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Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux

Un homme doit toujours travailler pour la science : quant à la récompense , par une voie ou une autre , elle arrive toujours quand on y pense le moins, j

Lettre du professeur Scarpa au professeur Rus* coni { Recherches sur V opération de la cata^ racte , pag. viij ).

Dans toutes mes publications, je n'ai jamais perdu de Yue la sentence encourageante que le professeur Scarpa adressait à tous ses e'ièves, savoir : qu'il fallait songer aux intérêts et au progrès de la science avant tout; que, par une voie ou une autre, la récompense arriverait toujours au moment oii Ton y penserait le moins. La parole du maître a déjà porte ses fruits , tous ses élèves les plus chers ont recueilli leur part de gloire, sinon de fortune, et j'aime à croire que Fépoque n'est pas éloignée où je pourrai , comme Panizza , Rusconi , Donegana et autres;' revendiquer enfin à mon tour ma part dans les travaux inspirés sous Tinfluence du plus grand chi-

rurgien des temps modernes. S'il vivait encore, je lui dirais : — Maître, me voici! j'ai écrit et entrepris ce livre selon la direction que vous avex toujours imprimée aux travaux de ceux qui ont eu le bonheur de vivre près de vous. Je me suis inspiré par le dësir d'être utile a mes jeunes confrères , de payer ma dette à 1 humanité' en rendant Fetude des maladies des yeux plus facile, en les dépouillant d''unc foule de théories dont vous nous avez signalé l'exagération et les travers. J'ai toujours écrit comme j'ai pensé , et surtout comme j'ai vu, et comme vous nous avez appris à voir, sans prévention et sans partialité : je me suis toujours effacé pour montrer les faits , et je n'ai point cherché a me faire un piédestal de la science , mais c'est d'elle que j'espère la récompense de mes travaux. Déjà plus d'une couronne a payé ma persévérance et mes efforts !

Sans Tobservation attentive des faits, Tophtlialmologie n'est rien , pas plus que toute autre partie théorique de Tart de guérir : car les faits renversent bien des théories, même les plus brillantes, et les plus probables s'écoulent et ne laissent rien après elles. Cest en procédant ainsi que Ton acquerra une connaissance exacte des maladies des yeux, et que l'on pourra leur opposer un traitement rationnel : aussi un homme qui veut se livrer spécialement

h. Texercice de rophthalmologie doit-il être médecin et chirurgien avant tout. Louis, Tillustre et savant secrétaire de F Académie royale de chirurgie, l'avait bien senti. Que Ton écoute et que Ton pèse ses paroles : « On a cru faussement que le savoir nécessaire pour discerner ces diverses affections et pour y remédier faisait en quelque sorte un art particulier : mais c[uel fruit porterait cette branche, étant séparée du tronc ? Il est bien prouve par les faits , que les progrès de cette partie de la chirurgie ne sont dus qu'aux grands maîtres qui ont pratiqué l'art dans toute sa plénitude et dont l'expérience , relative aux maladies des yeux , a été éclairée par les lumières c[ue leur avait données les principes qui constituent indivisibîement la science , sans laquelle on ne peut exercer aucune partie avec connaissance de cause (1). »

Malheureusement les choses ne se passent pas ainsi : chaque jour nous voyons des hommes , sans savoir, sans titres, sans conscience, exercer la chirurgie oculaire , monter sur les tréteaux , tromper le public , et crever des yeux à droite et a gauche : la plupart ne savent que perforer une cornée , montrer un cristallin opaque : l'opération sera-t-elle heureuse ? Tant mieux pour eux ; car leur science

(1) Elémcns de la prafiqve de la chirurgie , vol. I, p. 438, 4' cdit.

en est encore aux paroles du grand Ambroise Pare' : Je te pansons , Dieu te guarira.

Cest pour cela qu'il faut, en France, un certain courage pour se dire oculiste , pour s'exposer à être appelé collègue par des valets d'^anciens oculistes , des dentistes emérites qui s'intitulent et se font appeler oculistes. Heureusement que Pempressement que met M. Orfila a améliorer la position des médecins et a régulariser les études médicales , nous fait espérer que ce scandale cessera.

Si nous avons fait de Toplithalmologie une étude spéciale , c'est que , dès notre début dans nos études médicales, nous y avons été conduit par les conseils etFexemple du professeur Scarpa, et ceux de son savant ami le professeur Maunoir.

Pendant dix ans , nous avons été a la tête d''établissemens royaux, de maisons d'éducation civiles et religieuses , où plusieurs milliers d'individus étaient exclusivement soumis à nos soins; nous avons pu alors faire coordonner nos études ophthalmologiques avec la pratique générale de la médecine et de la chirurgie. Bien plus , il nous a été donné de pouvoir en même temps étudier les affections des animaux domestiques ; et , certes , cette étude nous a grandement servi , surtout pour la thérapeutique et Panatomie pathologique. Si nous avons publié des travaux qui se rattachent à la médecine , à Thy-

gîène et à la chirurgie (1), c'est que nous avons eu pour but de prouver, que nos études générales de médecine marchaient de pair avec notre spécialité', à laquelle nous avons consacré un grand nombre d articles dans la Gazette médicale^ le Bulletin thérapeutique et le Journal des connaissances médicales pratiques.

Lorsque nous avons publié nos recherches sur les causes qui font échouer Popération de la cataracte, nous avons été bien heureux en voyant tous les organes de la presse s'empresser d'encourager cette publication, dont une seconde édition n'a pas tardé à être nécessaire. Qu'il nous soit permis de rapporter ici l'opinion qu'a émise sur ce livre un homme bien haut placé dans l'ophthalmologie allemande , et auquel nous avions alors le bonheur d'hêtre complètement étranger, ce qui donne plus de prix a son témoignage , exempt de toute camaraderie ; voici comme s'exprime M. le professeur D'Ammon , de Dresde :

(1) Mémoire sur Vemploi thérapeutique de Veau distillée de lauriercerise ^ couronné par l'Athénée de médecine, 1830.

Mémoire sur les causes de l'accroissement des en fans trouvés , et les moyens de s"* opposer à cet accroissement , couronné , en 1831 , par la Société royale d'émulation , sciences et arts du département de l'Ain.

Mémoire sur le cancer de la matrice , couronné par la Société de médecine de la Moselle , 1832.

Mémoire sur l'iritis, couronné par la société médico-pratique de Paris, 1837.

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« Ce livre, qui est le fruit d''un grand travail et de recherches assidues dans les ouvrages d''ophtha]mologie en gênerai, et plus particulièrement dans ceux qui traitent de la cataracte , contient les résultats d'observations nombreuses recueillies dans différentes cliniques ophthalmologiques, et dans sa clientel!e privée sur les chances et les circonstances qui accompagnent les différentes méthodes d'opérer la cataracte, et qui peuvent la faire échouer complètement ou incomplètement.

» Ce travail donne un brillant témoignage du zèle avec lequel le docteur Carron du Yiliards exerce Toplithalmologie. La question c[ue Fauteur aborde ici est de la plus haute importance , et digne sous tous les rapports de faire le sujet d'une monographie. Cet ouvrage est d'autant plus précieux pour la littérature française cju'elle ne possède de nos jours aucun traité spécial sur la cataracte.

» Il est pour nous d'aune utilité moindre , parce que dans presque tous les ouvrages d'ophthalmologie composés en allemand, on a traité ce sujet dVme manière assez satisfaisante. Ce livre ne sera cependant pas lu avec moins d''intérét en Allemagne , et l'auteur de cette analyse n'hésite pas à avouer qn''il y a appris beaucoup de choses , dont un bon nombre étaient toutes nouvelles, entre autres, par exemple, la formation d''un staphylome de la sclérotique après

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la sclëroticonyxis (p. iij). L'analyse des résultais obtenus par les diverses méthodes d'ope'rer la cataracte, a du coûter beaucoup de travail à Fauteur, d'autant plus qu il y a procédé par la méthode numérique : aussi celte partie du livre est-elle de la plus haute importance; d'un autre côté, il donne la description des méthodes de Gensoul , Giorgî, Çuadri et Adams , qui sont en partie nouvelles pour l'Allemagne. Le chapitre qui est consacré a la cataracte congéniale est également intéressant, seulement , il eût été a désirer que Fauteur eût donné plus de détails sur la cataracte congéniale d'après ses propres connaissances anatomiques.

» 11 aurait aussi bien fait de s''étendre plus longuement sur Fanatomie pathologique des yeux après les opérations de la cataracte ; il est vrai qu'ail a profité ici des travaux si méritans de Sœmmering et de Cloquet; mais ensuite il n"a plus rien ajouté h ces faits, ce qu'il aurait pu faire cependant, par des essais sur les animaux. L'ophthalmologic française a beaucoup à espérer du zèle du docteur Carron du Villards , et nous le sommons dans l'intérêt de la science de continuer à marcher dans la voie honorable et brillante qu'il s'est tracée ; il y recueillera plus d'une palme (1). »

(1) T)'Ammon , Journal d'ophthaîniohrfic , tom. V, png J03.

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Il était important pour moi de faire connaître Popinion d'un des principaux ophthalmologistes de F Allemagne : c''est la seule réponse que je puisse feire pour le moment a ceux de ses compatriotes qui prétendent qu'^avant eux il n^y avait pas d'opLthalmologie en France , et qu'ails Tont importée.

Nous devions aussi répe'ter les dernières paroles de M. D'^Ammon, parce que nous nous sommes rencontrés, sans le savoir, dans le même concours, et que nous y avons partagé les palmes qu'ail m'appelait à recueillir (1). Ce concours mémorable a été celui de la société Médico-Pratique de Paris sur riritis, auquel ont pris part un grand nombre de chirurgiens contemporains , et qui a offert en outre un fait inoui dans les fastes des concours , savoir : un confrère qui , ayant employé son temps à aller se promener en Allemagne , et qui , n''ayant pas eu celui de terminer son mémoire , se présenta pour lire son travail (2) au sein de la société même , aa moment où la commission chargée des rapports se rassemblait pour les terminer et adjuger les prix « Cette communication aurait pu avoir pour plusieurs concurrens un résultat fâcheux, s'ils n'eussent pas connu et apprécié les idées allemandes que conte-

(1) Ammon , Journal d'ophthahnologie, tom. V, pag. 409.

(2) Sichol, Traité de Vophthalmie, do la cataracte et de Vamm^ rose , pag. C5.

nait ce mémoire. Je dois ici un hommage public de reconnaissance à la mémoire du D' Sabatier , qui paralysa , par la droiture de son caractère , Facte peu courtois dont mes concurrens et moi avons failli être la victime.

Maintenant parlons du plan de F ouvrage, auquel nous avons donné le nom de Guide pratique pour T étude et le traitement des maladies des yeux. Son titre seul indique le but dans lequel il a été fait , savoir ; de favoriser Fétude et le traitement des maladies des yeux sous le rapport pratique ; car, que désirent les médecins , si ce n'est guérir leurs malades le plus prompt ement possible? et ceux-ci s'accommodent très-bien de ce désir. Convaincu de la nécessité de rappeler les ouvrages publiés avant nous , afin que ceux qui veulent se livrer à cette partie de la science pussent les consulter avec fruit , nous avons tracé un aperçu bibliographique des ouvrages qui méritent d'être consultés. Si la forme et Fétendue de ce livre nous Feussent permis , nous aurions voulu , a Fexemple du célèbre professeur Béer (1), donner après chaque auteur Fanalyse succincte de ses opinions et de ses doctrines; mais nous avons du nous restreindre aux simples désignations indiquées. C'est pour cette

(1) Bihliotheca ophihalmica. Viennae, 1799.

partie de mi publication que je reclame surtout rindulgence que j'ai sollicitée pour cliaqiie puLlication; car, compose en plusieurs langues, dont le plus grand nombre me sont isiconnues , Ton rencontrera , sans aucun doute , un bon nombre de fautes de langue et d'impression. Pourquoi , me dira-t-on , ne pas faire un errata. Je repondrai avec un de nos plus spirituels écrivains : » Un erralum est toujours défavorable à une publication , parce qu'il signale des erreurs qui échappent souvent au lecteur, et que , s''il les decovivre , i! a assez de bon sens pour ne pas croire que Tauteur ou Tiniprimeur les aient faites volontairement!! ! »

Comme notre livre est surtout destine aux médecins praticiens, nous avons cru devoir rappeler brièvement Panatomie générale de Toeil et de ses annexes : Panatomie intime et microscopique devant faire le sujet d'une publication spéciale : c''est dans le même but que nous avons esquissé l'îiistoire de loplithalmologie, et que nous avons fait connaître les formules et les médicamens de quelques oculistes célèbres de l'antiquité.

Dans Tintime persuasion où nous sommes que le diagnostic joue un très-grand rôle dans Tétude et le traitement des maladies des yeux , nous avons donné avec soin les moyens de rendre le diagnostic plus facile, en faisant précéder notre travail par un

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manucî de l'explorarion pratique de Toeil et de ses annexes. Dans le cours de Poiivrage , nous avons suivi Tordre analomiqiie : ii nous a paru le plus commode pour Fëtude, quoiqu'il nous exposât a des répétitions indispensables.

Cette nouvelle publication rappellera nécessairement les principes ëmis dans diverses autres publications , notamment dans la Lettre au professeur Maunoir^ le Guide pratique pour Vexploraiton de Vœil et de ses annexes , el les Recherches sur les causes qui font échouer V altération de la cataracte,

L''ouvrage enfin est terminé par un mémento thérapeutique et pharmaceutique qui doit être de la plus grande utilité pour les praticiens. On s''étonnera peut-être de voir les formules écrites en latin ; mais , ce livre étant destiné a être vendu en Belgique et en Hollande , les médecins et les pharmaciens de ces pays , ont Thabitude de formuler en latin de même C[ue les médecins allemands , j^ai du laisser pour l'édition française les formules écrites en langue latine.

Un dernier mot : ce livre n'est point un traité complet ni un travail didactique ; il a été écrit sous Finfluence pratique, et c'^est ainsi que je le présente : il n'est point destiné à suppléer , ou à éclipser telle ou telle production contemporaine , mais à

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former un travail qui put dans un cercle assez étroit rassembler beaucoup de choses : Tavenir prouvera si j'ai bien compris les besoins des praticiens , et des e'tudians. Je terminerai par ces paroles de l'illustre auteur des Messe'niennes : « Pai toujours li- » vre' mes ouvrages au public sans les défendre : je » n'^ai pas pris parti contre mes juges : j'aurais mau- » vaise grâce à le faire aujourd'hui oii une bienveilj) lance presque générale est venue adoucir pour moi » ce que la critique pourrait avoir de sévère. »

Paris, 30 juin 1838.

LITTÉRATURE OPHTHALMOLOGIQLE.

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