XL
I II est convenable , aussitôt qu'il est mis en chartre privée , de lui faire donner un lavement , pour vider son rectum ; car j'ai vu un conscrit qui conservait dans ce lieu
une petite bonleille conlenant son extrait de belladone.
L'effet narcoti(]ue sur l'iris se dissipe en peu de jours y et l'on peut accélérer le retour des pupilles à Tetat normal, en exposant Tœil à la vapeur cjucafé chaud ou de Teau de Cologne. •'?''»> '
Les mêmes manœuvres frauduleuses pour tromper l'expert, se pratiquî nt sur la cornée. Je connais un homme , indigne de porter le nom de médecin , et qui a gagné une fortune énorme, en produisant des taies artificielles sur les yeux des jeunes gens destinés au service militaire , qu'il guérissait ensuite , et dont il faisait payer en outre le traitement.
Voici comment il e!:erçait cette coupable industrie : quelques mois avant le tirage au sort , il pratiquait sur la cornée dé Fœil droit une cautérisation assez forte avec la nitrate d'argent , mais dans un point tel que cette ulcéralion factice ne portât aucun obstacle à la vision. Par des applications irritantes, il entretenait la conjonctive un peu rouge ; il recommandait au jeune homme de déclarer qu'il ne voyait plus : à ceux qui allaient à la chasse, il recommandait de tirer à gauche , pour faire croire à l'impossibilité de tirer à droite. Deux ou trois jours avant l'époque où l'on fait connaître les réclamations pour la réforme , il augmentait l'opacité, en promenant sur la cornée un pinceau imbibé ou de nitrate d'argent ou de teinture concentrée de cantharides. Le réclamant se trouvait donc pour le moment dans le cas prévu par les réglemens.
Pour reconnaître cette fraude , il faut demander à examiner le malade à plusieurs jours de distance : plus l'on s'éloigne de l'époque où la cautérisation a été faite , plus il est facile de reconnaître'^ qu'il existe une petite eschare , a bords frangés , qui se rétracte, se soulève , et qui accomplit en petit les périodes que l'on observe en grand pour les chutes des eschares produites par l'application des escharoliques sur les tissus. Avec une loupe un peu forte,
l'on saisit très-bien toutes les diverses modifications de cette régénération de tissus.
Par le même artifice , le même individu provoquait des ophthalmies rebelles, en touchant la conjonctive avec de la teinture de cantharides et en faisant tomber les cils avec de la chaux mêlée à de l'orpiment.
Il s'élaace de chaque observation des rayons de lumière capables de répandre un grand jour sur les objets de nos recherches; mais, pour produire un etret avantageux , ces rayons épars doivent être réunis en foyer.
M. Maret, l'Apti sef tique.
MALADIES DES SOUILCILS.
Les sourcils servent plutôt à rembellissement du visa^^e qu'à l'organe de la vue ; cependant ils ont des fonctions , telles que celles de diminuer l'intensité de la lumière en. absorbant les rayons lumineux, et d'empêcher , conjointement avec la saillie courbe de Tes frontal , la sueur du front de tomber sur les paupières. On observe , en efl'et , que les personnes qui ont peu de sourcils , sont sensiblement affectées par la sueur et surtout par une vive lumièrô venant d'en haut; ceux qui^ au contraire, les ont trèsfournis, ont la vue plus forte et plus assurée.
Les sourcils sont sujets à plusieurs maladies; les pria-
cipales sont leur chute on madarose, leur décoloration et l'ulcération de leur bulbe. La perte des sourcHs est congéniale ou accidentelle; dans le premier cas, elle est au dessus des ressources de Tart, et il ne reste au médecin que d'en substituer de factices par la prothèse ou la peinture. Cette affection se nomme aussi phtilose , parce qu'elle a son siège dans les bulbes ; quelquefois elle est le résultat delà vieillesse, alors elle est incurable; d'autres fois , elle est produite par des brûlures , des plaies avec perte de substance, par des maladies herpétiques ou syphilitiques. Quand la chute des poils aura été occasionée par la brûlure , on aura recours au traitement réclamé suivant leur degré ou leur gravité. Lorsque l'on a affaire à une maladie Lerpélique , Ton mettra en usage les bains sulfureux naturels ou factices et surtout la pommade de proto-iodnre de mercure selon la formule de M. Biett. S'il existe des symptômes ou des craintes deTexistence de maladie syphilitique, Ton fera bien de passer à un traitement général et local selon la gravité et l'étendue de la maladie. Souvent, à la suite de maladies graves, telles que la peste, la fièvre jaune et le typhus , les sourcils tombent au moment de la convalescence. Dans la plupart des cas, la nature seule fait les frais de leur régénération. Malgré tout le respect dû à Paul d'Égine, qui conseille les onctions avec un corps gras , nous pensons que ce moyen est complètement infructueux, et qu'il doit être abandonné. Dans une circonstance , nous nous sommes très-bien trouvé de l'usage de la pommade du docteur Boucheron. Nous nous bornons
a signaler ce fait unique, afin de provoquer de nouvelles
A.^' • .u ,-'\'k-^ ''^^> .é5)'i'ji(t'.nia ?^^i •!.J^ r.'daMi eh iaoU Cxpernnéntaiioqs. , ' ' . .
Vime , les ,nrà'n(îes'''iûfortunes , la réclusion dans fes cS-
' ciiots humides , la débauche , entraînent la décoloration des
sourcils , qiie l'oti nomme aussi la canitie sourciUaire. Cette
affection est sans gravité lorsqu'elle suit graduellement la
tnarchc des années ; mais , lorsqu'elle arrive brusquentent ,
elle peut occasioner du trouble dans la vision chez les adultes, surtout lorsqu'ils avaient des sourcils très-épaisr. On remédie à ces accidens par des cosmétiques coûYesm nabi es. oi^
Quelquefais les sourcils sont envahis par des boutons provoquant des démangeaisons aussi désagréables que rebelles; ces boutons s'ulcèrent parfois et occasionent la chute des poils. Cette afTection en général est due à la présence d'un insecte particulier, connu sous le nom de pediculus ferox pnbis. Cette maladie est assez rare en Europe; mais on l'a rencontrée fort souvent chez les juifs qui habitent les villes des états barbaresques, qui, comme on le sait , croupissent dans un état de malpropreté égal à leur avilissement. Mon ami Herbeert en a surtout l>eauçoup vu à Tanoer et à Tétuan , même chez des Israélites aisés. Avec quelques frictions mercurielles , il est facile de débarrasser le malade de ces hôtes incommodes. Avec eux disparaissent la démangeaison et la maladie. Voici- une observation qin prouve que l'on doit toujours examiner avec soin une malaaie rebelle , lors même qu'elle n'est d'aucune gravité.
Chute des sourcils ^ démangeaison fort incommode; traitement infructueux d'abord ; guérison.
M. ***, âgé de soixante-sept ans, hémiplégique, denaeif-
rant dans une pension bourgeoise, rue Copeau, étaltxlepui^'
plusieurs années en proie à une démangeaison des sotircilp,
accompagnée de leur clmte et de Tulcération des bulbes ;
il avait inutilement employé un grand nombre de remèdes,
lorsque le hasard m'appela à pratiquer une opération de
^cataracte dans la maison qu'il habitait, ilme pria de ie débâf-
r Tasser d'une incommodité qui le rendait malheurèyx. Après
j.lui avoir proposé divers, moyen ^ qu'il ii^e dit s* être trouvés,
pour lui , complètement infructueux , j'examinai la partie malade avec une forte lentille, et, après avoir soulevé quelques croûtes, je reconnus la présence d'un grand nombre d'insectes, auxquels il fallut attribuer la cause de hi maladie; car deux ou trois onctions mercurielles amenèrent une guérison radicale.
COM-TUSIOBJS £T PX.AIES 1>ES SOURCXX.S.
Les contusions et plaies des sourcils ne seraient pas plus dangereuses que celles des paupières , si cette partie de la face n'était pas le siège de Tépanouissement d'un nerf important, le frontal, qui, comme nous l'avons dit dans notre Anatomie, est une branche dunerf ophthalmique de Willis, provenant de la cinquième paire. On peut juger de là comment se produisent une foule d'accidens souvent mortels.
Les plaies des sourcils peuvent être faites par des instrumens piquans, tranchans ou contondans; elles sont simples ou compliquées. Les piqûres , lorsqu'elles n'intéressent ni l'os ni le nerf, ne réclament aucun soin ; quelques compresses imbibées d'eau froide font tous les frais du traitement. Les plaies , au contraire , produites par ua instrument tranchant ou contondant, doivent être soigneusement réunies par première intention, quelle que soiileur direction. A cet effet , le chirurgien rasera les poils avec beaucoup d'attention / de crainte qu'en s'engageant entre les lèvres de la plaie, ils n'apportent un obstacle à l'agglutination des tissus; puis il placera des bandelettes en taffetas gommé , qui suffiront pour obtenir en quelques jours une ré'mion complète. Lorsque la solution de continuité est très-ample et compliquée de décollement , il est plus prudent de pratiquer la suture entortillée avec des aiguilles très-fines. Si l'on n'arrive pas à temps pour obtenir une • coaptation parfaite , il faut alors prendre les soins les plus
grands pour obtenir la cicatrisation et avoir le moins de difformité possible.
Plaie a^ec déchirure du sourcil ^ réunion ; guérison.
M. de MuUinier reçut , en duel , un coup de pointe de sabre , qui divisa tout le sourcil depuis la base du nez jusqu'à la partie supérieure de Toreille, en suivant le rebord orbitaire. La p!aie était frangée et déchirée en plusieurs points. Quelques personnes de Tart présentes m'engagèrent à ne point la réunir par première intention ; Texpérience m'engagea à insister sur ce moyen , que le blessé d'ailleurs réclamait impérieusement dans la crainte d'une difformité. Au moyen de six épingles très-fines, je pratiquai autant de points de suture, qui ne furent rf'cou- \erts que par des compresses trempées dans l'eau froide; il ne se manifesta aucun phénomène inflammatoire ; et au bout de six jours , la cicatrisation était linéaire et complète.
Comme nous l'avons dit plus haut , les plaies et contusions des sourcils, à la suite de la lésion du nerf frontal, peuvent produire des accidens consécutifs très-graves, tels que Tobscurcissement de la vue déjà signalée par Hippocrate, les mouvemens convulsifs des yeux, la paralysie des paupières, des membres, l'assoupissement, le délire , le tétanos et la mort. L'on a observé dans le cerveau des personnes qui avaient succombé à des accidens , suites de blessures non pénétrantes , des preuves non équivoques d'altérations récentes , telles qu'une collection purulente , un ramollissement partiel , tantôt une collection purulente avec épanchemenl sanguin dans la dure-mère , tantôt un amas de sérosité dans les ventricules compliqué d'arachnite. Lorsque Petit de Namur publia plusieurs cas de paralysies
constitutives à la suite de blessures des sourcils, on commença par les révoquer en doute ; puis l'expériettce de MoRte{y{jia et de Sabatier prouvèrent que l'habile chirurgien de Namur avait complètement raison. Voici un fait rapporté par Sabatier (1).
» aîr#fi birAl.
Bîessnre légère du sourcil; affaiblissement de la vue.
•j i-jj
«Un ieune homme avait reçu une blessure légère au «toisinage de la paupière supérieure, vers l'angle interne »de Tceil ; h blessure pénétrait cependant jusqu'à Tos. Le »malade ressentit tout à coup une violente douleur, suivie wd'un gonflement à la partie affectée, et de paralysie au »côté droit , ainsi que d'affaiblissement de la vue du même »côlé. L'œil gauche, quiétaitblessé, fut immobile, quoique, » comme je l'ai dit, la blessure fut légère, et qu'on ne pût »y découvrir qu'une légère dilatation de la pupille , ainsi «qu'une espèce d'inertie dans la paupière supérieure dont nie muscle supérieur était paralysé. L'usage des eaux mi- "Réra'es chaudes rétablit les organes dans leur étal na- «tureî, à l'exception de l'œil gauche dont la vue fut perdue «sans ressource. » ^'^
^ne simple contusion peut produire les mêmes résultats. JTai vu il y à quelques années dans la rue Hautefeuille , un étudiant en médecine qui , ayant reçu un coup de bille de billard dans le sourcil, fut pris d'accidens tellement graves que sa vie fut plusieurs jours en danger. Dans la Gazette médicale j'ai rapporté (2) Thistoire d'un médecin de Champagnoles près Ghaumont, qui, ayant reçu un coup d'épée dans le sourcil, fut pris d'accidens cérébraux excessivement graves à la suite desquels il perdit cojupléte-
fï) Sabatier, Anatomie ^ t. Il, p. 652.
^^niÇ,) Gazette médicale ,i'6Z%^-^. IQ^,
ment et irrévocablement la raison. En consultant la Monographie de Zacharie Platner (2) , on trouvera un grand nombre de faits de cette nature.
Lorsqu'il commence à se manifester des accidens à la suite de plaies ou contusions des sourcils, il ne faut pas hésiter à les attaquer vigoureusement par les saignées générales et surtout par les saignées de pied que Texpérience des médecins de la plus haute antiquité avaient signalées comme excessivement avantageuses. Bell et quelques autres chirurgiens anglais associent à ce traitement Topium à haute dose , employé sous la forme de gouttes noires (blackh-drops).
Lorsque les accidens persistent , il faut souvent porter l'instrument tranchant dans la plaie et même le cautère actuel, pour détruire complètement le nerf qui n'avait été lésé qu'en partie ; on en peut jug^er par l'exemple suivant.
OBSÈBVATION.
Opération très-simple pratiquée sur le sourcil ; accidens consécutifs graves ; destruction complète du nerf; guérison.
M. P..., séminariste, portait depuis plusieurs années une petite tumeur indolente , placée dans l'épaisseur du sourcil gauche : elle offrait le volume d'un gros pois chiche , lorsqu'une contusion assez violente détermina une inflammation de la tumeur, qui acquit en peu de temps la grosseur d'une amande garnie de sa coque. M. P... désira se débarrasser de cette incommodité : je procédai à l'extirpation de celte tumeur, en faisant une incision parallèle à la direction du sourcil préalablement rasé ; voulant laisser la cicatrice aussi petite que possible , l'incision
n'excéda que de quelques lignes le diamètre transversal
(1) Zacharie Plalner , Dissertatio de vulnert supercilierum.
de la tumeur. La dissection en fut difficile : le kyste s'ouvrit , et il fallut l'exciser en lambeaux , après l'avoir vidé; Il s'écoula peu de sang ; la réunion fut pratiquée avec la précaution ordinaire : tout alla bien jusqu'au soir, où il se manifesta une douleur violente dans le sourcil et la paupière sous-jacente, qui était en même temps affectée de tremblement convulsif et de resserrement des mâchoires. Dans la nuit les symptômes s'aggravèrent au point de devenir alarmans ; je craignis qu'il ne survînt une attaque de tétanos. Une large saignée n'ayant amené aucun soulagement, je levai l'appareil ; la réunion n'étant point encore avancée , je séparai les lèvres de la plaie, et, portant un jbistouri à lame forte et effilée au devant du trou sous-orbitaire, j'opérai la section entière du nerf, ce qui calma la douleur; je couvris la plaie non réunie d'un cataplasme émollient ; les accidens consécutifs disparurent , et le lendem.ain je procédai à la réunion , qui n'eut Heu qu'imparfaitement ; mais la cicatrice s'opéra avant le huitième jour, sans difformité.