MACHINES ET APPAREILS EMPLOYÉS POUR TRAVAILLER LE SAVON DE TOILETTE
1° On emploie des découpeuses mécaniques qui économisent beaucoup de travail. Les découpeuses de M. Brunot sont très en usage dans les parfumeries de Paris et de Marseille. — En Angleterre, on coupe en core le savon au fil de laiton.
La découpeuse consiste en un rabot cylindre métallique portant sur sa circonférence plusieurs écranchures (trois ordinairement) munies de larges lames d’acier très-acérées, au moyen desquelles on peut diviser les
pains ou briques de savons en copeaux très-minces et même en rubans excessivement fins.
2° Des broyeuses mécaniques. — La machine à broyer les savons se compose de trois cylindres en granit dont on peut régler à volonté le serrage. La brique de savon est introduite dans une boîte placée à l’extrémité supérieure de la machine ; quand la machine est en mouvement, le pain vient s’appuyer sur un couteau circulaire qui le découpe en petits morceaux, lesquels sont placés dans une trémie au-dessus des cylindres lesquels, animés de vitesses différentes, opèrent le broyage complet du savon.
Lesbroyeusesles plus employées sont celles qui sortent de la maison Brunot, de Paris. Elles sont mues à bras d’homme ou à la vapeur.
3° Des peloleuses, ayant pour objet de comprimer la pâte de savon découpée et broyée, pour en obtenir des pains du poids que l’on désire.
Les bonnes peloteuses sortent des ateliers de M. E. Trottin (ancienne maison Brunot).
4° Des presses à levier ou à vis pour donner au savon les différentes formes sous lesquelles il est livré au commerce.
5° Les pulvériseurs pour poudres fines qui se composent d’un mortier dans lequel se déploient des pilons mus par un mouvement circulaire et alternatif.
6° Des mélangeurs qui se composent de cylindresbouteilles dont les axes ne sont pas dans le même plan de rotation que l’axe de rotation de la machine, de manière que les dits cylindres tout en tournant autourd’un axe commun sont mus chacun par un mouvement alternatif de haut en bas et de bas en haut.
Les presses, les pulvériseurs et les mélangeurs les plus en usage sont ceux de la maison Brunot.
7° La fabrication des savons de toilette exigent encore : 1° des mortiers métalliques ou mieux de marbre de diverses grandeurs, les mortiers en cuivre, en fer ou en fonte dénaturent la nuance des savons, surtout quand
ceux-ci doivent rester blancs. Les pilons doivent être en bois; 2» des moules à savon, espèces de matrice, en cuivre formées de deux pièces ; chaque modèle de savon a ordinairement deux moules, un pour donner la première forme au moyen de la presse à levier, l’autre pour donner la forme définitive par l’emploi de la presse à vis ; 3° des cuillères de cuivre ou d’ivoire, espèce de couteaux circulaires. Ces cuillères sont surtout employées en Angleterre, sous le nom de Scoop ; 4° une bascule, des petites balances ; 5° des caisses en bois doublées de plomb pour colorer et parfumer les copeaux de savon ; 6° des tables recouvertes de marbre pour opérer le pelotage à la main des petits pains de savon ; 7° des tamis à tambour pour les couleurs, des clayons, des râcloirs et couteaux.
TRANSFORMATION DES PATES SAVONS BRUTES EN SAVONS DE TOILETTE. — Nous décrirons succinctement les diverses opérations que les pâtes de savons brutes subissent pour être transformées en savons de toilette.
Première opération. — Les savons bruts sont sous forme de plaques pesant de 20 à 30 kilog. et ayant de 8 à 10 centimètres d’épaisseur. Leurs surfaces sont d’abord grattées pour enlever les ordures, puis les plaques sont divisées en pains de 4 à 5 cent, d’épaisseur, ayant bien entendu la longueur des plaques. Les pains sont alors passés à la découpeuse qui réduit le savon én copeaux.
Deuxième opération. — Elle a pour objet de parfumer et de colorer (s’il y a lieu) la pâle de savon réduite en copeaux. Ceux-ci sont placés dans une grande caisse en bois blanc doublée de plomb ; on y ajoute l’essence ou le mélange d’essences (bouquets) dont on veut parfumer le savon. Si le savon doit être coloré, on y ajoute les proportions de couleurs propres à obtenir la nuance désirée. Les couleurs sont délayées dans les essences, et le tout est versé sur les copeaux, on brasse pour bien
effectuer le mélange du savon avec les odeurs et couleurs.
Troisième opération, broyage. — Elle consiste à soumettre les copeaux de savon parfumés et colorés à l’action d’une broyeuse mécanique. Broyées au point convenable, les nappes de savons qui sortent des cylindres, doivent présenter une pâte douce, onctueuse et bien liée. Tous les savons ne se broient pas également bien ; les pâtes de savons blancs n’exigent que deux à trois broyages, les pâtes colorées en exigent cinq à six.
Quatrième opération, pilage. — Elle a pour but de piler les nappes de savon sortant des broyeuses, pour les agglomérer et en former une pâte compacte et homogène. Le savon est bien pilé lorsqu’il se détache de lui-même du mortier. M. E. Lormé fait remarquer avec juste raison, qu’on ne doit piler le savon qu’au fur et à mesure qu’on le travaille. — Préparé trop longtemps à l’avance, il devient dur et cassant.
Cinquième opération, pelotage. — On désigne sous ce nom l’opération par laquelle on donne au savon pilé la forme de petits pains ou pelotes destinés à être frappés dans des moules convenables. On donne à ces petits pains un excédant de poids de 25 pour 100 environ pour compenser les déchets des diverses opérations précédentes et la dessiccation du savon humide.
Le pelotage du savon se fait à la main ; on fait d’abord une boule que l’on transforme ensuite en cylindre avec le plat de la main, puis en petites briques carrées à angles abattus ; ces petites briques ne doivent pas dépasser la longueur du modèle. Ces diverses opérations manuelles doivent se faire très-vivemeut dans le ut d’empêcher le savon de se gercer.
Sixième opération, séchage — Les petites briquettes de savon sont disposées sur des clayons pour être séchées dans un séchoir à air libre ou dans des étuves à air chaud par les temps froids, pluvieux ou humides.
Septième opération, frappage ou moulage. — Après
7 à 8 jours de dessiccation, le savon, qui s’est recouvert d’une couche dure et luisante est bon à frapper au premier moule dans la presse à balancier. Ce premier moule est, avons-nous dit, un peu plus gros que le moule definitif. Les petits pains de savons ainsi frappés sont ébarbés avec un couteau bien acéré.
Huitième opération, deuxième séchage. — Les pains de savon ébarbés sont placés de nouveau sur les clayons et portés au séchoir pour achever leur dessiccation, qui exige de 30 à 40 jours pour obtenir du savon très-sec et très-dur. Néanmoins, si on est pressé par les livraisons on ne sèche que pendant 15 jours en été et 8 jours dans l’étuve à air chaud.
Neuvième opération, raclage et lavage. — Les petits pains des savons séchés au point convenable, sont retirés du séchoir et raclés avec précaution pour en retirer l’espèce de croûte qui les recouvre.
Ce râclage s’effectue, chez M. Piver, à l’aide d’un torn dont la rotation débarrasse presque instantanément de son manteau, le pain de savon tout entier.
Une fois râclés sans marques ou incisions, le savon est lavé avec un peu d’espril-de-vin dans le but de faire disparaître les légères aspérités et les points blancs qui y adhèrent.
Dixième opération, troisième séchage. — Après le lavage ci-dessus, les savons sont replacés sur les clayons et exposés, dans le séchoir, pendant 25 à30 heures à un couraut d’air chaud.
Onzième opération, deuxième moulage. —Après leséchage ci-dessus indiqué, le savon est bon à être frappé une deuxième fois pour donner au petit pain de savon sa forme définitive. Ce deuxième moulage s’effectue avec la presse à vis ; on arrête la pression lorsque la jonction des deux parties du moule a lieu, et que le savon a jailli à celte jonction ; une pression plus forte pourrait briser le moule.
Telles sont les opérations suivies par les fabricants intelligents, jaloux de faire avant tout des produits supé-