‹ Guide manuel de la bonne compagnie du bon ton et de la politesseChapitre 82 sur 161 · La naïveté prouve ou de l'ignorance ou de la bêtise · texte numérisé non relu

La naïveté prouve ou de l'ignorance ou de la bêtise

2. Dans une toute jeune fille, la naïveté peut être une preuve charmante d'innocence.

3. Dans une demoiselle élevée dans le monde et ayant passé seize ans, on la prendra pour de la bêtise ou de la fausseté.

h. Le moyen le plus sûr pour éviter cet inconvénient, c'est de ne jamais faire de questions sur une chose qu'on ne comprend pas, et de ne jamais parler que de ce que l'on sait bien.

5. La naïveté feinte, outre qu'elle est toujours sotte ou ridicule, prouve tout le contraire de Tinnocence.

6. Il est excessivement difficile de feindre une naïveté qu'on n'a pas, à moins qu'on ne soit une excellente comédienne.

7. J'ai vu des demoiselles de vingt-cinq ans affecter une naïveté enfantine qui m'a fait douter de leur vertu.

Commençons par bien nous entendre sur les mots, afin de ne pas propager une erreur dangereuse et déjà trop répandue. Dans le monde, on donne volontiers le nom de coquettes à des femmes qui aiment à plaire à tout le monde, non seulement dans les intérêts de leur vanité, mais encore dans ceux de leurs vices. Pour moi, je les appelle tout simplement /emmes galantes. La coquette dont je dois parler ici, aime également à plaire, mais sa vanité ne Tentraîne encore qu'à des légèretés qui, plus tard, la perdront, si elle ne se corrige pas. Célimène, dans le Misanthrope^ en est un portrait parfait.

La vanité est une douce jouissance, surtout quand elle est satisfaite. Les hommes la placent dans toute > sortes de choses, la gloire, la célébrité, l'esprit, la fortune, le talent, le courage, etc., etc. Chez eux ell ; est éparpillée un peu partout ; chez les femmes ell 3 se concentre sur deux points principaux : Plaire et être belle, et voilà pourquoi cette vanité paraît êtro plus forte chez elle que chez les hommes, quoique li dose soit à peu près la même dans les deux sexes.

La meilleure preuve qu'on puisse donner à une femme de l'estime que l'on fait d'elle, c'est de lui faire la cour et de lui dire qu'on l'aime, car, pour elle, ce dernier mot renferme tout, amabihté, grâce, esprit, etc., etc. C'est le dernier terme où viennent aboutir tous les compliments, toutes les choses gracieuses ou galantes qu'on peut lui dire.

Le mot je vous aime est comme une grosse pièce

2M t^A COQIIETTK.

(l'or dont la riienue monnaie est : Vous êtes charmante, adorable, nn ange ; vous êtes la plus belle, la plus spirituelle, la plus gracieuse, la plus élégante, etc., etc., de toutes les femmes que f aie vues. Or,

étonnez-vous donc si toutes les femmes veulent être aimées ! C'est comme si vous vous étonniez de voir un avare préférer une pièce d'or à un écu.

Toutes les femmes veulent donc être aimées, rien de plus naturel ; mais ici, cependant, se trouve une grande difficulté : c'est que pour être aimé il fant aimer soi-même, car il n'y a point d'amour possible sans réciprocité. Or, une femme ne peut pas aimer vingt ou trente individus à la fois, d'autant plus qu'on sait par expérience que le cœur le plus banal n'a jamais qu'une place à donner.

Dans ce cas, une femme vertueuse n'en aime qu'un, son mari; l'estime des autres suffit à sa vanité et à son bonheur. La c(^quette n'en aime point du tout, mais elle fait semblant de les aimer tous, là est la différence. C'est un rôle fort difficile et fort dange^ reux que lui a imposé son excessive vanité. Voyez-là dans un salon minauder au milieu d'une troupe sémillante de jeunes gens : elle sourit à l'un, parle à roreille à Fautre, appuie légèrement sa main sur le bras d'un troisième, fait un signe de tête à un quatrième, lance un coup d'œil à un cinquième, etc., etc. On se met à une table de jeu, elle s'associe avec l'un, presse le pied d'un autre, demande des conseils à un troisième, et, définitivement les trompe tous. Pour soutenir ce rôle jusqu'au bout, i! faut une persévérance de ruses, de fourberies, de mensonges, qui effraierait le courtisan le plus consommé ou Fintri-

gant le plus intrépide, et néanmoins, des jeunes filles, sortant du pensionnat, osent la prendre ! 0 vanité ! !

Lorsqu'on s'embarque sur une mer orageuse, il faut craindre le naufrage. Quant à son honneur, la coquette n'a rien à craindre, car il est déjà perdu; mais il est possible, si elle a su parfaitement diriger sa barque, que sa vertu chancelante lui reste encore. A quoi tient-elle? à un fil que la première circonstance peut rompre, et alors adieu le bonheur... Le bonheur de toute la vie ! Comprenez- vous bien cela?

Il y aurait un gros livre à faire sur ce sujet : mais comme personne ne le lirait, tenons-nous-en là.

RÉSUMÉ

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