DESCRIPTION DU YUKON, DE SES AFFLUENTS ET DES PAYS AVOISINANTS
Je vais üonner maintenant, d'après mes propres observations et d’après les renseignements que j'ai pu obtenir, une description plus détaillée de la Lewes River, de ses affluents et des re:sources tles pays voisins.
Au point de vue de la navigation, la description de la Lewes ne commence qu’au sommet du lac Bennett. Au-dessus de ce point, jusqu’au lac Lindeman, il n’y à qu’un bras de rivière qui a trois quarts de mille de longueur et dont les eaux, larges de cinquante yards environ, n’ont que deux ou trois pieds de profondeur et sont si agitées et si rapides, qu’il ne peut être question de les naviguer.
Le lac Lindeman a cins milles de longueur sur un demi mille de largeur. Les eaux en sont assez profondes et propres à la navigation dans les conditions ordinaires. Le lac Bennett* a vingt-cinq milles et demi de longueur ; à sa partie supérieure ; sur les quatorze derniers milles, il! n’a qu’un demi mille de largeur. Vers son milieu se trouve un bras qui se détache du côté de l’ouest. Schwatka a pris ce bras pour une rivière qu’il a appelée la Wheaton River. Il est plus large qu’un autre bras qui débouche au même point ; les Indiens prétendent qu'il est aussi plus long et qu’il se prolonge jusqu’à un glacier qui bouche la passe au sommet du Chilkoot Inlet (Baie de Chilkoot). Aussi loin qu’on peut l’apercevoir, ce bras est entouré de ñautes montagnes qui garaissent être plus élevées que celles que nous avions aperçues en descendant l’autre bras. Là où viennent déboucher ces deux bras, le lac a environ 17% mille de largeur et les eaux y sont profondes. Au-dessus de l’embouchure du bras qui se trouve situé à l’est, les eaux sont fort boueuses. Cette boue provient des nombreux glaciers où les tributaires du lac Lindeman prennent leurs sources.
Un ruisseau qui entre dans le lac Bennett «1 sud-ouest, charrie aussi des eaux fort sales et dépose à son embouchure des quantités considérables de terre dont l’accumtlation a diminué la profondeur des eaux. Les plages situées à l’extrémité inférieure de ce lac sont très plates et les eaux peu profondes. A l’extrémité nord on aperçoit une vallée qui paraît s'étendre vers le nord jusqu’à l’entrée du cañon et peut-être un peu au-delà. Cette vallée a toutes les apparences d'un ancien lit du tieuve ; le fond en est large et sablonneux et couvert de bois chétifs où le peuplier et le sapin résineux dominent. Les eaux du lac se déversent à l’extrême nord-est, par un chenal qui n’a pas plus de cent yards de largeur, et qui s’élargit bientôt pour former ce que le Lieutsnant Schwatka a nommé le lac Nares.f Dans ce chenal, le courant est assez fort et il y a plus de 7 pieds d’eau, car je n’ai pas pu en atteindre le fond en y plongeant tout le bras et un aviron de plus de 6 pieds de longueur.
A l'extrémité supérieure du lac Bennett les hauteurs montent pour ainsi-dire à pic; à l'extrémité inférieure elles ne sont ni si rapides ni si élevées.
Le l:c Nares n’a que 2% milles de longueur sur un mille de largeur maxima ; sans être profond, il est cependant navigable pour des bateaux tirant de 5 à 6 pieds d’eau ; il se trouve séparé du lac Bennett par une pointe de sable qui n’a guère plus de 200 yards de longueur.
Aucun cours d’eau important ne pénètre dans ces lacs. Ure petite rivière rentre bien dans le lac Bennett du côté de l’ouest, et une autre à l'extrême nordouest, mais ni l’une ni l’autre n’a d'importance au point de vue de la navigation.
* On a construit une petite sci: :‘e au sommet du lac Bennett ; les bois sciés s'y vendent à $100 les mille pieds. Un bateau long de 2$ pieds sur $ de largeur se vend $50. L'année dernière la débâcle des glaces sur le lac a ou lieu le 12 Juin; cette année elle a eu lieu plus de bonne heure et on s'attend à voir commencer la navigation le 1er Juin.
+ Les eaux qui relient le lac Bennett au lac Tagish sont connues aujourd'hui sous le nom de Cariboo Crossing,
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D'après Photo. par J. J. McArthur.
Train de bagages de Dalton au poste Dalton. Vue vers le Sud.
La première paraît être le même cours d’eau que Schwatka a désig'ié sous le nom de Wheaton River.
Le lac Nares se déverse par un chenal étroit et tortueux dans le lac Tagish, Ce chenal n'a pas plus de 600 à 7ov yards de longueur et l'eau paraît y être assez profonde pour permettre le passage de bateaux qui pourraient naviguer sur le lac.
Les terres des deux côtés de ce chenal, entre les deux lacs, sont basses et marécageuses ; elles sont couvertes de saules et à l’époque où j'y suis passé, ne s'étevaient pas à plus de 3 pieds au-dessus du niveau des eaux du chenal. Du côté du sud-ouest les hauteurs s'élèvent en pente d.-uce et n’atteignent pas une grande altitude ; du côté du nord on aperçoit la grande vailée dont j'ai déjà parlé, tandis que du côté de l’est les montagnes s'élèvent brusquement à pic à partir des bords du lac.
Sur les deux premiers milles de sa longueur le lac Tagish a environ un mille de largeur ; c’est à ce point qu’il est rejoint par un bras d’eau étroit que les mineurs appellent le Windy Arm. Un des Indiers Tagish m'a dit que ies indigènes le nomment lac Takone. Ici le lac prend ‘ne largeur de deux milles qu'il conserve sur un parcours de trois milles env':on, pour se rétrécir encore au point de prendre une largeur d’un demi mille st:r une distance d'in peu plus d’un mille. Il prend alors une largeur uniforme d'un peu plus d’un mille et demi jusqu'à son extrémité.
A dix milles de son extrémité supérieure, le lac reçoit les eaux du iaku Arm où Bras de Taku. Ce bras doit être d’une longueur considérable, car on l’aperçoit à une longue distance entre les montagnes, bien plus loin qu’on ne peut voir sur le lac lui-même. Sa largeu- à l'embouchure paraît être d’un mille environ.
Le docteur Dawson désigne tous ces affluents sous le nom colleetif de lac l'agish. C’est plus simple et plus facile à comprendre que tous les noms divers que leur ont dor 1és d’autres explorateurs. C’est dans ces eaux que les Tagish font leurs pêches ei l:urs chasses ; comme d’ailleurs elles ne constituent qu’une seule et
même nappe d’eau, il n’y a pas de raison pour le: üésigner autrement que par un M Benn seul nom. 1 détao Depuis le Taku Arm ï'zqu à l'extrémité nord du lac, la distance est de six not s milles environ, et !: iargeur de plus de deux milles. Du côté de l’ouest l’eau a si @ plus | peu de p:vrondeur que dans bien des endroits il nous fut impossible d'arriver jusqu’à Whit terre en canot. A une forte distance du rivage la profondeur n’atteint pas plus de BE l cinq pieds. L'équipe à laquelle j'avais confié le grand bateau et les bagages lacs. descendit le long de la rive opposée où elle signala des conditions analogues et la le lac présence de nombreuses roches à fleur d’eau. Elle fit le voyage pendant la nuit, large dans une averse de pluie et à un moment donné 5e trouva fort inquiète à l’égard du cune bateau et des provisions. 11 me semble que si l’on veut rendre cette partie du lac aussi aussi propre à la navigation que le système dont il fait partie, il faudra y faire des cours travaux d'amélioration considérables. * la Te À sa sortie du lac, la rivière a 150 yards de largeur et n’a guère plus de 5 à / 6 pieds de profondeur. Un peu plus bas, cependant, cette dernière augmente Tagis jusqu'à dix pieds pour rester uniforme jusqu'au lac Marsh (d’après Schwatka). car il Les mineurs l’appellent Mud Lake (lac de boue), mais ils ne paraîssent pas être Ceci tous d’accord à ce sujet, car nombre d’entre eux désignent sous ce nom la partie tion € inférieure du lac Tagish, qui est très boueux et peu profond à l'ouest, le long de la n'est côte. C’est de ce côté qu’on en fait toujours la descente, parce qu’on s’y trouve que s plus à l’abri des vents du midi. Le mot Mud Lake d’ailleurs n’est guère applicable à ce lac, dont la partie boueuse et peu profonde est comparativement restreinte ; il envir ne s'applique guère mieux au Lac Marsh, dont les eaux sont très claires du côté de vienn l’ouest où le rivage, tel qu’en le voit depuis la rive opposée, paraît être composé sont t de bancs de gravier passablement élevés. L Le lac Marsh a une longueur de dix-neuf milles sur une largeur moyenne de inférie deux milles. J’essayai de déterminer sa largeur exacte en prerant les azimuts de jamaii certains points sur la rive o5posée à chaque station que je faisais ; maïs je ne pus obstac réussir qu'une seule fois à faire une observation exacte, attendu que je ne pus voir au- Way S
cun point de mire suffisamment saillant et bien marqué pour qu’on pût le reconnaître avec certitude plus d’une seule fois. Le cours d’eau qui relie le lac Tagish au lac Marsh a cinq milles de longueur sur une moyenne de 150 ou 200 yards de largeur. Comme je l'ai déjà fait observer, l’eau y est profonde excepté près de la partie supérieure, C'est ici qu’on aperçoit les premières habitations indiennes dont la construction témoigne d'une certaine habileté. Ou y aperçoit des indications d’une certaine aptitude au travail et d’une certaine faculté d'imitation, auxquelles on ne s'attend guère chez les indigènes quand on les connaît bien. Ces habitations sont semblables à celles des Indiens de la côte qui, de leur côté, ont mal imité les demeur.. jue se construisent les employés de la Hudson Bay Company. Presque toutes ces habitations sont en ruines, et paraîssent ne pas avoir été habitées depuis longtemps. Depuis quelques temps, les Indiens Tagish se sont transportés à la côte où ils trouvent la vie plus facile que dans leur propre pays. Il est à remarquer d’ailleurs, que les Indiens de la côte leur enlèvent toujours ce qu'ils peuvent avoir gagné chez eux, ce qui ne les encourage guère à y rester.
La rivière Lewes, à sa sortie du lac Marsh, présente une largeur de 200 yards qu'elle conserve jusqu'à son entrée dans le cañon. Je n'ai pas cherché à en déterminer la profondeur, si ce n’est à certains endroits où je pensais trouver peu d'eau et où j'essayai de toucher le fond avec mon aviron. Je dois dire que je ne suis jamais parvenu à le faire, d'où je conclus à une profondeur de plus de 6 pieds, à l’époque de la crue moyenne, que je crois être celle à laquelle je suis passé.
Depuis le sominet du lac Bennett jusqu'au cañon, la distance corrigée est de quatre-vingt quinze milles, dont tout le parcours est navigable pour des bateaux
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Bennett qui se détache vers l’ouest, le Windy Arm du lac Tagish et le bras qui se détache de ce dernier vers l’est, sur une longueur de trente milles environ, et nous noi s trouvons en présence d’un système d'eaux navigables dont la longueur est de plus de cent milles. Ce système se rattache facilement à la Baie de Dyea par le White Fass ou Défilé White.
Autant que j'ai pu en juger, aucune rivière importante ne pénètre dans ces lacs. Un cours d’eau, appelé ‘‘ McClintock River ” par Schwatka, pénètre bien dans le lac Marsh à son extrémité inférieure, sn venant de l'Est. Elle suit le fond d'une large vallée qu’on aperçoit de la rive opposée du lac, mais ne paraît avoir aucune importance. Un autre petit cours d'eau, un simple ruisseau, se déverse aussi dans ce lac à l'extrême sud-est, mais il me paraît bien établi qu'aucun autre cours d’eau n'existe du côté de l’est, car l'étendue des terres séparant la Lewes de la Teslin n’a guère plus de trente ou quarante miles de largeur à cet endroit.
A part les renseignements donnés par les Indiens, le bras oriental du lac Tagish est inconnu ; il cst peu probable qu'il reçoive les eaux d'un cours important, car il se trouve situé trop près de la source des eaux qui se portent vers le nord. Ceci d’ailleurs, est une question qui ne peut être décidée qu'à la suite d’une exploration complète. J'ai déjà fait la description du cañon, et n'ai .ien à y ajouter, si ce n'est qu’il a une largeur de 100 pieds, une longueur de cinq huitièmes de mille et que ses bords sont formés de roches basaltiques, hautes de 60 à 100 pieds.
‘im nus du cañon proprement dit, se trouvent des rapides longs d'un mille enviro:; , :, un demi mille à peu près d'eaux tranquilles, à la suite desquelles viennent ies rapides White Horse, qui ont cinq huitièmes de mille de longueur et sont très dangereux à naviguer.
La chute totale du lit de la rivière, depuis l'entrée du cañon jusqu’à l'extrémité inférieure des derniers rapides, a été mesurée et se trouve être de 32 pieds. Si jamais il devient nécessaire de rendre cette partie du fleuve navigable, il y aura des obstacles fort difficiles à surmonter ; il serait facile, pourtant, de construire un tramway sur la rive droite.
@ 'après Photo. par J. J. McArthur.
Vue prise vers le nord. Sommet du White Pass à gauche du centre.
A quelque dfstance au-dessous des rapides White Horse, le courant est excessivement fort et le’ fleuve large, avec de nombreux bancs de gravier. Depuis les rapides jusqu'au lac Labarge, sur un parcours de 277% milles, les eaux du fleuve sont tranquilles mais le coùrant est toujours assez fort. La largeur moyenne en est de 150 yards. Rien n’entrave la navigation ici, si ce n’est la rapidité du couraht qui n’est cependant pas plus fort que celui du bas de Ja rivière que l’on navigue déjà depuis longtemps. D'ailleurs ce courant n’est jariais plus fort que celui de la Saskatchewan ou de la Red River, que l’on navigue facilement dans la partie est du même territoire.
Vers le milieu de ce parcours la Takhini River* vient se jeter dans la Lewes. Ses eaux, dont le volume ne dépasse guère la moitié de celui de la Lewes, sont très boueuses, ce qui paraîtrait indiquer que le lit du fleuve passe sur des terrains argileux. J'obtins bien quelques renseignements sur ce cours d'eau, d’un Indien que je rencontrai a l'embouchure, mais il me fut assez difficile de bien le comprendre, attendu que son langage qui était un mélange de Chinook et de Tagish, entrelardé de signes, était pour ainsi dire inintelligible. Autant que j'ai pu m'en assurer, j'ai compris que la rivière était d’une descente facile, qu'il n’y avait pas de rapides dangereux et qu’elle prenait sa source dan: ‘11 lac beaucoup plus grand que tons ceux que j'avais déjà passés.
Je prierai le lecteur de remarquer ici, . est toujours difficile d'obtenir des Indiens des renseignements précis sur lesque;s on puisse compter ; et cela, pour de nombreuses raisons. La plupart de ceux que j'ai rencontrés veulent toujours gagner quelque chose et ne sont naturellement guère disposés à vous donner des renseignements avant d'être sûrs qu’ils seront bien payés. Ils ont le naturel méfiant et il faut du temps, de la patience et une certaine familiarité avec leur langue pour pouvoir dissiper leur méfiance. Si, dès le premier abord, vous commencez par leur demander des renseignements sur leur pays, sans les avoir préalablement rassurés sur le compte de vos intentions, ils prennent de suite l’alarme et sans précisément refuser de vous répondre, ils s’arrangent de façon à ne rien vous dire de ce que vous désirez savoir. D'un autre côté, j'en ai souvent rencontré qui n'étaient que trop communicatifs et qui vous en racontaient même plus long qu'ils n’en savaient, soit par crainte, soit dans l’espoir d'obtenir une bonne récompense. Inutile d'ajouter que les renseignements obtenus de cette façon ne sont pas souvent exacts.
J'ai souvent constaté que les choses les plus insignifiantes pouvaient exciter leur crainte, leur superstition ou leur cupidité. E.: voici un exemple : En remontant la Bell River, je rencontrai une bande d’Indiens qui descendaient. Nous nous trouvions à terre pour le moment, et je les invitai à venir nous rejoindre. De suite, ils firent mine de vouloir venir vers nous, maïs très lentement et en nous surveillant de près et très attentivement. Je remarquai que mon fusil à deux coups que je savais être chargé, était par terre ; je le ramassai de suite rour le décharger, car je me doutais bien qu'ils allaient le prendre pour en examiner le mécanisme, aussi tôt qu'ils mettraient pied à terre. Mon mouvement leur causa une telle frayeur qu'ils mirent beaucoup de temps à se décider à débarquer. Je crois même qu'ils n'auraient pas débarqué du tout, si on ne leur avait pas dit, quelques jours auparavant, qu’une troüpe de blancs, dont la description coïncidait avec notre apparence, allait passer par là et s'ils n'avaient conclu que nous étions bien la troupe en question. Après avoir bu du thé que nous leur off ‘îmes, ils en achetèrent une provision pour leur propre usage et se montrèrent de suite très communicatifs et très bien disposés.
Une autre fois, sur la Mackenzie River, je pris mon télescope pour chercher un signal que j'attendais de la rive opposée, au moment où deux Indiens étaient sur le point de débarquer à notre camp. Par malheur, en cherchant le signal, j'eus occasion de pointer mon instrument de leur côté, ce qui lenr fit immédiatement prendre la fuite. Le jour suivant je me rendis au camp Indien et j’expliquai, par moninter-
* Les Chilkats remontaient souvent ce fleuve pour se rendre à l'intérieur ; les mineurs, pourtant, ne s'en sont jamais beaucoup servi à cause de sa longueur.
prète Indie
avait fourn de le lunet me di regar de bo en so de la leur i.
D'après }
pas plu Quand répondi!
mais il de rien :
par cons à le con:
Je « en conti choses p unie d’u difficile « Le
est exces- prète, comment la chose s'était passée la veille et avait occasionné la fuite des deux Depuis les Indiens ; mon explication les amusa beaucoup.
du fleuve Au fort Good Hope, sur la Mackenzie, j'entendis parler d'un vieil Indien qui oyenne en avait passé beaucoup de temps sur la Hare Indian River, sur laquelle il pouvait me té du cou- Æ fournir des renseignements très précieux. Je demandai qu'on le fît venir afin )n navigue de le questionner. En attendant, je m'occupai de relever un azimut avec ma celui de la Æ lunette, et j'étais en train de faire mon observation quand il arriva. L'interprête partie est me demanda aussitôt ce que je faisais ; je le lui dis. 11 me demanda pourquoi je
regardais si fixement en l'air ; je lui répondis que je cherchais une étoile. Il était de bonne heure dans l'après-midi et le soleil était encore bien au-dessus de l'horizon, en sorte qu'il ne voulut pas me croire tout d'abord ; cependant, une fois convaincu de la vérité de ce que je lui disais, il expliqua aux autres Indiens ce que je faisais et leur iadiqua où se trouvait l'étoile que j'étais en train d'observer. Ceux-ci n’eurent
la Lewes.
s, sont très rains argidien que je dre, attentrelardé de ssurer, j'ai apides dantons ceux
obtenir des cela, pour nt toujours donner des urel méfiant angue pour cez par leur nt rassurés précisément e de ce que ’étaient que n savaient, ile d’ajouter ts.
ient exciter En remon- Nous nous De suite, surveillant ups que je rger, car je e, aussi tôt ayeur qu'ils sn’auraient ant, qu’une
D'après Photo. par W. Ovilvie. Eagle's Nest
pas plutôt compris qu'ils se retirèrent à la hâte, en proie à une grande frayeur. Quand j'eus terminé mon observation, je demandai à voir le vieillard et on me répondit aussitôt qu'il ne voulait plus entendre parler de moi. J'allai le trouver, mais il refusa absolument de répondre à mes questions, disant qu'il était inutile de rien me dire puisque je pouvais voir les étoiles pendant le jour et que je pouvais, par conséquent, voir aussi la rivière en question. Jamais nous ne sommes parvenus à le convaincre du contraire.
Je cite tous ces faits pour donner une idée de ce qui arrive quand or se trouve en contact avec des Indiens et pour faire comprendre comment la moindre des choses peut les influencer. En restant avec eux pendant quelques jours en compagnie d’un ami commun, on peut quelquetois les désabuser, mais sans cela il est difficile de faire des progrès avec eux.
Le lac Labarge a trente-et-un milles de longueur. Sur les treize premiers
rmoninter-
ineurs, pour-
milles à partir du haut, il a trois à quatie miles de largeur ; sur les sept milles qui suivent, cette largeur se réduit à deux milles environ, pour augmenter de nouveau jusqu’à deux milles et demi ou trois milles et conserver cette dimension jusqu’à son extrémité inférieure. J'en fis le relevé en suivan: la rive gauche, et je déterminai alors la largeur de la partie supérieure au moyen de triangles que je relevai à deux points différents ; je relevai aussi la largeur de la partie moyenne par des triangles pris à trois points différents et enfin la largeur de la partie inférieure par des triangles pris à trois autres points. Le docteur Dawson, à sa sortie du pays, a fait le relevé de la rive droite. La rive gauche est irrégulière dans bien des endroits et se trouve dentelée par de larges baies, surtout à ses deux extrémités. Ces baies sont généralement peu profondes, particulièrement celles de j’extrémité inférieure.
Vers le milieu, au point où le lac se rétrécit, se trouve une grande île. Cette île a trois milles et demi de long sur un demi mille de largeur. Schwatka la donne comme une presqu'île sur ses cartes et l'appelle Richtofen Rocks. Je ne comprends pas comment il a pu la prendre pour une presqu'île, car elle se trouve bien au large dans le lac ; le point qui se rapproche le plus de la rive gauche en est à plus d’un demi mille, et la largeur extrême du lac à ce point n’est pas de plus de cinq milles, en y comprenant les baies les plus profondes de la rive gauche. Je ne m'explique donc pas comment il ne s’est pas aperçu qu’il se trouvait en présence d’une île. Sa partie supérieure est composée de gravier et ne s'élève que peu au-dessus du niveau du lac. La partie inférieure, composée de roches d’une couleur rouge vif, est beaucoup plus élevée.
A l'extrémité inférieure du lac on se trouve en présence d’une large vallée qui s'étend vers le nord et qui, à un moment donné, a dû évidemment servir de débouché aux eaux du lac. Le docteur Dawson l’a remarquée et en a donné la description. Ses observations à ce sujet se trouvent aux pages 156-160 de son rapport intitulé ‘ Yukon District and Northern portion of British Columbia,” qui a été publié
en 1880.
La rivière Lewes présente la même largeur à sa sortie du lac qu’à son entrée,
c'est-à-dire à peu près 200 yards. A l'époque où je l’ai vue, ses eaux étaient fort À
troubles. Cet état bourbeux provient de l’action des vagues sur la rive de l'extrémité inférieure. A la partie supérieure et vers ’2 milieu du lac l’eau est très claire, si claire même, qu'on aperçoit facilement le fond à 6 ou 7 pieds. Le vent y souffle
-+sque toujours avec force et à de certains moments la surface s’en trouve fort ? agiiée. Les mineurs se plaignent beaucoup des inconvénients et des retards qu'iis
éprouvent par suite de cette particularité et je dois ajouter, pour mon compte, que jamais je n’y suis passé sans avoir à me plaindre du même désagrément. Le lac a été nommé d’après un certain Mike Labarge (Michel Labarge), un Canadien des
environs de Montréal, qui avait été engagé par la Western Union Telegraph Com-! pany, pour explorer la rivière et les terres qui en sont voisines. Cette Compagnie
avait l'intention de relier l’Europe et l'Amérique par un réseau télégraphique passant par la Colombie Anglaise, l'Alaska et le Détroit de Behring jusqu’en Asie, et de là jusqu’en Europe. Cette exploration se fit en 1867, mais il ne paraît pas certain qu’à cette époque Labarge eût visité le lac qui porte son nom, ou qu'il l'eût même vu À une date postérieure. La réussite de la pose du câble transatlantique, en 1866,
fit abandonner ce projet et l'expédition fut rappelée aussitôt qu’on put lui fairel
parvenir des ordres. Il semble que Labarge aurait pénétré jusqu’à la Pelly avant de recevoir son ordre de rappel; il avait cependant entendu parler d’un grand lac
qu'on disait être situé plus haut sur le cours du fleuve et en parla plus tard à des
mineurs et à des commerçants qui lui donnèrent son nom.
A sa sortie du lac Labarge, la rivière présente une largeur uniforme sur un
parcours de cinq milles, et le courant, qui est de 4 milles à l'heure environ, en est assez modéré. Ici, elle fait un brusque détour autour d’une pointe de gravier et
prend une direction tout-à-fait opposée à son cours ordinaire, pour reprendre sak
direction normale un mille plus bas. A partir de là, jusqu’à cinq milles plus loin,
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le courant est excessivement rapide. J'en ai mesuré la vitesse à plusieurs points et j'ai constaté qu’elle était de 6 à 7 milles à l'heure. Le courant reprend alors son allure ordinaire qui est de quatre à cinq milles à l'heure, mais reste toujours passablement rapide jusqu'à la Teslin River, à trente-et-un milles et sept-dixièmes audessous du lac Labarge. La largeur moyenne est ici de 150 yards et la profondeur toujours suffisante pour permettre le passage de bateaux tirant 5 pieds d’eau. Le cours de cette rivière est généralement tortueux, ce qui la rend un peu difficile à naviguer.
Le Tesiin* a été ainsi nommé par le Dr Dawson. C'est là, d'après les renseignements qu'il a obtenus, le nom que lui donnent les Indiens. Les mineurs l’appellent ‘‘ Hootalinka ”’ ou Hootalinqua, et Schwatka, l’a nommée la Newberry ; il ne paraît pas d’ailleurs lui avoir accordé grande attention bien qu’elle soit visiblement beaucoup plus large que la Lewes. Et ceci était tellement évident que je l’ai cité comme un fait dans mes rapports. Pour des raisons que j'ai déjà données, il m’a été impossible de prendre les mesures nécessaires pour déterminer l'importance relative des différents cours d'eau ; mais, au cours de son voyage de retour, le Dr Dawson a pris ces mesures et son rapport donne les chiffres suivants comme représentant l'étendue des sections transversales de chaque fleuve : Lewes : 3,015 pieds ; Teslin : 3809 pieds. En même temps, il fait remarquer que la Lewes paraîssait être, à ce moment, à un pied au-dessus du niveau des basses eaux en été, tandis que les eaux du Teslin paraîssaient être à leur niveau le plus bas. En admettant ces données ainsi que les largeurs qu'il donne comme exactes, la section transversale de la Lewes serait de 2,593 pieds. Cependant, le courant de la Lewes, tel qu'il a été déterminé par le Dr Dawson, étant deux fois aussi rapide que celui du Teslin, c'est-à-dire de 5.68 et de 2.88 milles par heure, respectivement, il faut en conclure que la décharge de la Lewes est de 18,644 pieds, tandis que celle du Teslin est de 11,436 pieds. À son niveau le plus bas la Lewes, d’après le docteur, a une décharge de 15,600 pieds.
Les eaux du Teslin sont d’un marron foncé et présentent la même apparence que celles de la rivière Ottawa. Elles sont un peu troubles et, malgré la différence entre les volumes de leurs décharges, le Teslin change complètement le caractère de la Lewes au-dessous de son point de confluence. En remontant le courant, le Teslin présente toutes les apparences d’une artère principale. Les eaux de la Lewes
sont bleues, et . l’époque dont je parle, elles étaient un peu troubles—pas assez |
cependant pour empêcher qu’on n’y voie jusqu’à 3 pieds de profondeur.
Il y a seize ans environ, un individu du nom de Monroe a exploré le cours de #
la Taku en le remontant ; les Indiens lui parlèrent à cette époque, d’un grand lac, qu’ils disaient être situé non loin de là. Il découvrit enfin le lac et passa quelque
temps à l’explorer, mais revint à la côte peu de temps après. Cet homme était & passé à Fortymile River et les mineurs me répétèrent plus tard la description qu'il |
en avait faite ; cette description n’était malheureusement pas assez détaillée pour que je puisse l'utiliser.
En admettant cependant que c'était là l’artère principale du fleuve et en y ajou-
tant la longueur de la Lewes-Yukon à partir de leur confluence, nous obtenons
plus de 2,200 milles de fleuve dont les deux tiers, au moins, passent dans un pays
montagneux, sans présenter aucun obstacle sérieux à la navigation. Les bords du k
fleuve ici, sont mieux boisés que ceux de la Lewes.
* Le peu d'exploration qu'on a fait le long de cette rivière, paraît cependant avoir fourni des résultats très satisfaisants ; on y a trouvé de l'or en poussière partout. Le manque de provisions À constitue l'obstacle le plus sérieux au développement de ce district ; et cette difficulté ne dispa- à raîtra pas tant qu'on ne sera pas parvenu à établir des moyens de transport depuis les chaînes de K montagnes de !r -ôte jusqu'aux sources de la rivière. Je dois ajouter d'ailleurs que la seule diffi-
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plusieurs routes et chemins de fer, et je ne doute pas ue dans un avenir très rapproché on n'établisse des voies de comraunication propres à faciliter le développeinent des richesses du pays.
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Certains renseignements vagues qui me furent donnés sur le cours de ce fleuve, dans le voisinage du lac Mar<h, me portent à fixer la distance de l’un à l’autre à environ trente ou quarante milles.
Entre le Teslin et la Big-Salmon, ainsi nommée par les mineurs, (D'Abbadie par Schwatka), la distance est de trente-trois milles et demi pendant lesquels la Lewes présente une largeur et un courant uniformes. A quelques milles au-dessous du Teslin elle s'élargit un peu mais reprend bientôt sa largeur normale de 200 yards, qu’elle conserve alors sans variation aucune. Le courant est de quatre à cinq milles à l’heure en moyenne.
La Big Salmon a environ cent yards de largeur à son embouchure et quatre à cinq pieds de profondeur. Le courant, autant que j'ai pu en juger, est assez lent. Aucun des mineurs n’a pu me donner de renseignements sur ce cours d’eau ; mais le Dr. Dawson a été plus heureux et a rencontré un individu qui avait passé la plupart de l'été à l’explorer en 1887. Il était d'avis que la rivière devait être navigable sur une longue distance, pour ces petits bateaux de rivière dont les roues sont situées à l'arrière. * A en juger d’après l’aspect que présente la vallée à l’embouchure, on est porté à croire que ce cours d’eau devrait être plus important. On y aperçoit dans le lointain de nombreux pics dont les sommets sont couverts de neige. Comme nous étions au mois d’août lorsque je les ai vus, il est plus que probable que ces neiges sont perpétuelles et, par conséquent, que leur altitude est au moins de 5,000 pieds ou plus, au-dessus du niveau de la rivière.
Le Dr. Dawson cite dans son rapport tous les renseignements qu’il a obtenus des mineurs à cet endroit. Je m’en rapporte donc à lui pour dire que les mineurs signalent l'existence d’un petit lac à 190 milles au-dessus de l'embouchure de cette rivière. Ce lac aurait une longueur de quatre milles ; à 12 milles plus haut, il y aurait encore un autre lac, long de 24 milles, dont l’extrémité supérieure ne serait qu’à 12 milles du Teslin. Ces distances, si elles sont correctes, donnent à ce cours d'eau beaucoup plus d'importance qu’il ne paraît en avoir au premier abord ; nous reparlerons de ceci plus tard, en temps et lieux.
Un peu au-dessous de la Big-Salmon, le cours de la Lewes fléchit presqu’à angle droit et prend une direction un peu à l’est du nord jusqu’à son confluent avec la Takhini ; ici le cours fléchit encore vers l’ouest pour se diriger ensuite vers le nord-ouest jusqu’à son confluent avec la Pelly, à partir de laquelle sa direction générale reste la même jusqu'à sa jonction avec la Porcupine. Le lit du fleuve devient alors plus large et s’élargit encore plus de temps en temps, de façon à former des espèces de lacs, dans lesquels se trouvent de nombreuses îles. Quelques-uns de ces lacs sont fort longs et les bords en sont bien boisés.
Il aurait fallu plus de temps que je n’en avais à ma disposition à l'époque de mon voyage, pour déterminer lequel des passages entre ces îles, constitue l'artère principale du fleuve et se trouve par conséquent, être le plus propre à la navigation. Je ne doute pas cependant qu'il ne soit facile d’y trouver un chenal d’une profondeur moyenne de 6 pieds au moins. Chaque fois que je me trouvais dans le chenal principal et que je croyais avoir à douter de la profondeur de l’eau, j’essayais d’atteindre le fond avec mon aviron ; comme je ne suis jamais parvenu à le faire, je n'hésite pas à fixer cette profondeur à plus de six pieds. Il va sans dire que j'ai souvent trouvé moins de six pieds d’eau, mais pas dans le chenal principal.
A trente-six milles et quart au-dessous de la Big-Salmon, la Little-Salmon—la Daly de Schwatka—vient se jeter dans la Lewes. Elle a environ 60 yards de largeur à son embouchure et pas plus de deux à trois pieds de profondeur. L'eau y est assez claire et d’une couleur tournant au marron ; il n’y a guère plus de courant à l'embouchure qu'il ne paraît y en avoir plus haut. La vallée dont ce cours d’eau occupe le fond ne paraît pas avoir beaucoup d'importance ; elle se dirige vers le nord-est d’abord, pour fléchir ensuite vers l’est. A six ou sept milles de son
* L'examen que je fis de l'embouchure de cette rivière, en 1895, me porte à croire que c'est là une erreur, —W, ©.
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