‹ Guide manuel de la bonne compagnie du bon ton et de la politesseChapitre 42 sur 161 · LOCUTÏOÏNS QU*ON DOIT ÉVITER DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

LOCUTÏOÏNS QU*ON DOIT ÉVITER DANS LE MONDE

Quand un jeune homme a passé quinze ans, il se donne un air niais en disant papa et maman.

On ne diL plus mon grand' père et ma grand' mère, c'est paysan ; encore moins mon aïeul paternel et | mon aïeule maternelle, c'est pédant. On dit mes | grands parents.

Il y a dans le monde trois sortes d'amis : Les amis ! que l'on aime, les amis qui nous sont indifférents, et j les amis qu'on déteste. On appelle les premiers par leur nom de maison ou leur prénom, tout court, quelquefois mon ami, mon bon amion nuon cher ami, mais cela suppose de l'intimité. — Aux seconds, vous direz monsieur suivi du nom de maison s'il y a familiarité. — Aux troisièmes, vous direz simplement monsieur. — Mon cher est de mauvais goût ; cher est d'une niaise afféterie; camarade pue la gamelle; mon camarade sent le régiment ; mon brave a une odeur de pipe et de caserne ; mon vieux sent le tripot et le corps de garde.

Quand vous dites à une femme ma vieille amie, s'il n'y a pas au moins soixante ans que vous la connaissez vous êtes un malappris; si vous dites à votre femme, ma vieille, vous parlez comme un chiffonnier; ma chère enfant annonce une grande supériorité d'âge et de la familiarité ; mon enfant a un ton protecteur qui ne convient que dans la bouche d'un supérieur, d'un prêtre, ou d'un vieillard.

Quand vous parlez à quelqu'un qui est votre égal, ou même votre inférieur, ne répétez pas son nom de maison après chaque mot de monsieur, comme — Oui, monsieur Badouillard;— Non, monsieur Badouillard , — Monsieur Badouillard, comment se porte Ma-

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dame Badouillard ; — Asseyez-vous, Monsieur Badouillard, et ainsi de même pendant toute une conversation. Cette gracieuseté de la bureaucratie qui veut paraître une aimable protectrice, frise de très près rimpertinence. (Avis aux préfets de province.)

Ne donnez jamais de petit nom à toute personne qui passe l'âge de six ans ; primo, parce que c'est de très mauvais goût ; secundo, parce que, dans votre aveugle amitié, vous risquez de jeter sur l'enfant un vernis de ridicule qui se conserve quelquefois après l'enfance et pendant une partie de la jeunesse.

On me conduit un jour dans la maison Badouillard, honnête bourgeois de la rue Saint-Louis, au Marais. Nous entrons au salon et nous présentons nos hommages très respectueux à Madame, qui nous reçoit à ravir. Elle sonne sa femme de chambre : « Dites à Chouchou que je l'attends au salon. » Chouchou entre ; c'était une vieille croix de Saint-Louis, entre cinquante et cinquante-cinq ans. « Me voilà Poupoule. » Puis, nous apercevant : Ha î Messieurs, je suis enchanté de Vhonneur de votre visite. » Et ce fut, de part et d'autre, un feu de file de compliments. Chouchou sonne la femme de chambre : c Allez dire à Dédé, Dodof, Lili et Fifine de venir au salon. Vous permettez, Messieurs, que je vous présente ma petite famille? ^

On nous présente d'abord un grand gaillard de dix-huit ans, M. Dédé (Amédée) ; puis, un effronté de dix-sept, M. i^^ot/o/* (Adolphe) ; une grosse joufflue de dix-neuf, M^^« Fifine (Joséphine) ; et enfin une grimacière de vingt, M^^« Lili (Julie).

Ces aimables enfants apppelaient la femme de

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chambre Bohonne, \e domestique, Toto (Thomas), la chatte, Mimi, le chien, Roro, le cheval de cabriolet, Dada, et leur perroquet Coco.

Quand vous entrez pour la première fois dans un salon, dites à la maîtresse Madame la baronne, si elle est baronne, ou Madame la marquise, la duchesse, etc., j'ai Vhonneur de vous saluer. Si vous y retournez souvent, il s'établit une certaine familiarité do bon ton qui vous permet de dire l)on)our. Madame. Mais Dieu vous préserve, quoi qu'il arrive, de dire bonjour baronne, bonjour marquise l On vous prendrait pour un fat du commmencement du dix-huitième siècle.

Quelque noble que vous soyez, si vous ne voulez pas passer pour un arrière-cousin de la comtesse d'Escarbagnas, ne dites pas le comte mon cousin, la duchesse ma sœur, mon frère le baron, mon fils le préfet, mon neveu le pair de France. Fi donc! cela sent à pleine bouche le cuisinier et la marchande de pommes du temps de l'Empire ; ces bonnes gens avaient presque toujours ces mots là à la bouche, et ils l'ont même encore un peu à présent.

Si vous parlez de votre père ou de votre mère, ne dites pas Monsieur mon père. Madame wia wière,- cette locution, intronisée en France par Marie de Médicis, n'est plus tolérable qu'en Ilalie, où elle s'est conservée : il signor mio padre ; la signora mia madré.

Il y a des personnes, qui, à chaque phrase, s'interrompent pour vous dire : Comprenez-vous ? vous comprenez bien? vous m'entendez bien? comprenez ce que je vous dis. C'est absolument comme si elles disaient : « Etant bien convaincu que vous êtes un sot, je me crois obligé de vous faire ces questions

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afin de m'assurer si votre pauvre intelligence peut aller jusqu'à me comprendre. »

Y a-t-il rien de plus impertinent que cette locution : si ce que vous dites est vrai, si Madame dit vrai je crois que, etc.. » On ne peut pas donner un démenti plus désobligeant. Pourquoi ne pas s'exprimer ainsi : « d'après ce que vous dites, je crois que^ etc. »

Un article de la civilité puérile et honnête de Madame Celnart vous a appris que les mots oui et non doivent toujours être suivi de Monsieur^ Madame ou Mademoiselle.

Les pronoms lui, elle, il, sont très malhonnêtes quand on cite une personne présente. Ne dites donc pas je lui ai dit ; elle m'a dit: Mais, j'ai dit à Monsieur , Madame m'a dit. La Julie, la Joséphine ne se dit que des filles.

Une femme bien élevée, en parlant de son mari^ dit mon mari; si qWq àxi Monsieur un tel, on pourra croire qu'elle n'est pas marié, ou que son mari n'est pas aimé d'elle et en subit les conséquences.

Si vous demandez à M. Badouillard comment se porte sa femme, dites-lui : Comment se porte Madame? sans rien ajouter que son titre si elle en a un, comme Madame la duchesse, la comtesse, la marquise ou la baronne.

Quand vous n'avez pas entendu une question, ne répondez pas hein? mais : Comment? Je vous demande pardon^ je nai jpas entendu? Vous plairait-il de recommencer votre question? etc. Monsieur Badouillard dit : plaît'il ? parce que M. Badouillard ne tient pas à une faute de français de plus ou de moins.

Si quelqu'un vous heurte violemment ou vous

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