‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux (volume 2)Chapitre 40 sur 95 · A L'ÉTUDE · texte numérisé non relu

A L'ÉTUDE

Mon œuvre ne s'adiesse qu'au médecin oculiste , dont le but principal est de trouver des enseignemens , qui l'aident à se former une mélljode de traitement heureuse et rationnelle.

JuNGKEN , Introduction au Traité des maladies des yeux.

L'œil est incontestablement le plus bel organe du corps humain ; il l'emporte en une infinité de manières, soit par sa perfection organique, soit comme le sens le plus exquis, peu s*en faut qu'on ne trouve dans sa structure un ensemble de tous les autres tissus. Bien plus, les parties constituantes de cet organe si parfait, se font surtout remarquer par une délicatesse de forme, une précision et un ensemble d'une beauté et d'une délicatesse merveilleuse. Lorsque cet admirable organe est détruit ou désorganisé, la beauté du visage s'altère, toute son expression se perd, l'impression de la physionomie disparaît, l'expression de la face S'anéantit ; car c'est dans l'œil que Tâme a proprement son siège ; elle lui impiûme une expression particulière selon les diverses sensations qu'elle éprouve. La lumière et la chaleur sont le piincipe et le soutien de Torganisme; là où CCS élémens manquent, la vie s'éteint ou devient végéta-

the. Aussi ceux qui dès leur plus tendre enfance sont pri" vés de la vue, portent-ils l'empreinte de cette pauvreté de végétation,de ces arrêts de développement si biendécrits par M. Dufau (1) dans son important ouvrage couronné par l'Institut. Rien n'est exagéré dans ce que nous venons de dire ; car l'on voit tous les jours des hommes forts, vigoureux^ perdre la vue, s'étioler, s'affaisser et devenir la proie d'une vieillesse anticipée. Si une opération bienfaisante leur rend l'usage de leurs yeux, on les voit se ranimer, prendre de la force et de l'énergie, et récupérer pour ainsi dire leur état primitif.

Doué d'un caractère sublime d'individualité, résident tout entier dans son organisation, l'œil néanmoins entrelient une infinité de rapports excessivement intimes avec les divers systèmes de l'économie. Ces relations sont si grandeS;, si intimes, que les affections pathologiques de cette dernière exerce toujours sur l'œil une certaine action, cet organe à son tour ne peut être affecté sans que son état de malaise se révèle par quelque dérangement de Torganisme. Ces courtes réflexions suffisent donc non seulement pour démontrer la nécessité d'étudier avec soiu les maladies des yeux, mais encore pour prouver l'absurdité des efforts de ceux qui ont voulu s'occuper de l'étude de l'œil en particulier et isolé de tous les autres organes. C'est cette manière de voir qui livra pendant long-temps l'élude et le traitement des maladies des yeux à des empiriques aveugles et ignorans qui ne firent rien pour l'avancement de l'art et empêchèrent cette partie intéressante de l'art de guérir, de se placer au rang des sciences. Depuis quelques années les efforts d'un grand nombre d'hommes de mérite ont assis les bases scientifiques de la médecine

(1) Mémoire svr les aveugles-nés , ouvrage couronné par la société de la morale chrétienne et par l'Institut royal de France. Paris , impr. royale , 4835.

eculaîre à laquelle ils ont donné le nom d'oplilhalmologie, mot qui dérive du {îrec ô(pôa).|jiôç, oculus^ œil , et de ^lôyoç, scrmo^ discours. C'est maintenant une branche de la médecine qui nous apprend à connaître Toeil, à le conserver dans rétat de santé, et qui fournit les moyens de le guérir lorsqu'il est malade. C'est donc un ensemble des principes de toute la médecine appliqués à l'aclion vitale, à la conformation organique de Toeil et à ses fonctions. L'œil de son côté vient en aide à la médecine, en lui fournissant des moyens de diagnostic pour l'élude et le traitement d'un grand nombre d'affections générales, ce dont on peut se convaincre en lisant les ouvrages de pathologie générale et surtout l'important ouvrage si peu connu de Loebenstein Loebel (1).

L'ophthalmologie se compose de plusieurs parties intégrantes analogues à celles qui composent la médecine générale dont elle est une branche. C'est pour cette raison que nous la diviserons en deux parties principales ; la théorie et la pratique. L'ophthalmologie théorique est la science de la vie de l'œil et de ses fonctions à l'état sain et dans son état maladif. L'ophthalmologie pratique, au contraire, aussi appelée ophihalmiatrie, a pour but l'enseignement de préceptes destinés à entretenir l'œil dans son état de santé, et ceux qui sont convenables pour le guérir.

L'ophthalmologie théorique est elle-même subdivisée ea deux parties, celle qui s'occupe de l'œil sain nommée ophthalmo- physiologie, et l'autre, consacrée à l'étude de l'œil malade , prend le nom d'ophthalmo pathologie.

Le fondement de toute physiologie est l'étude parfaite de l'anatomie ; aussi dans l'ophthalmo-pathologie comprennons-nous l'étude de l'organisation intime de l'œil, de ses tissus, de ses humeurs, de ses élémens constitutifs, élu-

^i) Stmèiolo^e de l'œil à l'usage des médecins. Strasbourg, d8l8.

diés non seulement avec l'œil et le scalpel, noais encore avec des puissances microscopiques qui puissent livrer à l'observation des élémens qui échappent à la vue, privée de cet important auxiliaire. La physiologie à son tour, se basant sur les connaissances anatomiques, étudie les fonctions vitales de l'œil, et les phénomènes qui en dérivent.

L'ophthalmo- pathologie expose l'état de l'œil malade, les causes de ses maladies et les symptômes qui nous les font connaître.

La partie praîique de Tophibalmologie, de même que la théorique, est susceptible de deux divisions : l'oplithalmologie diathéiique et la thérapeutipue. L'une nous indique les moyens hygiéniques pour conserver l'œil sain et sauf; elle embrasse la recherche de toutes les influences tant internes qu'externes qui concourent à entretenir la santé de Tœil. La thérapeutique au contraire nous fait connaître l'ensemble des moyens médico-chirurgicaux nécessaires à la guérison de Tœil malade et les précautions nécessaires à prendre pour l'application des divers médicamens ; cette dernière comprend encore la matière médicale^ soit pharmacologie ophlhalmique.

L'ophthalmo-psitlîologie est la science qui nous fait connaître l'état morbide de l'œil ou de ses fonctions. L'œil est sain, lorsqu'il existe dans l'état d'intégrité parfaite, de forme, de structure, de fonctions telles que l'anatomie et la physiologie nous les ont démontrés, lorsque la plus stricte harmonie préside à ses mouvements, à sa nutrition, à ses fondions et à ses sécritîons. La pathologie se divise en pathologie générale et en pathologie spéciale; notre intention n'est ici que d'esquisser la pathologie générale de l'œil, la spéciale devant trouver sa place à l'étude de chaque maladie en particulier.

Nous définissons l'état morbide de l'œil un changement anormal de l'œil ou de quelques unes des parties qui Tavoisinent de plus près j c'est pourquoi cet état morbide ne

résidef point dans le globe oculaire seul, mais encore dans toutes les parties juxtaposées et qui doivent concourir avec lui à l'accomplissement de ses fonctions.

Ainsi les os de l'orbite, son périoste ou préorbile, le tissu cellulaire de cette cavité, la ghuide lacrymale, les paupières, les sourcils et les muscles qui avoisinent ou régissent ces parties, sont rangés dans le nombre des annexes et des auxiliaires du globe de l'œil. Toutes les fois que ces parties qui ont une grande sympathie avec l'œil sont atteintes, l'œil ne tarde pas à en souffrir, et il est bien peu d'affections graves de l'œil qui ne réagissent à leu/ tour sur les parties qui sont situées dans son voisinage.

D'après la définition que nous venons de donner, il est facile de comprendre que toutes les maladies de l'œil sont ou organiques ou dynamiques , selon que les matières organiques ou que les fonctions vitales sont lésées. Les affections organiques sont celles qui changent la forme et la structure de l'œil, ses liaisons intimes, la transparence de ses humeurs, enfin toutes les altérations matérielles de son organisation.

Les affections dynamiques, au contraire, ne comprennent que l'aberration des fonctions de l'œil ou la perversion de son action vitale et physiologique.

Si nous examinons les caractères des maladies des yeux, il est évident qu'ils ne sont point autrement affectés que le reste de l'organisme, puisqi^^e Tœilest un composé de tous les autres systèmes ; il s'ensuit nécessairement que toutes les fois qu'il est malade , il doit l'être de la même manière qu'eux. La seule différence qu'il puisse y avoir consiste dans la manière dont ces maladies se manifestent et dans la marche qu'elles suivent, circonstances qu'il faut attribuer non seulement à sa conformation organique et à son action vitale, mais encore à l'ensemble des parties qui le composent et aux nombreuses connexions qu'il a avec tout le reste de l'économie. Par la nature de sa position,

Toeil est exposé à un grand nonibre d'agens délétères > qui l'exposent à une infinité d'affections de toutes espèces, et qui sont d'autant plus (graves qu'elles attaquent des parties d'une délicatesse et d'une sensibilité excessives. Cette organisation intime augmente beaucoup le danger des affections oculaires, qui doivent toujours laisser redouter que l'organe entier ne périsse ou du moins ne perde une partie de ses précieuses fonctions. En faut-il davantage pour prouver la nécessité d'étudier avec soin les maladies qui peuvent occasioner de si funestes résultats ?

Si l'étude de l'anatomie et de la physiologie est un point fondamental dans l'étude des yeux, celle des symptômes qui constituent les maladies ne l'est pas moins'; c'est pour cette raison que nous les étudierons d'une manière toute particulière. Car, il ne faut point se le dissimuler, le diagnostic des maladies de l'œil est une des bases fondamentales d'une thérapeutique certaine, remplacée trop souvent par un empirisme aveugle, ou une pratique banale dont les malades sont souvent victimes.

Le diagnostic des maladies des yeux est difficile sans doute; mais quelques hommes se sont plu à l'enlourer de difficultés imaginaires, pour se faire valoir, pour s'entourer d'un vernis de supériorité qui tombe devant une sévère appréciation.

Il en est d'autres qui voient dans les yeux toutes sortes de choses, et qui sont ou dupes de leur imagination, ou qui veulent viser à l'effet ; en voici une preuve .- il n y a pas long-temps, je fus consulté par une dame que l'on avait effrayée par la description des affections diverses dont son œil était atteint ; il ne s'agissait rien moins que d'une sclérotite grave avec complication abdominale ; tout le mal était produit par un fragment de l'aile d'un petit scarabée implanté dans le rebord de la cornée, que je découvris avec une loupe et enlevai à l'instant ; trois jours après, il n'y avait plus qu'une légère rougeur.

Tout le monde connaît Thistoire d'un de nos plus riches nababs, qui, pour une maladie bien connue, mais selon moi mal traitée dans le principe, fut promené non seulement, dans quelques universités étrangères, mais encore pour lequel l'on convia à Paris les Jaegcr, les de Walther, les Lawrence , et tant d'autres , quand d'avance l'on savait que c'était trop lard , Quœque miserrima vidi^ et quorum fiars

De même que pour toute affection du corps humain , le diagnostic des maladies des yeux demande que l'on s'entoure de toutes les précautions et de toutes les connaissances nécessaires pour le rendre plus facile et plur sûr. Il est trois ordres de faits ou signes sur lesquels il faut s'arrêter.

1** Les signes objectifs , c'est-à-dire ceux qui sont vus ou qui tombent sous les divers sens : la vue, le toucher, l'odorat ;

2** Les subjectifs , c'est-à-dire ceux qui sont perçus par le malade et difficilement appréciés par le médecin ;

3° Enfin les commémoraiifs , comprenant l'exposé des symptômes précédemment existans, ressentis parle malade ou appréciés par son entou! âge.

La thérapeutique des affections oculaires, au point où en sont arrivées les connaissances médicales, ne peut être isolée de la thérapeutique des affections générales. Les inflammations des yeux réclament les mêmes moyens que les inflammations du cerveau ou des poumons, avec les modifications nécessaires à la localité. L'œil, lié par de si étroites sympathies à tout l'organisme, doit être traité comme une dépendance du tout ; et , pour être bon oculiste, il faut être bon médecin avant tout. Nous l'avons dit ailleurs , ce qui a le plus retardé les progrès de la médecine oculaire, c'est de l'avoir isolée de la médecine générale , monopole absurde, exercé par l'ignorance aux dépens de Thumanilé.

En effet, ceux qui ont fait faire des progrès à Toph-

ihalmie ont tous éié de grands chirurgiens ou de grands anatomistes : il suffit d'inscrire ici les noms de Scarpa, de Bartb, Schmidt, Prochaska, Benedict, deWallher, Rust, Himly, Wardrop, Maunoir, Panizza,pour se convaincre de ce que j'avance.

Leur premier soin a été de purger la médecine oculaire d'une foule de recettes banales, d'onguens merveilleux, appliqués à tort et à travers, pour ramener la thérapeulique de ces maladies dans le vrai chemin. Voici, du reste, comme s'exprime à ce sujet M. Jùngken (1), auquel nous devons des travaux très-importans : « Pour ce qui est » des considérations relatives au choix des médicamensspé- » ciaux , à la fixation des doses , et à la forme dans laî> quelle ils doivent être prescrits, à Tindividualité de l'or- »gane, à son plus grand développement, etc., etc., il « tombe sous le sens que toutes ces considérations ne sont » point particulières aux affections ophilialmiques, mais s'apy'pliquent aussi aux maladies de tous les autres organes.

» La pharmacopée d'un médecin oculiste rationnel doit, » comme celle de tout autre médecin rationnel, briller par » la simplicité. »

Ces considérations du professeur de Berlin sont de îa plus haute sagesse; eMes doivent être prises en considéralion. Il serait à désirer que ses avis fussent surtout goûtés par une foule de prétendus médecins oculistes, qui gorgent leurs malades de toutes sortes de médicamens, dont la plur part sont d'une utilité plus que douteuse.

C'est surtout en appliquant le traitement d'une manière rationnelle, en saisissant les indications convenables, après un mûr examen de l'état du malade, que l'on peut compter sur une guérison.

Que de mabdies, simples à leur début, n'ont dû leur gravité qu'à la transgression des principes fondamentaux de

(1) Jiingken , ouvrage cité , introduction.

la thérapeutique générale î Que d'yeux ont succombé sous l'influence de médications empiriques ou sous l'acûon de remèdes nouveaux peu connus I Qu'il me soit permis d'en donner un exemple : La cautérisation de la conjonctive oculaire, moyen sans contredit employé avec beaucoup de succès par des hommes raisonnables, a occasioné des sinistres horribles dans les mains d'hommes exclusifs, qui ont voulu l'appliquer à toutes les formes si variées de Tophthalmie.

D'après tout ce que nous venons de dire , les connaissances nécessaires pour le dia(jnostic et le traitement des affections oculaires ne sont point instinctives, elles ne sont que le résultat de l'habitude, de l'expérience, de la comparaison et de l'appréciation des médications, de Tordre et de l'attention apportées dans Texamen des symptômes; c'est pour faciliter cette élude et ses résultats que nous avons rédigé ce qui suit :

De Vophthahnoscopie, ou règles générales et précautions pour examiner les yeux malades et leurs annexes.

Les travaux des Laënnec , des Bouillaud , des Piorry, des Louis, ont donné à l'exploration de la poitrine un degré de certitude inconnu à Avenbruger. L'investigation manuelle et oculaire des organes génito-urinaires joue maintenant un grand rôle dans leur traitement et dans la police sanitaire. La même route est ouverte aux ophthalmoîogîstes. L'exploration méthodique et symptomatologique de l'œil constitue une branche de l'ophthulmologie générale, connue sous le nom d'ophthalmoscopie.

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