme du Pécheur; — Rue des Théâtres; —

GUIDE EN ITALIE

Maison des Grâces; — Hue des Douze-Dieux; — Grand portique avec atrium découvert; — Temple de Neptune; — Maison dite de Joseph H; — Tribunal ou Curie; — Temple d’isis; — Temple d’Esculape, de Jupiter et de Junon; — Maison d’un sculpteur;— Théâtre comique; — Théâtre tragique;— Forum ; — Quartier des soldats ; — Amphithéâtre ; — Maison de Giulia Felice ; — Porte d'Isis.

A en juger par les vestiges découverts et mis à jour , la splendeur de Pompéi devait être grande ; et cependant ce qu’on voit aujourd’hui forme à peine la cinquième partie de cette antique cité.

Toriie del Gkeco ( Turris Octave) est le village le plus peuplé de tout le territoire de JVaples , et renommé pour son vin et son macaroni. L’air en est très-sain et la terre trèsfertile. On y remarque un lleuvc souterrain. Ce village fut considérablement endommagé par l’éruption du Vésuve de 1731. L’église paroissiale possède de bonnes peintures de Giordan.

Toiuie della Nunziata (hôtel : du Commerce). Ce village est situé, commcle précédent, sur le versant oriental du P'ésuve ; mais il est plus riche, plus industrieux et plus commerçant.

Iles

des environs de JYaples .

De JYaples pour aller à Capri, il faut se pourvoir d’un passe-port, sans quoi l’on court le risque d’être arrêté. C’est ordinairement à Sorrente que l’on s’embarque pour cette île, où le touriste est assuré de trouver deux bons hôtels. J .es vins blancs et les jolis coquillages de Capri sont renommés. Un cicerone se paye Ij2 piastre, et un âne, pour excursions, G carlins.

Capri. Du Cap Mysèneh l'ile Capri , la traversée est d’environ cinq heures. Cette île se compose de deux villages , nommés Capri et Anacapri. Pour arriver à ce dernier, il faut mouler un escalier ouvert, étroit, et composé de bOO marches. Si le voyageur est amateur de belles vues , il doit

ROUTE 94.— NAtfLES.

gravir le Mont Solaro; il ne regrettera pas la peine qu’il mra eue , car il est impossible de donner une idée, même approximative , du coup d’œil dont on y jouit : la plupart des voyageurs s’accordent à assurer que c’est la plus belle vue qu’il y ait en Italie, ce qui n’est pas peu dire. On voit encore dans cette lie le palais de Tibère, qui est situé sur une sommité.

La Grotte d’Azur. La découverte de cette grotte est assez singulière pour qu’elle mérite de trouver sa place ici. Deux Anglais nageaient près des côtes de Capri , quand l’un d’eux, voyant une excavation dans un des rochers qui bordaient le rivage , eut la hardiesse d’y pénétrer. Quelle fut sa surprise et son admiration en voyant un lac tranquille d’environ un quart de mille de circonférence, au milieu duquel tout est bleu : les rochers, l’eau, le sable, se nuancent de cette couleur, qui, loin de blesser la vue, arrive douce et tendre à l’œil émerveillé. L’eau a environ cinq mètres de profondeur; mais elle est si pure, si limpide, qu’il semble qu’il n’y ait qu’à tendre la main pour y ramasser les coquillages qu’on aperçoit dans le fond. La voûte est très-élevée; elle est formée par un rocher tout hérissé de stalactites. L’entrée de la Grotte d* Azur est assez difficile. On n’y pénètre qu’à l’aide d’un petit bateau très-plat, dans lequel il faut se tenir à plat ventre; puis le batelier, saisissant le moment où la vague se précipite en mugissant à l’entrée de la grotte, se laisse entraîner par elle jusque dans l’intérieur. On fait souvent des tentatives infructueuses, et il est des jours où il serait téméraire de vouloir y pénétrer. L 'île de Capri peut contenir 12,000 habitants; la ville possède un palais pour l’archevêque de Sorrcnte.

Ischia. Des barques font journellement le trajet de Naples à cette île en 7 ou 8 heures, et prennent 10 grains par personne ; il faut 2 jours pour bien visiter cette île. On paye les ânes, y compris le guide, 8 carlins. — Hôtels: la Sentinelle, la Maison de Don Tommaso , réputée pour son vin blanc et l’excellence de son pain.

Ischia, autrefois appelée Pythécuse , est la plus grande des îles du golfe de Naples. Virgile et Homère l’ont nommée Jnarima. Selon Slrabon , les premiers habitants d'ischia

GUIDE EN ITALIE

furent des Ery thréens , qui se virent forcés de l'abandonner à cause des continuelles éruptions volcaniques auxquelles elle était sujette. Elle demeura déserte jusqu’en 3540, en- \ viron 450 ans avant J.-C. Les Romains s’y établirent ensuite, 1 et la cédèrent aux Napolitains en échange de Capri. Cette île suivit naturellement le sort de la métropole , et , comme elle, eut à souffrir de fréquentes vicissitudes. Alphonse d'Aragon en chassa tous les habitants mâles, qu’il remplaça par des Catalans et des Espagnols pris au hasard dans son armée , ét auxquels il Ût épouser les veuves et les filles des pauvres exilés.

Ischia offre au voyageur beaucoup d’intérêt. Quoique la superficie ne dépasse pas dix-huit milles carrés , environ 29 kll., elle contient une ville de plus de,4,000 habitants, et dix villages dont la population totale s’élève à 20,000 âmes.

Le feu souterrain dont cette île est animée communique à la végétation une activité extraordinaire , et donne à ses eaux thermales de grandes vertus salutaires. L’air , l’herbe , les fruits , le lait, tout y est d’une qualité rare. Les poissons de ses côtes ont aussi une supériorité incontestable sur ceux de la mer d’alentour. Le volcan du Mont Epobieo, aujourd’hui St-IVicolas , est le plus remarquable de tous ceux qu’on voit dans l’ile. La ville d 'Ischia est bâtie sur un rocher de basalte de 200 mètres de hauteur ; mais elle n’ofïre plus que le fantôme de Y Ischia du moyen-âge , qui fut détruite en 1302 par l’éruption de YEpomée . Cette éruption fut si terrible, qu’ellemit toute l’île en feu pendant deux mois entiers. On visitera avec intérêt ce mont Epomêe , dont nous avons parlé ci-dessus, quoique l’ascension soit un peu difficile. Au sommet de ce pic on jouit de la plus belle vue* On peut se reposer à l’ermitage , qui se compose d’une petite habitation taillée dans le roc , et d’une chapelle dont la façade seule est en maçonnerie. Quoique de nombreux pèleriens viennent y faire leurs dévotions , ce petit sanctuaire a conservé sa première simplicité. Les autres objets dignes d’être visités sont : le champ de lave de YArso , le Lac d'ischia , les Étuves de Casiiglione , les bains renommés de Casimie , la fameuse fabrique de chapeaux de paille. (Voyez Précis sur les eaux fninèro-thermales et les Etuves de Vile d'ischia ,

ROUTE 94.-r-NAM.E8. 758

par J.-E. Cherailey de Rivai, à Naples, chez Gaetano Nobile , 1831.)

Proc ida ( Prochytà ). Cette île est située entre le Cap My- * sène et l’îîe û! Ischia ; elle a une superficie de 5 milles carrés , et se fait remarquer par sa fécondité; elle est peu montueuse et abonde en perdrix et en faisans. On y voit beaucoup de restes antiques, plusieurs jolies maisons de campagne, et on y compte environ 14,000 habitants. Son château, qui jadis avait quelque importance, est aujourd’hui tout démantelé, et sert de rendez-vous de chasse. Ses tristes murailles rappellent à la mémoire le nom de ce cruel Jean de Procida , seigneur de l'île , et principal auteur du fameux massacre connu sous la dénomi nation de Vêpres Siciliennes . Les habitants de cette île passent pour les meilleurs marins de l’Italie.

Le golfe de Naples est semé d’une quantité d’autres petites îles que nous ne décrirons pas ici , afin d’éviter les longueurs. Elles offrent d’ailleurs peu d’intérêt, si on en excepte les perspectives plus ou moins remarquables qu’on y rencontre. Nous avons cru devoir nous borner à la description de celles qui ont eu quelque importance historique.

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