CHAPITRE IV DEVCINS DES CULTIVATEURS POUR LA RÉPARATION DES FORÊTS
Le voyageur qui parcourt les vieilles paroisses de notre province, aperçoit, disséminés çà et là, sur la crète des collines, sur le flanc des montagnes, au fond des vallons, dans les savanes, des bouquets de bois. Ici, ce sont des érables à sucre, là des peupliers, des érables rouges, des mélèzes, plus loin des sapins, des épinettes, des cèdres, tous bois plus ou moins utiles. Voyant tous ces bosquets qui égayent le paysage, le passant se dit que ces paroisses ont tout le bois nécessaire pour leur consomraation. Mais, il s’iilusionne. Qu'il s'arrête un instant, qu'il entre dans ces bocages. Qu’y voit-il ? Des animaux paissant sous les arbres, mangeant les jennes pousees, et piétinant les racines. Ces arbres, de bonne apparence vus de loin, sont chétifs, languissants, dess'chés à demi, et sur le point de périr. En peu d'années ils seront disparus, et le site qu'ils occüpent sera dénudé.
Que j'en ai vu, moi qui suis jeune encore, de ces jolis bois, où, enfants, nous allions prendre nos ébats, en compagnie des oiseaux chanteurs et de leurs rivaux en vivacité, les gentils écureuils. Il y a vingt-cinq ans à peine, et tout cela est disparu ! Les animaux, comme je l’ai dit plus haut, ont commencé l’œuvre de destruction ; puis les arbres à demi morts ont tenté la hache du pauvre soutfrant de froid, par une rude journée d’hiver. Les autres, pourris et tenant à peine au sol, ont été renversés par le vent, et puis...….le désert aride sur ces coteaux si verts autrefois !
Là où le bois est encore fort, quoiqu’en petite quantité, le remède est facile à appliquer. Il suffit d’enclore le site du bocage. On me dira que c’est une besogne im-
possible ou fort coûteuse, lorsqu'il s’agit de grands terrains. À cela, je réponds que, plus le terrain sera grand, plus ça paiera de l’enclore, vu la grande valeur qu'il acquerra par la croissance du bois protégé. Les animaux cesseront de brouter les jeunes pousses, les arbres laisseront tomber leur semence sur le sol, de jeunes plants surgiront et viendront prendre la place des arbres qui seront enlevés, une fois arrivés à maturité ou menacés de mort.
Ceci est la partie la plus facile à accomplir des devoirs des cultivateurs.
Mais il y a plus à faire. Ceux qui ont des terres à bois bien boisées ne les gardent pas pour le simple plaisir de les voir. Ils en retirent le bois nécessaire à la consommation de chaque année. S'ils coupent ce bois sans discernement, sans soin, en peu d'années, ils auront épuisé leur réserve. Au contraire, s'ils savent l’exploiter, elle durera toujours.
Voyons comment il faut s’y prendre pour cela. D'abord, il faut empêcher, là aussi, les animaux d’y pénétrer. Puis, il ne faut couper que les gros arbres qui ont atteint leur maturité ou à peu près. Pour chaque arbre enlevé, il en repoussere dix, vingt, trente et plus. En effet, les arbres abattus jonchent le sol de leurs graines, celles-ci germent, poussent, et c’est ainsi que se reforme la forêt. Les petits arbres dont la croissance n’est entravée ni par la dent, ni par le pied des animaux, forment bientôt un épais taillis. Mais il y a là un danger. Fils sont laissés en trop grand nombre les uns près des autres, ils s’entrenuisent, s’étiolent, et ne feront jamais de beaux arbres. Il faut donc pratiquer, tous les trois ou quatre ans, un sarclage judicieux.
Il arrivera, cependant, que, malgré les meilleurs soins, certains espaces se dénuderont, soit par un feu partiel,
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soit par suite d'une inondation qui enlève une couche du sol, etc. Il ne faut pas négliger ces vides dûs à diverses causes. Ce sont autant de brêches par où pénètrera l'ennemi, le désert. Que faire, dans ces endroits dénudés ? Reboiser par la plantation.
J'indiquerai plus loin comment s'opère le reboisement. Pour le cas qui nous occupe, je me contenterai de dire qu'on peut reboiser facilement les espaces dénudés au milieu de la forêt en prenant sous les arbres, autour de l'endroit à reboiser, des jeunes plants qui reprendront sans souffrir du changement.
En agissant comme je viens de l’exposer, chaque cultivateur conservera indéfiniment son lot de terre à bois, non seulement pour toute sa vie, mais encore pour celle des générations qui le suivront, pourvu que celles-ci prennent les précautions qu'il aura prises.
Ce que je viens de dire du reboisement des clairières, comme étant un des points importants de l’œuvre de réparation des forêts, ne concerne pas seulement les cultivateurs. Les industriels, locataires pour de longues rériodes de temps, des limites à bois, devraient, dans leur propre intérêt, pratiquer le reboisement des clairières, sur leurs limites, chaque fois que besoin en sera. Les gouvernements devraient même les y obliger, et faire un règlemont enjoignant aux gardes-forestiers de reboiser toute clairière qui pourrait se produire à leur connaissance sur les terres de la Couronne.
On criera peut-être que ceci est impraticable, trop couteux, etc., mais on aura tort. Nous avons pour nous édifier l'exemple des gouvernements européens, qui auraient été heureux de n'avoir que des clairières à reboiser, et qui ont dû dépenser des sommes fabuleuses pour le reboisement de districts entiers, menacés de devenir déserts d'habitants comme ils l'étaient de bois.
26 QUIDÉ ILLUSTRÉ DU
|| N'attendons pas que nous soyons comme eux, et mettons: Ul! nous à l’œuvre avant que le mal soit trop grand.
|| | Une autre opération qui se présente dans le travail | | de réparation des forêts est celle qui consiste à tailler | |
les jeunes arbres de manière à leur assurer une crois.
| sance régulière, et les vieux de manière à réparer les | | accidents dont ils ont été les victimes et à prolonger leur
existence. Je ferai du détail de cette opération un cha- | pitre spécial, lorsque je parlerai de la création des | forêts, sujet qui doit fournir la matière de la troisième b partie de ce travail.
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