‹ Guide manuel de la bonne compagnie du bon ton et de la politesseChapitre 24 sur 161 · Évitez de froisser les passants et d'en être froissé · texte numérisé non relu

Évitez de froisser les passants et d'en être froissé

13. Si vous portez un parapluie ouvert, tenez-le de ,manière à voir devant vous, afin de ne crever les yeux de personne et de ne pas heurter les parapluies qui viennent à vous.

li. En cas de très grande averse, un homme peut offrir, sans tirer à conséquence, de partager son parapluie avec une dame qui n'en a pas. Mais, pendant qu'ils marchent ensemble, il ne doit lui faire aucune question.

15. Dans aucun cas, une femme ne doit faire une pareille offre à un homme et encore moins lui demander un abri sous son parapluie. Elle a toujours la ressource, en pareil cas, d'entrer dans une boutique ; nulle part, on ne lui refusera l'hospitalité jusqu'à ce que l'orage soit passé,

16. Si. vous vous égarez dans les rues et que vous demandiez poliment votre chemin à un conmissionnaire ou à un marchand, on vous l'indiquera sans jamais vous tromper.

17. Découvrez- VOUS, soit en demandant votre chemin, soit en l'indiquant à une personne qui vous le demande.

18. Si vous regardez une femme sous le nez dans la rue, vous êtes un impertinent ; si vous lui adressez avec politesse des propos galants, vous êtes un fat; si vous la suivez, vous êtes un sot; si vous faites ainsi sa connaissance, vous êtes un imbécile, et vous le reconnaîtrez par les suites.

19. Toute femme qui sourit^ ou répond, ou se laisse suivre dans la rue, est une femme sans mœurs, un peu moins qu'une femme galante^ ou elle est tout près de le devenir.

20. Si vous rencontrez un ami dans la rue, vous le saluez et vous remettez votre chapeau sur la tête, même en vous arrêtant à causer avec lui.

21. Si c'est un supérieur ou une dame, vous conservez votre chapeau à la main jusqu'à ce qu'on vous ait prié de vous couvrir.

21. L'entretien doit être très court, et c'est à la personne la plus âgée ou la plus considérée à le rompre la première en prenant congé.

22. Il est de mauvais ton de parler ou de faire des signes d'une fenêtre à une personne qui est dans la rue.

23. Il est également de mauvais ton, quand on est en voiture, de faire arrêter ses chevaux pour causer avec un piéton.

2k* Dans ce cas, on se borne à se saluer réciproquement en passant, ou, s'il y a de la place, on fait monter la personne à côté de soi pour causer, mais

POLITESSE A LA PROMENADE

il faut alors diriger les chevaux au pas vers le lieu où se rendait le piéton. Il est plus poli de l'y conduire tout-à-fait.

POLITESSE A LA P1\03IEIVABE.

Dieu vous garde des parties de campagne , si vous n'avez pas plus que moi le goût de la pastorale et du saucisson, des idylles et du vin réchauffé, des plaisirs champêtres et de l'omelette au ]ard, de la grosse joie et des petites privautés ; sans compter la riante verdure et les rhumatismes, la poussière, le soleil, le vent, la pluie, les crapauds, et l'odeur du fumier. Tous ces petits inconvénients bourgeois peuvent faire les délices de certaines personnes; mais, si vous voulez m'en croire , tenez-vous-en à des parties de bois de Boulogne , et à des promenades aux boulevarts , aux Champs-Élysées, ou dans les magaifiques jardins de Paris.

Cependant , si par une de ces fatales convenances dont la société enchaîne parfois notre liberté , vous vous trouviez engagé, faites bon cœur contre fortune, mettez un volume de Florian ou de Gessner dans votre poche, et partez de bonne grâce. Il est convenu que que dans une partie de campagne il faut s'amuser , faire des farces et boire du lait. Amusez-vous donc, buvez du lait si vous l'aimez, mais laissez faire les farces à d'autres. Les paysans, tout grossiers qu'ils paraissent , sont pleins de ruse et de finesse ; souvent le farceur qui veut les mystifier pour faire rire la société, finit par être mystifié lui-même. Don-

POLITESSE A LA PROMENADE

ilons-en des preuves : Une jeune paysanne courait après son ânesse , qui s'était échappée et fuyait au grand trot. Un farceur de société , qui trouvait la jeune fille jolie , lui demanda d'où elle était. — De Villejuif, répondit-elle. — Alors, vous devez connaître la fille de Nicolas Guillot? faites-moi le plaisir de lui porter un baiser de ma part ; en même temps il chercha à l'embrasser. Mais la jeune paysanne lui dit, en s'y opposant: — Monsieur, puisque vous êtes si pressé, donnez-le à mon ânesse, elle sera arrivée plus tôt que moi.

Un peu plus loin le farceur s'arrête devant un enfant gros , gras et bien portant. Il s'adresse au père, qui était un robuste paysan , et lui dit : ~ Comment faites-vous donc, vous autres, pour avoir des enfants si gras et si frais, tandis que les nôtres, à nous autres gens du monde, sont toujours faibles, malingres et languissants? — Pargué, monsieur, répondit le rustre, c'est que nous les faisons nous-mêmes !

Ce coup-là , personne ne rit , parce que le farceur avait là madame son épouse , qui n'avait pas envie de rire.

Mais laissons les ennuyeuses parties de campagne, et venons-en à la simple promenade. Vous irez en voiture, ou à cheval , ou à pied, ce qui vous donnera trois divisions dans notre résumé.

RÉSUMÉ

A, Promenades en voiture.

1. Si vous avez un équipage , offrez aux dames le fond de la voiture et prenez le rebours.

POLITESSE A LA PROMENADE. 91

2. N'y eût-il qu'une dame , vous devez prendre le rebours dans votre voiture , jusqu'à ce qu'elle vous ait engagé à vous asseoir à côté d'elle, ce qu'elle fera toujours si elle a un peu d'usage ou de politesse.

Page 1