Les fumeurs doivent avoir constamment cette
règle à la mémoire, et en déduire toutes les conséquences.
22. Les crachoirs ont été inventés par la malpropreté la plus dégoûtante.
Il y a des hommes assez mal organisés pour ne pas comprendre qu'on peut quelquefois, sans compromettre son honneur ni son mérite, être de l'avis d'une autre personne. Cette personne eût-elle cent fois raison, ils accueillent toutes ses propositions par un <f non » et tous ses arguments par un « au contraire, n L'habitude de contredire s'est si bien enracinée dans leur esprit, que, sans cesser d'être insupportables, ils deviennent parfois d'un ridicule très comique. Un homme d'un mérite incontestable, M. deB. , membre de l'Académie des Sciences , naturaliste distingué , mort dernièrement, possédait au plus haut point cet esprit de contradiction qui le mettait sans cesse aux prises avec l'Académie et avec tous ses collègues du Jardin des plantes. George Guvier se plaisait à en raconter ce fait. Un jour ils se rencontrent dans la ménagerie : « Bonjour, monsieur deB., lui dit Guvier; comment vous portez-vous ? » — « Non , » lui répondit M. de B. , et il passa outre. Peu de temps avant sa mort, il plaît à M. de B. d'ériger sa tribune de professeur en chaire à prêcher, et le voilà qui déclare à ses élèves que le seul but qu'on doit se proposer, dans l'étude de l'histoire naturelle,. est d'apprendre à chercher Dieu dans ses œuvres, etc., etc. Quelques jours après il se trouve dans un salon avec
l'archevêque de Paris, qui lui fait compliment sur ce qu'il avait dit dans son cours. — « Au contraire, Monseigneur, vous devriez me blâmer de n'avoir pas dit cela plutôt. » Une autre fois, un de ses élèves croit lui faire la cour en lui disant : « Il me serait bien facile de prouver que vous êtes le plus savant professeur de l'FAirope. » — «Au contraire, Monsieur! lui répondit-il sèchement, vous prouveriez seulement que vous êtes un ignorant. »
Ce qu'il y a de singulier, c'est que la manie de contredire n'exclut nullement les qualités du cœur et de l'esprit ; c'est ce que va vous dire le poète Rulhière dans les jolis vers que voici :
Auriez-vous, par hasard, connu feu monsieur d'Aube,
Qu'une ardeur de dispute éveillait avant l'aube?
Coniiez-vous un combat de votre régiment,
Il savait mieux que vous où, contre qui, comment.
Vous seul en auriez eu toute la renommée,
N'importe, il vous citait ses lettres de l'armée ;
Et Richelieu présent, il aurait raconté
Ou Gênes défendu, ou Mahon emporté.
D'ailleurs, homme de sens, homme d'un vrai mérite ;
Mais son meilleur ami redoutait sa visite.
L'un, bientôt rebuté d'une vaine clameur. Gardait, en l'écoutant, un silence d'humeur. J'en ai vu, dans le feu d'une dispute aigrie, Près de Vinjurier, le quitter de furie. Et rejetant la porte à son double battant, Ouvrir à leur colère un champ libre en sortant. Ses neveux, qu'à sa suite attachait r espérance. Avaient vu dérouter toutes leurs complaisances. Un voisin asthmatique, en l'embrassant un soir. Lui dit : « Mon médecin me défend de vous voir ; » Et, parmi cent vertus, cette unique faiblesse Dans un triste abandon réduisit sa vieillesse.
Au sortir d*un sermon, la fièvre le saisit, Las d'avoir écoulé sans avoir contredit ; Et tout près d'expirer, gardant son caractère, Il faisait disputer le prêtre et le notaire.
Ce monsieur d'Aube était neveu de Fontenelle et oncle de Rulhière. Lorsque Fontenelle, qui était très sourd, le voyait entrer dans un salon oii il se trouvait, il ôtait aussitôt de son oreille le cornet acoustique dont il se servait pour entendre la conversation, et le mettait dans sa poche. « Mon oncle, lui criait à tue-tête M. d'Aube, vous n'entendrez plus la conversation si vous ôtez votre cornet. — Tant mieux ! tant mieux ! c'est pour cela, depuis que vous êtes entré, disait l'oncle; d'ailleurs je m'en tiendrai aux titres des chapitres.
RÉSUMÉ
1. La contradiction, quelque politesse qu'on y mette, n'est qu'un démenti déguisé.
2. L'esprit de contradiction est une manie qui vous entraine souvent, malgré vous, à soutenir d'étranges paradoxes.
3. Le sûr moyen de se faire détester en société est de contredire à tous propos.
4. 11 vaut mille fois mieux se taire que de contredire mal à propos.
5. Il est mieux de vous taire que de contredire, même quand vous avez la raison pour vous.
6. La contradiction est irritante, parce qu'elle attaque directement l'amour-propre.