‹ Guide manuel de la bonne compagnie du bon ton et de la politesseChapitre 84 sur 161 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

DU LOGKHIEKfT COIVFORTABLE.

La fortune est d'autant plus indispensable, quand on veut recevoir, qu'il faut avoir de grands appartements, ce qui est coûteux partout et énormément cher à Paris. Un appartement confortable ne peut pas se composer de moins de pièces que celles que nous allons énumérer. 1^ Un grand salon, pour soirée; 2° un petit salon ou parloir, pour la conversation, le jeu, etc., quand le grand salon est envahi par la danse ; 3^ un boudoir pour madame, où elle puisse recevoir son coiffeur, sa couturière et sa modiste ; 4° la chambre à coucher de madame, où, dans quelques froides soirées d'hiver, les amis intimes de la maison aiment à se réunir autour d'un bon feu ; 5° le cabinet de Monsieur, où il est censé travailler, et où les fournisseurs et employés de la maison sont admis à lui présenter leurs comptes; 6^ sa chambre à cou-

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cher; 7» une vaste salle à manger; 8» un office; 9» une cuisine, grande, claire el commode, avec escalier particulier; 10» une vaste antichambre; 11° les chambres des enfants, des bonnes, de la femme de chambre, etc., etc., et le tout au premier étage, au second pour le plus haut, moins les cabinets des domestiques, qui peuvent être sous les combles.

Un pareil logement au troisième ou quatrième étage (et, grâce au mauvais goût, il y en a), serait une dérision et ferait soupçonner ses habitants d'avoir à la fois de l'avarice et de la vanité. Ce n'est pas tout, il faut encore que cet appartement soit situé dans un quartier habité par les gens du bon ton, comme, par exemple, la Chaussée-d'Antin, le quartier Laffitte, le faubourg Saint-Germain, etc. : on peut avoir tout cela pour cinq à six mille francs par an.

Quand vous êtes assez heureux pour avoir trouvé ce qui vous convient, donnez le denier à Dieu, et, pour plus de sûreté, faites un bail Surtout, ne vous déterminez pas à la légère, car si plus tard vous vous aperceviez de quelques désagréments dont vous ne vous seriez pas aperçu d'abord, vous ne vous en tireriez peut-être pas aussi aisément que le colonel C.

Ce brave militaire avait soixante mille francs de rente, et une fille de dix-huit ans à marier. Il résolut de donner sa démission, de quitter l'Algérie, de venir à Paris, et de' tenir maison pour produire dans le monde son enfant chérie. Ce qui fut dit fut fait. Aussitôt son arrivée, avant même d'aller chercher sa fille à Saint-Denis, il s'occupa de trouver un beau logement, et, le hasard l'ayant fait passer sur le quai Voltaire, un magnifique hôtel le tenta. Il voit le por-

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lier qui lai fait abord visiter l'appartement à louer, et qui le conduit chez le propriétaire. Celui-ci, reconnaissant de suite qu'il avait affaire à un nouveau débarqué, le surfait de mille francs; le colonel accepte et donne le denier à Dieu. Le propriétaire, qui le voit si facile, a du regret de ne lui avoir pas demandé quatre mille francs au lieu de trois, et il espère se raccrocher aux branches.

~ Monsieur, lui dit-il, j'oubliais de vous avertir que je ne veux pas d'enfants dans ma maison. Cela touche à tout ! Gela tache les vernis, les peintures.

— Je n'ai pas de petits enfants.

— Je ne souffre pas de chiens ; cela aboie après les locataires.

— Je n'ai pas de chien.

— Je ne veux pas de chat, cela fait des ordures sur l'escalier.

— Je n'ai point de chat.

— Je ne veux point d'oiseaux, surtout de perroquets, cela crie désagréablement et fatigue les voisins.

— Je n'ai ni oiseaux ni perroquet.

— En ce cas. Monsieur, je vais porter ces clauses dans notre bail et nous le signerons. L'appartement étant libre, vous pourrez emménager dans quinze jours.

Le colonel, enchanté de son marché, va faire un tour au Palais-Royal, et là, il rencontre un de ses anciens camarades, M. Lah**, auquel il raconte longuement ses projets et le marché qu'il vient de faire.

— Mon bon ami, lui dit M. Lah**, tu as commis deux graves erreurs ! comme tu n'es ni comte ni mar-

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