ROUTE 28. — DE MILAN AUX ILES BORROMÉES
Cette île est composée de dix terrasses voûtées qui s’élèvent les unes au-dessus des autres , et dont la plus haute a quatre mètres au-dessus de la surface du lac, et 13 mètres en carré. Un Pégase placé au haut de cette terrasse donne à l’ile entière la forme d’une pyramide aux yeux de ceux qui viennent y aborder du côté de l’E. Au couchant, on voit sortir des ondes du lac un vaste palais qui n’est pas encore entièrement achevé. Dans un des berceaux des terrasses , le fondateur a fait consigner sur le marbre le but de cette création. Les mosaïques ou salle terraine sont les appartements qui occupent la partie inférieure du palais, et dont les murs imitent les parois de brèche d’une grotte naturelle. On y voit de belles copies en marbre d’antiques célèbres, un buste d’Achille très-estimé, un dauphin en marbre blanc qui verse de Peau dans une vaste conque, etc. Les autres appartements du palais contiennent des tableaux de Luca Giordano , de Procaccini , de Schidone , du Titien , de Le Brun et de divers autres maîtres. On voit dans ces trois petites chambres plusieurs paysages du chevalier Tempes ta y peintre fameux qui avait été exilé dans cette île après avoir assassiné sa femme pour en épouser une plus belle. Dans la proximité de PIsola-Bella , la profondeur du lac est de 200 mètres ; mais entre les îles on ne trouve que 0 mètres. Toute l’ile est couverte de bosquets (1) et de berceaux composés d’orangers, de citronniers, de grenadiers, de cédrats , de lauriers, d’oliviers , de cyprès, de vignes, de rosiers, de jasmins, de myrtes et de câpriers. Elle est embellie par des fontaines, des statues, et peuplée de superbes faisans. Les orangers et les citronniers y poussent presque aussi vigoureusement qu’à Naples et à Palerme , et leurs troncs ont jusqu’à 33 centimètres de diamètre. Là, suides orangers chargés en même temps de fleurs et de fruits , on voit fleurir la vigne et s’épanouir les boutons de la rose et du jasmin. On y cueille des cédrats, sorte de gros citrons de 30 centimètres de longueur sur 20 centimètres de diamètre. Pendant le temps de la floraison , les parfums de ces
(i) Dans un de ccs bosquets, un laurier attire surtout l’attention. Napoléon y grava, l’an 1*00, le mot bataille.
(il’IDE EN ITALIE.
jardins s’étendent à une grande distance sur le lac, et flattent l’odorat des voyageurs qui approchent de nie , surtout le matin. En hiver, on recouvre de planches toutes les différentes variétés d’orangers et de citronniers. Les autres plantes que l’on cultive en pleine terre y passent sans inconvénient la mauvaise saison. La vue dont on jouit sur la plus haute terrasse est d’une beauté et d'une étendue surprenantes. Au N., on voit PIsola-Madre, et, plus près du rivage, les îles de San-Giovanni et de San-Michelt sortir du milieu des ondes. Sur les rives du lac on découvre les villes de Pallanzae t d’intra , et le gracieux coteau de Castagnuoïa , couvert de couvenls, de villages et de maisons de campagne, ainsi que le monte llosso et le Simolo; plus loin, à l’horizon, les hautes et sombres montagnes des vallées d’/ntrasca et Vichezza ; à droite de l’Isola-Madre , la partie du lac qui s’étend du côté de Locarno , avec les rochers escarpés de Pino et de Gamborogno , au-dessus desquels s’élèvent les montagnes des vallées de Verzasca et de Maggta; au N.-O. , YOrsero , au pied duquel la Treza va se jeter dans le lac; plus au S., Laveno , au-dessus duquel s’élève le monte Beusser ; à l’E. , les collines enchantées de Farèse , que couronnent une multitude de chapelles, de tours et de maisons de plaisance.
Selon Simondy l’île vue de loin présente l’idée d’un « énorme pâté du Périgord, garni de têtes de coqs de bruyère et de perdrix. » Mathieu la vante comme une « création magique et pleine de goût, une terre féerique, qui aurait pu servir de modèle pour les jardins de Calypso. » Saussure l’appelle « un magnifique caprice, une pensée grandiose, une espèce de création ; » tandis que Brockedon la considère « comme digne de l’extravagance d’un homme riche et du goût d’un confiseur. »
L' Ile-Supérieure ou des Pécheurs , qui, par la simplicité de ses bâtiments, semble être placée à dessein près de 1’Isola-Beïla pour en rehausser la magnificence, n’a rien de curieux. Quoique son circuit ne soit à peu près que de dix minutes, elle renferme néanmoins plus de deux cents habitants, qui sont presque tous de pauvres pécheurs, et une église qui est la paroisse des trois Borromécs.
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L’Ile-Mère (Isola-Madre), plus grande, plus Irrégulière et plus agreste que rile-Belle , est située à un raille, 1,800 mètres plus loin, du côté du nord. Elle est composée de sept terrasses , au haut desquelles s’élève un palais. Les faisans et les pintades la peuplent. Elle a ses beautés dans un genre différent. On a voulu réunir Put! le et l’agréable. On peut regarder l’autre comme l’ouvrage de Part , et celle-ci comme celui de la simple nature. Se faisant ressortir mutuellement, l’ane sert d’ornement à l’autre , et elles concourent toutes deux à orner le superbe bassin du lac. On recueille aussi en abondance , dans Plie-Mère , des oranges et une espèce de citron d’une grosseur extraordinaire et d’une odeur exquise. Petit théâtre d’un bon goût , où l’on a joué des comédies de GoldonL
Les autres localités qui bordent ce beau lac sur la rive orientale, partant de Sesto-Calende , sont :
àngera , gros bourg situé au fond d’une petite baie : quelques débris trouvés dans des fouilles font présumer qu’Angera fut anciennement une place importante. Plus au nord ge trouve
Laveno ou Campa ( Titus Labienus ), gros bourg entouré de hautes montagnes. Tout près de cette petite localité se voit un rocher qui se projette dans le lac, et sur lequel s’élève la petite et curieuse église de S .-Catherina-dcl- Sasso.
Continuant toujours vers le nord , on arrive à
Luiiso ou Luvino, bourg fort riche, patrie, dit-on, de Luini le peintre, et dont l’église paroissiale conserve quelques fresques. Voir le palais Crivelli , le temple soutenu par 16 colonnes doriques. Ensuite on rencontre
Pino, sur les confins de la Lombardie;
Magadino ( hôtels : le Bateau-à-Vapeur, Suisse), bourg de quelque importance, à l’embouchure du Tessin, dans une riante situation sur la route de Bellinzone à Milan.
Sur la rive occidentale du lac , nous trouvons , à son extrémité nord ,
Locarno (en ail. Lugarns), [hôtel : la Couronne), une des capitales du canton du Tessin , dans une situation délicieuse, avec un petit port, un fort marché, trois églises
GUIDE EN ITALIE
assez curieuses, surtout celle de la Madona-del-Sasso , d’où la vue est magnifique.
Brissago, jolie petite localité où prospèrent en plein champ la vigne, le Üguier, l’olivier, le myrte, etc.
Canobbio, un des bourgs les plus riches des bords du Lac Majeur. Voir l’église délia Pielà , dont le dessin est de Bramante, qui a de belles peintures et des inscriptions antiques, et des fresques attribuées à Gaudenzio Ferrari .
En suivant le même rivage, vers le sud , se trouve
Canero, gros bourg dans une riante situation, et jouissant d’une température douce.
Lntra, autre bourg très-commerçant. Enfin nous terminons notre tour du lac par
Pallanza, chef-lieu d’une province sarde, petite ville très-gaie, entourée de coteaux couverts d’une riche végétation. Voyez sa curieuse église de S .-Slephano et quelques débris d’antiquités romaines.
Les autres localités qui bordent cette rive du lac sont décrites route 5.