MEN MET
mémento)
Nous allons transcrire cette inscription en lui donnant sa disposition naturelle.
A.YVO IJOMINI MCCCVII, III, DVS DECEMBRIS 0IS1IT [} DOMINA S JOHANNES NOEDES RECTOR ECCLES1E SAXCTI || l'A VU CV.1YS ANIMA EJYS (sic) REQVIESCAT IN PACE, AMEN. DICATIS PATER NOSTEB || PLANG1TE QVI CVPITIS MORTEM VIT ARE SEVE- RAM. QVOD SVM VOS ERITIS || QVIPPE VOS ESTIS, ERAM. TV QVI TRANSIS, DOMINVM ROGARE MEMENTO || PRO ME QVI JACEO TVMVLATVS IN HOC MONVMENTO. AGITE RENI- TENCIAM O).
L'an du Seigneur 1307 et le 3 des ides de décembre, est mort Jean Noèdes, doyen de Vèglise de Saint-Paul Que son âme repose en paix, amen. Dites un pater noster. Pleurez, vous qui désire: fuir la mort cruelle Vous serez ce que je suis, car j'étais ce que vous êtes. toi qui passes, prie pour moi qui repose enseveli sous cette pierre. Faites pénitence.
L'ornementation de l'église est très-pauvre. Mais le retable du maître autel, tout en plâtre, est trèsgrand et remarquable à cause de ses moulures. C'est un ouvrage de la fin du xvr 3 siècle. Il fut construit quand on répara l'église, dévastée en 1543.
C'était par conséquent pendant la guerre de François 1" et de Charles-Quint. Le vice-roi de Catalogne,
(1) lie Bonnefoy, Epigm-phie rotissiUonnaiïe.
hmWi
Rôussillon et Cerdagne, marquis d'Agùilar , comte «le Siffontes vint à Estagell après avoir brûlé Tuchan et y établit son camp. L'armée qu'il commandait se composait de castillans, d'aragonais. de valenciens, de catalans, d'allemands, environ 8,000 hommes d'infanterie ou de cavalerie avec quelques pièces d'artillerie.
D'Estagell, le vice-roi envoya un trompette à Saint- Paul pour engager les habitants à se rendre, faute de quoi il les ferait pendre tous aux murailles de la la ville , si no dltrament lois los penjarie per las tnuraUas ( J ). Le capitaine d'armes français qui commandait à Saint-Paul, M. de Pomera, répondit fièrement que lui et tous ses gens mourraient plutôt que de se rendre. Le vice-roi envoya une nouvelle sommation, qui ne fut pas mieux reçue que la première. On se décida alors à marcher sur Saint-Paul et le marquis d'Agùilar donna ordre à ses soldats de passer tous les habitants au fil de l'épée. Le bombardement avait à peine commencé que ceux-ci demandèrent à capi tuler . Mais les combattants se retirèrent dans l'église avec M. de Pomera. Us furent pris et conduits à Perpignan attachés de trois en trois. Les vainqueurs saccagèrent la ville et détruisirent l'église, lo quai dia fonc loi mes en terra, fins à la iglesia, dit le manuscrit des Memorias que nous citons.
Saint-Paul salua avec enthousiasme la proclamation de la République en 1792 et une année plus tard,
■ ■!.'. Ce récit se trouve avec force détails dans les Memorias de ta iglesia de Sant lohan de Perpinya, manuscrit du xw siècle (Copie 'lo Ai. Henry, manuscrits de la Bibliothèque publique de Perpignan).
lorsque les Espagnols envahirent le territoire français, les descendants de ceux qui avaient capitulé devant l'armée mercenaire du comte de Siffontes coururent aux frontières défendre la patrie en danger. On vit même les femmes de Saint-Paul presser le départ de leurs époux et de leurs frères pour rejoindre le drapeau de la France menacé par l'étranger.
A Saint-Paul est né un des artistes les plus distinguésdu département, Gabriel Baille, aujourd'hui dans la force de l'âge et du talent. M. Baille est surtout connu du public comme habile violoniste ; mais tous ceux qui s'occupent de musique savent qu'il est aussi un excellent compositeur. Ce qui distingue ses œuvres, c'est une structure bien ordonnée, des harmonies sans recherche mais solides et bien en place, de la grâce, quelquefois une gravité sans sécheresse et le plus souvent une charmante vivacité. Ces qualités se trouvent surtout bien marquées dans le dernier ouvrage de M. Baille, Six Pièces pour deux violons, alto et violoncelle (op. 57 à 62) qui appartiennent au genre cultivé par Haydn, Mozart et Beethoven.
ERMITAGE r>E SAmT-ANTOINE-DE-GAIiAMUS.
On prend le frais et riant Garni dais Boris qui conduit à la Paichero, la Chaussée.
On ne saurait rien imaginer de plus simplement agréable que les bords de l'Agli, de La Paichero jusqu'au pied de la montagne. Les eaux limpides coulent mollement et semblent s'endormir bercées par le chant des oiseaux.
Nous voici devant la montagne, d'un aspect aride, comme toutes les montagnes calcaires en général.
Nous la gravissons en suivant un chemin pierreux,
cm
en zigzags, fatigant. Mais arrivés à la grille qui marque l'entrée de l'ermitage, nous sommes amplement récompensés de notre peine par le beau spectacle qui se déroule devant nos yeux.
A droite et à gauche ce ne sont que coteaux dont les sommets surgissent successivement ; là-bas, en face, c'est Saint-Paul qui apparaît avec le clocher de son église et le dôme de son chapitre. L'Agii s'étend comme un immense serpent, depuis nos pieds jusqu'à la grande porte de La Fo. On fait halte à la grille ; mais l'air frais qui sort de la forêt et des gorges de Galamits ne nous permet pas de regarder longtemps ce panorama et de mesurer de l'œil le précipice que surplombe à gauche cette belle montagne. Voici la foret. La fraîcheur, les odeurs variées qui viennent comme des bouffées de parfums, vous montent au cerveau. Les mille fleurs que vous foulez sous vos pieds, les chênes aux membres roides et robustes et dont quelques uns semblent contemporains des premiers jours de l'homme, le chant des oiseaux, puis le silence profond, l'écho sonore et prolongé, tout indique un lieu de solitude.
On arrive à la petite chapelle de Priez-Sans-Cesse où un nouveau spectacle, aussi imposant que celui qu'on a contemplé tout à l'heure, s'offre aux yeux. En face, en effet, se dresse un immense rocher dont la couleur jaunâtre contraste admirablement avec la teinte azurée du ciel et les mille nuances de verdure qui l'entourent. C'est dans ce rocher qu'est situé l'ermitage de Saint-Antoine-de-Galamus ( J ) où nous
(1) Le nom de Galamus vient do Calmus qui est le nom par lequel une charte du Moyen-Age désigne le village de Camps. En tous i'as, M. Alart indique cette étymologie comme probable.
arrivons en suivant un petit sentier qui passe devant la modeste chapelle de Sainte-Madeleine.
A gauche du rocher de Galamus on voit s'ouvrir la gorge de l'Agli du côté du département de l'Aude. L'eau passe entre deux murailles immenses de rochers, labourés d'entailles béantes d'où sortent des plantes et des arbustes de toute sorte. C'est un corridor que le soleil visite rarement, même à midi.
Aussitôt que les pluies arrivent , le fleuve se heurte avec violence contre les parois resserrées, sursaute et pousse des gémissements que l'écho répète dans l'entonnoir de Galamus.
Nulle part la main de l'homme n'a dû faire moins de frais pour trouver un site admirable. La chapelle, avec ses voûtes naturelles, son chœur éclairé mystérieusement, est un lieu bien fait pour la dévotion sincère et le renoncement à la vie mondaine.
Sur un autel à moitié délabré, on verra l'image modestement sculptée de Saint-Antoine ayant à ses pieds son fidèle compagnon.
Des fenêtres qui s'ouvrent sur la terrasse de l'ermitage, l'œil domine un immense entonnoir au fond duquel l'Agli roule ses eaux souvent tumultueuses sur un lit hérissé de rochers. De tous côtés la pierre disparait sous les massifs d'arbres ou d'arbustes aux couleurs différentes. La vue se repose ravie sui ces touffes de lauriers sauvages, ces berceaux de chèvrefeuilles odoriférants, ces groupes d'arbousiers, de houx, de micocouliers. Le chêne vert qui tombe de vétusté, le frêne, l'érable, le buis qui atteint parfois des proportions colossales et dont les pieds noueux se tordent sous les pierres, le genévrier, les lauriers de diverses espèces, tous ces arbres.
tous ces arbustes viennent ici avec une liberté et une indépendance sans bornes : c'est le désert vierge dans sa beauté sévère.
Le hobereau, l'hirondelle et le moineau voltigent en société nombreuse sur les parois de la montagne et fendent l'air à tire d'aile à l'approche de l'homme qui vient le déranger dans leurs propres domaines.
Le Cantico en l'honneur du saint décrit de la manière suivante le désert de Gulamus :
Quand Sant-Antouéno sercarets, Perbous infourma de sa vido, Proche Sant-Pau lé troubarets, Dins sa potito ttiébaido Qunt nou se béou a deseoubert Resqué lé Ce! et lé désert.
Désert qu'attirés tant dé gens., Gi-an chef-d'ohro do la nature, Affrous et bel! en môme teins !
Qui es que tara ta pinturo D'un ermitage sans pareil Dount la béutat elianno tout cil.
Quand vous chercherez Saint- Antoine, pour vous informer de sa vie, vous le trouvère; près de Saint- Paul, dans sa >, petite thébaïde où Von ne voit, à découvert, rien que le Ciel et le désert. — Désert qui attires tant de monde! Grand chef-d'œuvre de la nature, affreux H beau en même temps ! Qui donc pourra décrire un ermitage qui na pas son pareil et dont la beauté charme tousles yeux!
Le lundi de Pâques, la forêt de Ualamus fourmille de monde et surtout de cuisiniers improvisés qui battent l'omelette et font cuire le chevreau traditionnel.
On arrive à la Fontaine après avoir gravi une cin-
yW/umm.
tmt
quantaine d'échelons. Elle est couronnée d'un dôme de rochers d'où tombe goutte à goutte une eau fraîche et limpide. De là on peut contempler à loisir ce désert sauvage et délicieux. Cette vaste solitude, où s'offrent les contrastes les plus graves et les plus riants, où les formes les plus pittoresques se succèdent sans cesse, s'étale dans toute sa majesté. Quel spectacle pour l'homme! quel sujet d'études ou plutôt quelle source d'inspirations pour l'artiste et pour le poète !
Le lundi de Pentecôte il vient ici beaucoup d'étrangers, surtout des catalans ; le lundi de Pâques semble réservé aux habitants de Saint-Paul. Il y a un demi siècle, on n'aurait pas trouvé vingt maisons ouvertes dans la ville ce jour-là : c'était une véritable retraite à la montagne.
En redescendant de l'ermitage on peut aller voir le Gorch de la Llàuso (*) (Gouffre de la Dalle) qui est la source principale de l'Agli. L'eau jaillit avec violence sous un énorme rocher et dans le lit même de la rivière. Les jours de pluie, cette eaune se mêle que très-difficilement avec celle qui arrive, jaunâtre et sale, du Pic de Bugarach (Aude) où se trouve l'origine de l'Agli.
Dès 961, on trouve ce petit fleuve signalé sous le nomde flumen Aquilinum et, en l'an 1120, une bulle le signale encore (*).
(1) Gorch dal Llau et Gorch de l'eau n'ont pas le sens commun, selon nous. C'est Gorch de la Llauso qu'il faut dire, el ce nom vient delà Llauso (dalle, pierre large, plate et unie) où les habitants regardent l'heure à défaut d'horloge ou de montre. La Llauso est immédiatement au-dessus du Gorch.
(2) Monastenum sanoti Pauli, super ripas Aquilini.
cm
En 1211. on trouve dans le Pays de Fenouillèdes un lieu habité qui porte le nom de Monte Aiglino. Ce lieu a complètement disparu, comme Petraficta, Monedaria, Amariolas, Folieles, Librarium qui étaient aussi des lieux habités du Pays de Fenouillèdes (>).
Quant à l'étymologie du mot Jfgli, il vient du latin aquila, aigle. Aquilinum est devenu Aglinum d'où Ton a tiré le nom moderne Agli. La rivière de l'Agli est donc La rivière de V Aigle.
À la Paichero, nous prenons le chemin de gauche et nous allons rejoindre le chemin de Soulatge.