LE TARTUFFE DES MOEURS
Paul est un homme très grave , très réservé dans ses manières et sa conversation. Sa mise est décente, mais jamais recherchée , et il affectionne particulièrement le noir. Sa montre est suspendue à son cou par un cordon élastique à peine visible ; sa tabatière est en écaille , et il ne porte ni bijoux ni manchettes. Il ne tutoie jamais personne ; il a pour les bonnes mœurs un profond respect, et sa conversation, plus sentimentale que philosophique , paraît être empruntée au journal des faits , articles des faits vertueux. Il aime à parler par sentences, et en voici une qu'il a souvent dans la bouche : « L'amitié a ses égarements ; mais le moins pardonnable, c'est de souffrir les vices chez ses amis , et de leur pardonner leurs défauts. » Ou bien celle-ci : «c L'indulgence que l'on a pour les gen^ que l'on aime , est une trahison. » Il résulte de
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ceia que le vertueux Paul n'a jamais pu conserver un ami plus de quinze jours.
Il citait volontiers ces vers de Racine :
Détestables flaUeurs, présent le plus funeste , Que puisse faire aux rois la colère céleste.
Il commençait presque toujours ainsi un dialogue ; c La sincère amitié que j'ai pour vous , mon cher monsieur, m'oblige à vous dire que.... etc. » selon les circonstances.
Un jour la charmante M^'e de V. , dont jamais la médisance n'a osé approcher , lui dit en riant :— Voyons, monsieur PauU malgré votre sévérité, je veux devenir votre amie ; que faut-il faire pour cela ?-~Madame, répondit-il , la sincère amitié que j'ai déjà pour vous , m'oblige à vous dire de porter des robes un peu plus montantes si vous voulez qu'on vous adore.
M"*** V. se borna à lui tourner le dos. « Voilà un homme , dit-elle à une de ses amies , qui serait fait pour dégoûter de la vertu. »
Mon cher monsieur , disait-il à M. X., l'amitié est une, constante, invariable, inexorable quand il s'agit de l'honneur de notre ami. Je dois donc vous avertir que la légèreté de vos paroles sur les bonnes mœurs, et la désinvolture ordinaire de votre conversation , vous font dans le monde un tort irréparable.
Une autre fois il disait à un autre : — Mon excellent ami , le haut intérêt que je vous porte me force à vous dire que vous vous abandonnez à des penchants vicieux qui vous perdront.
Ou bien : — L'honneur d'un ami doit nous être aussi précieux que notre propre honneur. Je dois