BRONZES DE VILLARS-LES-MOINES
Le château de Villars-les-Moines, résidence de la famille de Graffenried-Villars, situé dans une enclave bernoise, à trois-quarts d'heure au sud-est de Morat, renferme bon nombre d'antiquités provenant d'Avenches et la plupart de la
meilleure époque. Outre les inscriptions dont il sera parlé plus loin, on y trouve plusieurs statuettes de bronze très-bien conservées ; nous les décrivons ici, vu leur intérêt et la proximité du château de Villars-les-Moines.
Hercule et le lion «le Néinée. (PI. IX, fig. 9.) Ce groupe de 20 centimètres de haut, en bronze massif, destiné à être posé en applique, reproduit le type le plus fréquent dans l'art grec : Hercule, se tournant vers la droite, étouffe du bras gauche le lion dressé devant lui ; le bras droit s'associe ici au mouvement du bras gauche, tandis qu'ailleurs il tient l'épée. L'animal semble sur le point d'étouffer et détourne la tête à gauche avec une expression de douleur et de rage que traduisent les yeux mi-clos et la gueule contractée.
Les pattes de devant du lion serrent dans leurs griffes l'épaule gauche et l'avant-bras droit du dieu. Celui-ci, quoique bien proportionné, n'évoque pas assez, par son attitude, trop molle, le sentiment de l'effort que nécessite son travail musculaire. La jambe gauche est cambrée en arrière; le pied droit est posé sur la queue du lion.
Ce groupe a été acheté au commencement du siècle dernier par F. de Graffenried, alors bailli d'Avenches : il fut ensuite transféré en France et n'est rentré en Suisse que depuis quinze ans environ : c'est pourquoi on l'a longtemps cru perdu. Victoire, statuette mutilée aux extrémités, haute de 30 centimètres, socle compris. (PI. X, fig. 5.)
La déesse est debout, vêtue d'une double tunique talaire (c'est-à-dire descendant jusqu'aux pieds); elle pose le pied gauche, chaussé d'une sandale, sur un globe, tandis que la jambe droite se replie en arrière, ce qui donne à la statue l'attitude de la marche. Les plis inférieurs du vêtement sont agités par le vent et laissent apparaître la forme des membres inférieurs. Les cheveux, divisés sur le front et relevés sur les tempes, forment chignon sur le sommet de la tête. Le bras droit étendu est cassé à la hauteur de la main ; celle-ci tenait probablement une couronne; la main gauche, abaissée au niveau des hanches, portait sans doute une palme. La naissance des doigts de cette main gauche est encore visible;
ils étaient disposés de manière à tenir un objet. Le travail est un bon travail romain, un peu raide ; les plis de la tunique sont disposés avec beaucoup d'art. La Victoire fut déifiée à Rome de bonne heure; elle est représentée souvent ailée, parfois volant, parfois assise, parfois aussi conduisant par la main un taureau destiné au sacrifice.
Mercure (PL X, fig. 4), sous les traits d'un jeune homme imberbe, à demi-nu. Il a les cheveux frisés et la tête coiffée du pétase à ailerons. Sa chlamyde, posée sur l'épaule gauche, est ramenée par derrière sur le bras gauche.
De la main droite, baissée, il tient une grosse bourse ; la main gauche, pliée en avant, tenait peut-être un caducée, qui a disparu; la jambe droite est ramenée légèrement en arrière; les pieds sont chaussés de crépides, soit sandales lacées.
La posture du corps a quelque chose de maniéré, caractère assez rare sur les statuettes de Mercure ; le travail romain ; et la conservation sont excellents.
Bacchante. — Elle lève la tête et semble regarder un objet qui se trouvait dans la main droite levée; probablement une grappe de raisin. L'attitude est svelte et naturelle.
La jambe droite, portée en avant, avance hors de la tunique qui est ouverte et agrafée sur le haut de la cuisse ; le bras gauche est abaissé le long du corps et la main gauche tient une coupe en forme de grenade. Sur le côté droit est pendue une peau de panthère dont la tête et les pattes font saillie sur la tunique ; celle-ci laisse les bras nus ; elle est retenue au-dessus des hanches et, par une agrafe élégante, fixée sur la poitrine ; les plis inférieurs du vêtement tombent artistiquement autour de la jambe droite apparente, tandis que la gauche fléchit en arrière. C'est la plus gracieuse des statuettes provenant d'Avenches.
Bélier. — Il est représenté debout, les quatre pattes droites et raides. La toison laineuse est simulée par une succession de petits cercles en relief. La tête est plutôt petite et l'ensemble est médiocre, tant par la technique rudimentaire que par la raideur de la pose.
78 MUSÉE d'avknches