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CHAPITRE II INCENDIES DANS LES FORÊTS

Les incendies dans les forêts sont si fréquents, ils dé- | truisent chaque année une si grande quantité de bois, dévastent de si grands espaces de terrains boisés, que J'ai cru devoir consacrer un chapitre spécial à ce fléau qui menace de nous dépouiller avant longtemps de toutes uos richesses forestières.

Causes des incendies.—Les causes les plus immédiates des feux dans les bois sont au nombre de trois principales : les feux allumés par les colons pour le défrichement du sol ; ceux que font les chasseurs, les touristes, les voyageurs pour leurs besoins quotidiens, ceux qu'allument les étincelles échappées des locomotives qui aujourd’hui parcourent sur les voies ferrées nos forêts en tous sens. Quelques causes secondaires s'ajoutent à celles-là, mais elles sont moins faciles à déterminer, et je les passe sous silence, pour ne m'occuper que des trois premières et étudier avec le lecteur les moyens de les combattre.

Moyens de prévenir les incendies.—Les moyens préventifs de premier ordre sont ceux qui doivent être appliqués à là forêt proprement dite. En effet, suivant l’état dans

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lequel se trouve la région où se développe l'incendie, celui-ci se propage avec plus ou moins de facilité. Ainsi, par exemple, supposons que le feu prenne dans une limite exploitée l’année précédente, et dont le sol est encore encombré des déchets de coupe, branchages, copeaux, etc. Les flammes trouvent dans ces débris un aliment qui les excite et les rend bien vite incontrôlables. À cela, il n’y a pas de remède, va-t-on me dire. Et moi, je réponds qu'on se trompe et qu'il y en a un. Mais, c'est un remède tellement radical, tellement énergique, et, lâchons le mot, tellement onéreux, qu'on va jeter les hauts cris et prétendre qu’il n’est pas praticable, Il ne s’agit en effet, ni plus ni moins, que de forcer les industriels qui exploitent la forêt à débarrasser celle-ci des déchets de coupe. Pour accepter ce moyen et l’exécuter, il faut laisser de côté les considérations pécuniaires de quelques centaines d'individus qui ont des intérêts dans l'exploitation des forêts, et considérer la question au point de vue de l’économie générale, et de l'intérêt national.

Les marchands de bois vendent aujourd'hui le sà un prix uniforme pour chacun. Si l’on exige de tous qu'ils augmentent leurs frais d'exploitation en débarrassant la forêt des déchets de coupe, qu'arrivera-t-il ? qu'ils seront obligés de vendre leur bois plus cher, voilà tout. On pourra prétendre que, si nous demandons des prix trop élevés, nous ne vendrons pas notre bois, et nous ruinerons cette branche d'industrie. La réponse est facile et péremptoire. Nous avons encore, à l’heure qu'il est, Dieu merci, les plus riches forêts du monde. Il faut qu’on vienne inévitablement chercher notre bois (1). Cels, est

(1) Le Canada ne fournit à l'Angleterre qu'environ le quart du bois qu’elle importe. Le reste vient, presque tout de la Baltique, qui peut livrer son bois meilleur marché que nous. H. G. J, de L.

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si vrai que les pays voisins s'occupent de laisser entrer notre bois en franchise chez eux, afin de nous induire à l'y exporter, et par là se mettre, eux, en mesure de ménager leur ressources forestières. On est donc bien disposé à acheter ici. Si les hauts prix amenés par le moyen proposé les chassent pour un an ou deux, cela ne durera pas et ils reviendront. Nous ne risquons donc que ‘de perdre pendant une couple d'années la vente de notre bois, et encore est-il fort incertain que cela arrive. Par contre, une fois le système bien établi, nous aurons des forêts parfaitement nettoyées, libres de toutes broussailles propres à alimenter l'incendie, et les feux diminueront de plus de moitié. Les gouvernements seuls sont capables d'obtenir ce résultat en faisant, de ce moyen de prévention des incendies, une clause de contrats de concession de limites.

Voyons maintenant quels seraient les moyens de débarrasser la forêt des déchets en question. Il y en a deux faciles à appliquer. Pour ce qui concerne les arbres résineux, il suffira d’avoir, en sus des travailleurs ordinaires des chantiers, une bande d'hommes chargés spécialement de réunir par monceaux, dans les clairières, les branches et les copeaux, d'en faire des büûchers et de les brûler systématiquement au cours de l’hiver (1). Les bois résineux se prêteront parfaitement à cette opération. Pour les autres, on pourra les disposer de manière à ce qu'ils soient emportés au printemps par les eaux des rivières, le long desquelles se font toujours ces exploitations. Pour éviter les embarras que pourraient produire ces déchets dans le lit des rivières, les conducteurs de drive seraient chargés de surveiller la descente de ces déchets en même temps que celle des billots, jusqu'à ce qu'ils

(1) Je crois que cette opération exigerait plus d'hommes que la manu-

facture du Lois, H. G. J. de L. to

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soient à l’eau profonde. Il faudrait que les propriétaires de terres à bois de chauffage fussent aussi assez soigneux pour débarrasser le terrain de ces déchets, là où ils sont voisins des terrains en voie de d'frichement.

Quant aux moyens préventifs applicables aux causes directes des incendies, voici quels ils sont (1).—I1 faut empêcher les colons, défricheurs, etc., de brûler leurs abattis à partir du premier de juin jusqu'au premier d'octobre, et ils n’ont aucun intérêt spécial à les faire brûler dans cet intervalle. On doit aussi défendre en tout temps tous feux d'autre nature que ceux dont je viens de parler, excepté les feux allumés par les voyageurs de toutes catégories pour les besoins quotidiens, et décréter que ces derniers feux devront être allumés sur un terrain nettoyé à l'avance, être surveillés nuit et jour, et éteints complètement au départ. On doit rendre responsable tout chef d’un parti de voyageurs des incendies causés par ses hummes, et le punir par l’amende tout en punissant l'auteur direct des dommages par la prison. Il faudra en même temps s'occuper des locomotives et obliger les compagnies de chemins de fer à mettre des toiles métalliques et des écrans pour empêcher les étincelles de voler au vent et de semer l'incendie. On les rendra aussi responsables du dommage causé par leur négligence, en outre de la punition directe de cette négligence par la prison, pour celui qui en est l’auteur immédiat.

Moyen de combattre l'incendie lorsqu'il est allumé.—11 faut aus: voir aux moyens de combattre l'incendie, lorsqu’en dépit des moyens préventifs, il s'allume. S'il n’est que partiel et peu développé, il faut l’attaquer corps à corps et tâcher de l’éteindre directement. Le premier moyen

(1) Voir la loi dans l'appendice à la fin du livre, malheureusement, elle est rarement exécutée, H. G. J. de L. -

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à prendre est de le circonscrire en faisant une tranchée d’une couple de pieds de profondeur sur trois ou quatre pieds de largeur, et en rejetant la terre enlevée du côté de l'incendie. Le travail sera parfait si l'on peut amener dans cette tranchée l’eau d’un ruisseau ou rivière quelconque à proximité. Il faut ensuite jeter de la terre sur le terrain jonché de feuilles sur les limites de l'incendie, abattre une lisière d’arbres, et enfin, si la chose est prativable, allumer un contre incendie dirigé à l’encontre du premier. Il faut surtout en cela de la sûreté de coup d'œil, de l'énergie et des bras. Cette dernière condition est indispensable, et il faut que les gardes-forestiers aient le pouvoir d'engager des hommes en nombre nécessaire pour combattre l'ennemi, et même au besoin d'obliger les voisins de l'incendie à leur prêter main-forte. Voilà à peu près tout ce qu'il est possible de faire en ces circonstances.

Et, maintenant, résumons en quelques lignes cet important chapitre.

Les causes de l’incendie sont les feux des défricheurs, ceux des voyageurs et ceux des locomotives. Pour les combattre, il faut commencer par débarrasser partout et toujours la forêt des déchets de coupe, aussi empêcher les feux de défrichement, du premier juin au premier octobre, tous autres feux en tout temps, excepté ceux des voyageurs qui devront être faits sur un terrain nettoyé, être surveillés attentivement jour et nuit, et parfaitement éteints au départ. Il faut encore rendre responsables, sous peine d'amende, les chefs de partie de voyageurs, des négligences de leurs hommes. On doit obliger les compagnies de chemins de fer à mettre des toiles métalliques et des écrans aux locomotives, pour empêcher les étincelles de voler au vent et d'allumer l'incendie ; aussi, rendre responsable la compagnie des

dommages aussi bien que les auteurs directs du-mal. Enfin, pour combattre l'incendie une fois allumé, il faut autoriser les gardes-forestiers à engager et prélever, au besoin, la force nécessaire pour le combattre, pratiquer des tranchées et les emplir d’eau si possible, éteindre le feu avec de la terre jetée dessus, abattre les arbres voisins, allumer si possible un contre-incendie.

L'ensemble de tous ces moyens, bien appliqué, ne peut manquer de produire de bons résultats.

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